Quand les empires s’effondrent

 

Gérer la chute d’un empire n’est pas une oeuvre  dans la-quelle les états excellent.

Le XX siècle a vu l’effondrement de trois empires. L’empire des Habsbourg dont la chute a créé  les conditions qui ont aboutirent à la seconde guerre mondiale. L’empire Ottoman qui a laissé derrière lui un Moyen Orient dont les antinomies perdurent jusqu’à nos jours ; et enfin l’empire Soviétique dont  le monde, et en particulier l’Europe, sont loin d’avoir surmonté les séquelles qui ont résulté de son effondrement.

L’Union Soviétique, créé en 1922, n’était une union qu’en apparence. En réalité, c’était  l’empire Russe avec sa capitale à Moscou et le pouvoir aux mains du parti Communiste de l’Union Soviétique.

Une double implosion

La chute du troisième Reich permit à la Russie d’étendre son emprise sur les pays d’Europe de l’Est qui devinrent ainsi des composantes de son empire colonial avec un bémol. En effet, l’état Russe était aussi le vecteur d’une idéologie Marxiste qui se voulait universelle et dont les  adeptes de par le monde  étaient au service de la maison mère sise à Moscou.

Le résultat a été que l’effondrement de l’Union Soviétique a été une double implosion. La chute de l’empire Russe d’une part et, de l’autre, l’effondrement de l’idéologie dont il se réclamait.

L’état Russe qui émergea des ruines de l’Union Soviétique était une nation littéralement au tapis. L’économie s’était effondrée et l’administration jamais particulièrement efficace avait pratiquement cessé de fonctionner. Enfin sur le plan démographique, si l’URSS comptait quelques 290 millions d’habitants la Russie qui lui succéda n’en comptait plus que 146 millions, équivalent à un million de moins que la France, l’Allemagne et le Royaume Unis réunis.

Face à l’effondrement de l’Union Soviétique et l’absence d’une politique européenne il ne restait désormais qu’une seule superpuissance, à savoir les Etats Unis qui tenaient le haut du pavé.

Une seule superpuissance

Confronté à une équation internationale que personne n’avait prévu, Washington avait deux options. La première consistait à présumer que sur une période de 50 ans l’état Russe avait une chance de se restaurer en tant que moyenne puissance dont il fallait tenir compte des intérêts sécuritaires et géopolitiques. Le résultat aurait été la création d’un cordon d’états tampons entre les pays de l’OTAN et la Russie, comprenant les états Baltes, la Biélorussie et l’Ukraine dont la neutralité sur le modèle Suisse ou Finlandais auraient étés garantis par un traité international. Rien n’indique que cette option n’ait même été considérée à Washington.

Dans un pays ou le long terme c’est six mois, l’occasion était trop bonne pour être manquée. A savoir de profiter de l’état de prostration de la Russie pour lui porter un coup d’estoc dont elle ne se relèverait pas et qui la réduirait à  jouer un rôle insignifiant sur l’échiquier mondial.

Il en découla  que plutôt que d’envisager une formule que l’on peut qualifier de 2 +2 , deux superpuissances à savoir la Chine et les USA et deux puissances régionales à savoir l’Europe et la Russie, l’option choisie fut de favoriser une hégémonie américaine incontestée et exercée sans partage.

Le résultat fut une extension de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, une présence américaine renforcée en Ukraine et en Géorgie et, en parallèle, l’inclusion des états Baltes et de la Pologne dans l’Union Européenne.

Des ressentiments historiques

Si les ressentiments entre peuples ne sont pas éternels, ils ont la vie dure. Ainsi, pour des raisons historiques, tout ce qui relève de la Russie est perçu avec une réserve viscérale par les populations baltes, polonaises ou ukrainiennes. Il en résulte que  une  Europe occidentale qui forme le cœur de la Communauté Européenne et qui a digéré ses fantômes du passé est désormais tenue en otage par une autre Europe, située plus à l’Est dont l’expérience démocratique et  non-conflictuelle est encore en cours. Or si cet antagonisme sert les intérêts de Washington, les démocraties européennes traditionnelles ont d’autres exigences, et l’exemple the North Stream 2 est éloquent.

Le gaz Russe

En 2020 la Russie exporta 175 milliards  de m2 de gaz vers l’Europe ce qui correspond à environs 35 % de ses besoins, le transport se faisant essentiellement  via un pipeline traversant l’Ukraine. L’Allemagne, pour sécuriser son approvisionnement, vient de terminer un deuxième pipeline, North Stream 2 qui transite par la Baltique. La construction, qui prit des années, se fit malgré une violente opposition de Washington qui, par Ukraine interposée, voulait garder une main sur le robinet du gaz qui alimentait l’Europe. Venant après l’extension de l’OTAN à l’Europe de l’Est, la manœuvre ne passa pas inaperçue à Moscou.

La Mer Noire

Vu de la  perspective d’une Russie qui raisonnait sur le long terme, la multiplication des avancées américaines en Europe ne pouvait qu’aboutir  à l’accession de l’Ukraine à l’OTAN et à la perte par Moscou de sa base navale en Crimée où elle disposait d’un bail a durée limité accordé par l’Ukraine.  Le résultat aurait fait de la Mer Noire un lac américain.

Or sans la Crimée et la flotte de la Mer Noire, l’état Russe était exposé sur son flanc sud et  perdait son accès à la Méditerranée. En fait, Poutine n’avait pas de choix et l’annexion  de la Crimée par la Russie, qu’elle soit conforme ou non au droit international, était inévitable.

Sur le plan local l’annexion ne souleva pas de problème. La population de la Crimée qui, jusqu’en 1954 faisait partie de la Russie était essentiellement Russe et avait peu d’empathie pour l’était ukrainien. Sur le plan international en revanche la réaction fut cataclysmique.

Pas de marche arrière

L’annexion de la Crimée, qualifiée  « d’illégale », en vint à polariser l’ensemble de la relation entre Union Européenne, l’OTAN  et les Etats Unis d’une part et la Russie de l’autre. En fait c’était un piège que les occidentaux se sont crées. En effet si la Crimée était accessoire pour les occidentaux elle représentait pour la Russie  une exigence sécuritaire qui n’était pas négotiable. S’étant faits les otages d’une situation qui ne pouvait pas prévoir de marche arrière, les démocraties fondatrices de l’Union Européenne se retrouvent à la traine de Washington et de ses alliés en Europe de l’Est pour qui une confrontation permanente avec la Russie  correspond à un besoin psychologique qui va au-delà de toute considération géo-politique.

Faisant abstraction des prises de position publiques, tous les gouvernements concernés savent que l’annexion de la Crimée par la Russie est un acquis et qu’il n’y aura pas de marche arrière. Le défi est donc, pour les membres occidentaux de la Communauté Européenne, de trouver une formule qui leur permetterait de s’extriquer d’un imbroglio dont ni Washington ni ses inféodés d’Europe de l’Est ne sont portés à trouver une sortie qui relève de la réalité.

 

 

 

 

Dix mille Afghans pour la Suisse ?

 

 

La récente proposition d’une conseillère nationale selon laquelle la Suisse devrait donner l’asile à 10 000 réfugiés afghans est susceptible de soulever deux questions ; pourquoi 10 000 et pas 9500 ou 10 500 d’une part et pourquoi des Afghans et pas des Rohingas, des Syriens ou des Yazid de l’autre.

Mais faisant abstraction de cette interrogation et sans vouloir qualifier la proposition il peut etre utile d’en définir les contours.

Vingt ans d’occupation étrangère ont contribué à créer en Afghanistan deux sociétés. Abstraction faite des Afghans qui ont collaborée avec les Américains il s’est créé, dans les villes et en particulier Kaboul une sorte de classe moyenne dont le mode de vie est en partielle contradiction avec celui que les Talibans semblent vouloir imposer.

Que quelques 75 000 Talibans sans aviation et sans armes lourdes ont put mettre en déroute, en 38 jours une armée de quelques 300 000 hommes formés et  armés par les Américains ne change rien au fait que si les campagnes vivent au moyen Age d’un Islam intégristes les villes présentent un image plus contrastée.

Dans ces conditions il est normal que les Américains, tout comme les Britanniques, les Allemands ou les Polonais exfiltrent les Afghans et leurs familles qui se sont mis à leur service et qui sont donc susceptibles de subir des représailles de la part des Talibans. Restent les autres à savoir ceux qui, sans s’être mis au service de l’occupant ont développé un style de vie quotidien qui les mettraient en porte-à-faux avec les intégristes du nouveau régime. Pour des derniers l’avenir s’annonce difficile et, à l’instar de la Syrie ou de l’Iraq, un lent mais persistant mouvement migratoire vers l’Europe n’est pas à exclure.

Dans cette perspective il est normal que la Suisse accorde l’asile aux quelques centaines d’Afghans et leur famille qui on travaillé pour la Confédération et qui de ce fait se trouvent exposés à de potentielles représailles de la part du nouveau régime.

Ce que le long terme réserve est en revanche  encore incertain et dépend de l’orientation que prendra le nouveau régime. Pour le moment, et dans l’actuelle phase d’urgence, les Américains cherchent à évacuer un nombre maximum d’Afghans vers des pays tiers ou leurs dossiers pourront être traités pour une éventuelle réinstallation aux Etats Unis. Dire que, pour Washington, la démarche est difficile est un sous-entendu. Peu sont en effet les pays de la région qui acceptent de prendre des Afghans en transit sans avoir la garantie qu’ils ne resteront pas en suite en permanence dans les pays de premier accueil.

Reste l’avenir avec, potentiellement un long mais constant mouvement migratoire de l’Afghanistan vers l’Europe avec, pour la Suisse, une interrogation ; que faire et comment le faire.

Donner l’asile a 10 000 Afghans, c’est accepter quelques 1600 familles avec une première interrogation : tous d’un coup ou réparties sur plusieurs années, et dans ce cas, combien ?  1600 familles, c’est 1600 logements ce qui pose non seulement la question des loyers mais aussi de la répartition par cantons.

En plus des problèmes de formation et d’emploi, les intéressés ne parlant aucune des nos langues nationale, il faudra prévoir des interprètes. Or il faudra non seulement les trouver mais aussi les payer et, considérant salaires et charges sociales on arrive facilement à des dizaines de millions de francs. En plus il faudra des permanences. En effet un réfugié Afghan qui fait une crise cardiaque au milieu de la nuit aura peu de chances de trouver un opérateur téléphonique aux HUG ou au CHUV qui parle le Pashtoun.

En comptant les charges annexes c’est donc un budget de plusieurs centaines de millions de francs qu’il faudra envisager.

Le résultat final est que, si le principe de l’asile fait partie de nos valeurs et n’est pas mis en question, sa gestion, sur le plan pratique exige plus que des propositions à l’emporte pièces. Comme quoi la démagogie et  le besoin de paraître s’accommodent mal des exigences pratique d’une politique humanitaire dont le créneau se trouve entre le souhaitable et le possible.

 

China Etats Unis; le choc des empires

Un des paradoxes de l’histoire est que l’expansion économique de la Chine et la concurrence que cela représente pour les États Unis sur le plan mondial est en grande partie un sous-produit de l’effondrement de l’Union Soviétique. La chute soudaine du grand frère soviétique fut perçue comme une véritable catastrophe par le communiste chinois qui en vint à se demander s’il ne serait pas le prochain à subir le même sort.

Eviter la catastrophe

Cette interrogation amena le Parti communiste chinois à trois conclusions. Premièrement, le modèle économique Soviétique était défaillant. Deuxièmement, il était impératif que le Parti préserve, pour ne pas dire renforce, son contrôle sur l’appareil de l’Etat. Troisièmement enfin, la force seule n’était pas suffisante pour assurer que le Parti se maintienne au pouvoir. Pour cela il fallait qu’il obtienne  l’adhésion d’une large tranche de la population.

Cette dernière exigence était essentielle si le Parti voulait pérenniser son pouvoir et elle passait inévitablement par une politique économique qui amènerait à l’enrichissement de la population. Le Parti se devait donc de sortir la Chine de la pauvreté dans laquelle elle croupissait depuis plus d’un siècle. Or pour ce faire, la Chine à elle seule et malgré la taille de sa population n’en avait pas des moyens. Pour se développer la Chine devait impérativement non seulement réformer son économie mais aussi  s’ouvrir au monde extérieur. Ouverture et développent économiques n’étaient cependant pas des buts en soi. Le but était de permettre au Parti de se maintenir au pouvoir et de ne pas subir le sort de son homologue Soviétique.

Un succès incontestable

Que cette approche fut couronnée de succès est le moindre que l’on puisse dire. En 30 ans 850 millions de Chinois furent sortis de la pauvreté dont le taux passa de 88 % en 1981 à 0.7 % en 2015 avec en parallèle une espérance de vie moyenne qui passa de 66 ans en 1980 à 77 ans en 2018. Et cette même année quelques 140 millions de touristes chinois dépensèrent 277 milliards de dollars à l’étranger. En fait, sur le plan interne, le Parti avait gagné son pari.

En revanche c’est sur le plan extérieur que le système se grippa.

Le succès économique chinois était dut essentiellement au fait que ses reformes sur le plan intérieur  lui permirent de devenir un acteur de poids dans l’arène économique internationale. Il en résultat une relation asymétrique ; une Chine ayant  accès à  une économie internationale ouverte tout en refusant d’en observer les règles.

Manque de vision

Ce déséquilibre fut toléré par Washington par un manque de vision à long terme mais aussi parce qu’une partie importante de la classe politique américaine encore aujourd’hui ne s’ést jamais faite à l’idée que la Chine puisse un jour devenir « communiste » et donc sortir du giron américain. Vu de Washington,  œuvrer au développement de la Chine et à son intégration dans le système international n’était qu’un moyen pour saper le pouvoir du Parti et provoquer un changement de régime. Or c’est le contraire qui advint.

Un empire millénaire

Le problème pour les américains fut qu’ils n’avaient pas à faire  juste à un autre pays du tiers monde pieusement qualifié de « en développement » mais à un empire de 1 milliard 400 millions d’habitants héritier d’une civilisation vielle de 2000 ans avec tout ce que cela comporte de ressources intellectuelles, de valeurs propres, de créativité mais aussi d’arrogance.

Contrairement à ce qui s’était passé avec l’Union Soviétique, le fait que les deux économies soient partiellement imbriquées ne fait qu’ajouter à l’imbroglio actuel. D’une part une superpuissance en devenir qui cherche á s’affirmer par tous les moyens à sa disposition et ne prétend jouer que par ses propres règles et de l’autre une superpuissance existante déchirée par ses contradictions internes et qui peine à maintenir une hégémonie mondiale que sa puissance militaire seule n’arrive pas à préserver.

Coexistance difficile

Dire que la coexistence entre les deux sera difficile est pour le moins un sous-entendu. Car rien dans leur DNA ne les prédisposent à traiter d’égal à égal avec un concurrent pour ne pas dire un antagoniste.

A l’exception d’un hiatus d’un siècle dans une histoire millénaire la civilisation Chinoise a essentiellement vécu focalisée sur elle-même, entourée de « barbares » qu’il valait au mieux ignorer. La venue au pouvoir des Communistes en 1949 a vu la réhabilitation de l’état chinois selon un schéma importé sous l’étiquette Marxiste. En fait la formule ne perdura pas. En moins de 50 ans la Chine digéra le Marxisme pour le réinventer sous l’étiquette de « Socialisme avec des caractéristiques Chinoises » pour en faire un produit interne à usage unique. En fait c’était une réincarnation de la Chine impériale version 21 ème siècle en une formule qui combinait des éléments du Confucianisme avec un pouvoir fort et dirigiste, une économie de marché contrôlée, le tout aux mains d’une nouvelle classe de Mandarins dont l’emprise sur le pouvoir se voulait absolue.

Si tout prédisposait l’empire Chinois version 21 ème siècle à chercher à tirer profit de ses relations avec les « barbares » sans pour autant devoir composer avec eux et avec leurs règles, l’environnement international se prêtait difficilement à une telle approche. En effet l’interlocuteur principal de la Chine, à savoir les États Unis, lui aussi n’était guère prédisposé à composer.

L’empire américain

Prise dans sa globalité les États Unis n’ont jamais été confrontée à devoir gérer d’égale à égal une relation complexe avec un interlocuteur étranger.

Entre une guerre ouverte avec l’Allemagne ou le Japon ou ils se sont imposés grâce à leur puissance industrielle, une guerre froide avec le bloc Soviétique ou un système d’alliances avec des états qui lui étaient redevables les États Unis n’ont jamais été amenés à traiter avec un interlocuteur à la fois utile et concurrent qui prétend jouer selon ses propres règles dans la même cour de récréation.

Il en résulte que plutôt que de pouvoir dicter ses règles et ses conditions, Washington se trouve, pour la première fois dans son histoire face à un état qui politiquement n’est ni son obligé ni son soumis et dont la puissance économico-militaire se rapproche lentement de la sienne.

Ainsi la question qui se pose n’est pas de savoir s’il y aura un choc entre les deux protagonistes mais plutôt, sur les prochain 50 ans, comment sera-t-il géré et quelle sera la forme d’un hypothétique équilibre qui en découlera.

L’alternative, c’est un affrontement permanent entre deux rivaux dont chacun estime qu’il n’est redevable qu’à lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

Ongs: charité bien ordonnée commence par soi-même ?

 

 

Salaire annuel de Kenneth Ross, Directeur de l’ONG Human Rights Watch : 610 000 Dollars.

 

Indemnité de départ de Irène Khan, Secrétaire Générale de Amnesty International lorsqu’elle fut remerciée en 2008  par le Conseil de l’organisation après 9 ans de services et à une année de la fin de son mandat : 850 000 francs.

 

Salaire annuel du Directeur de l’ASPCA, la société américaine pour la prévention de la cruauté envers les animaux : 852 000 dollars.

 

Salaire annuel du Directeur de la YMCA américaine : 786 000 dollars.

 

Salaire annuel du Directeur de la Audubon Society consacrée à la protection des oiseaux : 695 000 dollars.

 

DES RENUMERATIONS A DONNER LE VERTIGE

 

Si ces niveaux de rémunération peuvent à première vue donner le vertige elles ne sont que le reflet d’une évolution sociétale. Face à une carence de l’état dans le domaine social, des individus de bonne volonté s’unirent pour entreprendre des actions caritatives en faveur des plus démunis. A l’origine ces associations étaient essentiellement l’apanage des pays Anglo-Saxons aux gouvernements peu interventionnistes. Ainsi, aux 18ème et 19ème siècles, les ONG jouèrent un rôle important dans la lutte contre l’esclavage et le développement de l’action syndicale.

En 1945, dans le cadre de la création de l’ONU le besoin fut ressenti de créer un cadre légal qui identifierait ce qui allait être défini comme des Organisations Non Gouvernementales à buts non lucratifs dédiées essentiellement à une action sociale. Cette approche permettait de différentier les ONG soit des organes de l’ONU, soit d’organisation émanent directement de gouvernements.

 

UNE PRESENCE INCOUNTOURNABLE

 

Cinquante ans plus tard, les ONG sont devenus une composant incontournable  du monde contemporain. On estime aujourd’hui que le nombre d’ONG de par le monde, toutes causes confondues, se chiffre à environs 10 millions. Aux Indes on en recense quelques  3.3 millions. Au Royaume Unie où elles sont qualifiées de « charités » elles emploient quelques 750 000 collaborateurs à plein temps et 2.2 millions de volontaires. En Europe on estime leur nombre à 4000. Mais  ce sont les Etats-Unis où on en dénombre 1.5 millions qui donnent le ton avec un débours annuel  de quelques 30 milliards de dollars.

 

QUATRE SUBSTRATS

 

Dans la galaxie des ONG américaines on peut distinguer quatre substrats. Il y a d’abord ce que l’on peut  qualifier de NGO paravent. La plus connue, c’est le National Endowment for Democracy ou Fonds National pour la Démocratie. Crée en  1983 par le Congrès américain sous la forme d’une ONG, sa tache était de prendre le relais de la CIA dans le financement  de par le monde de mouvements d’opinion favorables aux intérêts de Washington. Avec un budjet annuel de 185 millions de dollars alloué par le Congrès américain et une multitude de donations dont la moyenne se chiffre a environs 50 000 dollars, le NED finance des groupes ou organisations qui visent à promouvoir la « démocratie » de par le monde, que ce soit parmi les Ouighours, au Tibet, à Hong Kong etc. avec une focalisation marquée sur l’Ukraine. En revanche, aucun groupe  en Israël ou dans les états du Golf ne bénéficie de ses subventions.

Il y a en suite la grande masse des ONG à vocations multiple que vont de la protection des singes à la recherche sur le cancer, l’aide eux enfants, la promotion des monuments nationaux, les associations de vétérans, la diffusion de la Bible, le sauvetage des chats perdus, la recherche sur le diabète, et cela à n’en plus finir.

 

LES ONG A VOCATION HUMANITAIRE

 

Il y a enfin les ONG à vocation humanitaire qui opèrent sur le terrain et apportent un aide tangible

La multiplication des crises humanitaires, leurs ampleurs et la prise de conscience parmi les pays développés de leurs responsabilités ont fait table rase des amateurs de la charité. Le résultat, c’est que les grandes ONG à vocation humanitaire sont devenues l’équivalent de multinationales.

 

DES PROFESSIONNELS INDISPENSABLES

 

Et lorsque les budgets atteignent le milliard de dollars il n’y a pas d’alternative aux professionnels du management avec des rénumérations en conséquence. Ainsi si le directeur de la Croix Rouge américaine toucha un salaire annuel de 709 000 dollars il gère un budget de 3.665 milliards de dollars et supervise 19 345 collaborateurs…ce qui ne revient pas a dire que la relation sujet/rémunération est toujours constante….exemple  le « American Joint Distribution Committee » qui compte 991 collaborateurs et un budget de 284 millions de dollars est supervisé par un conseil d’administration de…172 membres et accorde à son directeur une rémunération de 920 000 dollars par an.  Quant au « Secours Catholique » pour prendre un autre exemple,  qui compte 1116 collaborateurs, la rémunération de son directeur est de 306 000 dollars alors que son budget se chiffre à 991 millions de dollars dont 400 millions sont alloués par le gouvernement américain.

Si la liste est longue, le propre de ces ONG est qu’elle travaillent avec du concret et l’aide qu’elles apportent, que ce soit avec des fonds alloués par des gouvernement ou par des donateurs privés est réelle. Ce qui n’est pas le cas des ONG qui s’affichent comme ayant pour mission la « promotion » des droits de l’homme.

 

PROMOUVOIR LES DROITS DE L’HOMME

 

Promouvoir les droits de l’homme consiste essentielle dans la tache d’en identifier les violations d’une part  et de les dénoncer  publiquement de l’autre. Ce geste présuppose que l’acte de dénonciation ait une large répercussion. En d’autres termes sans la caisse de résonnance que représentent les médias la dénonciation d’une violation n’as pratiquement aucune portée. Mais même si cette condition est remplie ,elle ne garantit en rien que celui qui aurait commis une telle  violation cesse de persévérer  dans la voie qu’il a choisit.

En réalité plus la violation est sérieuse et plus elle est le fait d’une politique étatique, moins son les chance de voir celui qui la commet  céder face a une pression médiatique.

 

QUELLE EFFICACITE ?

 

En fait l’efficacité des « promoteurs » est inversement proportionnelle à la gravité des cas dénoncés. Partant du principe qu’aucun système n’est parfait aucune démocratie n’est à l’abri d’un dérapage. Or lorsque celui-ci est mis en évidence – par exemple un demandeur d’asile en Suisse ou en France qui se voit injustement refusé le statut de réfugie – il est évident que une réaction des médias, pour ne pas dire de la classe politique a de fortes chances d’aboutir à un résultat positif. En revanche toute les dénonciations au monde ne feront pas changer d’un iota les politiques de pays comme l’Iran ou la Corée du Nord. Il y a enfin les zones grises. L’ancienne Allemagne de l’Est a du construire un mur pour éviter de se dépeupler alors que la Chine – les deux pays étant gouvernés par des partis qui ne tolèrent pas de dissidence politique –  laisse ses citoyens voyager librement  à l’étranger. La zone grise inclut aussi une dimension culturelle ; là ou certains occidentaux voient une ingérence dans la vie privée comme par exemple la multiplication des cameras à reconnaissance faciale ou l’obligation de porter une carte d’identité, d’autres comme le chinois moyen y voit une instrument qui lui assure une meilleure sécurité.

 

PAS DE CONTROLE DE QUALITE

 

Reste une autre question ; Les « promoteurs » peuvent-ils se tromper ? A l’heure actuelle, les médias n’ont ni les temps ni les moyens de vérifier l’exactitude des communiqués diffusés par des organisations tels que Amnesty International (AI) ou Human Rights Watch (HRW) et qu’ils reproduisent.

Or pour les « promoteurs », opérant dans un climat de concurrence ou les donateurs sont toujours les mêmes et où le besoin de s’afficher comme actif est impératif, la tentation est forte de faire feux de tout bois pour occuper l’espace médiatique. Cette tentation est exacerbée par le fait qu’il n’existe aucun organe de contrôle impartial et indépendant pour vérifier la qualité du travail de ces ONG et c’est plus par hasard qu’on découvre des défaillances.

Ainsi vers la fin de  la crise des Boat People vietnamiens, 96 000 d’entre eux qui ne n’étaient pas qualifiés pour recevoir le statut de réfugié étaient en cours de rapatriement sous un programme d’amnestie avec une assistance du HCR. Ce fut l’occasion pour HRW de dénoncer le programme de rapatriement et d’exiger qu’il soit suspendu. Le HCR passa outre et le rapatriement se poursuivit comme prévu mettant ainsi fin à une des plus grandes crises humanitaire de la guerre froide. Pour ne pas être en reste quand un groupe de vietnamiens qui ne voulaient pas être rapatriés brulèrent leur baraquement AI dénonça le HCR pour avoir mal logé les vietnamiens, sans dire évidemment que c’étaient eux qui avaient mis le feu à leurs logements

 

UN  CONTROLE RELATIF

 

Il appartient au Conseils d’administration des ONG de fixer les rémunérations de leurs collaborateurs et si les comptes doivent subir un audit, aussi longtemps qui les donateurs sont satisfaits le système procède normalement. Ainsi, et quel que soit le rapport rénumération/performance au sein de l’organisation, le dernier mot revient aux donateurs. C’est là que le système se grippa lorsque AI alloua à sa Secrétaire Générale congédiée une allocation de départ de 850 000 francs. La somme était censée être confidentielle jusqu’au jour où le Daily Mail la révéla provoquant une levée de boucliers en Angleterre parmi des milliers de petits donateurs de l’organisation, scandalisés pat l’usage que l’on faisait de leur contribution.

 

UNE REALITE

 

Cette parenthèse mise à part les ONG font désormais partie des notre monde. Avec des budgets allant de quelques centaines de milliers de francs à plusieurs milliards, des salaires allant du volontariat à ceux de multinationales, indépendantes ou financées  partiellement ou totalement par des gouvernements, épousant des causes aussi diverses que la création d’asiles pour les primates, la protection des consommateurs, la défenses des droits de l’homme, le développement économique, la restauration de monuments historique sou la promotion de telle ou telle religion, elles couvrent pratiquement tout le spectre des activités humaines avec tout ce que cela peut comporter de positif…ou de dérapages.

 

 

 

 

Genève Shenzhen: on peut rèver

 

 

Le défi que la Chine représente pour l’Occident n’est pas seulement économique. A long terme un des enjeux est la capacité d’une société de mette sa technique au service de l’humain et plus spécifiquement de la mobilité. En effet le transport physique des choses et des gens est un des piliers de notre société et conditionne de façon substantielle l’usage que l’humanité fait du sol de notre planète. Or cet usage est de plus en plus à caractère urbaine.

Toujours plus de villes

On estime qu’en 2050 deux tiers de la population mondiale, c’est à dire quelque 6 milliard d’habitants vivra dans de villes. Si cette tendance des humains à se grouper dans des centres urbains est un phénomène mondial, la Chine en est en première ligne.

En 1980 18 % de la population chinoise habitait dans des villes. En 2020 ce taux est monté a 58 %. En 2025 le pays prévoit d’avoir 23 villes de plus de 5 millions d’habitants dont 8 de plus de 10 millions. Pour assurer leur existence ces villes ont besoin de ressources, quelles soient humaines ou matérielles. Or ces ressources doivent par définition être transportées là ou leur besoin se fait sentir. Vu la dimension des villes, gérer la mobilité qui prévaut à leur existence est équivalent à la gestion d’une partie de la planète ; une science où la Chine est en train de montrer la voie.

Les villes du futur

Pour gérer les villes du futur le gouvernement chinois créa en 1999 le Centre National pour le Transport Intelligent. (CNTI)

La motivation principale pour le création de ce centre découle du fait que les autorités chinoises étaient arrivées à la conclusion que pour garantir aux habitants un minimum de qualité de vie, les villes, que ce soit celles du passé comme celles   du futur, ne pouvaient tout simplement pas être gérées avec des protocoles traditionnels. Mais dans cette perspective on ne pouvait pas dissocier la ville d’aujourd’hui de la ville de demain car cette dernière ne sera que la continuation et l’expansion de la ville d’aujourd’hui. Il fallait donc prendre la ville d’aujourd’hui comme point de départ et  reconcevoir la façon dont elle s’articulait sur elle-même au niveau de la mobilité en intégrant dans un même libellé l’individu, c’est à dire l’usager des moyens de transport, le moyen de transport, c’est à dire le véhicule, et enfin l’espace, c’est à dire les rues disponibles. Or cette intégration exige que l’on recueille  simultanément un tel nombre de données  que les technologies traditionnelles ne sont plus en mesure de les traiter.

La ville intélligente

Pour promouvoir ce qui fut qualifié de « ville intelligente » ou « City Brain », le CNTI créa trois projets pilotes  dont le plus grand, Shenzhen, fut attribué à Huawei.

Il y a 40 ans Shenzhen était un village de pêcheurs à la frontière de Hong Kong. Aujourd’hui c’est une métropole de 21 millions d’habitants qui, avec 530 voitures par kilomètre de route, détient le record de la  plus grande densité de voitures  pour une ville chinoise.

Transformer Shenzhen en « ville Intelligente » exigeait d’abord que, conceptuellement, on intègre transport routier, transport aérien et transport par chemin de fer. Ainsi, les accès aux aérogares et aux gares de chemin de fer devaient être intégrés au transport par route.

Huawei à la rescousse

Ce principe étant acquis, Huawei fut mandaté pour créer un système intelligent de gestion du trafic intégrant le Cloud Computing, l’Intelligence Artificielle, et le Big Data,  le tout opérant en temps réel.

Ce système, comprenait trois composantes : l’entrée des données, leur traitement et enfin leur gestion. Afin de recueillir les données Shenzhen fut  recouvert d’un réseau  de caméras qui scannaient en permanence l’ensemble du réseau routier. Or la quantité de   des données  produites était telle  qu’il n’existait aucun système capable à la fois de les gérer en temps réel et de produire une solution immédiate. Huawei fut donc amené à créer un « trafic brain », c’est à dire une plateforme intelligente qui pouvait non seulement intégrer les données soumise par quelques 20 000 cameras  de surveillance mais aussi s’en servir pour gérer en fonction du trafic et en temps réel l’ensemble du réseau des feux de circulation.

Des feux de circulation qui pensent

Le résultat sur le plan pratique, c’est que les feux sont désormais  gérés en fonction des réalités du trafic. Ainsi, par exemple, à un carrefour les feux passent au rouge sur la voie principale uniquement s’il y a des voitures en attente sur les voies latérales. Et quant à la durée des feux, rouges ou verts, elle est déterminée par les conditions de trafic.

Shenzhen n’est pas le seul exemple de « City Brain ». En 2016 Alibaba obtint le mandat de réaliser de toute urgence un avant-projet pour le ville de Hangzhou qui était la plus embouteillée de Chine. En un an Hangzhou passa de la première place à la quarante-huitième au niveau des embouteillages en Chine.

Si Shenzhen est encore en partie à l’état de projet, le concept n’est pas passé inaperçu sur le plan mondial. En 2013 l’Allemagne a signé un « Partenariat pour l’Urbanisation » avec la Chine et en 2018 la ville de  Duisburg et Huawei ont signé un accord pour la création d’un écosystème comprenant une « Ville Intelligente » dont le trafic intégrerait des voitures autonomes dans un « City Brain » basé sur le Cloud.

Et Genève ?

Et Genève ? Celle qui se présente comme la plus grande des petites villes est la ville de Suisse la plus embouteillée où l’on circule moins bien que dans des métropoles comme Hong Kong, Singapore ou Wuhan. Une ville dont les habitants perdent en moyenne 18 jours par an bloqués dans des embouteillages. Imaginons le boulevard des Tranchées au croisement de la rue de l’Athénée. Les feux sont au rouge pour laisser passer les voitures venant de la rue de l’Athénée. Rien de bouge et pourtant sur la rue de l’Athénée pas une voiture…multipliez l’exemple par cent. Shenzhen est bien loin. On peut rêver.

Israel et les Arabes: une dialectique sans réponse ?

On ignore l’origine de la fable, mais elle est bien connue en Egypte. C’est l’histoire du scorpion qui voulait traverser le Nile. Malheureusement il ne savait pas nager. Il rendit donc visite à la grenouille pour lui demander si elle le laisserait monter sur son dos et si elle serait d’accord de le transporter vers l’autre rive du fleuve.

« Il n’en est pas question » répondit la grenouille «  si je te laisse monter sur mon dos tu vas me piquer ». « Réfléchis » répondit le scorpion «  si je te pique durant la traversée tu vas certes mourir mais moi aussi car je vais me noyer. »

Après avoir longtemps réfléchit, la grenouille en conclut que le raisonnement du scorpion se tenait. Elle l’autorisa donc à monter sur son dos et entreprit de traverser le fleuve. Arrivés à mi-course, le scorpion soudainement piqua la grenouille. Alors que les deux agonisaient, la grenouille, dans un dernier souffle demanda au scorpion « pourquoi as-tu fait cela. Est-ce que nous méritions vraiment cette punition ? «  «  Oui «   répondit le scorpions «  nous la méritions car nous avons oublié, toi et moi, que nous sommes au Moyen Orient. »

 

LE MOYEN ORIENT

 

Le Moyen Orient. Peu de régions du monde ont fait l’objet d’autant de partages territoriaux, de promesses contradictoire, d’espoirs trahis, de rêves inassouvis, de traités éphémères et d’ambitions déçues.

L’irruption du Sionisme dans ce maelstrom a été un détonateur de plus dans une poudrière. Le mouvement Sioniste vit le jour en Europe Centrale essentiellement en réaction à l’antisémitisme et se donna comme mission de promouvoir l’équivalent d’un état juif dans ce qui était alors la Palestine sous domination Ottomane

La chute e l’empire Ottoman vit la Palestine passer sous mandat Britannique. Il appartenait désormais à Londres   de gérer une immigration Juive certes  contenue mais constante et qui  fut  perçue par les Arabes Palestiniens comme une forme d’invasion de la part d’Européens. Pour les Juifs, en revanche,  c’était le retour à la Terre Promise.

La défaite du troisième Reich comme les révélations de l’Holocauste accéléra une immigration que les anglais n’arrivaient plus à contrôler.

 

PRTAGE REFUSE

 

Les deux communautés – Palestiniens Juifs et Palestiniens Arabes étant a couteux tirés et en l’absence to toute espoir d’accord l’ONU décida, le 29 novembre 1947  de partager la Palestine en deux comprenant une zone Arabe et  une zone Juive avec Jérusalem sous contrôle international.

La partition fur acceptée comme un moindre mal par les palestiniens Juifs et rejetée catégoriquement par l’ensemble du monde  arabe. Le 15 mai 1948 le mandat Britannique sur la Palestine prit fin  et  les palestiniens Juifs proclamèrent l’état  d’Israël. El le même jour les armées de cinque pays arabes partirent á  l’assaut du nouvel état.

Dans un autre contexte la question aurait été « pourquoi ». Que la division de la Palestine ait put poser un problème pour les Palestiniens Arabes était concevable. Mais en revanche elle n’affectait en rien les intérêts ou la sécurité des pays arabes tels que l’Egypte, l’Arabie Saoudite ou même la Syrie. Leur détermination, selon l’expression en cours de « jeter les Juifs à la mer » ne relevait donc pas d’un calcul géopolitique. De même, en ce qui concernait le plan de partage de l’ONU, si celui-ci allouait aux Juifs Palestiniens un territoire proportionnellement plus grand par rapport à leur population que celui alloué aux Arabes Palestiniens, le différend n’était pas là. Ce  qui était en cause ce  n’était pas tant  le tracé du plan de partage ; c’était  le concept même du partage. En d’autres termes le conflit n’était pas territorial mais existentiel.

 

PAS DE COMPROMIS

 

Dans un autre contexte il est possible que les parties en présence auraient accepté un compromis. Mais dans la partie du monde qui avait été le berceau de trois grandes religions la notion de compromis n’était pas à l’ordre du jour ; ce fut donc une véritable déferlante venue du monde Arabe qui fit marche ver le nouvel état.

Le dos au mur, sans possibilité de retrait et avec en arrière plan la mémoire de l’Holocauste, les israéliens se battirent avec l’énergie du désespoir. Confrontés à des armées arabes mieux armées mais peu motivées et mal commandées non seulement ils réussirent à préserver les territoires qui leur avaient été alloués par le plan de partage mais les agrandirent et lorsque un armistice fut signé en février 1949 ils ne les avaient pas seulement presque doublés mais avaient aussi conquis une partie de Jérusalem.

 

OCCASIONS PERDUES

 

Ni le plan de partage de 1947, ne la ligne d’armistice de 1949 ne changèrent le fond du problème. Sur le papier chaque partie avait  un territoire et donc par définition le potentiel de créer un  état. Ainsi la logique, pour ne pas dire une appréciation rationnelle  des rapports de forces entres parties au conflit,  laisserait croire qu’en 1947 et en  1949 deux occasions pour arriver a une solution négociée furent perdues. En fait elle n’étaient pas perçues comme telles Car si l’aspiration á la « terre promise » de la part des Juifs Palestiniens était un acte de foi susceptible de se concrétiser en une solution territoriale, la négation de cette aspiration par ce qui passait pour le « Monde Arabe » était lui aussi un acte de foi qui n’était pas sujet a négociation.

 

TROIS NON

 

Le résultat, du coté Arabe, fut la politique des « trois non ». Pas de paix, pas de reconnaissance, pas de négociation. Si la guerre des six jours de 1976  marqua l’apogée de la force militaire d’Israël, et la guerre du Kippour de 1973 ses limites, la problématique de base resta la même avec une épine de plus ; la question des refugiés palestiniens.

 

REFUGIES

 

Suite à la création de l’état d’Israël quelques 720 000 Arabes Palestiniens cherchèrent refuge dans les pays arabes environnants. Si les évènements qui en firent des réfugies sont encore sujet a polémique, la crise humanitaire qui en découla était bien réelle et méritait une intervention d’urgence.

Cree en décembre 1949 l’UNRWA avait comme mission de pourvoir aux besoins des réfugiés Palestiniens dans l’attente d’une solution. Or celle-ci  se limitait à deux options. Soit le retour dans leurs lieux d’origine désormais en Israël, soit leur réinstallation dans les pays Arabes. Israël refusant de les reprendre et les pays Arabes refusant de les réinstaller, la création de l’UNRWA satisfaisait tout le monde. Soixante-dix ans plus tard, ce qui avait été une solution, en principe temporaire, était devenu une partie du problème.

La clé de voute du système UNRWA tient au fait que le statut de réfugié Palestinien s’hérite sans limite de temps selon la ligne patriline. Ainsi, quand le fils d’un réfugié – mais pas la fille- se marie, ses enfants sont des « réfugiés » et cela de génération en génération. Le résultat c’est que si parmi les  réfugiées de 1949 seulement quelques 40 000 sont encore en vie, le nombre total de refugies palestiniens comptabilisés par l’UNRWA aujourd’hui se chiffre a environs 5 millions et ne cesse de croitre.

 

UN AUTOGOAL

 

Tout comme le refus de reconnaître le plan de partage de la Palestine de 1947,  parquer les Palestiniens dans des camps et refuser de les intégrer afin de s’en servir comme instrument de pression contre Israël se révéla pour le monde Arabe  un monumental auto-goal. Avec les années les camps devinrent des havres de désespoir et les premiers incubateurs d’un terrorisme qui perdure jusqu’à nos jours.

Après avoir cherché à renverser le gouvernement Jordanien et imposé leur présence au sud-Liban, les palestiniens se retrouvent comme une communauté marginalisée dont les états Arabes se passeraient bien. Une méfiance exacerbée par l’appui Palestinien à Saddam Hussein lorsqu’il envahit le Koweït en 1991 et qui résulta dans l’expulsion de 200 000 palestiniens du Koweït lorsque ce dernier retrouva son indépendance.

Avec les passage des années et la pérennisation de l’implantation  Israélienne dans les territoires occupés les rôles ont permuté. A l’origine l’exigence des dirigeants Palestiniens était « un état, partie intégrante de la nation Arabe ». Aujourd’hui le camp de la partition est désormais Arabe et ce sont les extrémistes Israéliens qui s’y opposent. Et suite à la reconnaissance d’Israel non seulement par l’Egypte et  la Jordanie  mais aussi par les Emirats  Arabes et Bahreïn, la  « cause palestinienne » ne fait plus recette.

 

VICTIMES

 

Si la parenthèse est loin d’être fermée, les dégâts, à ce jour sont considérables et le nombre des  victimes de même.

D’abord les Palestiniens ; victimes d’un processus historique qui les dépassaient,, victimes du refus du plan de partage de 1947, victimes du refus de bâtir un état selon la ligne d’armistice de 1949, victimes de leur instrumentalisation par leurs frères Arabes, victimes enfin de leur rêve d’un « retour »illusoire et d’une réalité certes injuste mais qui, tout comme les Allemands des Sudètes, les Français d’Algérie, les Rohingas, les Chinois du Vietnam, les Indiens d’Ouganda pour ne pas dire toutes les communautés Juives Sépharades du monde Arabe,  les condamnent à refaire leur vie ailleurs.

 

QUEL AVENIR ?

 

Ce refus de voir la réalité amène à deux autres interrogations ;

Premièrement, vue le taux de natalité de la population Arabe, l’annexion de territoires palestiniens par Israël, plutôt que la création d’un Etat palestinien indépendant constitue-t’il une bombe à retardement pour l’état Juif ? De même, considérant la politisation accrue de la société Israelienne entre ultra-orthodoxe qui ne payent pas d’impôts et ne servent pas dans l’armée, expansionnistes fanatiques, laïques et autres, dans quelle mesure la fin potentielle de la  menace Arabe  priverait le pays du sens de danger partagé qui contribue à son unité ? Avec Hamas qui contrôle Gaza et qui a pour seul objectif l’éradication de l’état  Juif ce jour n’est pas prêt d’arriver. Pour le moment, du moins.

C’est dire que dans un monde ou aucun des antagonistes en présence n’as  jusqu’á aujourd’hui manqué une occasion de manquer une occasion, le jour ou le scorpion pourra monter sur le dos de la grenouille pour ainsi traverser sereinement le Nile n’est pas pour demain.

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L’Europe et ses migrants

Il n’est pas rare de voir dans les médias, pour ne pas dire dans le langage de certaines ONG ou de personnalités politiques un même groupe qualifié successivement de « réfugiés », de « demandeurs d’asile » et de « migrants ».

Confusion

Si la confusion qui en découle est souvent instrumentalisée, pour ne pas dire politisée, elle est aussi la conséquence d’une situation qui échappe parfois à des définitions précises. Ainsi il est acquis qu’un « réfugié » est une personne qui fuit une persécution pour des raisons politiques, ethniques ou religieuses ou, accessoirement une situation de guerre.

Sauf dans des cas de déplacements massifs lors d’une guerre, un réfugié est d’abord un « demandeur d’asile » à savoir une personne qui s’estime persécutée dans son pays d’origine, qui se trouve à l’étranger et qui demande à être reconnue comme « réfugié ».

Si la demande de statut de réfugié est considérée comme justifiée le « demandeur d’asile » est qualifié de « réfugié ». Si elle ne l’est pas il est qualifié de « débouté » et doit en principe retourner dans son pays d’origine.

Qui est un réfugié ?

En fait, être reconnut comme « réfugié » ne donne à la personne concernée qu’un seul droit. Le droit de ne pas etre renvoyé dans un pays ou elle serait persecuté. En effet aucun état n’est tenu de lui donner un asile permanent.

Et un migrant

Enfin un « migrant » est une personne qui cherche à émigrer pour des raisons autres qu’une persécution personnelle ou un état de violence assimilable à une guerre.

Si sur le papier la problématique est simple. En réalité elle est autrement plus complexe. Ainsi le critère de « persécution » est pour le moins sujet a controverse. Les Conventions font état de raisons politiques, ethniques ou religieuses.

Femmes mutilées

Or on estime que, en Afrique, quelque 120 million de femmes sont victimes de mutilations génitales. Est-ce une « persécution » ? Aucune convention ne se prononce sur le sujet mais la Suède a accordé l’asile à une Soudanaise qui avait fait état du fait que si elle serait rapatriée elle serait victime d’une une mutilation. Le geste de lui accorder l’asile était louable mais il ne portait pas à conséquence. En revanche on peut se demander quelle aurait été la réaction de la Suède si 100 000 soudanaises avaient fait état de la même demande ; ou, en d’autres mots, à partir de quel point le souhaitable n’est simplement plus faisable ?

Une distinction difficile.

La problématique est rendue encore plus complexe lorsque migrant et réfugiés s’imbriquent. Ainsi il est acquis que les quelques 3.5 millions de syriens qui ont trouvé refuge en Turquie sont collectivement des « réfugiés », même si chaque cas n’a pas été évalué individuellement. Or si les conditions de vie des Syriens en Turquie sont pour le moins difficiles ils n’y sont pas persécutés. Ainsi tout mouvement de leur part au delà de la Syrie n’est plus motivé par un besoin de trouver asile. Il en découle que les si les Syriens qui se trouvent aujourd’hui à Lesbos sont bien des « réfugiées », ce n’est pas pour se mette à l’abri d’une persécution qu’ils se trouvent sur l’ile. En fait ils avaient déjà l’asile en Turquie et s’ils ont été bloqués à Lesbos par les autorités grecques c’est parce qu’ils cherchaient à émigrer illégalement vers l’Europe.  On assiste donc là à un nouveau phénomène à savoir le réfugié qui cherche à émigrer à partir du pays ou il a trouvé refuge et ou il n’est plus en danger.

L’exode à destination de l’Europe par la Libye est une autre version de la problématique migrant/réfugié.

Le cas Libyen

On estime que sous le régime du colonel  Ghaddafi chaque année 2 millions de personnes en provenance de l’Afrique Sub Saharienne se rendaient en Libye pour travailler. La plupart ne restaient que quelques mois dans le pays quitte à en suite rentrer chez eux pour revenir, l’année d’après mais ce-faisant ils assuraient la subsistance de leurs familles restées dans leur pays. Au total on estime que quelques 20 millions d’africains arrivaient ainsi à subvenir à leurs besoins. Quant à ceux qui cherchaient à procéder illégalement vers l’Europe ils étaient interceptés soit par les garde-côte Libyens soit par la marine Italienne qui les débarquaient discrètement en Libye.

Cet équilibre s’effondra quand l’administration Obama, par OTAN interposé, précipita la chute du régime Ghaddafi sans disposer de solution de rechange. En quelques semaines le pays sobra dans l’anarchie. Non seulement des millions d’africains perdirent tout source de revenu mais le pays devint une passoire dont profitent des gangs organisés qui alimente un flot ininterrompu de migrants vers l’Europe.

Explosion démographique

Or ce flot migratoire n’est pas un phénomène transitoire ou conjoncturel. Durant les prochains 25 ans l’Afrique sub saharienne dont proviennent les migrants passera de 1 milliard à 2 milliards d’habitants et l’Afrique du Nord de 210 à 350 millions d’habitants. Même en tenant compte des pronostics les plus optimistes, rien ne laisse supposer que durant ce lapse de temps les condition politiques, économiques et sociales dans la région évolueront au point de représenter une réelle alternative à une émigration massive et illégale.

La même problématique se pose dans l’est méditerranéen. La tentative de l’administration Obama de faire tomber le régime syrien par Etats du Golf interposés et de nouveau sans solution de rechange a non seulement avorté mais a laissé une Syrie en ruines avec quelques 6.2 millions de déplacés internes et 5.6 millions de réfugiées dont 3.5 millions en Turquie.

25 millions de migrants ?

La conséquence immédiate, en plus du cout humain, a été de donner à la Turquie une carte politique, pour ne pas dire un instrument de chantage dont elle n’a pas hésité à s’en servir. En effet, il suffit que la Turquie, comme elle l’a déjà fait, entrouvre ses frontières pour voir des centaines de milliers de réfugiés syriens affluer vers l’Europe. Or ceci n’est que la pointe de l’iceberg. Aujourd’hui les trois pays de la région producteurs d’un flux combiné de réfugiés et de migrants à savoir la Syrie, l’Iraq et l’Iran comptabilisent un total de 93 millions d’habitants. Dans 25 ans les projections donnent un chiffre de 147 millions, ce qui, ajouté à l’Afrique fait un pool de 2.4 milliards de personnes. Se basant sur cette projection, si seulement 1 %  cherchent à émigrer vers l’Europe on arrivera à un flux potentiel de 25 millions de personnes. Or quelle que soit l’étiquette que l’on donne aux migrants, ou les contingences de leur départ, les chiffres sont là et ils représentent pour l’Europe une réalité politique et sociale incontournable.

Un Pacte Migratoire

Le résultat, avec des décennies de retard, est un nouveau Pacte Migratoire que la Commission Européenne a soumis aux états membres et qui, en pratique, constitue une révision complète des principes censées gérer la migration telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Le premier principe c’est l’abandon du système dit de Dublin par lequel ce sont aux pays de premier accueil de gérer leurs influxs respectifs. Désormais, il appartiendrait à l’ensemble des pays européens de se répartir les nouveaux arrivants dont les dossiers devraient être, en première instance, statués en l’espace de cinq jours. En parallèle, toute décision négative devrait etre associée à un ordre de retour dont la mise en pratique serait facilitée par la création de centres de transit dans les pays d’origine.

Problèmes

A ce jour les premières réactions ont été prévisibles. Les pays du groupe de Višegrad – Pologne, Hongrie, Slovaquie et République Tchéquie – ont déclaré qu’il n’était pas question pour eux d’accepter des migrants même à titre temporaire. D’autre part on a assisté à une levée de boucliers de la part de la communauté des ONGs.

Le nouveau Pacte Migratoire aura certainement besoin de retouches et son application pratique inévitablement laissera parfois à désirer. Néanmoins, il est légitime de croire qu’il constituera un progrès face à la confusion actuelle, et cela d’autant plus que, si les critiques sont nombreuses, aucune ne présente une alternative susceptible de cadrer avec la réalité. Or celle-ci comporte un fait incontournable ; les inégalités sociales, l’injustice, la pauvreté et la répression qui poussent les gens à partir ne seront pas résolues de ci-tôt et ce ne sera pas l’Europe qui pourra imposer un nouvel ordre social aux pays d’origine.

Quelle alternative ?

Dans cette perspective il n’y as pas d’autre alternative pour l’Europe que d’adopter une politique migratoire à long terme qui fait la part des choses en cherchant à concilier un minimum d’exigences morales avec des contraintes pratiques dont on ne peut faire abstraction.

Mais une politique migratoire à elle seule ne tient pas la route sans un apport politique.

En effet, les deux grandes crises migratoires actuelle  qui impactent l’Europe, Libye et Syrie, sont les conséquences directes des tentatives de Washington de renverser deux régimes, abjectes sans doute mais dont l’affaiblissement ou la chute se sont révèles pire que le mal. Or c’est aujourd’hui l’Europe qui paye le prix des errements de la politique étrangère américaine.

Pour que de tels événements ne se répètent pas il ne suffit pas d’un Pacte Migratoire. Il faut aussi que l’Europe politique s’affirme, et cela non seulement par rapport à ses ennemis mais aussi par rapport à ses amis.

 

 

 

 

Retour à Shanghai

Son nom est sans importance mais pas sa nationalité. Il est européen, il réside en Chine depuis 40 ans, il en parle la langue, son épouse est chinoise et il a très bien réussi. Il a un luxurieux appartement à Hong Kong, sa résidence principale est à Shanghai et il se déplace régulièrement entre les deux villes.

Bloqué à Hong Kong

En mars de cette année il se trouve à Hong Kong alors que Pékin décrète le lock down du pays. Impossible donc pour lui de retourner à Shanghai.

En septembre, finalement, la situation se détend. Les étrangers régulièrement résidents en Chine peuvent enfin rentrer avec un bémol ; il y a des formalités à remplir.

La première étape exige d’obtenir un certificat médical de bonne santé délivré par un hôpital de Hong Kong agréé par Pékin. Il faut en suite présenter une lettre d’invitation émise par une société chinoise. Ensuite il faut passer un test de détection d’acide nucléique qui montre que l’on n’est pas porteur du Covid 19 et enfin il faut déposer une demande de visa à l’équivalent du consulat de Chine à Hong Kong. Durée de la procédure : un mois.

Arrivée à Shanghai

Le vol sur Shanghai se passe sans problèmes. A l’arrivée en revanche les passagers sont dirigés vers une salle spéciale ou les attendent une nuée de fonctionnaire chinois en tenue d’astronaute ; bottes, lunettes, gants et tenues blanches de protection. Il y a quatre contrôles ; douane, police, santé et municipalité.

Après avoir passe les contrôles les passagers sont amenés par un autobus sécurisé vers un hôtel du gouvernement. Là il subissent un nouveau test d’acide nucléique et se voient assignés un chambre avec interdiction d’en sortir. Quant aux repas ils sont déposés devant leur porte sur un plateau.

A la  maison

Le lendemain, les passagers dont le test est négatif et qui résident à Shanghai sont invités à se rendre chez eux avec une escorte de police. Arrivés à destination ils sont reçus par le personnel de l’immeuble où ils habitent, également en tenue sécurisée qui a été prévenu à l’avance de leur arrivée et qui s’emploie à désinfecter leur  bagages, le sol où ils ont marché et l’ascenseur qu’ils ont pris.

Dés qu’ils sont dans leur appartement, arrivent deux infirmières qui prennent leur température et le taux d’oxygénation de leur sang et leur donnent un sac poubelle de couleur jaune où ils sont tenus de mettre toutes leurs ordures ménagères. Pas question évidement pour eux de quitter l’appartement. En revanche ils peuvent commander ce qui veulent au supermarché du coin qui à un système de livraison à domicile bien rodé.

Contrôle quotidien.

Le lendemain matin à 9h20, les deux infirmières reviennent escortées d’un policier. Vérification d’identité, prise de température et réception du sac poubelle avec en échange un nouveau. Enfin à 13h30 vidéo conférence par We Chat et nouvelle prise de température.

Ce scénario se répète chaque jour pendant 14 jours. Le quinzième jour ils reçoivent un code QR qu’ils doivent montrer chaque fois qu’ils se rendent dans un lieu public mais à part cela ils sont libres.

La dernière question est accessoire mais pas anodine. Comment est-ce que les chinois perçoivent ce système ? Mais comme la preuve que les autorités se préoccupent de leur santé, voyons !

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On peut se passer de policiers chinois en suisse (bis)

La nouvelle a fait la une des médias. Des hordes de policiers chinois, invités par Berne, se seraient abattues sur la Suisse pour soumettre à la question des malheureux chinois que la Confédération s’apprête à expulser. Le TJ romand en a fait état. Des parlementaires se sont saisis de l’information. Ces fonctionnaires chinois qui viennent en Suisse pour identifier l’identité de demandeurs d’asile déboutés en instance de rapatriement, qui sont-ils ? Des ‘espions’ selon un Conseiller National. Des ‘agents étrangers’ selon un autre. Un éditorialiste s’indigne. Les expulsés, dont aucun ne remplit les conditions pour être reconnu comme réfugié politique, sont décrits comme des ‘demandeurs d’asile’.Et sa conclusion est sans appel; on peut se passer de policiers chinois en Suisse.

Des policiers chinois opérant sur sol suisse.

Que le nombre des rapatriés…deux par an au cours des derniers 5 ans soit statistiquement insignifiant n’est pas contesté. En revanche, le principe de ‘policiers chinois opérant sur sol suisse’ donne lieu à polémique, et plus encore si pris hors contexte. Un contexte qui lui en revanche, est incontournable.

140 millions de touristes chinois.

Si la Chine de Mao imposait de sévères restriction aux voyages à l’étranger de ses citoyens, ces jours sont révolus. Aujourd’hui pratiquement chaque chinois qui en fait la demande reçoit un passeport lui permettant soit d’émigrer, soit de faire des études à l’étranger, soit de se rendre à l’étranger comme touriste. L’émergence d’une nouvelle classe moyenne chinoise aidant, ce ne sont pas moins de 140 millions de touristes chinois qui se sont rendus à l’étranger en 2018 avant que le Covid 19 ne frappe.

Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur le régime chinois c’est donc un fait incontestable que, à un moment ou à un autre, 140 millions de chinois se sont trouvés dans un environnement ou ils n’étaient plus sous le contrôle de Pékin.  Or sur ce chiffre combien en ont profité pour se déclarer ‘persécutés’ et demander l’asile en tant que refugiés politiques ? 25,455 correspondant au 0.017 % du nombre total de touristes.

Tout demandeur d’asile n’est pas un réfugié.

Or pour ce faire le ‘demandeur d’asile’ doit prouver  qu’il a été personnellement l’objet d’une persécution pour des motifs religieux, politiques ou ethniques.

La plupart des états ont des procédures de détermination de statut afin d’évaluer si une demande d’asile est effectivement motivée par la nécessité de fuir une persécution et n’est pas un subterfuge pour chercher à émigrer.

Il est évident que selon le pays  les demandes d’asile tout comme les  procédures ne font pas abstraction de facteurs politiques. Ainsi au Japon qui a reçut 31.2 millions de touristes chinois, les demandes d’asile se chiffraient à 308 et le taux de reconnaissance à zéro. En revanche en Malaisie, avec 2.9 millions de touristes chinois, le taux de reconnaissance était de 100 % avec un bémol ; le nombre de demandeurs était de 11 et ils étaient tous Musulmans. Quant à la Thaïlande, sur les 10 millions de touristes chinois qui visitèrent le pays en 2018, 38 demandèrent l’asile et 21 furent reconnus comme réfugies.

Trois pays en tête de liste.

En fait la majorité des demandes d’asile des chinois se focalisent sur trois pays qui, accessoirement, sont aussi les destinations de choix de l’émigration chinoise, à savoir Etats Unis, Canada et Australie.

Confrontés á un total de quelques 16 000 demandes d’asile déposées par des chinois, le défi pour ces gouvernements est double ; d’une part il s’agit de gérer une procédure juste et efficace qui permet d’identifier les réfugiés par rapport aux demandeurs d’asile dont la demande est frauduleuse. Vu les complexités du pays d’origine ce n’est pas une mince affaire d’où des taux de reconnaissance avec de fortes variations ; 47 % pour les Etats Unis, 45 % pour le Canada et 3.4 % pour l’Australie. Or comme le profile du chinois qui demande l’asile dans un de ces trois pays est essentiellement le même on peut supposer que les variations sont dues à des facteurs politiques comme aussi probablement à une meilleure connaissance de la réalité chinoise de la part des fonctionnaires australiens par rapport à leurs collègues canadiens et américains.

Pas d’alternative au retour.

Le deuxième défi, et il vaut pour tous les pays ou des chinois déposent une demande d’asile est que faire avec les demandeurs déboutés? Les garder au même titre que les réfugiés serait vider de leur substance les procédures d’asile avec en plus le risque de créée un appel d’air incontrôlable. D’ou un consensus parmi les démocraties industrielle occidentales à savoir qu’il n’y a pas d’alternative au retour des déboutés.

Or c’est là que le problème se corse. Si le nombre de déboutés est à l’échelle mondiale pour le moins contenu – environs 17 500 – et beaucoup acceptent de se rapatrier volontairement, Pékin n’a jamais été particulièrement enthousiasmé par le retour de ses citoyens. En fait, ce sont les pays occidentaux qui sont demandeurs. Ainsi en 2016 les Etats Unis purent convaincre Pékin de reprendre 398 demandeurs d’asile déboutés, nombre que l’administration Trump réussit à porter à 525 pour 2017.

Identifier l’identité des rapatriés.

En l’absence d’une procédure globale en  la matière, on assiste à des accords de réadmission signés pays par pays et dont la mise en pratique est souvent laborieuse. Or si un nombre substantiel de demandeurs d’asile chinois déboutés acceptent leur rapatriement sans s’y opposer par la force, Pékin a une exigence qui n’est pas négociable, à savoir de vérifier l’identité de ceux dont les documents de voyage ne sont plus en ordre.

L’exemple du Vietnam

En fait c’est là une démarche standard. Ainsi en 1996 quand Hanoi accepta le rapatriement de quelques 98,000 boat people vietnamiens qui se trouvaient dans des camps dans les pays du Sud Est asiatique et qui s’étaient vu refuser le statut de réfugié, le Vietnam exigea de vérifier leur identité avant leur rapatriement. Cela ne posa aucun problème et c’est financé par le HCR que des équipes du ministère vietnamien de l’intérieur se rendirent dans les camps pour entreprendre ce travail.

La Suisse a survécu.

Dans le cas de la Chine ce travail d’identification et généralement entrepris par les services consulaires chinois dans les pays concernés, services qui peuvent si nécessaire être épaulés par des experts envoyés par Pékin. C’est ce qui advint en Suisse en juin 2016 quand, pour la première et à ce jour la dernière fois, une équipe vint de Pékin passer une semaine à Berne pour épauler le consulat. Manifestement la Suisse et ses institutions ont survécu à cette incursion…

 

 

Hong Kong: la bourse a voté

La décision du gouvernement chinois d’imposer à Hong Kong une nouvelle loi qui autorise l’extradition vers la Chine de prévenus accusés de porter atteinte à la sécurité de l’Etat ne devrait pas être une cause de surprise.  Tout au plus, ce qui est en revanche étonnant, c’est qu’il a fallut 23 ans aux autorités de Pekin pour prendre une telle décision.

Si Hong Kong a pu, de par le passé, éviter une mainmise de Pékin, que ce soit en tant que colonie britannique ou, plus récemment en tant « Zone Administrative Spéciale » de la Chine, c’est essentiellement pour deux raisons.

Premièrement, Hong Kong était utile et, en plus de son importance en tant que place financière, représentait il y a vingt ans environs 12 % du PIB Chinois.

Deuxièmement Hong Kong n’a jamais représenté une alternative politique ou un modèle différent de celui exercé par  le parti communiste chinois. En effet, durant la colonisation britannique, les autorités s’arrangeaient pour discrètement évacuer vers des pays d’accueil tous les dissidents chinois qui tentaient, à partir de Hong Kong de s’en prendre au régime de Pékin. En résumé, Hong Kong était gouverné par un pouvoir colonial qui savait ménager Pékin et ne laissait guère de place à toute velléité de « démocratie » avec un seul bémol : un état de droit scrupuleusement respecté.

Aujourd’hui, ces deux piliers sur lesquels reposait l’existence même de l’ancienne colonie britannique sont en train de s’effriter.

Des pilliers qui s’éffritent 

D’une part le fossé entre le revenu moyen par habitant à Hong Kong comparé à celui en cours en Chine continentale est en train de se combler. En d’autres termes, le modèle économique de Hong Kong, basé en grande partie sur le contrôle par l’état du secteur immobilier est désormais dépassé. Ayant raté le virage vers l’industrialisation, la haute technologie ou l’informatique, l’ancienne colonie britannique dépend désormais pour sa prospérité sur le tourisme, l’immobilier et le secteur bancaire, trois domaines qui n’assurent guère le long terme.

Sur la plan politique, pour ne pas dire social, Hong Kong a fait du sur place. Contrairement à Singapore où le gouvernement a mis en place un système d’assurances sociales  dont toute la population profite, Hong Kong n’est pas intervenu en la matière. Le résultat, c’est que dans une ville ou le PIB moyen par habitant est plus haut qu’en Allemagne ou en Angleterre, quelque 7 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Or à ces laissés-pour-compte du miracle économique de Hong Kong s’ajoute la frange de la population que l’ombre de Pékin inquiète.

Le résultat, c’est une masse critique de mécontents qui manifestent pour une «démocratie»  indéfinie et qu’ils n’ont jamais connue et qui va de casseurs qui vandalisent des stations de métro à de simples frondeurs qui agitent des parapluies. Que certains agitent des drapeaux américains garantit qu’ils se mettent sur le dos 1.4 milliard de chinois chez qui la fibre patriotique n’est pas un vain mot.

Sans illusions 

Il serait naïf de croire que le mouvement n’est pas instrumentalisé, pour ne pas dire manipulé de tous cotés. Ainsi, c’est a coup de centaines de milliers de dollars que le National Endowment For Democracy, une fondation crée par le gouvernement américain pour prendre le relais de la CIA dans l’appui à des mouvements anti-communistes distribue des subsides à des ONG à Hong Kong actives dans le mouvement dissident. La filière américaine a d’ailleurs toujours été une réalité et un des personnages clé du mouvement «démocratique», Martin Lee avait comme principal  champion à Washington le Sénateur Jesse Helms, un pilier de l’extrême droite connu pour son combat contre l’avortement, le mariage pour tous  et même la contraception. Il n’en fallait guère plus pour inquiéter un parti communiste chinois déjà porté par nature à voir des complots tous azimuts.

Un parti communiste dont il ne reste que le nom 

Le paradoxe d’une loi sur la sécurité adoptée par un parti communiste est que la réaction la plus positive est venue de la bourse de Hong Kong. A part la démonstration, s’il en fallait une, que le parti communiste chinois n’a plus rien de communiste sauf le nom, il est évident que pour l’économie de Hong Kong, prospérité rime avec stabilité et non pas avec «démocratie». En fait la loi sur la sécurité est la confirmation que Pékin tient, du moins pour le moment, à préserver la place financière de l’ancienne colonie britannique tout en levant l’hypothèque politique qu’elle pouvait représenter pour le gouvernement central. Cette réalité s’inscrit dans une autre, à savoir que Hong Kong fait partie de la Chine. Et cela, pour le meilleur ou pour le pire,  n’est pas négociable.