La psychothérapie, c’est quoi ?

Avec ce texte, j’ai tenté de refléter une vision de la psychothérapie qui m’inspire, en tant que psychologue ET patiente.

La thérapie, c’est ouvrir les portes de son monde intérieur. Déverrouiller son intimité, un peu. Se frayer un chemin vers des tréfonds qui nous sont inconnus, et qui pourtant nous appartiennent. C’est regarder sa souffrance et la faire sienne.

Adresser un Je et recevoir l’écho de cette adresse. Y distinguer le Tu, en face, à côté.

La thérapie, c’est accueillir l’autre dans cette visite, le laisser nous y guider. Entrebâiller timidement une porte, la laisser entrouverte. Autoriser la lumière à se couler dans l’espace qui se donne à elle. Arpenter les couloirs. Redresser le cadre d’un tableau. Tenter de réparer une ampoule qui clignote, vibrer à sa cadence. Poser l’oreille à même le sol, sentir le cœur de la Terre qui s’affole. Pénétrer l’appartement et se laisser pénétrer en retour. Être enveloppé par les odeurs, les nuances, les textures, les bruits sourds. S’égarer en confiance.

La thérapie, c’est parfois la peur de toucher une poignée, la crainte d’ouvrir une fenêtre. La thérapie, c’est montrer notre décoration d’intérieur au thérapeute. Dévoiler les pièces de la maison avec pudeur. Lui expliquer pourquoi on a choisi ce meuble. Comment on s’y est pris pour le monter. Avouer que c’est peut-être quelqu’un d’autre qui s’en est occupé. Reconnaître qu’on n’est pas très manuel. Être accepté malgré ça. Être accepté pour ça. Relever la partie de soi qu’on a piétinée.

La thérapie, c’est choisir une plante artificielle, se sentir rassuré par son aspect immuable tout en aspirant à s’occuper d’une vraie plante, puis se sentir capable d’en acheter une. Prendre le risque qu’elle ne survive pas. La voir faner. Recommencer.

La thérapie, c’est montrer sa cuisine en désordre, la vaisselle sale qui s’accumule dans l’évier. C’est apprendre à utiliser la machine à laver. Se tromper de bouton, régler la mauvaise température. Recommencer.

La thérapie, c’est exposer sa chambre à coucher à l’autre. Sans avoir eu préalablement le temps de faire le lit ou de ranger ses habits. C’est accepter que le thérapeute voie la poussière au sol, qu’il aperçoive le fouillis dans l’armoire, les sous-vêtements qui pendent sur une chaise, la fenêtre dont le volet ne ferme plus.

C’est avancer à deux sur le parquet qui craque. C’est être ensemble, face à ce qui fait peur, à l’abri des regards extérieurs.

La thérapie, c’est de ne pas être jugé pour tout ça. Ne pas être réduit à ça. S’entendre dire que notre intérieur est beau, même s’il est en désordre. Même si parfois il est mal assorti. Même quand rien n’est à sa place. Que notre intérieur est beau même quand il est vide, parce qu’on a tout vidé ou parce qu’il n’a jamais été rempli.

La thérapie a l’effet d’une consolation, le goût doux-amer d’une blessure qu’on soigne en chantant, le bruit sec d’une coquille que l’on quitte avec émotion. Et puis, émergeant de soi, la sensation troublante de se découvrir et de se reconnaître à la fois. La thérapie, pour moi, c’est ça, et bien plus encore.

Aude Bertoli

Psychologue et passionnée d'écriture, Aude Bertoli rédige des articles, des nouvelles et des textes courts qui sont tous en lien, de façon directe ou indirecte, avec des aspects dramatiques de l'existence (deuil, perte, agression, violence,...). Il s'agit non pas d'une optique voyeuriste ou théâtrale, mais bien du besoin de briser le silence autour de sujets sociaux encore tabous. Contact: aude.bertoli[at]bluewin.ch

3 réponses à “La psychothérapie, c’est quoi ?

  1. Bravo pour ce poème, cet hymne à la thérapie. Mais corrigez-moi: j’ai envie de faire un copier-coller de votre texte dans word et de lui demander de remplacer toutes les occurrences du mot “thérapie” par “écriture”. Ecrire c’est aussi se montrer, creuser au plus profond de soi-même sauf à se contenter d’un texte utilitaire de fonctionnaire. Choisir son sujet, décider d’un certain ton, limiter plus ou moins le dévoilement de soi, s’imaginer plus ou moins son lecteur, autant de démarches psychothérapiques. Dans la solitude, c’est moins efficace, et il faudrait aborder beaucoup de sujets personnels, direz-vous. N’écrit-on pas toujours avec le secret espoir d’être lu? “Le droit d’être soi-même” ou le devoir de se fabriquer perpétuellement son nouveau soi. Mais merci pour vous être montrée avec autant de passion en faisant mine de ne pas parler de vous-même, de ne pas hurler votre amour de la vie. Ouille, ouille! le blog du temps est trop addictif pour moi, faut que j’arrête mes réactions!

    1. Merci beaucoup Martin pour votre lecture et votre retour !
      C’est vrai que l’écriture pourrait être glissée dans le texte sans que ce soit dérangeant ! Comme la lecture, elle nous fait voyager…

  2. Bonjour, j’ai beaucoup apprécié votre texte. Hormis le fait qu’il opte uniquement pour la voie positive d’une thérapie, sans une ébauche de l’effet contraire possible, c’est-à-dire le renforcement de la rage, de la révolte voire de la haine envers celles/ceux qui vous ont détruite par jeu et surtout en toute impunité durant votre enfance.
    La thérapie c’est aussi une OBLIGATION que l’on vous impose manu militari, suite par exemple à une erreur médicale diagnostique (donc thérapeutique). Vous avez été victime et ensuite on vous OBLIGE à une thérapie pour tenter d’arrondir les angles, en lieu et place de JUSTICE et de PUNITION SÉVÈRE du(es) fautif(s). Donc la thérapie ne peut pas être positive puisqu’elle est imposée comme solution de facilité pour calmer les esprits en superficie. Une thérapie qui se voudrait apaisante et salvatrice se transforme alors en parcours du combattant, avec une rage décuplée voire milluplée. La thérapie devient le renforcement de la guerre absolue.
    Alors nous avançons tout seuls et abandonnés dans la blessure de l’erreur monumentale à notre égard, une erreur qui persistera jusqu’à notre dernier souffle, une erreur bien reconnue par d’autres mais néanmoins jamais punie. Car on ne punit pas les médecins expérimentateurs dans ce pays. Sans état d’âme, on les laisse tranquillement ravager et détruire la vie de petits gamins.

    Et malgré les qualifications indéniables d’un(e) thérapeute, nous avançons en solistes avec nos blessures. Aucune réponse ne nous est donnée (Pourquoi + Comment de telles erreurs ? Pourquoi pas de contrôle ? Pourquoi jamais de punition envers les mutilateurs ?).

    Mais encore, aucun(e) thérapeute ne peut effacer les notes manuscrites des mutilateurs dans nos dossiers. Je déconseille fortement à la plupart des humains « normaux » de mettre la main sur ces notes médicales. Il faut une sacrée dose de cynisme pour pouvoir affronter ces commentaires assassins et les adjectifs utilisés.

    La thérapie ne tient également pas compte de ce que nous exposons très crûment, mais – à tout prix – elle tente de nous mettre sur une voie consolatrice qui ne peut jamais s’enclencher, comme une prise électrique défaillante – le ON et le OFF ne fonctionnant jamais. Nous restons alors en “stand-by permanent”.

    Ma thérapie c’est l’écriture, comme pour vous-même. Les tests inhumains subis sont écrits. Les réflexions anormales sont systématiquement écrites, y compris celles émanant d’une famille n’ayant jamais pu accepter avoir en son sein le résultat d’expérimentations animales sur humains. Car la place habituelle d’un déchet quelconque, c’est la décharge et l’incinérateur. Ainsi tout disparaît et il n’est plus nécessaire de se voir confronter aux survivant(e)s d’erreurs.

    En général la plupart de mes lecteurs(lectrices) s’arrêtent déjà à la description du Test Numéro 1. C’est trop lourd et cela coupe l’appétit vraiment pour très longtemps. Rares sont les personnes qui ont lu tous les tests inutilement subis et ces tests sont vraiment nombreux ……

    Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. Henri de Montesquieu, écrivain, philosophe (1689 – 1755)

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