L’injonction au lâcher prise

Si vous aussi vous passez du temps en librairie, que ce soit sur place au magasin ou en ligne, peut-être avez-vous été stupéfaits de découvrir à quel point nous sommes la cible de messages contradictoires, d’injonctions paradoxales, d’appels à changer/performer/s’améliorer, tout en devant rester soi-même, être authentique et lâcher prise ?!

Voici quelques captures d’écran des ouvrages que l’on peut trouver sur le site d’une librairie connue (Payot, pour ne pas dire son nom). Je précise que je n’ai évidemment rien à reprocher à Payot mais que j’interroge plutôt les messages qui émanent d’un système sociétal dans lequel nous évoluons.

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Cette injonction au lâcher prise se veut bienveillante et déculpabilisante, certes. Mais peut-on lâcher prise par le biais d’un processus, d’étapes, d’une marche à suivre ? Puisque le lâcher prise vise une acceptation et un moindre besoin de contrôle, comment peut-on y parvenir par le biais de techniques et d’entraînement, alors que l’idée est justement de ne pas devoir réaliser une performance ?

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Article trouvé sur le site du Magazine Elle

 

Et pourquoi lâcher prise ? On parle de lâcher prise face aux situations dans/sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle. Ne serait-il pas plus simple d’identifier les éléments de la situation sur lesquels nous pouvons avoir prise, même de façon minime ? Car pour certain-e-s, lâcher prise signifie abandonner, se résigner. Ce peut être aussi la sensation d’être dépossédé de son expérience, de son vécu. “Lâcher prise”, ce n’est pas toujours perçu de façon positive et ce n’est pas l’objectif suprême pour tout le monde.

Au final, ne sommes-nous donc pas seulement passés d’une injonction à l’autre ? De l’injonction du contrôle menant à la réussite à celle nous enjoignant de ne plus viser une réussite à tout prix ? Pourtant, il faut manifestement encore réussir son lâcher prise

Aude Bertoli

Psychologue et passionnée d'écriture, Aude Bertoli rédige des articles, des nouvelles et des textes courts qui sont tous en lien, de façon directe ou indirecte, avec des aspects dramatiques de l'existence (deuil, perte, agression, violence,...). Il s'agit non pas d'une optique voyeuriste ou théâtrale, mais bien du besoin de briser le silence autour de sujets sociaux encore tabous. Contact: aude.bertoli[at]bluewin.ch

2 réponses à “L’injonction au lâcher prise

  1. Pour “lâcher prise”, mes collègues informaticien(ne)s avouent parfois leur besoin de “déconnecter” (la prise suit). Ne dit-on pas aussi “laisser tomber”, “baisser les bras” ou “décrocher”? J’appartiens à cette génération qui a connu les révoltes estudiantines des années soixante – la décennie la plus révolutionnaire du siècle dernier – et entendu votre illustre confrère, Timothy Leary, lancer son célèbre “Turn on, tune in, drop out” devant quelques trente mille hippies rassemblés en 1967 au Golden Gate Park de San Francisco pour le prélude au “Summer of Love”. Des trois injonctions du père, ou de l’un d’entre eux, tant il y eut de prétendants à la paternité de la contre-culture, le public a surtout retenu le dernier. A l’école et à l’université, comme en entreprise ou dans le cadre familial traditionnel, les “drop outs” ont proliféré à cette époque.

    Leary et ses suiveurs encourageaient en effet les jeunes, celles et ceux de ma génération, dite des “baby boomers”, aujourd’hui maudite au regard de certains avatars de la génération Pampers, à laisser tomber la sacro-sainte trilogie Travail, Famille, Patrie, assimilée à l’ultra-conservatisme et au fascisme de type mccarthyste. Et pas mal d’entre nous avions pris le ton, certains de façon radicale, d’autres en gardant un pied dans le système – on ne crache pas dans l’assiette des bourgeois qui nous nourrissent – et l’autre dehors, sans trop savoir sur lequel danser.

    A l’université (j’étais étudiant en Californie quand Leary a lancé son mot d’ordre trois ans après l’appel de l’étudiant en philosophie Mario Savio, devant quelques trois mille étudiants réunis au Sproul Hall de l’Université de Californie (UC) à Berkeley, à renverser les mandarins de ce qu’il appelait la “fabrique du savoir” (knowledge factory”)), celles et ceux de mes camarades qui avaient cru avoir déboulonné leurs professeurs de leur piédestal n’ont eu pour résultat que de leur avoir ouvert une brèche dans laquelle ils se sont empressés de s’engouffrer en se déchargeant de leurs responsabilités d’enseignants sur des assistants mal formés et maîtrisant peu l’anglais, confrontés à des auditoires bondés tandis que les professeurs se réservaient les seuls délices de la recherche. Les étudiants, grands perdants du “lâcher prise”, étaient retournés à leurs études et avaient passé leurs examens. Les mandarins,eux, sont restés rivés à leur socle plus que jamais. Ils y sont toujours.

    Quand j’entends l’expression “lâcher prise”, je ne peux donc m’empêcher de l’associer, bientôt un demi-siècle après, au “drop out” des années soixante, ce leurre auquel tant de mes contemporain(e)s et moi nous nous étions laisser piéger – par chance, pas toujours pour le pire. Comme tous les pièges, celui-ci avait aussi ses charmes et je ne les regrette pas.

  2. J’ai bien ri en Lisant votre article. Merci pour ce Bon moment matinal. De la generation des baby boomers, lectrice assidue , j’ ai bien sûr lu toute cette littérature pour finir avec le livre : ” foutez-vous la paix”. La lecture imprime quant même dans l’esprit certaines phrases et concepts salutaires, bien mieux, à mon avis que youtube, Tik toc et consorts! Comme je répondais à une cliente qui achetait un de ces ouvrages : ” vous l’avez lu ? ” le plus difficile n’est pas de le lire ……c’est de le mettre en pratique …. Tous les jours !
    J’ observe cependant que, nos parents, moins informés, moins érudits, étaient plus tranquilles, plus tolérants, plus humbles……ils avaient le ” bond sens terriens ” qui leur faisait traverser la vie sans changer toujours tout : de partenaires, de boulots, de vie ! Ce n’est-il pas ” lâcher prise ” ?????? Sur les emmerdes ?????

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