Parlementaires suisses a Taiwan; un voyage anodin ?

La visite à Taiwan prévue du 5 au 10 Février prochain d’une délégation parlementaires suisses voyageant à titre privé confirme deux vérités.  Premièrement tout parlementaire suisse, à le droit d’aller ou il veut, quand il veut. Deuxièmement, sur le plan de la technologie, Taiwan représente pour la Suisse une plate-forme incontournable. Ceci-dit tout ce qui relève de Taiwan n’est pas anodin et , qu’on le veuille ou non,  mets le doigt sur une problématique  vieille de plus de 70 ans et qui ne parait pas proche d’être résolue.

Une crise de 70 ans

Tout a commencé le premier Octobre 1949 quand Mao proclame la République Populaire de Chine. Les communistes règnent en maitres sur le pays à l’exception de l’ile de Taiwan ou se sont réfugiées les dernière force du Kuomintang (KMT). En Janvier 1950 le président Truman déclare que Washington n’as pas l’intention de défendre Taiwan.

Le 14 Février 1950 Mao signe un traité d’alliance avec Staline. Quatre mois plus tard, le 25 Juin  la Corée du Nord attaque la Corée du Sud. Vu de Washington le scénario est simple ; derrière les Coréens du Nord il y a les Chinois et derrière les Chinois il y a Moscou. Il est donc impératif pour Washington de tenir Pékin en échec si l’on veut contrer les Soviétiques. Et le lieu choisi, c’est Taiwan.

Ainsi ce même 25 Juin Truman ordonne à le 7 flotte de patrouiller dans le détroit de Taiwan pour empêcher les Communistes de débarque su l’ile.

La 7 eme flotte intervient

Pendant les vingt ans qui suivirent la politique étrangère Américaine perpétua la fiction que le KMT, réfugié à Taiwan représentait la Chine. Le passage du temps eut raison de cette chimère le 1 Janvier 1979 Washington et Pékin établirent des relations diplomatique sur le principe qu’il n’y avait qu’une seule Chine dont le gouvernement était à Pékin avec comme corollaire un non-dit, à savoir qu’il y avait a Taiwan un pouvoir local de fait avec le-quel Washington continuerait à avoir des relations officieuses ; une façon de  mettre le problème en veilleuse. Mais pas son environnement.

Le KMT, au pouvoir à Taiwan se présentait comme le gouvernement de la République de Chine à l’oppose de celui à Pékin qui s’affirmait comme celui de la République Populaire de Chine. En 1988 Deng Xiaoping proposa une solution : Taiwan se rallierait à la République Populaire de Chine tout en gardant son drapeau, son armée, son économie et ses institutions pendant une période de 100 ans. En pratique c’était le statut quo sous l’apparence de la réunification. Le KMT répondit en exigeant que Pékin abandonne le Communisme. L’impasse était totale. En fait il y avait deux pouvoirs concurrents sur le territoire de la Chine avec ce bémol que l’un occupait une ile de quelques 20 millions d’habitant et l’autre les reste du pays qui en comptait plus d’un milliard.

Une ligne rouge

Le KMT n’avait à l’époque pas plus de velléités démocratique que son homologue Communiste. Mais avec le temps Taiwan évolua vers une société qui acceptait une diversité politique Ainsi, en Janvier 2016, le KMT qui avait jusqu’alors régné sur l’ile perdit les élection qui virent la victoire de son principal adversaire le PPD ou Parti  Populaire Démocratique. Or contrairement au KMT qui prétendait représenter toute la Chine, la  charte du PPD, elle, prévoyait l’Independence pour l’ile. Pour Pékin c’était une ligne rouge à ne pas dépasser. Qu’un gouvernement chinois concurrent occupe une partie du territoire Chinois n’était pas pour plaire à Pékin mais c’était acceptable. Mais qu’un pouvoir local, qui devait son existence à une intervention occidentale fasse sécession et ampute la Chine d’une partie de son territoire ne l’est pas.

C’est là une réalité que le PPD a bien compris et qui l’as amené à mette en sourdine ses projets d’Independence ; sans compter le fait que la constitution de Taiwan  rend toute modifications des frontière de la Chine des plus problématiques. Mais il n’en reste pas moins que, vu de Pékin,  dans climat de méfiance  qui prévaut actuellement  dans ses relations avec les Etats Unis ,on est de plus en plus convaincu que Washington cherche à alimenter une sécession.

La réalité

Or celle-ci n’est pas ce que désire le Taiwanais moyen qui, lui ,ne demande qu’une chose : le maintient du statu quo. Or celui-ci est éloquent.

On estime que entre 2 % et 3 % e la population de Taiwan soit environs 500 000 personnes travaillent en Chine continentale en toute légalité. Taiwan, avec 190 milliards de dollars est le premier investisseur extérieur en Chine qui est la destination de 43 % des exportations de l’ile et 22 % de ses importations. Et quant aux liaisons aériennes entre les deux Chines elles continuent comme si rien n’était. Enfin si l’ile compte une armée professionnelle de quelques 180 000 hommes la durée de l’entrainement militaire obligatoire pour chaque citoyen est de…quatre mois. Ce qui revient à dire que il y a beaucoup de théatre dans les invectives qui s’échangent entre Taiwan et Pékin…

L’avenir ?

Reste l’avenir. Pékin, pour la forme, continuera à exiger une réunification. Taiwan, sous le parapluie américain continuera à provoquer Pékin tout en connaissant les limites à ne pas dépasser; un jeu qui peut durer longtemps.

Lorsque Truman a envoyé la 7 flotte dans le détroit de Taiwan il l’as fait parce que il en avait les moyens et qu’il n’y avait personne pour l’en empêcher. Reste à savoir si dans les décennies à venir Washington , en cas de crise, aura et les moyens et la volonté pour intervenir à 12 000 km de ses cotes en faveur d’une ile peuplée de quelques  22 millions d’habitants au risque d’une guerre aux conséquences imprévisibles.  Or c’est cette guerre qu’il convient d’éviter. D’où pour les parlementaires suisse deux impératifs ; ne pas se faire instrumentalisés et rappeler aux chinois, qu’il soient de Pékin ou de Taiwan qu’il est temps qu’ils parviennent   à s’entendre entre eux.

Alexandre Casella ; Ancien Directeur pour l’Asie au HCR et ancien Secrétaire Exécutif au Centre Asiatique des HEI.

Chine: comment se tirer une balle dans le pied

Le 25 avril 2007, l’État caribéen de Sainte-Lucie, qui avait établi des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine en 1997, a changé de camp et a ouvert une ambassade à Taiwan, accréditée auprès de la République de Chine.

Cette décision était le résultat de ce que l’on a appelé la “diplomatie du chéquier”, à savoir les efforts déployés par Taïwan pour acheter des reconnaissances diplomatiques en échange d’espèces sonnantes et trébuchantes. C’est ce qu’a reconnu le ministre des affaires étrangères de Sainte-Lucie, qui a déclaré sans ambages que sa politique était de “soutenir ceux qui vous donnent le plus”.

La décision de Sainte-Lucie, fur dénoncée par Pekin  comme étant une “ingérence brutale”  dans les affaires intérieures de la Chine.

Comment la nation la plus pauvre des Caraïbes, qui compte à peine 180 000 habitants, a-t-elle pu non seulement “s’ingérer” mais ce-faisant “brutalement” dans les affaires intérieures de la civilisation la plus ancienne de l’histoire, qui compte quelque 1,4 milliard d’habitants, est une question qui reste sans réponse.

Sans conséquences

En fin de compte, pour les deux Chines,  l’affaire fut sans conséquence. Taïwan n’a rien gagné et Pékin n’a rien perdu. À l’inverse, la réaction de Pékin s’est avérée être un signe avant-coureur de choses à venir.

L’une des recommandations de Deng Xiaoping était qu’en matière politique  étrangère, la Chine devait “dissimuler sa lumière et cultiver dans l’obscurité”. En termes pratiques, cela signifiait que la Chine devait observer calmement, cacher sa force et attendre son heure, étant entendu qu’elle ne devait frapper que lorsque cela était justifié et que le succès était assuré. La vision de Deng était celle d’une Chine sûre de ses valeurs, fière de son histoire et de sa civilisation et indifférente  aux vociferations  des barbares à ses portes. Mais cela ne devait pas durer.

Un poids lourd

L’avènement de ce que l’on peut appeler le régime de Xi Jinping a vu l’émergence de la Chine en tant que grande puissance économique à l’échelle mondiale.Cette évolution vit également un segment de plus en plus important de la population chinoise entre en contact avec  le monde extérieur. Ainsi, alors qu’en 2000, quelque 9 millions de touristes chinois ont  voyagé à l’étranger, le nombre a atteint quelque 154 millions en 2019. La même année, quelque 700 000 étudiants chinois étudiaient à l’étranger, dont la moitié aux États-Unis.

Bien qu’il soit difficile de detrminer l’effet de ce mouvement sur la psyché du pays, le concept de “barbares” étrangers a fait place à une perception mixte dans laquelle “étranger” n’est plus automatiquement synonyme de quelque chose de lointain, pour ne pas dire d’incompréhensible ; et il peut également s’avérer désirable, comme l’acquisition de produits de luxe importés ou les études à l’étranger.

Des barbares ?

Pour l’establishment chinois, la gestion de sa nouvelle puissance dans le contexte de ses échanges avec le monde extérieur s’est révélée être un défi à multiples facettes.En effet pour Pekin Il s’agissait non seulement de définir comment projeter la puissance économique et militaire de la Chine dans un environnement international, mais aussi comment gérer l’image de la Chine à l’étranger.

Une partie de ce nouveau défi consistait à consolider l’image de l’État chinois comme étant soucieux de la sécurité et du bien-être de ses citoyens à l’étranger;une préoccupation qui était devenue particulièrement pertinente avec la montée en flèche du nombre de citoyens chinois à l’étranger.

Libye

Ainsi, en 2011, alors que la Libye sombrait dans l’anarchie, les autorités chinoises ont réussi à évacuer quelque 35 000 de ses citoyens qui travaillaient dans le pays. En 2016, en collaboration avec les polices thaïlandaise et laotienne, une unité chinoise a sauvé un équipage chinois enlevés par des pirates sur le Mékong. Si ces deux opérations ont suscité des applaudissements considérables de la part de l’opinion publique chinoise, elles doivent être considérées comme une composante d’une vision beaucoup plus large de la politique étrangère de Pékin, à savoir la” Diplomatie de Grandes Puissance”.

La DGP a émergé à partir de 2013, comme l’expression du rôle diplomatique de la Chine dans l’arène mondiale, vu sous l’angle du régime de Xi Jinping ; ou, en d’autres termes, comment positionner la Chine diplomatiquement dans un environnement international.

Si le concept de DGP était essentiellement théorique, sa mise en œuvre a pris le monde, et en particulier l’Occident, par surprise.

Le loup guerrier

Du jour au lendemain, sous l’étiquette de  “Diplomatie du  Loup Guerrier” , toute expression étrangère perçue comme une critique de la Chine, que ce soit dans les médias, dans le monde culturel ou par des personnalités politiques, s’est heurtée à un barrage de dénonciations aux proportions colossales émanant des missions diplomatiques chinoises à l’étranger. Ainsi, en 2019, suite à l’attribution d’un prix Nobel de la paix à un dissident chinois, l’ambassade de Chine à Stockholm s’est retrouvée mêlée à des échanges véhéments avec les médias et l’establishment politique suédois.

Coronavirus

En janvier 2020, un journal danois, le Jylland’s Posten, a publié une caricature satirique dans laquelle les cinq étoiles du drapeau chinois étaient remplacées par cinq coronavirus. La caricature serait passée inaperçue si l’ambassade de Chine à Copenhague n’avait pas explosé en  une colère noire. Non seulement l’ambassade chinoise a qualifié la caricature d'”insulte à la Chine”, mais l’ambassadeur a personnellement exigé des excuses de la part du rédacteur en chef du journal. Il était évident que de telles excuses, dans un pays où la liberté d’expression fait partie intégrante de la culture, n’étaient pas envisageables.

Beaucoup de bruit

Des confrontations similaires entre les ambassades chinoises et les entités locales, qu’il s’agisse des médias, des ONG ou même des autorités, ont eu lieu au Royaume-Uni, en France et même en Suisse. Les communications étant ce qu’elles sont, les réactions de la Chine ont fait la une des médias, même dans les pays qui n’étaient pas directement concernés, projetant l’image d’une Chine peu sûre d’elle, qui ne supporte aucune forme de critique et qui semblait frôler le ridicule.

Dans un environnement occidental où la critique est la règle,  la dérision est quotidienne et la dissidence est ancrée dans les meurs, le barrage de protestations de la Chine a rapidement porté ses fruits, mais pas nécessairement ceux que les autorités chinoises auraient pu espérer récolter. En octobre 2020, une enquête de Pew Research a révélé que 78 % de la population d’Europe occidentale avait développé une opinion négative de la Chine. Et même si, en 2021, il semblait que la Chine s’efforçait de recalibrer sa vision de la manière dont elle  répondait aux critiques étrangères, le mal était fait. Non seulement le “Soft Power” de la Chine avait été rayé de la carte, mais les dommages causés à l’image de la Chine dans le monde industrialisé étaient tels qu’il faudrait des années pour les réparer.

Image kaputt

Si, en termes de promotion de l’image internationale de la Chine, la réaction de Pékin s’est avérée un désastre absolu, en termes de substance, elle s’est révélée sans conséquence ; ni l’économie de la Chine, ni sa base industrielle, ni son potentiel militaire n’ont été affectés de quelque manière que ce soit. En revanche, elle soulève un certain nombre de questions concernant à la fois le fonctionnement  du système chinois et et sa facon de percevoir le  monde extérieur.

On peut supposer que la décision de pousser à fond  le volume en dénonçant toutes les critiques étrangères à l’égard de la Chine, réelles ou perçues, a été prise à un niveau supérieur de la hiérarche. La raison de cette décision  rest inconnue mais si le but était de faire taire les critiques envers la Chine, elle était si manifestement vouée à l’échec que l’on peut se demander quel processus de  réflexion a précédé sa mise en œuvre, ce qui soulève une autre question. Il existe aujourd’hui en Chine un reservoir considerable  de connaissances et de compréhension du fonctionnement des sociétés occidentales. De même, les compagnies internationales de relations publiques qui conçoivent des stratégies pour manipuler l’opinion publique ne manquent pas. Il est clair que si l’une ou l’autre de ces ressources, ou les deux, avaient été exploitées, le monde n’aurait pas vu l’ambassadeur de la deuxième plus grande économie mondiale s’impliquer dans une querelle absurde avec le rédacteur en chef d’un journal danois insignifiant, ce qui soulève une autre question : le retour d’information.

Une diplomatie prudente

Ayant reçu ses instructions de sa capitale, c’est en  un diplomate chinois bien courageux qui aurait  rapporté à sa hiérarchie que la “Diplomatie du  Loup Combattant” était  en fait contre-productive et ne s’accordait pas avec un environnement social occidental. Une affirmation qui pourrait probablement être appliquée à la stratégie globale de communication de la Chine vers le monde extérieur. Ainsi un journal suisse a récemment publié un article d’opinion, signé par l’ambassadeur de Chine à Berne, illustrant les réalisations du 20e congrès du parti communiste chinois.

Et la suisse

Le texte avait visiblement été rédigé en chinois, soit à Pékin, soit à Berne, puis approuvé par Pékin et enfin traduit en français. Si la traduction était grammaticalement correcte, le résultat final était un texte qu’un Chinois aurait compris mais qui était totalement incompréhensible pour le lecteur suisse moyen. En fait, ce dont le texte original aurait eu besoin, ce n’est pas seulement d’une traduction, mais d’une révision très substantielle, ce qui est irréaliste dans le climat politique actuel. Au final, l’ambassade de Chine à Berne a pu affirmer qu’elle avait réussi à placer un article d’opinion dans un grand journal suisse, alors que l’impact de cet article était nul.

Autogoal

Il faudra des années, voire jamais, pour que l’image internationale de la Chine se remette des spasmes générés par la “ Diplomatie du  Loup Combattant.” Cela n’aurait pas nécessairement été le cas si le système avait été conçu pour laisser une porte ouverte aux réactions négatives concernant les décisions politiques prises au sommet de la hiérarchie, réactions qui auraient permis au régime de changer rapidement de cap. Cependant, cela aurait exigé que le régime tolère un degré de dissidence avec lequel le système ne semble pas vouloir ou pouvoir coexister.

Après avoir soulevé un rocher pour le laisser tomber à ses pieds, le mieux que l’on puisse espérer pour la Chine est que, compte tenu de ses options idéologiques, le régime se rende compte que la communication avec le monde extérieur n’est pas un domaine dans lequel il est programmé pour exceller.

Des questions

Dans une perspective à long terme, la” Diplomatie du Loup Guerrier”  n’est guère plus qu’un incident de parcours sans grande conséquence pratique. En revanche, le fait qu’elle se soit produite et qu’elle n’ait pas été corrigée à temps devrait être, pour le régime, une source d’inquiétude.

La République de Gaza; on peut rèver

Il n’y a guère d’environnement conflictuel au Moyen-Orient qui ne soit pas soumis à un apport étranger. Et parmi ceux-ci,  Gaza est en première ligne.

 La problématique de Gaza a essentiellement deux composantes. La première est que le territoire n’est pas autosuffisant. Avec près de 80 % de sa population dépendante d’une l’aide exterieur, l’existence même de Gaza est conditionnée par une assistance étrangère. Celle-ci est essentiellement fournie par le Qatar et par les gouvernements occidentaux, qui canalisent leurs contributions par le biais du système des Nations unies ou de la Communauté Européenne.

La seconde est que, depuis 2007, Gaza est dirigée par le Hamas, un mouvement politico-religieux don’t le but final est la destruction  de l’État d’Israël. Certes, les deux se parlent parfois, mais sur le fond, ils sont incompatibles dans la mesure où l’un est voué à la destruction de l’autre.

Conflit permanent ?

 Le résultat final est une situation de conflit permanent. Une situation qui ne sert les intérêts de personne, qu’il s’agisse des donateurs, de la population de Gaza ou des pays limitrophes de Gaza, comme Israël et l’Égypte.

Il est évident que les deux  parties directement concernées, a savoir Hamas et Israel  ne vont jamais se mettre d’accord sur  une formule qui garantirait un degré tangible de paix et de stabilité pour Gaza. Ainsi, pour un avenir prévisible, le résultat est soit la poursuite de l’état actuel du conflit, soit une solution, avec une réserve : tout comme l’existence continue de Gaza dépend d’un apport étranger, une solution ne peut être envisagée que si elle est imposée de l’extérieur.

Un consortium

La première condition d’une telle approche serait qu’un consortium de donateurs adopte un plan directeur, étant entendu qu’ils seraient prêts à couper impitoyablement tout financement ou toute aide à Gaza, quelles que soient les conséquences si le plan directeur n’est pas mis en œuvre. Un tel plan directeur devrait être approuvé par l’Égypte en tant que force dirigeante et par l’Arabie saoudite. Israël devrait approuver le plan directeur mais rester en retrait quant à sa mise en œuvre.

L’étape suivante consisterait à encourager, à moins d’un changement de politique majeur, les hauts dirigeants du Hamas et leurs familles élargies à accepter une retraite honorable et sûre dans un pays arabe. Inversement, les divers services sociaux mis en place par le Hamas devraient être préservés, mais sous une autre direction.

Tutelle

Simultanément, sur la base du plan directeur, le consortium de donateurs dirigé par l’Égypte mettrait en place à Gaza une administration provisoire, voire sous tutelle de l’ONU soutenue par un fort contingent militaire issus des pays arabes.  Cette administration proclamerait l’indépendance, adopterait une constitution et signerait un traité de paix avec Israël. Tous les habitants actuels de Gaza se verraient accorder la pleine citoyenneté du nouvel État.

Viable

 En termes démographiques, il s’agirait d’une proposition viable, surtout si l’on considère que la densité de population de Gaza est de quelque 5500 habitants par km2, contre 7700 pour Singapour.

Avec un accès à la mer, une population généralement bien éduquée et d’importantes réserves de gaz au large de ses cotes, Gaza, de par sa situation, pourrait bien devenir un centre de production prospère à la jonction entre le Moyen-Orient et l’Europe.

Un appui

Une telle approche nécessiterait non seulement un engagement des donateurs à soutenir le nouvel État sur la voie de l’autosuffisance, mais aussi un engagement de Gaza à mettre en place un environnement juridique et politique conforme aux normes internationales.

Le droit au retour

Parallèlement, le “droit au retour” des réfugiés palestiniens qui se trouvent actuellement à Gaza, ne serait-ce que pour des raisons émotionnelles, devrait être abordé. Cela impliquerait une juste compensation, y compris un effort de construction massif qui donnerait aux citoyens de Gaza d’origine palestinienne des droits de propriété complets sur une nouvelle demeure.

Courage politique

Laissée aux aléas du Moyen-Orient, la République palestinienne de Gaza ne verra jamais le jour. Certes, le projet est réalisable et, quels que soient les obstacles, le résultat final devrait être meilleur que l’impasse actuelle. En revanche, ce qui fait défaut, c’est à la fois la volonté politique d’affronter le problème et le courage de le faire. Et compte tenu de la pénurie de leaders dans l’establishment politique mondial, l’émergence d’un gouvernement doté d’une figure visionnaire qui prendrait en main une telle cause est pour le moins improbable.

Et pourtant, on peut rêver.

Quand le rêve devient cauchemar

«Soyez prudent lorsque vous faites un vœu car il pourrait se réaliser».

Les gouvernements feraient bien de réfléchir sur la véracité de ce dicton alors qu’ils cherchent à résoudre la crise actuelle en Ukraine.

Dans un discours prononcé à Washington en juin 1954, Churchill déplorait que s’il avait été correctement soutenu en 1919, il aurait « étranglé le bolchevisme dans son berceau ». Cela ne s’est pas passé comme Churchill le souhaitait mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Entre 1918 et 1920, les Alliés comprenant entre autres la France, les États-Unis, le Canada, l’Autriche, l’Italie, le Japon et une légion tchèque envoyèrent plusieurs corps expéditionnaires en Russie pour soutenir les forces blanches dans leur guerre contre les bolcheviks. Cela s’est avéré vain et après la victoire bolchevique, Lénine a proclamé l’Union soviétique en 1922.

Deux tares majeures

Malgré sa puissance, l’Union soviétique souffrait de deux tares majeures. La première était le fait d’un système totalitaire qui étouffait non seulement toute opposition mais aussi toute diversité d’opinion. L’innovation, la créativité ou même la pensée indépendante étaient mal vues au point de générer une société fondée sur la médiocrité, la conformité et l’asservissement.

Le second était l’inefficacité. Hormis la satisfaction des besoins de base les plus simples, le modèle économique soviétique était un exemple de sous-performance systématique à laquelle il n’existait aucun remède.

Prudence

Aussi brutal que fût le régime en matière de politique intérieure, sa politique étrangère était un modèle de prudence. Hormis des interventions en Hongrie ou en Tchécoslovaquie qu’elle considérait comme relevant de sa sphère d’intérêt et que l’Occident reconnaissait tacitement comme telles, ses deux seules incursions à l’étranger furent à Cuba et en Afghanistan. Les deux se sont soldées par un échec.

Le résultat final a été un équilibre mondial des pouvoirs basé sur un monde bipolaire avec d’un côté une Union soviétique massive, enclavée et sous-performant et de l’autre une Amérique ouvert et dynamique dont le bouclier nucléaire assurait la sécurité de ses allié européens.

Mise à l’écart par les deux superpuissances se tenait la Chine, qui se remettait à peine de la Révolution Culturelle et d’un modèle économique qui avait duré au-delà de la raison.

L’Amérique triomphe

L’effondrement de l’Union soviétique a vu les États-Unis émerger comme la seule superpuissance restante avec une hégémonie mondiale militairement incontestée, économiquement primordiale et culturellement omniprésente. Certes, il y avait des poches de résistance comme l’Afghanistan ou la suprématie militaire américaine ne s’est pas traduite par des résultats, mais celles-ci se sont finalement avérés sans conséquence. En termes d’impact mondial, 350 millions d’Américains régnaient en maîtres. Mais c’était une suprématie qui ne devait pas rester incontestée.

La Chine inquiète

L’effondrement de l’Union soviétique fut perçu comme une catastrophe par ses frères communistes chinois.

Pour anticiper un tel aboutissement les communistes chinois se virent obligés de revoir les fondements du système hérité de Mao. Ainsi, la chute de l’Union soviétique fut l’aiguillon qui a conduit les communistes chinois à se réinventer et à devenir une composante de l’économie mondiale.

Le résultat final a été que la combinaison de réformes internes avec un important apport économique extérieur est devenue la formule pour faire de la Chine une grande puissance.

Washington regarde ailleurs

Vu de Washington, c’est un développement qui n’a soulevé que peu de réserves. Pour l’industrie manufacturière, la délocalisation  en Chine entraînait des profits plus importants. Quant à la High Tech elle a trouvé en Chine un marché prometteur. Enfin, la composante de l’establishment de Washington qui ne s’était jamais réconciliée avec le fait d’avoir « perdu » la Chine voyait dans le développement économique du pays un processus susceptible de faire tomber le régime.

Le long terme, c’est trois mois.

Le fait que l’émergence d’une économie développée dans un pays d’environ 1,4 milliard d’habitants avec une civilisation multi millénaire aboutirait, sur le long terme, à poser un défi à l’hégémonie mondiale de Washington a été ignoré aux États-Unis, et  cela pour une bonne raison. De par sa structure même, le système américain est inconscient du long terme et est conçu pour ignorer toute évolution susceptible d’aller au-delà de la prochaine échéance électorale. S’attendre à ce qu’une administration américaine planifie pour les cinquante prochaines années ou plus, c’est demander l’impossible. Ainsi, lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, les États-Unis n’avaient ni l’orientation intellectuel ni les structures institutionnelles nécessaires pour faire face à un nouvel environnement complexe qui avait émergé à l’improviste.

Alors que la Russie était littéralement à genoux et que la Chine commençait à devenir une composante de l’économie mondiale, le défi pour les États-Unis était comment gérer sa nouvelle position de numéro un mondial.

Sept administrations américaines

À partir des années 1990, il a été laissé à sept administrations américaines successives, chacune avec son programme, son état d’esprit, ses visions et ses croyances, opérant dans un nouvel environnement sans ennemi clairement identifié et avec peu de repères, de faire en sorte que l’hégémonie mondiale de Washington perdure dans un monde post- soviétique.

Avec l’Europe politiquement absente et militairement déficiente, traiter avec la Russie était devenu un monopole américain qui n’incluait guère plus qu’une expansion vers l’est de l’OTAN ; et en Asie, tolérer une délocalisation lente mais généralisée vers la Chine d’une grande partie de la capacité de production américaine ne posait pas d’interrogation.

Un rêve devenu cauchemar ?

L’effondrement de l’Union Soviétique a été, pour Washington, un rêve devenu réalité. Trente ans après l’événement, il laisse une Russie affaiblie pour ne pas dire malade et incontrôlable, une Chine en pleine expansion, une crise énergétique, le spectre d’une pénurie alimentaire mondiale, un tiers-monde qui commence à contester l’hégémonie américaine, une Europe qui peine à trouver ses marques, une guerre en Ukraine et  un Afghanistan sous la férule des Talibans.

Pour Washington, gérer la réalité issue du rêve prend, de plus en plus, des allures de cauchemar.

Au delà de Nancy Pelosi

La visite à Taiwan de madame Pelosi et les remous qu’elle a suscitée n’est que le dernier épisode d’un scénario dont le premier chapitre a été écrit il y a quelque 70 ans.

Tout a commencé le premier Octobre 1949 quand Mao proclame la République Populaire de Chine. Les communistes règnent en maitres sur le pays à l’exception de l’ile de Taiwan ou se sont réfugiées les dernière force du Kuomintang (KMT).En Janvier 1950 le président Truman déclare que Washington n’as pas l’intention de défendre Taiwan laissant par la entendre que le conflit entre Communistes et KMT est une problématique interne chinoise.

La donne change

Le 14 Février 1950 Mao signe un traité d’alliance avec Staline. Il suffit d’un trait de plume pour que la problématique chinoise change. Désormais, pour Washington, la victoire des communistes en Chine n’est plus un problème interne. Arrivant en pleine Guerre Froide le ralliement de la Chine au camp soviétique est susceptible d’affecter l’équilibre des forces sur le plan mondial.

Corée

Le 25 Juin 1950 la Corée du Nord attaque la Corée du Sud. Vu de Washington le scénario est simple ; derrière les Coréens du Nord il y a les Chinois et derrière les Chinois il y a Moscou. Il est donc impératif de tenir Pékin en échec si l’on veut contrer les Soviétiques. Et le lieu choisi, c’est Taiwan.

Ainsi ce même 25 Juin Truman ordonne à le 7 flotte de patrouiller dans le détroit de Taiwan pour empêcher les Communistes de débarque sur l’ile.

Vingt ans d’illusions

Pendant les vingt ans qui suivirent la politique étrangère Américaine perpétua la fiction que le KMT, réfugié à Taiwan représentait la Chine et fit pression sur ses alliés pour en faire de même. La rupture Sino-Soviétique, la guerre du Vietnam et la résilience du régime de Pékin eurent raison de cette chimère et le 25 Octobre 1971, au grand dam de Washington l’assemblée générale de l’ONU reconnut Pékin comme le seul gouvernement légal de la Chine. Il ne resta plus qu’aux Américains de suivre le mouvement. Le 1 Janvier 1979 les deux pays établirent des relations diplomatique sur le principe qu’il n’y avait qu’une seule Chine dont le gouvernement était à Pékin avec comme corollaire un non-dit à savoir qu’il y avait a Taiwan un pouvoir local de fait avec le-quel Washington continuerait à avoir des relations officieuses ; une façon de  mettre le problème en veilleuse. Mais pas son environnement.

Une Chine, deux pouvoirs

Le KMT, au pouvoir à Taiwan s’affirmait comme le gouvernement de la République de Chine à l’oppose de celui à Pékin qui s’affirmait comme celui de la République Populaire de Chine. En fait il y avait deux pouvoirs sur le territoire de la Chine avec ce bémol que l’un occupait une ile de quelques 20 millions d’habitant et l’autre les reste du pays qui en comptait plus d’un milliard. Et si la relation entre les eux fut émaillée de crises, celles-ci, certes bruyantes restèrent mineures.

Des élections

Le KMT qui se réfugia à Taiwan 1n 1949 n’avait à l’époque pas plus de velléités démocratique que son homologue Communiste.

Mais avec le temps Taiwan évolua vers une société qui acceptait une diversité politique Ainsi, en Janvier 2016, le KMT qui avait jusqu’alors régné sur l’ile perdit les élection qui virent la victoire de son principal adversaire le PPD ou Parti  Populaire Démocratique. Or contrairement au KMT qui était fondamentalement pan chinois, la charte du PPD, elle, prévoyait l’Independence pour l’ile. Pour Pékin, comme pour le KMT, c’était une ligne rouge à ne pas dépasser. Qu’un gouvernement chinois concurrent occupe une partie du territoire Chinois n’était pas pour plaire à Pékin mais c’était acceptable. Mais qu’un pouvoir local, qui doit son existence à une intervention occidentale fasse sécession et ampute la Chine d’une partie de son territoire ne l’est pas.

La réalité

C’est là une réalité que le PPD a bien compris et qui l’as amené à mette en sourdine ses projets d’Independence ; sans compter le fait que la constituions de Taiwan, adoptée par le KMT rend toute modifications des frontière de la Chine des plus problématiques. Mais il n’en reste pas moins que, vu de Pékin,  dans climat de méfiance mutuelle qui prévaut dans les relations entre les deux pays on est de plus convaincu que Washington, plutôt que d’encourager les diverses parties chinoises à trouver un compromis cherche à alimenter une sécession.

Status quo

Or celle-ci n’est pas ce que désire le Taiwanais moyen. En effet si le pourcentage de Taiwanais en faveur d’une réunification avec la Chine continentale est insignifiant la grande majorité des habitants de l’ile ne demande qu’une chose : le maintient du statu quo. Or celui-ci est éloquent.

On estime que entre 2 % et 3 % e la population de Taiwan soit environs 500 000 travaille en Chine en toute légalité. Taiwan, avec 190 milliards de dollars est le premier investisseur extérieur en Chine qui est la destination de 43 % des exportations de l’ile et 22 % de ses importations. Certes il y a parfois des embargos de pure forme mais dans le fonds les relations économiques entre les deux Chines ne semblent guère affectées par les manifestations de force.

Un avenir incertain.

Reste l’avenir. Lorsque Truman a envoyé la 7 flotte dans le détroit de Taiwan il l’as fait parce que il en avait les moyens et qu’il n’y avait personne pour l’en empêcher. Reste à savoir si dans les décennies à venir Washington aura et les moyens et la volonté pour intervenir à 12 000 km de ses cotes en faveur d’une ile peuplée de quelques  22 millions d’habitants au risque d’entrer en guerre avec la deuxième puissance économique au monde.

Alexandre Casella ; Ancien directeur pour l’Asie au HCR et ancien Secrétaire Exécutif au Centre Asiatique des HEI.

Réfugiés palestiniens: copie à revoir ?

Suite a la creation d’Israel en 1948 quelques 700 000 Arabes palestiniens ont fui les zones contrôlées par le nouvel État et se sont réfugiés dans les pays arabes voisins.

Qu’ils soient partis de leur plein gré, qu’ils aient cherché à fuir les zones de combat ou qu’ils aient été expulsés de force, ou une combinaison de tout cela, est sujet à dispute. Ce qui ne l’est pas, c’est le fait qu’ils ont quitté leurs foyers et que leur fuite a crée une crise humanitaire majeure.

Une urgence humanitaire

Pour faire face à l’urgence les Nations Unies ont créé, en décembre 1949, l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA), chargé de fournir une assistance aux réfugiés Palestiniens en attendant leur retour.

L’UNRWA n’etait pas une solution. Sa tâche consistait à fournir une assistance aux réfugiés en attendant une solution.

Septante ans plus tard

Aujourd’hui, soixante-dix ans après la création de l’UNRWA, on estime qu’au maximum 6% des 700 000 Palestiniens qui vivaient en 1948 dans les zones contrôlées par Israël, soit environ 40 000 personnes, sont encore en vie. En revanche, le nombre total de réfugiés Palestiniens enregistrés par l’UNRWA et recevant une assistance se chiffre à …..4,3 millions et continue de croitre. Les raisons de cette inflation est simple; les statuts de l’UNRWA prévoient que le statut de réfugié Palestinien s’hérite de génération en generation sans limite dans le temps. Ainsi, la démographie aidant, leur nombre ne cesse d’augmenter.

Toujour dans des camps

À l’exception de la Jordanie, qui a réussi à intégrer une grande partie de sa population de réfugiés palestiniens, la plupart des Palestiniens du Moyen-Orient vivent dans un état de flou administratif. Ainsi, les quelque 240 000 Palestiniens qui vivent et travaillent en Arabie saoudite sont les seuls étrangers qualifiés à ne pas pouvoir demander la citoyenneté saoudienne.

Quant aux quelque 450 000 réfugiés palestiniens enregistrés au Liban, ils sont considérés avec hostilité par les chiites et les chrétiens, n’ont pas le droit de travailler et survivent dans des bidonvilles avec l’aide de l’UNRWA.

Enfin, quelque 1,3 million de réfugiés palestiniens enregistrés et assistés par l’UNRWA, sur une population totale d’environ 1,8 million, vivent actuellement à Gaza.

Droit de retour

La création de l’UNRWA, il y a environ soixante-dix ans, correspondait à un réel besoin humanitaire. Cependant, deux considérations étaient intégrées dans les statuts de l’UNRWA: le “droit au retour” et le fait que le statut de réfugié palestinien serait transmis de génération en génération .

Des citoyennes de seconde classe.

Le fait que le statut de réfugié palestinien soit transmis uniquement par la “lignée patrilinéaire” constitue clairement une discrimination fondée sur le sexe. Et si elle garantit qu’avec le temps le problème ne peut que s’aggraver, elle fait aussi des femmes palestiniennes des citoyennes de seconde classe qui, contrairement aux hommes, ne peuvent transmettre le statut de réfugié à leurs descendants.

Quant au “droit au retour”, il était susceptible de se heurter à la réalité, à savoir les développements urbains dans les régions d’origine. Ainsi, alors qu’il aurait pu être valable sur le principe, sa mise en œuvre s’avérerait probablement un cauchemar.

Un triple non.

Ces deux notions reposaient sur ce qui constituait à l’époque le cœur de la politique arabe à l’égard de la Palestine, à savoir l’anéantissement de l’État d’Israël. Non seulement cela ne s’est pas produit, mais avec la reconnaissance d’Israël par plusieurs pays arabes et le rapprochement de facto entre l’Arabie saoudite et Israël, la question des refugés palestinien est une problématique dont et  les États arabes et Israël pourraient bien se passer.

En parallel, la cause palestinienne, quelle que soit sa définition, a perdu une partie de son attrait auprès de la base arabe. Et le nombre de Palestiniens dans les camps qui seraient disposés à accepter une solution alternative au “retour” est en augmentation.

Un avenir difficile.

Dans cette perspective, l’UNRWA, est maintenant confrontée à un avenir difficile. En effet, ce qui est en cause, ce n’est pas son fonctionnement en tant que système de distribution d’aide ni son utilité en tant qu’employeur ; avec un personnel de quelque 30 000 personnes, dont 98 % de Palestiniens, l’UNRWA est le plus grand employeur du Moyen-Orient. En définitive, la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’existence même de l’organisation telle qu’elle a été conçue à l’origine ; une existence qui doit être envisagée à la lumière des exigences de l’avenir.

A petits pas.

Idéalement, il faudrait s’attaquer à la cause profonde qui a conduit à la création de l’organisation, ce qui rendrait l’UNRWA inutile. D’un point de vue réaliste, il est peu probable que cela se produise dans un avenir prévisible. L’alternative est de réajuster l’organisation. Cela nécessite une stratégie bien planifiée qui prend en compte à la fois les réalités politiques, les préoccupations humanitaires et les interest des palestiniens eux-memes.

En termes pratiques, l’organisation ne peut être supprimée et la tentation de l’envisager sous cet angle n’est pas réaliste. En revanche, une politique bien ciblée consistant à réajuster de manière sélective  certaines de ses composantes devrait permettre, d’une part, d’éviter que le problème ne continue à s’aggraver et, d’autre part, de le ramener à des proportions plus gérables afin de garantir une solution satisfaisante, sinon pour tous, du moins pour certains des Palestiniens.

Naturalisations.

À cet effet, les États arabes devraient être encouragés à adopter une politique de naturalisation à l’égard des Palestiniens présents sur leur sol. Une telle politique mettrait l’accent sur la citoyenneté plutôt que sur l’origine. Il est vrai qu’une personne d’origine palestinienne pourrait toujours se considérer comme “palestinienne” tout en détenant la citoyenneté d’un État arabe. Il s’agirait toutefois d’une décision subjective, qui ne porterait pas atteinte à son statut national. Une telle approche permettrait d’éviter ce qui s’est passé au Koweït après que l’OLP a soutenu l’invasion de l’Irak ; après la libération du Koweït, les autorités ont expulsé la plupart des résidents palestiniens sans tenir compte du fait que la plupart d’entre eux avaient un passeport jordanien.

Il est évident que la naturalisation doit être abordée pays par pays, car elle n’a pas les mêmes implications dans des pays comme l’Arabie saoudite qu’au Liban. Il faudrait donc procéder à un réglage fin, pays par pays, avec pour résultat final que les ressortissants naturalisés d’origine palestinienne ne seraient plus enregistrés par l’UNRWA.

Un rève.

Quant à la notion de “droit au retour”, elle reste un rêve pour de nombreux Palestiniens, qui ne sont pas  prêts à y renoncer ; mais les temps changent et une enquête indique que 54 % des personnes interrogées seraient prêtes à y renoncer en échange d’une juste compensation.

Enfin et surtout, le concept de statut de réfugié hérité de la “lignée patrilinéaire”    pose question. Idéalement, le statut de réfugié ne devrait plus être hérité ; et s’il l’est, il ne devrait pas être basé sur des restrictions liées au sexe.

Payer plustot que penser.

Soixante-dix ans après sa création, les états qui ont crée l’UNRWA trouvent  toujours plus facile de mettre chaque année la main au portefeuille plustot que de faire l’effort de réinventer l’organisation à la lumière de l’avenir. Certes la violence des reactions lorsque  le Conseiller Fédéral Ignazio Cassis a fait reference á l’UNRWA avec un point d’interrogation montre à quell point le sujet reste sensible. Une raison de plus pour l’aborder. Reste à savoir qui fera le premier pas.

Poutine: quand le remède est pire que le mal.

Dans l’optique de Poutine la Russie est humiliée, marginalisée et encerclée au point où elle n’a même plus d’espace ou reculer. Acculée, sa seule alternative est de se battre, mais se battre pour quoi ?

Une multinationale.

L’Union Soviétique dont la Russie est en partie l’héritière n’avait d’Union que le nom. En réalité c’était l’Empire Russe, gouverné de Moscou par une classe politique essentiellement Russe. Le ciment de cette parodie d’union était le Parti communiste de l’Union Soviétique. C’était en fait une multinationale qui, en plus du pouvoir qu’elle exerçait sur les Républiques Soviétiques, avait une influence globale  par ses filiales de par le monde sous la forme de Partis Communistes locaux qui faisaient rapport à la maison mère.

L’Empire s’étend

Suite à la défaite du troisième Reich en 1945 l’Empire étendit son emprise sur l’Europe de l’Est. La Guerre Froide qui s’en suivit devint un exercice international d’équilibrisme dont chaque parti connaissait les limites à ne pas dépasser. Certes il y eut des exceptions ; Cuba et l’Afghanistan pour l’Union Soviétique. Le Vietnam pour Washington. Mais ces écarts n’affectèrent pas un équilibre des forces essentiellement stable et donc prévisible.

Washington numéro un

Avec l’effondrement de l’Union Soviétique les Etats Unis se retrouvèrent comme la seule Super Puissance à laquelle il n’y avait désormais plus de contrepoids. De la globalisation au pouvoir du dollar, de Google à l’internet  au GPS, de l’innovation à ce qui passait s

Certes il y avait encore des poches de résistance telle que la Corée du Nord et l’Afghanistan mais, tout sommé, le 21 ème siècle débuta comme le siècle américain.

Rien ne s’opposait donc à ce que Washington invente un prétexte pour laminer Saddam Hussein ou mette à genoux le système bancaire Suisse. Mais c’était là des errements sans grande conséquence et qui n’affectaient en rien la liberté individuelle ou la vie quotidienne de ceux qui vivaient sous le parapluie américain .

Une double chute

La chute de l’Union Soviétique fut un double effondrement ; celui de l’Etat soviétique et celui du parti politique qui l’avait généré à savoir le Parti Communiste de l’Union Soviétique.

Si le Parti Communiste ne survécut pas à a cet effondrement la Russie elle, blessée, diminuée et initialement en pleine dérive surnagea tant bien que mal. Il fallut attendre un Poutine pour voire l’Etat Russe remis sur pied avec un bémol ; sous sa gérance la Russie fit du sur-place.

McDonald

 La chute de l’Union Soviétique vit l’ouverture d’un McDonald à Moscou. Le succès fut immédiat et les moscovites par milliers firent la queue pour y avoir accès. Mais il n’y avait  pas d’équivalent Russe pour ouvrir une succursale à New York. Ce qui suivit fut une voie à sens unique. Les porte-drapeaux d’une société de consommation étaient désormais libres de faire  marche vers un Russie qui n’avait rien de à offrir en contrepartie.  Ainsi, trente ans après la chute de l’Union Soviétique la Russie reste une économie basée sur l’exportation de quelques matière premières avec une base industrielle faible malgré quelques pôles d’excellence. Mais plutôt que de focaliser son régime sur le développent et la diversification de sa base économique, Poutine avait les yeux ailleurs. Ce qu’il voyait, ou croyait voire, c’était l’érosion de l’ame Russe par un système de valeurs qui n’était pas le sien et auquel il était incapable de se référer.

L’âme russe en péril

En fait, son véritable ennemi ce n’était ni l’Ukraine ni l’OTAN ; c’était Vuitton, Google, l’Internet, pour ne pas dire Mercedes et les sociétés qui les avaient générés. Or c’était la un ennemi contre lequel les armes nucléaires n’offraient aucune protection. La seule protection aurait été  l’émergence d’une société Russe dont le niveau d’attractivité fondé sur la créativité, l’innovation, la diversité des opinions et la liberté d’expression pouvait se présenter comme une alternative à celle générée par l’Occident. Mais pour Vladimir Poutine en tant que produit d’un système qui ne savait gérer la diversité qu’en l’écrasant, c’était trop demander. Ainsi, alors que la Chine débarrassée de son délire Marxiste dont elle n’as gardé que l’étiquette se réinventait, la Russie elle, rêvait de son passé.

La force brute

L’invasion de l’Ukraine fut l’aboutissement logique d’une vision ou la force brute était la seule expression du pouvoir.

Si l’invasion de l’Ukraine est un conflit entre états, c’est aussi une guerre générationnelle. Pratiquent tous les ukrainiens qui se battent aujourd’hui n’ont aucun souvenir de l’époque  Soviétique. Et s’ils regardent vers l’Europe, c’est parce-que la Russie n’a rien à leur offrir.

Une partie déjà perdue

La marginalisation de la Russie a débuté avec la chute de l’Empire Soviétique. En fait, Poutine n’avait pas tort de considérer que la Russie était réduite à sa plus simple expression. Son tort c’est de n’avoir pas compris que son problème, ce n’est pas l’OTAN. C’est la Russie  et plus spécifiquement  son incapacité á se  réinventer et á se projeter dans un monde post Soviétique, Ce qui revient à dire que quelque soit l’aboutissement de son aventure Ukrainienne, Poutine a déjà perdu la partie. Certes, ce ne sera pas nécessairement le dernier clou dans le cercueil de l’Union Soviétique. Mais cela ne facilitera pas une résurrection.

 

Réfugiés; l’art du possible.

Dans les semaines qui suivirent la chute de Kaboul une conseillère nationale, madame Addolorata Marra proposa, que la Suisse donne l’asile a 10 000 refugies afghans. La proposition ne comprenait ni budget, ni calendrier, ni plan de répartition cantonale. En fait, c’était encore une de ces propositions à l’emporte pièce qui sont le corollaire des crises humanitaires et dont le monde politique  s’accommode sans y prêter trop d’attention.

Une nouvelle donne.

Depuis, la donne a changé. Alors que l’Europe fait face à un influx de plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens, la Syrie, la Libye, l’Afghanistan, l’Iraq et leurs problématiques asile/migration ont littéralement disparus de l’échiquier.

Traditionnellement un réfugié cherchait l’asile dans sa région d’origine  et dans des sociétés  avec lesquelles il avait une communauté culturelle et sociale. Ainsi durant la guerre froide les réfugiés européens – Allemands, Hongrois, Tchèques etc. –trouvaient l’asile en Europe, les africains en Afrique et les asiatiques – conflits Inde, Pakistan, Bengladesh – en Asie.

La révolution des communications, l’internet, la téléphonie mobile, la télévision par satellite s’ajoutant aux conflits régionaux contribua à la globalisation de l’asile. Il se créa ainsi une image d’un Occident prospère et socialement responsable qui alimenta  un sentiment d’insatisfaction latent dans le tiers-monde.

Pression migratoire

Combiné à une explosion démographique, le résultat fut une pression migratoire sur l’Europe qui acquit une dimension nouvelle ; le réfugié /migrant qui cherche non seulement à fuir une guerre ou une persécution mais qui aspire à une vie meilleure, et cela sans se plier aux législations des pays de destination.

Le non-dit de la problématique est que, dés que l’on dépasse le cadre de l’individu et que l’on a affaire a des mouvements de masse il y a des sociétés qui s’interconnectent mieux que d’autres.

Un non-dit.

Ainsi la présence de plus d’un million de syriens  au Liban, pays de 6.7 millions d’habitants,  n’est pas un poids social dans la mesure ou c’est la même société, la même langue et les mêmes religions. Il en est de  même en Suisse.  Avec un taux de 25 % la Suisse a un pourcentage de population étrangère parmi la plus haut au monde. En fait cela ne porte pas a conséquence dans la mesure ou les étrangers sont majoritairement des Italiens, des Français, des Portugais et des Allemands qui sont issus du même creuset culturel.

En fait le vrai problème, c’est l’impact social de mouvements de population dont les constituants véhicules  des mœurs et un système de valeurs qui leur est propre, auquel ils tiennent, et qui est difficilement compatible avec celui des sociétés de destination.

Un nouvel exode.

Il est évident que l’exode de l’Ukraine n’a rien à voir avec cette problématique. En fait c’est un mouvement de réfugiés que l’on peut qualifier de « classique » qui est le fait de gens qui fuient un conflit  et qui ne cherchent pas par ce biais à émigrer.

La réaction de l’Europe face à une crise humanitaire Européenne a été à la hauteur du défi. Ainsi on a vu les pays du groupe de Višegrad,  Pologne, Hongrie, Slovaquie et République Tchèque qui avaient comme politique de ne pas recevoir un seul réfugié ouvrir largement  leurs portes aux Ukrainiens. En fait, leur refus  concernait les Musulmans, les Africains et les Arabes…pas leurs frères Slaves. Dans cette perspective la solidarité Européenne a joué à plein et cela non pas parce que le principe de l’asile est à voilure variable mais parce que sa gestion n’échappe pas a la réalité. Ainsi, si la présence d’européens éduqués, avec leurs chiens et leurs chats, sans interdits alimentaires et dont la plupart n’aspirent qu’à rentrer chez eux aura certes un poids économique, le poids sociétal sera insignifiant. Comme quoi, pour une fois l’exercice de la morale fait partie du possible.

Si la crise du covid a porté un coup d’arret à la mondialisation de l’économe, l’exode de l’Ukraine aura mis a mal la mondialisation de l’asile.

Ainsi le fait que l’Allemagne a accepté deux fois plus de réfugiés Syriens que l’Iraq et que  les états du Golf n’en ont pratiquement  pas pris un seul passe de plus en plus mal dans une Europe confrontée à sa plus grand crise de l’après guerre.

Ukraine: Une Europe absente ?

Si l’invasion de l’Ukraine par Poutine est un conflit européen au niveau de sa localisation géographique, sur le plan régional les rapports de force peuvent surprendre.

Une démographie réduite

La Russie compte actuellement quelques 145 million d’habitants. Si l’on compte les neuf pays de l’Europe occidentale on arrive à une population totale de 197 millions ; ce qui revient à dire que sur le plan démographique la Russie ne représente pas un danger pour l’Europe.

Une armé contenue

Sur le plan militaire on estime actuellement que la Russie dispose d’une force armée active de 850 000 hommes. Or si l’on additionne les forces armées de la France, de l’Allemagne et de la Pologne et du Royaume Uni  on arrive à quelques 700 000 hommes. La conclusion est que, les capacités Russes de mener une guerre offensive contre Europe sont pour le moins circonscrites. En fait, en s’en prenant à l’Ukraine, Poutine vise  Washington ; l’Europe n’est que le champ de bataille. Une Europe qui s’est révélée pour le moins impréparée pour faire face ce qui était une crise annoncée.

Une Europe absente

Ayant pratiquement délégué durant les années de  la Guerre Froide sa sécurité aux Etats Unis, l’Europe Occidentale se retrouva lors de la chute du mur de Berlin à la fois sans défense autonome et sans une vision propre de l’après-guerre froide. Or tout comme la chute de l’empire Ottoman ou de l’empire Austro-Hongrois la chute de l’Union Soviétique était une bombe à retardement dont la gestion aurait exigé l’équivalent d’un congrès de Vienne. Mais la mise en place d’un tel mécanisme aurait exigé, de la part des  deux grands acteurs européens, la France et l’Allemagne d’une vision à long terme et une volonté politique. Les deux firent défaut.

Washington aux commandes

Il en résultat que, en l’absence des européens, toute la problématique post URSS fut gérée par une succession d’administrations américaines en fonction de la relation Etats Unis /Moscou plutôt qu’en fonction d’une relation Europe /Russie avec Washington en arrière plan.

Il s’en est suivit que, côté occidental, la relation avec la Russie se focalisa sur un élargissement de l’OTAN plutôt que d’être la composante d’un rapport géostratégique issu d’une négociation sur le long-terme dont la France et l’Allemagne auraient fait partie. Or cet élargissement, côté Russe, aboutit à alimenter un nationalisme exacerbé pour ne pas dire une obsession sécuritaire qui fit dire à Poutine en 2021 « nous n’avons plus d’espace où reculer».

Mises en garde répétées

Du coté occidental, les mises en garde contre la gestion de cet élargissement  se multiplièrent. Ainsi Jack Matlock, Ancien ambassadeur américain en URSS la qualifia de «grave  erreur stratégique ». Pour Bill Burns, ancien directeur de la CIA c’était « une ligne rouge à ne pas dépasser. Une provocation envers les intérêts Russes. » Henry Kissinger écrivit que « L’Ukraine ne doit pas faire partie de l’OTAN. » Enfin Rodric Lyne Ancien Ambassadeur brittanique en Russie affirma que « si vous voulez une guerre avec la Russie, c’est la bonne façon de le faire.

Personne pour écouter

En fait les mises en garde étaient là mais il n’y avait personne pour écouter ; ou  pour se demander quelle serait la réaction d’un traumatisé de la chute de l’Union Soviétique.

 Le résultat aujourd’hui c’est une l’Europe sans défense autonome ou de diplomatie consolidée qui  se trouve débordée par un conflit  sur lequel elle n’as pratiquement pas de contrôle.

Un conflit larvé

En attendant, et dans l’hypothèse de plus en plus plausible que Poutine n’arrivera jamais à contrôler l’Ukraine on va vers un conflit larvé dont on ne voit pas la fin. Certes un tel scenario qui épuiserait Poutine est peut-être dans l’intérêt de Washington. Mais il n’est pas nécessairement dans l’intérêt de l’Europe. D’ou la nécessité pour les européens de trouver une voie de sortie au plus tôt. Une voie de sortie qui comprendrait la reconnaissance de l’annexion par la Crimée par Moscou, un accord sur le Donbass, une Ukraine neutre sur le modèle autrichien aux frontières garanties et enfin et surtout une nouvelle architecture sécuritaire européenne, conçue et négociée par l’Europe et dont Washington et Pékin seraient les spectateurs mais pas les acteurs.

Au delà du F 35

Il y a quelque 2500 ans le stratège chinois Sun Tzu écrivit que pour un Etat le stade suprême de l’art de la guerre était d’arriver à ses fins sans devoir se servir de son armée.

La Suisse s’en tire bien

Si l’on s’en tient à cet aphorisme – et rien n’indique qu’il n’as pas toujours cours – la Suisse s’en tire plutôt bien. Pendant deux guerres mondiales la Suisse a put préserver son indépendance  sans devoir engager son armée. Certes la question de savoir dans quelle mesure l’armée suisse a dissuadé un adversaire potentiel ne sera jamais totalement résolue. Mais on peut crédiblement formuler l’hypothèse qu’une Suisse désarmées dont les transversales alpines n’auraient pas été minées aurait constitué, entre 1940 et 1945 une proie tentante pour un adversaire potentiel.

Un paradoxe historique

Le paradoxe  qui ressort   de cette réalité historique est que le  but final de tout matériel militaire susceptible d’être acheté par la Suisse est de ne pas devoir entrer en service. Il en découle naturellement  que, n’étant pas soumis à l’usure qui découle de l’emploi sur le champ de bataille, le matériel militaire acheté par la Suisse doit être testé, fiable et surtout  susceptible de durer.

Le teste ultime

Le teste ultime de tout matériel militaire est sa performance sur le champ de bataille. Ainsi il a fallut la guerre du Vietnam pour montrer que si le M 113 avait des qualités de mobilités excellentes et un coût compétitif c’était un piètre véhicule de combat d’infanterie, ou que le fusil d’assaut M 16 avait de sérieuses défaillances au niveau de sa conception et de ses munitions qu’il fallait remédier avant qu’il ne devienne performant.

Parce que  la Suisse ne  dispose  pas de l’environnement permettent ce genre d’expériences, il en résulte une autre problématique : ou bien on achète un matériel militaire de facture récente susceptible de durer mais qui comporte encore des imperfections, ou bien on achète un matériel parfaitement rodé mais qui est alors, par définition, en fin de vie. C’est dans cette problématique qu’il convient d’aborder la question du choix des F 35 par la Suisse.

Un système plus qu’un avion

Un avion de combat aujourd’hui possède essentiellement quatre composantes majeures. Sa structure, sa motorisation, son électronique et enfin le logiciel qui gère l’ensemble. Cet ensemble n’est pas statique mais exige de continuelles mises à jour. Dans cette optique, ce n’est pas tellement un avion que l’usager achète mais un système de combat qui représente un tout en constante mutation. Il en résulte que l’achat d’un appareil de combat crée entre le vendeur et l’usager une relation qui a une durée de vie égale à celle de l’appareil, c’est à dire environ 30 ans.

Dans cet ensemble, le logiciel est devenu le pivot autour duquel les autres éléments s’articulent. Deux exemples illustrent cette réalité.

Le logiciel

Lors de leur retrait de l’Allemagne de l’Est, des forces Soviétiques, laissèrent derrière elles tout les appareils de combat qu’elles avaient alloués a l’aviation de le DDR avec un bémol ; elles avaient déprogrammés les ordinateurs de bord.

Dans un autre registre c’est le contraire qui advint lors d’une récente panne de courant en Floride. Là, les propriétaires de Tesla s’aperçurent à leur grand étonnement, pour ne pas dire soulagement que l’autonomie de leurs voitures avaient soudain augmenté de quelque 30 %. Plus tard il s’avéra que Tesla, à distance, avait reprogrammé les ordinateurs de ses voitures pour en augmenter l’autonomie.

Il n’y a aucune raison de penser que la problématique des logiciels, de leur sécurité et de leurs mises à jour successives n’a pas été prise en compte dans le choix du F 35.

Politique, technologie ou les deux ?

Reste une autre problématique qui elle est moins bien définie. Dans un monde de plus en plus complexe où les technologies évoluent à un rythme jamais vu, l’achat de matériel militaire de haute technologie par un pays comme le Suisse doit-il rester un geste purement économique et technologique ou doit-il intégrer une composante politique ?  Certes d’une part  il n’est pas concevable que la Confédération envoye au casse-pipe ses soldats-citoyens sans les équiper avec ce qui se fait de meilleur. Mais d’autre part, à quasi-égalité de performance faut-il négliger d’essayer d’obtenir une contrepartie politique lors de la négociation d’un contrat militaire ?

La réponse est loin d’etre évidente. Mais la question vaut la peine d’être posée.