Ongs: charité bien ordonnée commence par soi-même ?

 

 

Salaire annuel de Kenneth Ross, Directeur de l’ONG Human Rights Watch : 610 000 Dollars.

 

Indemnité de départ de Irène Khan, Secrétaire Générale de Amnesty International lorsqu’elle fut remerciée en 2008  par le Conseil de l’organisation après 9 ans de services et à une année de la fin de son mandat : 850 000 francs.

 

Salaire annuel du Directeur de l’ASPCA, la société américaine pour la prévention de la cruauté envers les animaux : 852 000 dollars.

 

Salaire annuel du Directeur de la YMCA américaine : 786 000 dollars.

 

Salaire annuel du Directeur de la Audubon Society consacrée à la protection des oiseaux : 695 000 dollars.

 

DES RENUMERATIONS A DONNER LE VERTIGE

 

Si ces niveaux de rémunération peuvent à première vue donner le vertige elles ne sont que le reflet d’une évolution sociétale. Face à une carence de l’état dans le domaine social, des individus de bonne volonté s’unirent pour entreprendre des actions caritatives en faveur des plus démunis. A l’origine ces associations étaient essentiellement l’apanage des pays Anglo-Saxons aux gouvernements peu interventionnistes. Ainsi, aux 18ème et 19ème siècles, les ONG jouèrent un rôle important dans la lutte contre l’esclavage et le développement de l’action syndicale.

En 1945, dans le cadre de la création de l’ONU le besoin fut ressenti de créer un cadre légal qui identifierait ce qui allait être défini comme des Organisations Non Gouvernementales à buts non lucratifs dédiées essentiellement à une action sociale. Cette approche permettait de différentier les ONG soit des organes de l’ONU, soit d’organisation émanent directement de gouvernements.

 

UNE PRESENCE INCOUNTOURNABLE

 

Cinquante ans plus tard, les ONG sont devenus une composant incontournable  du monde contemporain. On estime aujourd’hui que le nombre d’ONG de par le monde, toutes causes confondues, se chiffre à environs 10 millions. Aux Indes on en recense quelques  3.3 millions. Au Royaume Unie où elles sont qualifiées de « charités » elles emploient quelques 750 000 collaborateurs à plein temps et 2.2 millions de volontaires. En Europe on estime leur nombre à 4000. Mais  ce sont les Etats-Unis où on en dénombre 1.5 millions qui donnent le ton avec un débours annuel  de quelques 30 milliards de dollars.

 

QUATRE SUBSTRATS

 

Dans la galaxie des ONG américaines on peut distinguer quatre substrats. Il y a d’abord ce que l’on peut  qualifier de NGO paravent. La plus connue, c’est le National Endowment for Democracy ou Fonds National pour la Démocratie. Crée en  1983 par le Congrès américain sous la forme d’une ONG, sa tache était de prendre le relais de la CIA dans le financement  de par le monde de mouvements d’opinion favorables aux intérêts de Washington. Avec un budjet annuel de 185 millions de dollars alloué par le Congrès américain et une multitude de donations dont la moyenne se chiffre a environs 50 000 dollars, le NED finance des groupes ou organisations qui visent à promouvoir la « démocratie » de par le monde, que ce soit parmi les Ouighours, au Tibet, à Hong Kong etc. avec une focalisation marquée sur l’Ukraine. En revanche, aucun groupe  en Israël ou dans les états du Golf ne bénéficie de ses subventions.

Il y a en suite la grande masse des ONG à vocations multiple que vont de la protection des singes à la recherche sur le cancer, l’aide eux enfants, la promotion des monuments nationaux, les associations de vétérans, la diffusion de la Bible, le sauvetage des chats perdus, la recherche sur le diabète, et cela à n’en plus finir.

 

LES ONG A VOCATION HUMANITAIRE

 

Il y a enfin les ONG à vocation humanitaire qui opèrent sur le terrain et apportent un aide tangible

La multiplication des crises humanitaires, leurs ampleurs et la prise de conscience parmi les pays développés de leurs responsabilités ont fait table rase des amateurs de la charité. Le résultat, c’est que les grandes ONG à vocation humanitaire sont devenues l’équivalent de multinationales.

 

DES PROFESSIONNELS INDISPENSABLES

 

Et lorsque les budgets atteignent le milliard de dollars il n’y a pas d’alternative aux professionnels du management avec des rénumérations en conséquence. Ainsi si le directeur de la Croix Rouge américaine toucha un salaire annuel de 709 000 dollars il gère un budget de 3.665 milliards de dollars et supervise 19 345 collaborateurs…ce qui ne revient pas a dire que la relation sujet/rémunération est toujours constante….exemple  le « American Joint Distribution Committee » qui compte 991 collaborateurs et un budget de 284 millions de dollars est supervisé par un conseil d’administration de…172 membres et accorde à son directeur une rémunération de 920 000 dollars par an.  Quant au « Secours Catholique » pour prendre un autre exemple,  qui compte 1116 collaborateurs, la rémunération de son directeur est de 306 000 dollars alors que son budget se chiffre à 991 millions de dollars dont 400 millions sont alloués par le gouvernement américain.

Si la liste est longue, le propre de ces ONG est qu’elle travaillent avec du concret et l’aide qu’elles apportent, que ce soit avec des fonds alloués par des gouvernement ou par des donateurs privés est réelle. Ce qui n’est pas le cas des ONG qui s’affichent comme ayant pour mission la « promotion » des droits de l’homme.

 

PROMOUVOIR LES DROITS DE L’HOMME

 

Promouvoir les droits de l’homme consiste essentielle dans la tache d’en identifier les violations d’une part  et de les dénoncer  publiquement de l’autre. Ce geste présuppose que l’acte de dénonciation ait une large répercussion. En d’autres termes sans la caisse de résonnance que représentent les médias la dénonciation d’une violation n’as pratiquement aucune portée. Mais même si cette condition est remplie ,elle ne garantit en rien que celui qui aurait commis une telle  violation cesse de persévérer  dans la voie qu’il a choisit.

En réalité plus la violation est sérieuse et plus elle est le fait d’une politique étatique, moins son les chance de voir celui qui la commet  céder face a une pression médiatique.

 

QUELLE EFFICACITE ?

 

En fait l’efficacité des « promoteurs » est inversement proportionnelle à la gravité des cas dénoncés. Partant du principe qu’aucun système n’est parfait aucune démocratie n’est à l’abri d’un dérapage. Or lorsque celui-ci est mis en évidence – par exemple un demandeur d’asile en Suisse ou en France qui se voit injustement refusé le statut de réfugie – il est évident que une réaction des médias, pour ne pas dire de la classe politique a de fortes chances d’aboutir à un résultat positif. En revanche toute les dénonciations au monde ne feront pas changer d’un iota les politiques de pays comme l’Iran ou la Corée du Nord. Il y a enfin les zones grises. L’ancienne Allemagne de l’Est a du construire un mur pour éviter de se dépeupler alors que la Chine – les deux pays étant gouvernés par des partis qui ne tolèrent pas de dissidence politique –  laisse ses citoyens voyager librement  à l’étranger. La zone grise inclut aussi une dimension culturelle ; là ou certains occidentaux voient une ingérence dans la vie privée comme par exemple la multiplication des cameras à reconnaissance faciale ou l’obligation de porter une carte d’identité, d’autres comme le chinois moyen y voit une instrument qui lui assure une meilleure sécurité.

 

PAS DE CONTROLE DE QUALITE

 

Reste une autre question ; Les « promoteurs » peuvent-ils se tromper ? A l’heure actuelle, les médias n’ont ni les temps ni les moyens de vérifier l’exactitude des communiqués diffusés par des organisations tels que Amnesty International (AI) ou Human Rights Watch (HRW) et qu’ils reproduisent.

Or pour les « promoteurs », opérant dans un climat de concurrence ou les donateurs sont toujours les mêmes et où le besoin de s’afficher comme actif est impératif, la tentation est forte de faire feux de tout bois pour occuper l’espace médiatique. Cette tentation est exacerbée par le fait qu’il n’existe aucun organe de contrôle impartial et indépendant pour vérifier la qualité du travail de ces ONG et c’est plus par hasard qu’on découvre des défaillances.

Ainsi vers la fin de  la crise des Boat People vietnamiens, 96 000 d’entre eux qui ne n’étaient pas qualifiés pour recevoir le statut de réfugié étaient en cours de rapatriement sous un programme d’amnestie avec une assistance du HCR. Ce fut l’occasion pour HRW de dénoncer le programme de rapatriement et d’exiger qu’il soit suspendu. Le HCR passa outre et le rapatriement se poursuivit comme prévu mettant ainsi fin à une des plus grandes crises humanitaire de la guerre froide. Pour ne pas être en reste quand un groupe de vietnamiens qui ne voulaient pas être rapatriés brulèrent leur baraquement AI dénonça le HCR pour avoir mal logé les vietnamiens, sans dire évidemment que c’étaient eux qui avaient mis le feu à leurs logements

 

UN  CONTROLE RELATIF

 

Il appartient au Conseils d’administration des ONG de fixer les rémunérations de leurs collaborateurs et si les comptes doivent subir un audit, aussi longtemps qui les donateurs sont satisfaits le système procède normalement. Ainsi, et quel que soit le rapport rénumération/performance au sein de l’organisation, le dernier mot revient aux donateurs. C’est là que le système se grippa lorsque AI alloua à sa Secrétaire Générale congédiée une allocation de départ de 850 000 francs. La somme était censée être confidentielle jusqu’au jour où le Daily Mail la révéla provoquant une levée de boucliers en Angleterre parmi des milliers de petits donateurs de l’organisation, scandalisés pat l’usage que l’on faisait de leur contribution.

 

UNE REALITE

 

Cette parenthèse mise à part les ONG font désormais partie des notre monde. Avec des budgets allant de quelques centaines de milliers de francs à plusieurs milliards, des salaires allant du volontariat à ceux de multinationales, indépendantes ou financées  partiellement ou totalement par des gouvernements, épousant des causes aussi diverses que la création d’asiles pour les primates, la protection des consommateurs, la défenses des droits de l’homme, le développement économique, la restauration de monuments historique sou la promotion de telle ou telle religion, elles couvrent pratiquement tout le spectre des activités humaines avec tout ce que cela peut comporter de positif…ou de dérapages.

 

 

 

 

Alexandre Casella

Diplômé de la Sorbonne, docteur en Sciences Politiques, ancien correspondant de guerre au Vietnam, Alexandre Casella a écrit pour les plus grands quotidiens et a passé 20 au HCR toujours en première ligne de Hanoi a Beirut et de Bangkok à Tirana.

8 réponses à “Ongs: charité bien ordonnée commence par soi-même ?

  1. J’avais déjà été très surpris par les sommes gagnées par les capitaines qui allait chercher les migrants en mer. Sans compter tout l’argent que coute l’affrètement d’un bateau.
    Ils touchent de gros salaires, ont de gros frais de fonctionnement, et demandent des dons pour payer tout cela.
    En plus, ils se sentent investit d’une mission qui leur donne presque plus de droit qu’un individu quelconque.
    Ces organisations me semblent presque hors sol et complètement décalées par rapport à une personne moyenne.

  2. Et combien pour l’OSAR?
    Organisation suisse d’aide aux réfugiés qui ne sert plus à rien depuis qu’elle n’envoie plus d’observateurs lors des auditions…. le parlement a changé la loi, mais pas le montant des subventions ?

    Et j’adore la diversité de son comité….

  3. La seule organisation à qui je donne de l’argent, c’est la chaîne du bonheur, car dans les autres ONG je n’ais plus beaucoup de confiance et ceci depuis très longtemps.

  4. Au-delà du phénomène du « Charity Business » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Charity-businessbusiness ), toutes ces dérives ressortent, me semble-t-il, d’un réflexe qui se répand comme une traînée de poudre dans nos sociétés occidentales pétries de bonne conscience : l’autorisation morale.

    Voici un petit extrait d’un éditorial de YVES-ALEXANDRE THALMANN, psychologue, enseignant au Collège Saint-Michel, paru en septembre 2020 dans la Liberté de Fribourg, que je trouve fort éclairant :

    [Ces cas] « relèvent d’un mécanisme psychologique identifié sous le charmant nom d’autorisation morale, qui nous touche toutes et tous. Son fonctionnement est simple : du moment que nous considérons avoir accompli quelque chose de bien, cela nous donne le droit de commettre une entorse à nos valeurs, c’est-à-dire un acte jugé mauvais. C’est comme si l’effort consenti pour respecter nos bons principes pouvait être récompensé par une exception scabreuse. En fait à chaque fois que nous connotons une action d’une valeur morale que nous la jugeons bonne, cela nous donne la licence de faire quelque chose de mal en toute bonne conscience. (…)

    A chaque fois que nous avons l’impression de bien nous comporter, ou d’être une bonne personne, cela nous donne le droit de commettre un écart, une sorte de récompense par compensation (osons le néologisme: une ré- compensation). C’est dire qu’à nous considérer comme une personne honorable, nous augmentons les risques de mal nous conduire en toute bonne conscience. Qu’il est facile de s’accommoder de quelques petits dérapages lorsqu’on rayonne de vertu ! (…)

    Le plus simple c’est encore de cesser de se considérer comme une bonne personne pour uniquement se concentrer sur les actes (…) »

  5. Il serait intéressant de connaître les salaires des organisations qui œuvrent dans notre pays
    CICR – croix rouge suisse – caritas – emmaüs – et tant d’autres

  6. Cher Monsieur, Excellent article. Accepteriez-vous que je le traduise en anglais et de l’afficher sur le réseau LinkedIn? Cordialement,

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