Quand le rêve devient cauchemar

«Soyez prudent lorsque vous faites un vœu car il pourrait se réaliser».

Les gouvernements feraient bien de réfléchir sur la véracité de ce dicton alors qu’ils cherchent à résoudre la crise actuelle en Ukraine.

Dans un discours prononcé à Washington en juin 1954, Churchill déplorait que s’il avait été correctement soutenu en 1919, il aurait « étranglé le bolchevisme dans son berceau ». Cela ne s’est pas passé comme Churchill le souhaitait mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Entre 1918 et 1920, les Alliés comprenant entre autres la France, les États-Unis, le Canada, l’Autriche, l’Italie, le Japon et une légion tchèque envoyèrent plusieurs corps expéditionnaires en Russie pour soutenir les forces blanches dans leur guerre contre les bolcheviks. Cela s’est avéré vain et après la victoire bolchevique, Lénine a proclamé l’Union soviétique en 1922.

Deux tares majeures

Malgré sa puissance, l’Union soviétique souffrait de deux tares majeures. La première était le fait d’un système totalitaire qui étouffait non seulement toute opposition mais aussi toute diversité d’opinion. L’innovation, la créativité ou même la pensée indépendante étaient mal vues au point de générer une société fondée sur la médiocrité, la conformité et l’asservissement.

Le second était l’inefficacité. Hormis la satisfaction des besoins de base les plus simples, le modèle économique soviétique était un exemple de sous-performance systématique à laquelle il n’existait aucun remède.

Prudence

Aussi brutal que fût le régime en matière de politique intérieure, sa politique étrangère était un modèle de prudence. Hormis des interventions en Hongrie ou en Tchécoslovaquie qu’elle considérait comme relevant de sa sphère d’intérêt et que l’Occident reconnaissait tacitement comme telles, ses deux seules incursions à l’étranger furent à Cuba et en Afghanistan. Les deux se sont soldées par un échec.

Le résultat final a été un équilibre mondial des pouvoirs basé sur un monde bipolaire avec d’un côté une Union soviétique massive, enclavée et sous-performant et de l’autre une Amérique ouvert et dynamique dont le bouclier nucléaire assurait la sécurité de ses allié européens.

Mise à l’écart par les deux superpuissances se tenait la Chine, qui se remettait à peine de la Révolution Culturelle et d’un modèle économique qui avait duré au-delà de la raison.

L’Amérique triomphe

L’effondrement de l’Union soviétique a vu les États-Unis émerger comme la seule superpuissance restante avec une hégémonie mondiale militairement incontestée, économiquement primordiale et culturellement omniprésente. Certes, il y avait des poches de résistance comme l’Afghanistan ou la suprématie militaire américaine ne s’est pas traduite par des résultats, mais celles-ci se sont finalement avérés sans conséquence. En termes d’impact mondial, 350 millions d’Américains régnaient en maîtres. Mais c’était une suprématie qui ne devait pas rester incontestée.

La Chine inquiète

L’effondrement de l’Union soviétique fut perçu comme une catastrophe par ses frères communistes chinois.

Pour anticiper un tel aboutissement les communistes chinois se virent obligés de revoir les fondements du système hérité de Mao. Ainsi, la chute de l’Union soviétique fut l’aiguillon qui a conduit les communistes chinois à se réinventer et à devenir une composante de l’économie mondiale.

Le résultat final a été que la combinaison de réformes internes avec un important apport économique extérieur est devenue la formule pour faire de la Chine une grande puissance.

Washington regarde ailleurs

Vu de Washington, c’est un développement qui n’a soulevé que peu de réserves. Pour l’industrie manufacturière, la délocalisation  en Chine entraînait des profits plus importants. Quant à la High Tech elle a trouvé en Chine un marché prometteur. Enfin, la composante de l’establishment de Washington qui ne s’était jamais réconciliée avec le fait d’avoir « perdu » la Chine voyait dans le développement économique du pays un processus susceptible de faire tomber le régime.

Le long terme, c’est trois mois.

Le fait que l’émergence d’une économie développée dans un pays d’environ 1,4 milliard d’habitants avec une civilisation multi millénaire aboutirait, sur le long terme, à poser un défi à l’hégémonie mondiale de Washington a été ignoré aux États-Unis, et  cela pour une bonne raison. De par sa structure même, le système américain est inconscient du long terme et est conçu pour ignorer toute évolution susceptible d’aller au-delà de la prochaine échéance électorale. S’attendre à ce qu’une administration américaine planifie pour les cinquante prochaines années ou plus, c’est demander l’impossible. Ainsi, lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, les États-Unis n’avaient ni l’orientation intellectuel ni les structures institutionnelles nécessaires pour faire face à un nouvel environnement complexe qui avait émergé à l’improviste.

Alors que la Russie était littéralement à genoux et que la Chine commençait à devenir une composante de l’économie mondiale, le défi pour les États-Unis était comment gérer sa nouvelle position de numéro un mondial.

Sept administrations américaines

À partir des années 1990, il a été laissé à sept administrations américaines successives, chacune avec son programme, son état d’esprit, ses visions et ses croyances, opérant dans un nouvel environnement sans ennemi clairement identifié et avec peu de repères, de faire en sorte que l’hégémonie mondiale de Washington perdure dans un monde post- soviétique.

Avec l’Europe politiquement absente et militairement déficiente, traiter avec la Russie était devenu un monopole américain qui n’incluait guère plus qu’une expansion vers l’est de l’OTAN ; et en Asie, tolérer une délocalisation lente mais généralisée vers la Chine d’une grande partie de la capacité de production américaine ne posait pas d’interrogation.

Un rêve devenu cauchemar ?

L’effondrement de l’Union Soviétique a été, pour Washington, un rêve devenu réalité. Trente ans après l’événement, il laisse une Russie affaiblie pour ne pas dire malade et incontrôlable, une Chine en pleine expansion, une crise énergétique, le spectre d’une pénurie alimentaire mondiale, un tiers-monde qui commence à contester l’hégémonie américaine, une Europe qui peine à trouver ses marques, une guerre en Ukraine et  un Afghanistan sous la férule des Talibans.

Pour Washington, gérer la réalité issue du rêve prend, de plus en plus, des allures de cauchemar.

Au delà de Nancy Pelosi

La visite à Taiwan de madame Pelosi et les remous qu’elle a suscitée n’est que le dernier épisode d’un scénario dont le premier chapitre a été écrit il y a quelque 70 ans.

Tout a commencé le premier Octobre 1949 quand Mao proclame la République Populaire de Chine. Les communistes règnent en maitres sur le pays à l’exception de l’ile de Taiwan ou se sont réfugiées les dernière force du Kuomintang (KMT).En Janvier 1950 le président Truman déclare que Washington n’as pas l’intention de défendre Taiwan laissant par la entendre que le conflit entre Communistes et KMT est une problématique interne chinoise.

La donne change

Le 14 Février 1950 Mao signe un traité d’alliance avec Staline. Il suffit d’un trait de plume pour que la problématique chinoise change. Désormais, pour Washington, la victoire des communistes en Chine n’est plus un problème interne. Arrivant en pleine Guerre Froide le ralliement de la Chine au camp soviétique est susceptible d’affecter l’équilibre des forces sur le plan mondial.

Corée

Le 25 Juin 1950 la Corée du Nord attaque la Corée du Sud. Vu de Washington le scénario est simple ; derrière les Coréens du Nord il y a les Chinois et derrière les Chinois il y a Moscou. Il est donc impératif de tenir Pékin en échec si l’on veut contrer les Soviétiques. Et le lieu choisi, c’est Taiwan.

Ainsi ce même 25 Juin Truman ordonne à le 7 flotte de patrouiller dans le détroit de Taiwan pour empêcher les Communistes de débarque sur l’ile.

Vingt ans d’illusions

Pendant les vingt ans qui suivirent la politique étrangère Américaine perpétua la fiction que le KMT, réfugié à Taiwan représentait la Chine et fit pression sur ses alliés pour en faire de même. La rupture Sino-Soviétique, la guerre du Vietnam et la résilience du régime de Pékin eurent raison de cette chimère et le 25 Octobre 1971, au grand dam de Washington l’assemblée générale de l’ONU reconnut Pékin comme le seul gouvernement légal de la Chine. Il ne resta plus qu’aux Américains de suivre le mouvement. Le 1 Janvier 1979 les deux pays établirent des relations diplomatique sur le principe qu’il n’y avait qu’une seule Chine dont le gouvernement était à Pékin avec comme corollaire un non-dit à savoir qu’il y avait a Taiwan un pouvoir local de fait avec le-quel Washington continuerait à avoir des relations officieuses ; une façon de  mettre le problème en veilleuse. Mais pas son environnement.

Une Chine, deux pouvoirs

Le KMT, au pouvoir à Taiwan s’affirmait comme le gouvernement de la République de Chine à l’oppose de celui à Pékin qui s’affirmait comme celui de la République Populaire de Chine. En fait il y avait deux pouvoirs sur le territoire de la Chine avec ce bémol que l’un occupait une ile de quelques 20 millions d’habitant et l’autre les reste du pays qui en comptait plus d’un milliard. Et si la relation entre les eux fut émaillée de crises, celles-ci, certes bruyantes restèrent mineures.

Des élections

Le KMT qui se réfugia à Taiwan 1n 1949 n’avait à l’époque pas plus de velléités démocratique que son homologue Communiste.

Mais avec le temps Taiwan évolua vers une société qui acceptait une diversité politique Ainsi, en Janvier 2016, le KMT qui avait jusqu’alors régné sur l’ile perdit les élection qui virent la victoire de son principal adversaire le PPD ou Parti  Populaire Démocratique. Or contrairement au KMT qui était fondamentalement pan chinois, la charte du PPD, elle, prévoyait l’Independence pour l’ile. Pour Pékin, comme pour le KMT, c’était une ligne rouge à ne pas dépasser. Qu’un gouvernement chinois concurrent occupe une partie du territoire Chinois n’était pas pour plaire à Pékin mais c’était acceptable. Mais qu’un pouvoir local, qui doit son existence à une intervention occidentale fasse sécession et ampute la Chine d’une partie de son territoire ne l’est pas.

La réalité

C’est là une réalité que le PPD a bien compris et qui l’as amené à mette en sourdine ses projets d’Independence ; sans compter le fait que la constituions de Taiwan, adoptée par le KMT rend toute modifications des frontière de la Chine des plus problématiques. Mais il n’en reste pas moins que, vu de Pékin,  dans climat de méfiance mutuelle qui prévaut dans les relations entre les deux pays on est de plus convaincu que Washington, plutôt que d’encourager les diverses parties chinoises à trouver un compromis cherche à alimenter une sécession.

Status quo

Or celle-ci n’est pas ce que désire le Taiwanais moyen. En effet si le pourcentage de Taiwanais en faveur d’une réunification avec la Chine continentale est insignifiant la grande majorité des habitants de l’ile ne demande qu’une chose : le maintient du statu quo. Or celui-ci est éloquent.

On estime que entre 2 % et 3 % e la population de Taiwan soit environs 500 000 travaille en Chine en toute légalité. Taiwan, avec 190 milliards de dollars est le premier investisseur extérieur en Chine qui est la destination de 43 % des exportations de l’ile et 22 % de ses importations. Certes il y a parfois des embargos de pure forme mais dans le fonds les relations économiques entre les deux Chines ne semblent guère affectées par les manifestations de force.

Un avenir incertain.

Reste l’avenir. Lorsque Truman a envoyé la 7 flotte dans le détroit de Taiwan il l’as fait parce que il en avait les moyens et qu’il n’y avait personne pour l’en empêcher. Reste à savoir si dans les décennies à venir Washington aura et les moyens et la volonté pour intervenir à 12 000 km de ses cotes en faveur d’une ile peuplée de quelques  22 millions d’habitants au risque d’entrer en guerre avec la deuxième puissance économique au monde.

Alexandre Casella ; Ancien directeur pour l’Asie au HCR et ancien Secrétaire Exécutif au Centre Asiatique des HEI.

Réfugiés palestiniens: copie à revoir ?

Suite a la creation d’Israel en 1948 quelques 700 000 Arabes palestiniens ont fui les zones contrôlées par le nouvel État et se sont réfugiés dans les pays arabes voisins.

Qu’ils soient partis de leur plein gré, qu’ils aient cherché à fuir les zones de combat ou qu’ils aient été expulsés de force, ou une combinaison de tout cela, est sujet à dispute. Ce qui ne l’est pas, c’est le fait qu’ils ont quitté leurs foyers et que leur fuite a crée une crise humanitaire majeure.

Une urgence humanitaire

Pour faire face à l’urgence les Nations Unies ont créé, en décembre 1949, l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA), chargé de fournir une assistance aux réfugiés Palestiniens en attendant leur retour.

L’UNRWA n’etait pas une solution. Sa tâche consistait à fournir une assistance aux réfugiés en attendant une solution.

Septante ans plus tard

Aujourd’hui, soixante-dix ans après la création de l’UNRWA, on estime qu’au maximum 6% des 700 000 Palestiniens qui vivaient en 1948 dans les zones contrôlées par Israël, soit environ 40 000 personnes, sont encore en vie. En revanche, le nombre total de réfugiés Palestiniens enregistrés par l’UNRWA et recevant une assistance se chiffre à …..4,3 millions et continue de croitre. Les raisons de cette inflation est simple; les statuts de l’UNRWA prévoient que le statut de réfugié Palestinien s’hérite de génération en generation sans limite dans le temps. Ainsi, la démographie aidant, leur nombre ne cesse d’augmenter.

Toujour dans des camps

À l’exception de la Jordanie, qui a réussi à intégrer une grande partie de sa population de réfugiés palestiniens, la plupart des Palestiniens du Moyen-Orient vivent dans un état de flou administratif. Ainsi, les quelque 240 000 Palestiniens qui vivent et travaillent en Arabie saoudite sont les seuls étrangers qualifiés à ne pas pouvoir demander la citoyenneté saoudienne.

Quant aux quelque 450 000 réfugiés palestiniens enregistrés au Liban, ils sont considérés avec hostilité par les chiites et les chrétiens, n’ont pas le droit de travailler et survivent dans des bidonvilles avec l’aide de l’UNRWA.

Enfin, quelque 1,3 million de réfugiés palestiniens enregistrés et assistés par l’UNRWA, sur une population totale d’environ 1,8 million, vivent actuellement à Gaza.

Droit de retour

La création de l’UNRWA, il y a environ soixante-dix ans, correspondait à un réel besoin humanitaire. Cependant, deux considérations étaient intégrées dans les statuts de l’UNRWA: le “droit au retour” et le fait que le statut de réfugié palestinien serait transmis de génération en génération .

Des citoyennes de seconde classe.

Le fait que le statut de réfugié palestinien soit transmis uniquement par la “lignée patrilinéaire” constitue clairement une discrimination fondée sur le sexe. Et si elle garantit qu’avec le temps le problème ne peut que s’aggraver, elle fait aussi des femmes palestiniennes des citoyennes de seconde classe qui, contrairement aux hommes, ne peuvent transmettre le statut de réfugié à leurs descendants.

Quant au “droit au retour”, il était susceptible de se heurter à la réalité, à savoir les développements urbains dans les régions d’origine. Ainsi, alors qu’il aurait pu être valable sur le principe, sa mise en œuvre s’avérerait probablement un cauchemar.

Un triple non.

Ces deux notions reposaient sur ce qui constituait à l’époque le cœur de la politique arabe à l’égard de la Palestine, à savoir l’anéantissement de l’État d’Israël. Non seulement cela ne s’est pas produit, mais avec la reconnaissance d’Israël par plusieurs pays arabes et le rapprochement de facto entre l’Arabie saoudite et Israël, la question des refugés palestinien est une problématique dont et  les États arabes et Israël pourraient bien se passer.

En parallel, la cause palestinienne, quelle que soit sa définition, a perdu une partie de son attrait auprès de la base arabe. Et le nombre de Palestiniens dans les camps qui seraient disposés à accepter une solution alternative au “retour” est en augmentation.

Un avenir difficile.

Dans cette perspective, l’UNRWA, est maintenant confrontée à un avenir difficile. En effet, ce qui est en cause, ce n’est pas son fonctionnement en tant que système de distribution d’aide ni son utilité en tant qu’employeur ; avec un personnel de quelque 30 000 personnes, dont 98 % de Palestiniens, l’UNRWA est le plus grand employeur du Moyen-Orient. En définitive, la question qui se pose aujourd’hui est celle de l’existence même de l’organisation telle qu’elle a été conçue à l’origine ; une existence qui doit être envisagée à la lumière des exigences de l’avenir.

A petits pas.

Idéalement, il faudrait s’attaquer à la cause profonde qui a conduit à la création de l’organisation, ce qui rendrait l’UNRWA inutile. D’un point de vue réaliste, il est peu probable que cela se produise dans un avenir prévisible. L’alternative est de réajuster l’organisation. Cela nécessite une stratégie bien planifiée qui prend en compte à la fois les réalités politiques, les préoccupations humanitaires et les interest des palestiniens eux-memes.

En termes pratiques, l’organisation ne peut être supprimée et la tentation de l’envisager sous cet angle n’est pas réaliste. En revanche, une politique bien ciblée consistant à réajuster de manière sélective  certaines de ses composantes devrait permettre, d’une part, d’éviter que le problème ne continue à s’aggraver et, d’autre part, de le ramener à des proportions plus gérables afin de garantir une solution satisfaisante, sinon pour tous, du moins pour certains des Palestiniens.

Naturalisations.

À cet effet, les États arabes devraient être encouragés à adopter une politique de naturalisation à l’égard des Palestiniens présents sur leur sol. Une telle politique mettrait l’accent sur la citoyenneté plutôt que sur l’origine. Il est vrai qu’une personne d’origine palestinienne pourrait toujours se considérer comme “palestinienne” tout en détenant la citoyenneté d’un État arabe. Il s’agirait toutefois d’une décision subjective, qui ne porterait pas atteinte à son statut national. Une telle approche permettrait d’éviter ce qui s’est passé au Koweït après que l’OLP a soutenu l’invasion de l’Irak ; après la libération du Koweït, les autorités ont expulsé la plupart des résidents palestiniens sans tenir compte du fait que la plupart d’entre eux avaient un passeport jordanien.

Il est évident que la naturalisation doit être abordée pays par pays, car elle n’a pas les mêmes implications dans des pays comme l’Arabie saoudite qu’au Liban. Il faudrait donc procéder à un réglage fin, pays par pays, avec pour résultat final que les ressortissants naturalisés d’origine palestinienne ne seraient plus enregistrés par l’UNRWA.

Un rève.

Quant à la notion de “droit au retour”, elle reste un rêve pour de nombreux Palestiniens, qui ne sont pas  prêts à y renoncer ; mais les temps changent et une enquête indique que 54 % des personnes interrogées seraient prêtes à y renoncer en échange d’une juste compensation.

Enfin et surtout, le concept de statut de réfugié hérité de la “lignée patrilinéaire”    pose question. Idéalement, le statut de réfugié ne devrait plus être hérité ; et s’il l’est, il ne devrait pas être basé sur des restrictions liées au sexe.

Payer plustot que penser.

Soixante-dix ans après sa création, les états qui ont crée l’UNRWA trouvent  toujours plus facile de mettre chaque année la main au portefeuille plustot que de faire l’effort de réinventer l’organisation à la lumière de l’avenir. Certes la violence des reactions lorsque  le Conseiller Fédéral Ignazio Cassis a fait reference á l’UNRWA avec un point d’interrogation montre à quell point le sujet reste sensible. Une raison de plus pour l’aborder. Reste à savoir qui fera le premier pas.

Poutine: quand le remède est pire que le mal.

Dans l’optique de Poutine la Russie est humiliée, marginalisée et encerclée au point où elle n’a même plus d’espace ou reculer. Acculée, sa seule alternative est de se battre, mais se battre pour quoi ?

Une multinationale.

L’Union Soviétique dont la Russie est en partie l’héritière n’avait d’Union que le nom. En réalité c’était l’Empire Russe, gouverné de Moscou par une classe politique essentiellement Russe. Le ciment de cette parodie d’union était le Parti communiste de l’Union Soviétique. C’était en fait une multinationale qui, en plus du pouvoir qu’elle exerçait sur les Républiques Soviétiques, avait une influence globale  par ses filiales de par le monde sous la forme de Partis Communistes locaux qui faisaient rapport à la maison mère.

L’Empire s’étend

Suite à la défaite du troisième Reich en 1945 l’Empire étendit son emprise sur l’Europe de l’Est. La Guerre Froide qui s’en suivit devint un exercice international d’équilibrisme dont chaque parti connaissait les limites à ne pas dépasser. Certes il y eut des exceptions ; Cuba et l’Afghanistan pour l’Union Soviétique. Le Vietnam pour Washington. Mais ces écarts n’affectèrent pas un équilibre des forces essentiellement stable et donc prévisible.

Washington numéro un

Avec l’effondrement de l’Union Soviétique les Etats Unis se retrouvèrent comme la seule Super Puissance à laquelle il n’y avait désormais plus de contrepoids. De la globalisation au pouvoir du dollar, de Google à l’internet  au GPS, de l’innovation à ce qui passait s

Certes il y avait encore des poches de résistance telle que la Corée du Nord et l’Afghanistan mais, tout sommé, le 21 ème siècle débuta comme le siècle américain.

Rien ne s’opposait donc à ce que Washington invente un prétexte pour laminer Saddam Hussein ou mette à genoux le système bancaire Suisse. Mais c’était là des errements sans grande conséquence et qui n’affectaient en rien la liberté individuelle ou la vie quotidienne de ceux qui vivaient sous le parapluie américain .

Une double chute

La chute de l’Union Soviétique fut un double effondrement ; celui de l’Etat soviétique et celui du parti politique qui l’avait généré à savoir le Parti Communiste de l’Union Soviétique.

Si le Parti Communiste ne survécut pas à a cet effondrement la Russie elle, blessée, diminuée et initialement en pleine dérive surnagea tant bien que mal. Il fallut attendre un Poutine pour voire l’Etat Russe remis sur pied avec un bémol ; sous sa gérance la Russie fit du sur-place.

McDonald

 La chute de l’Union Soviétique vit l’ouverture d’un McDonald à Moscou. Le succès fut immédiat et les moscovites par milliers firent la queue pour y avoir accès. Mais il n’y avait  pas d’équivalent Russe pour ouvrir une succursale à New York. Ce qui suivit fut une voie à sens unique. Les porte-drapeaux d’une société de consommation étaient désormais libres de faire  marche vers un Russie qui n’avait rien de à offrir en contrepartie.  Ainsi, trente ans après la chute de l’Union Soviétique la Russie reste une économie basée sur l’exportation de quelques matière premières avec une base industrielle faible malgré quelques pôles d’excellence. Mais plutôt que de focaliser son régime sur le développent et la diversification de sa base économique, Poutine avait les yeux ailleurs. Ce qu’il voyait, ou croyait voire, c’était l’érosion de l’ame Russe par un système de valeurs qui n’était pas le sien et auquel il était incapable de se référer.

L’âme russe en péril

En fait, son véritable ennemi ce n’était ni l’Ukraine ni l’OTAN ; c’était Vuitton, Google, l’Internet, pour ne pas dire Mercedes et les sociétés qui les avaient générés. Or c’était la un ennemi contre lequel les armes nucléaires n’offraient aucune protection. La seule protection aurait été  l’émergence d’une société Russe dont le niveau d’attractivité fondé sur la créativité, l’innovation, la diversité des opinions et la liberté d’expression pouvait se présenter comme une alternative à celle générée par l’Occident. Mais pour Vladimir Poutine en tant que produit d’un système qui ne savait gérer la diversité qu’en l’écrasant, c’était trop demander. Ainsi, alors que la Chine débarrassée de son délire Marxiste dont elle n’as gardé que l’étiquette se réinventait, la Russie elle, rêvait de son passé.

La force brute

L’invasion de l’Ukraine fut l’aboutissement logique d’une vision ou la force brute était la seule expression du pouvoir.

Si l’invasion de l’Ukraine est un conflit entre états, c’est aussi une guerre générationnelle. Pratiquent tous les ukrainiens qui se battent aujourd’hui n’ont aucun souvenir de l’époque  Soviétique. Et s’ils regardent vers l’Europe, c’est parce-que la Russie n’a rien à leur offrir.

Une partie déjà perdue

La marginalisation de la Russie a débuté avec la chute de l’Empire Soviétique. En fait, Poutine n’avait pas tort de considérer que la Russie était réduite à sa plus simple expression. Son tort c’est de n’avoir pas compris que son problème, ce n’est pas l’OTAN. C’est la Russie  et plus spécifiquement  son incapacité á se  réinventer et á se projeter dans un monde post Soviétique, Ce qui revient à dire que quelque soit l’aboutissement de son aventure Ukrainienne, Poutine a déjà perdu la partie. Certes, ce ne sera pas nécessairement le dernier clou dans le cercueil de l’Union Soviétique. Mais cela ne facilitera pas une résurrection.

 

Réfugiés; l’art du possible.

Dans les semaines qui suivirent la chute de Kaboul une conseillère nationale, madame Addolorata Marra proposa, que la Suisse donne l’asile a 10 000 refugies afghans. La proposition ne comprenait ni budget, ni calendrier, ni plan de répartition cantonale. En fait, c’était encore une de ces propositions à l’emporte pièce qui sont le corollaire des crises humanitaires et dont le monde politique  s’accommode sans y prêter trop d’attention.

Une nouvelle donne.

Depuis, la donne a changé. Alors que l’Europe fait face à un influx de plus de 4 millions de réfugiés ukrainiens, la Syrie, la Libye, l’Afghanistan, l’Iraq et leurs problématiques asile/migration ont littéralement disparus de l’échiquier.

Traditionnellement un réfugié cherchait l’asile dans sa région d’origine  et dans des sociétés  avec lesquelles il avait une communauté culturelle et sociale. Ainsi durant la guerre froide les réfugiés européens – Allemands, Hongrois, Tchèques etc. –trouvaient l’asile en Europe, les africains en Afrique et les asiatiques – conflits Inde, Pakistan, Bengladesh – en Asie.

La révolution des communications, l’internet, la téléphonie mobile, la télévision par satellite s’ajoutant aux conflits régionaux contribua à la globalisation de l’asile. Il se créa ainsi une image d’un Occident prospère et socialement responsable qui alimenta  un sentiment d’insatisfaction latent dans le tiers-monde.

Pression migratoire

Combiné à une explosion démographique, le résultat fut une pression migratoire sur l’Europe qui acquit une dimension nouvelle ; le réfugié /migrant qui cherche non seulement à fuir une guerre ou une persécution mais qui aspire à une vie meilleure, et cela sans se plier aux législations des pays de destination.

Le non-dit de la problématique est que, dés que l’on dépasse le cadre de l’individu et que l’on a affaire a des mouvements de masse il y a des sociétés qui s’interconnectent mieux que d’autres.

Un non-dit.

Ainsi la présence de plus d’un million de syriens  au Liban, pays de 6.7 millions d’habitants,  n’est pas un poids social dans la mesure ou c’est la même société, la même langue et les mêmes religions. Il en est de  même en Suisse.  Avec un taux de 25 % la Suisse a un pourcentage de population étrangère parmi la plus haut au monde. En fait cela ne porte pas a conséquence dans la mesure ou les étrangers sont majoritairement des Italiens, des Français, des Portugais et des Allemands qui sont issus du même creuset culturel.

En fait le vrai problème, c’est l’impact social de mouvements de population dont les constituants véhicules  des mœurs et un système de valeurs qui leur est propre, auquel ils tiennent, et qui est difficilement compatible avec celui des sociétés de destination.

Un nouvel exode.

Il est évident que l’exode de l’Ukraine n’a rien à voir avec cette problématique. En fait c’est un mouvement de réfugiés que l’on peut qualifier de « classique » qui est le fait de gens qui fuient un conflit  et qui ne cherchent pas par ce biais à émigrer.

La réaction de l’Europe face à une crise humanitaire Européenne a été à la hauteur du défi. Ainsi on a vu les pays du groupe de Višegrad,  Pologne, Hongrie, Slovaquie et République Tchèque qui avaient comme politique de ne pas recevoir un seul réfugié ouvrir largement  leurs portes aux Ukrainiens. En fait, leur refus  concernait les Musulmans, les Africains et les Arabes…pas leurs frères Slaves. Dans cette perspective la solidarité Européenne a joué à plein et cela non pas parce que le principe de l’asile est à voilure variable mais parce que sa gestion n’échappe pas a la réalité. Ainsi, si la présence d’européens éduqués, avec leurs chiens et leurs chats, sans interdits alimentaires et dont la plupart n’aspirent qu’à rentrer chez eux aura certes un poids économique, le poids sociétal sera insignifiant. Comme quoi, pour une fois l’exercice de la morale fait partie du possible.

Si la crise du covid a porté un coup d’arret à la mondialisation de l’économe, l’exode de l’Ukraine aura mis a mal la mondialisation de l’asile.

Ainsi le fait que l’Allemagne a accepté deux fois plus de réfugiés Syriens que l’Iraq et que  les états du Golf n’en ont pratiquement  pas pris un seul passe de plus en plus mal dans une Europe confrontée à sa plus grand crise de l’après guerre.

Ukraine: Une Europe absente ?

Si l’invasion de l’Ukraine par Poutine est un conflit européen au niveau de sa localisation géographique, sur le plan régional les rapports de force peuvent surprendre.

Une démographie réduite

La Russie compte actuellement quelques 145 million d’habitants. Si l’on compte les neuf pays de l’Europe occidentale on arrive à une population totale de 197 millions ; ce qui revient à dire que sur le plan démographique la Russie ne représente pas un danger pour l’Europe.

Une armé contenue

Sur le plan militaire on estime actuellement que la Russie dispose d’une force armée active de 850 000 hommes. Or si l’on additionne les forces armées de la France, de l’Allemagne et de la Pologne et du Royaume Uni  on arrive à quelques 700 000 hommes. La conclusion est que, les capacités Russes de mener une guerre offensive contre Europe sont pour le moins circonscrites. En fait, en s’en prenant à l’Ukraine, Poutine vise  Washington ; l’Europe n’est que le champ de bataille. Une Europe qui s’est révélée pour le moins impréparée pour faire face ce qui était une crise annoncée.

Une Europe absente

Ayant pratiquement délégué durant les années de  la Guerre Froide sa sécurité aux Etats Unis, l’Europe Occidentale se retrouva lors de la chute du mur de Berlin à la fois sans défense autonome et sans une vision propre de l’après-guerre froide. Or tout comme la chute de l’empire Ottoman ou de l’empire Austro-Hongrois la chute de l’Union Soviétique était une bombe à retardement dont la gestion aurait exigé l’équivalent d’un congrès de Vienne. Mais la mise en place d’un tel mécanisme aurait exigé, de la part des  deux grands acteurs européens, la France et l’Allemagne d’une vision à long terme et une volonté politique. Les deux firent défaut.

Washington aux commandes

Il en résultat que, en l’absence des européens, toute la problématique post URSS fut gérée par une succession d’administrations américaines en fonction de la relation Etats Unis /Moscou plutôt qu’en fonction d’une relation Europe /Russie avec Washington en arrière plan.

Il s’en est suivit que, côté occidental, la relation avec la Russie se focalisa sur un élargissement de l’OTAN plutôt que d’être la composante d’un rapport géostratégique issu d’une négociation sur le long-terme dont la France et l’Allemagne auraient fait partie. Or cet élargissement, côté Russe, aboutit à alimenter un nationalisme exacerbé pour ne pas dire une obsession sécuritaire qui fit dire à Poutine en 2021 « nous n’avons plus d’espace où reculer».

Mises en garde répétées

Du coté occidental, les mises en garde contre la gestion de cet élargissement  se multiplièrent. Ainsi Jack Matlock, Ancien ambassadeur américain en URSS la qualifia de «grave  erreur stratégique ». Pour Bill Burns, ancien directeur de la CIA c’était « une ligne rouge à ne pas dépasser. Une provocation envers les intérêts Russes. » Henry Kissinger écrivit que « L’Ukraine ne doit pas faire partie de l’OTAN. » Enfin Rodric Lyne Ancien Ambassadeur brittanique en Russie affirma que « si vous voulez une guerre avec la Russie, c’est la bonne façon de le faire.

Personne pour écouter

En fait les mises en garde étaient là mais il n’y avait personne pour écouter ; ou  pour se demander quelle serait la réaction d’un traumatisé de la chute de l’Union Soviétique.

 Le résultat aujourd’hui c’est une l’Europe sans défense autonome ou de diplomatie consolidée qui  se trouve débordée par un conflit  sur lequel elle n’as pratiquement pas de contrôle.

Un conflit larvé

En attendant, et dans l’hypothèse de plus en plus plausible que Poutine n’arrivera jamais à contrôler l’Ukraine on va vers un conflit larvé dont on ne voit pas la fin. Certes un tel scenario qui épuiserait Poutine est peut-être dans l’intérêt de Washington. Mais il n’est pas nécessairement dans l’intérêt de l’Europe. D’ou la nécessité pour les européens de trouver une voie de sortie au plus tôt. Une voie de sortie qui comprendrait la reconnaissance de l’annexion par la Crimée par Moscou, un accord sur le Donbass, une Ukraine neutre sur le modèle autrichien aux frontières garanties et enfin et surtout une nouvelle architecture sécuritaire européenne, conçue et négociée par l’Europe et dont Washington et Pékin seraient les spectateurs mais pas les acteurs.

Au delà du F 35

Il y a quelque 2500 ans le stratège chinois Sun Tzu écrivit que pour un Etat le stade suprême de l’art de la guerre était d’arriver à ses fins sans devoir se servir de son armée.

La Suisse s’en tire bien

Si l’on s’en tient à cet aphorisme – et rien n’indique qu’il n’as pas toujours cours – la Suisse s’en tire plutôt bien. Pendant deux guerres mondiales la Suisse a put préserver son indépendance  sans devoir engager son armée. Certes la question de savoir dans quelle mesure l’armée suisse a dissuadé un adversaire potentiel ne sera jamais totalement résolue. Mais on peut crédiblement formuler l’hypothèse qu’une Suisse désarmées dont les transversales alpines n’auraient pas été minées aurait constitué, entre 1940 et 1945 une proie tentante pour un adversaire potentiel.

Un paradoxe historique

Le paradoxe  qui ressort   de cette réalité historique est que le  but final de tout matériel militaire susceptible d’être acheté par la Suisse est de ne pas devoir entrer en service. Il en découle naturellement  que, n’étant pas soumis à l’usure qui découle de l’emploi sur le champ de bataille, le matériel militaire acheté par la Suisse doit être testé, fiable et surtout  susceptible de durer.

Le teste ultime

Le teste ultime de tout matériel militaire est sa performance sur le champ de bataille. Ainsi il a fallut la guerre du Vietnam pour montrer que si le M 113 avait des qualités de mobilités excellentes et un coût compétitif c’était un piètre véhicule de combat d’infanterie, ou que le fusil d’assaut M 16 avait de sérieuses défaillances au niveau de sa conception et de ses munitions qu’il fallait remédier avant qu’il ne devienne performant.

Parce que  la Suisse ne  dispose  pas de l’environnement permettent ce genre d’expériences, il en résulte une autre problématique : ou bien on achète un matériel militaire de facture récente susceptible de durer mais qui comporte encore des imperfections, ou bien on achète un matériel parfaitement rodé mais qui est alors, par définition, en fin de vie. C’est dans cette problématique qu’il convient d’aborder la question du choix des F 35 par la Suisse.

Un système plus qu’un avion

Un avion de combat aujourd’hui possède essentiellement quatre composantes majeures. Sa structure, sa motorisation, son électronique et enfin le logiciel qui gère l’ensemble. Cet ensemble n’est pas statique mais exige de continuelles mises à jour. Dans cette optique, ce n’est pas tellement un avion que l’usager achète mais un système de combat qui représente un tout en constante mutation. Il en résulte que l’achat d’un appareil de combat crée entre le vendeur et l’usager une relation qui a une durée de vie égale à celle de l’appareil, c’est à dire environ 30 ans.

Dans cet ensemble, le logiciel est devenu le pivot autour duquel les autres éléments s’articulent. Deux exemples illustrent cette réalité.

Le logiciel

Lors de leur retrait de l’Allemagne de l’Est, des forces Soviétiques, laissèrent derrière elles tout les appareils de combat qu’elles avaient alloués a l’aviation de le DDR avec un bémol ; elles avaient déprogrammés les ordinateurs de bord.

Dans un autre registre c’est le contraire qui advint lors d’une récente panne de courant en Floride. Là, les propriétaires de Tesla s’aperçurent à leur grand étonnement, pour ne pas dire soulagement que l’autonomie de leurs voitures avaient soudain augmenté de quelque 30 %. Plus tard il s’avéra que Tesla, à distance, avait reprogrammé les ordinateurs de ses voitures pour en augmenter l’autonomie.

Il n’y a aucune raison de penser que la problématique des logiciels, de leur sécurité et de leurs mises à jour successives n’a pas été prise en compte dans le choix du F 35.

Politique, technologie ou les deux ?

Reste une autre problématique qui elle est moins bien définie. Dans un monde de plus en plus complexe où les technologies évoluent à un rythme jamais vu, l’achat de matériel militaire de haute technologie par un pays comme le Suisse doit-il rester un geste purement économique et technologique ou doit-il intégrer une composante politique ?  Certes d’une part  il n’est pas concevable que la Confédération envoye au casse-pipe ses soldats-citoyens sans les équiper avec ce qui se fait de meilleur. Mais d’autre part, à quasi-égalité de performance faut-il négliger d’essayer d’obtenir une contrepartie politique lors de la négociation d’un contrat militaire ?

La réponse est loin d’etre évidente. Mais la question vaut la peine d’être posée.

Au-delà de Ai Wei Wei

Avec environ 5.5 millions d’électeurs et  un Conseil National composé de 200 députés élus par le peuple,  la Suisse compte sur le plan national environ 1 député pour 27 000 habitants.

Si l’on appliquait un modèle basé sur  la  même proportionnalité à la seule  municipalité chinoise de Chongqing on arriverait a un parlement communal de 1100 députes.

Une Chine ingérable ?

Qu’une institution de cette taille poserait des problèmes de gestion quasi ingérables est une évidence. Une évidence que le parti communiste chinois confronte quotidiennement face au défi de gérer un pays de 1.4 milliards d’habitants avec comme seul outil un « socialisme avec des caractéristiques chinoises » qu’il s’est inventé pour garder son monopole du pouvoir.

Pas de dilemme pour Ai Wei Wei

Ce dilemme Ai Wei Wei n’en a cure. Dans son interview au journal Le Temps, où la pertinence des questions posées incitent celui qui est considéré en Occident comme un des plus grand dissidents chinois vivant à l’étranger à s’exprimer sans entraves il projette une image contrastée qui donne toute la mesure d’un personnage hors normes.

Une image contrastée

Il y a d’abord l’artiste pour ne pas dire le créateur : l’homme aura marqué son époque et sa place comme un géant de l’art contemporain est acquis. Il y a ensuite  la dimension de celui qui est aujourd’hui un personnage public.

A l’origine, c’est un privilégié. Né dans une famille proche du pouvoir communiste, il a subi le sort, partagé par tout un pays, de ceux qui furent les victimes d’un système qui les dépassaient. Il en ressort que les persécutions que lui et sa famille ont subies sont considérées comme ayant été la règle plutôt que l’exception et ne lui valent aucune sympathie particulière en Chine; et le fait que sa famille avait été parmi les premières réhabilitées  après la Révolution Culturelle ne fit que confirmer cet état de choses.

Un non au système

Il y a ensuite l’indiscipliné : Fort de ses acquis en tant qu’artiste Ai Wei Wei lève la voix. Dans une société qui exige que tout soit à sa place il sort du cadre. L’art déborde de ses digues et empiète sur le politique. Ai Wei Wei questionne, provoque, critique.

Opérant dans un régime qui est incapable de gérer le phénomène qu’il représente, il est tour  tour surveillé, emprisonné, harcelé, ignoré et toléré. Finalement on le laisse partir, lui et une partie de son œuvre dans des containers pesant des tonnes.

Libre

Hors de Chine il est libre non seulement de créer mais aussi de parler. Il peut ainsi affirmer haut et fort que les Chinois sont plus libres que les occidentaux dans la mesure ou il n’ont pas de religion sans que personne ne vienne lui rappeler que, faute d’un être suprême, la superstition règne en maître en Chine. Et il peut s’en prendre sans réserve au comité Olympique et même à la neutralité suisse sans  proposer d’alternative.

Provocateur plus que dissident.

Pour le régime qui l’a laissé partir, il est une énigme ou du moins un incompris. Son art intrigue sans séduire et  ses appels à une « liberté »  indéfinie en font un provocateur bien plus qu’un dissident.

Loin des défis que le régime chinois doit affronter, Ai Wei Wei reste un marginal de la réalité chinoise. Un marginal pour lequel la Chine n’as pas de place. A l’inversa de l’Occident.

Le sauvetage en mer; un dilemme sans réponse ?

Faut-il sauver des migrants dont l’embarcation a chaviré au large des côtes Libyennes ? La question ne se pose même pas. Sauver des vies n’est pas une option. C’est un devoir. Mais l’exercice de ce devoir n’exclut pas que l’on réféchisse sur les avenants et les aboutissants d’un geste qui reste un impératif moral.

Sous le régime de Ghaddafi environs deux millions d’africains en provenance de l’Afrique sub-saharienne venaient chaque année travailler quelques mois en Libye avant de rentrer chez eux. Ce mouvement permettait à environs 20 millions d’africains de subsister. En parallel un accord tacite avec Rome permettait à la marine italienne d’intercepter en mer  ceux qui cherchaient à émigrer illégalement vers l’Italie et de les débarquer discrètement en Libye. Certes tous ceux qui tentaient la traversée n’étaient pas interceptés et certains arrivaient à atteindre les côtes Italiennes mais le nombre était contenu et ne portait pas à conséquence.

La chute de Ghaddafi orchestrée en grande partie par l’administration Obama mit fin à ce régime. La Libye sombra dans l’anarchie. L’option d’un travail saisonnier tomba à zero. 20 millions d’africains se retrouvèrent sans revenus et en parallel, le pays devint une véritable passoire qui permit à des organisations mafieuses de gérer un trafic de migrants illégaux en provenance d’Afrique et du Moyen Orient à destination de l’Europe.

Les passeurs se servant souvent de bateaux  en piteux état, les naufrages devinrent courants. Les médias s’en firent l’écho et la réaction ne se fit pas attendre.

Le devoir des états

Normalement le sauvetage en mer relève de la responsabilité des gouvernements pour ne pas dire, dans ce cas précis, des instances européennes. Mais celles-ci sont déficientes. Le nombre de noyades augmente. L’opinion s’émeut.

Le secours en mer devient un nouveau créneau pour des ONGs de tout acabit pour qui c’était une opération sans danger qui n’exigeait que des fonds pour affréter des navires sauveteurs. Et pour ceux qui y étaient engagés, c’était sur le plan personnel, valorisant. Enfin une fois les naufragés débarqués en Italie, les sauveteurs pouvaient s’en laver les mains. Ainsi sans faire à quiconque un procès d’intention, sauver  des naufragés se révéla comme étant l’entracte facile d’un scénario aussi tragique que complexe.

Le sauvetage en mer s’inscrit dans une problématique qui a un amont et un aval. En amont il y a l’Italie, pays si ce n’est de destination finale du moins de débarquement. Or l’Italie est prise entre le reste de l’Europe à laquelle Rome n’arrive pas à imposer qu’elle la décharge d’une partie de ses migrants, et la situation en Libye qui rend un rapatriement aléatoire. Le résultat final, c’est une situation confuse et indéfinie. D’une part les autorités s’ingénient, mais pas trop, à rendre la vie dificile aux sauveteurs et de l’autre elles ferment les yeux sur les nouveaux arrivés qui se fondent dans le bourbier administratif  dans lequel  se complait la burocracie de la péninsule. Ce qui ne veut pas dire que à Rome on n’est pas conscient de ce que le problème implique. En effet, si l’on prend les chiffres des arrivées des dernières années et on les projette sur les prochains 25 ans on arrive à un influx de 4.2 millions de personnes. Mais au pays de Machiavel, le reflex naturel est de temporiser et lever la voix. Agir relève d’une autre DNA.

Des chiffres sans appels

En aval les chiffres sont sans appel. L’Afrique sub-saharienne d’ou proviennent la plupart des migrants compte actuellement 1 milliard d’habitants. Dans 25 ans elle en comptera 2 milliards. Quant à l’Afrique du Nord qui compte  actuellement 210 million d’habitants, elle en comptera 350 millions. C’est dire que la pression migratoire ne peut qu’augmenter et que le marché pour les passeurs restera porteur.

C’est donc entre ces deux pôles, l’amont et l’aval que se pose la problématique du sauvetage en mer. Il est claire que chaque migrant, qu’il soit sauvé ou non de la noyade, qui atteint les côtes italiennes représente une invitation à un autre migrant à emprunter le même cheminement.  Ce qui revient à dire que chaque naufragé sauvé contribue à entretenir un appel d’air dont l’aboutissement peut être funeste pour d’autres. Le résultat final est un dilemme diabolique ; on ne peut pas ne pas sauver des vies mais ce faisant on est susceptible d’encourager d’autres à prendre un risque qui mettra leur vie en péril. Un dilemme rendu encore plus pervers par le simple fait que personne ne peut affirmer avec certitude que les noyades ont  un effet dissuasif sur d’autres migrants qui seraient  tentés de prendre les mêmes risques.

Il est évident qu’il n’y à pas une solution passe partout à  la problématique  telle qu’elle se pose aujourd’hui. Mais il y a un ensemble de solutions susceptibles de rendre le problème moins ingérable.

Il est certains que l’Europe a besoin de migrants avec deux bémols ; pas n’importe lesquels et pas illégaux. En d’autre termes c’est aux Etats de choisir les migrants dont ils ont besoin et non pas aux migrants d’imposer leur présence à des sociétés qui ne les  veulent pas.

En se basant sur ce principe il n’y a pas d’alternative à une politique de dissuasion absolue et inconditionnelle  de toute immigration illégale. Du point de vue pratique cela veut dire que tout migrant en provenance de Libye qu’il soit sauvé en mer  ou ayant réussi à débarquer sur les côtes italiennes se verrait automatiquement  renvoyé dans les plus brefs délais vers un centre de transit situé sur le territoire africain. Et c’est dans un tel centre que les Etats qui le désirent pourront trier les migrants, en accepter certains et renvoyer les autres chez eux avec un document de voyage temporaire et un pécule pour couvrir leurs frais.

Si la création d’un tel centre de transit, qu’il soit en Tunisie, en Egypte pour ne pas dire au Niger ou au Tchad a été parfois abordée tangentiellement, il n’a jamais fait l’objet d’une proposition concrète avec un budget de la part de l’Europe. Or dans un environnement ou tout a un prix, la carence ne se situe pas au niveau des moyens mais au niveau de la volonté politique d’agir.

C’est dire que selon toute vraisemblance les Italiens  continueront de bramer, l’Europe de les ignorer, les moins chanceux des migrants de se noyer, les ONGs d’oeuvrer et les passeurs de prospérer.

 

 

Quand les empires s’effondrent

 

Gérer la chute d’un empire n’est pas une oeuvre  dans la-quelle les états excellent.

Le XX siècle a vu l’effondrement de trois empires. L’empire des Habsbourg dont la chute a créé  les conditions qui ont aboutirent à la seconde guerre mondiale. L’empire Ottoman qui a laissé derrière lui un Moyen Orient dont les antinomies perdurent jusqu’à nos jours ; et enfin l’empire Soviétique dont  le monde, et en particulier l’Europe, sont loin d’avoir surmonté les séquelles qui ont résulté de son effondrement.

L’Union Soviétique, créé en 1922, n’était une union qu’en apparence. En réalité, c’était  l’empire Russe avec sa capitale à Moscou et le pouvoir aux mains du parti Communiste de l’Union Soviétique.

Une double implosion

La chute du troisième Reich permit à la Russie d’étendre son emprise sur les pays d’Europe de l’Est qui devinrent ainsi des composantes de son empire colonial avec un bémol. En effet, l’état Russe était aussi le vecteur d’une idéologie Marxiste qui se voulait universelle et dont les  adeptes de par le monde  étaient au service de la maison mère sise à Moscou.

Le résultat a été que l’effondrement de l’Union Soviétique a été une double implosion. La chute de l’empire Russe d’une part et, de l’autre, l’effondrement de l’idéologie dont il se réclamait.

L’état Russe qui émergea des ruines de l’Union Soviétique était une nation littéralement au tapis. L’économie s’était effondrée et l’administration jamais particulièrement efficace avait pratiquement cessé de fonctionner. Enfin sur le plan démographique, si l’URSS comptait quelques 290 millions d’habitants la Russie qui lui succéda n’en comptait plus que 146 millions, équivalent à un million de moins que la France, l’Allemagne et le Royaume Unis réunis.

Face à l’effondrement de l’Union Soviétique et l’absence d’une politique européenne il ne restait désormais qu’une seule superpuissance, à savoir les Etats Unis qui tenaient le haut du pavé.

Une seule superpuissance

Confronté à une équation internationale que personne n’avait prévu, Washington avait deux options. La première consistait à présumer que sur une période de 50 ans l’état Russe avait une chance de se restaurer en tant que moyenne puissance dont il fallait tenir compte des intérêts sécuritaires et géopolitiques. Le résultat aurait été la création d’un cordon d’états tampons entre les pays de l’OTAN et la Russie, comprenant les états Baltes, la Biélorussie et l’Ukraine dont la neutralité sur le modèle Suisse ou Finlandais auraient étés garantis par un traité international. Rien n’indique que cette option n’ait même été considérée à Washington.

Dans un pays ou le long terme c’est six mois, l’occasion était trop bonne pour être manquée. A savoir de profiter de l’état de prostration de la Russie pour lui porter un coup d’estoc dont elle ne se relèverait pas et qui la réduirait à  jouer un rôle insignifiant sur l’échiquier mondial.

Il en découla  que plutôt que d’envisager une formule que l’on peut qualifier de 2 +2 , deux superpuissances à savoir la Chine et les USA et deux puissances régionales à savoir l’Europe et la Russie, l’option choisie fut de favoriser une hégémonie américaine incontestée et exercée sans partage.

Le résultat fut une extension de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, une présence américaine renforcée en Ukraine et en Géorgie et, en parallèle, l’inclusion des états Baltes et de la Pologne dans l’Union Européenne.

Des ressentiments historiques

Si les ressentiments entre peuples ne sont pas éternels, ils ont la vie dure. Ainsi, pour des raisons historiques, tout ce qui relève de la Russie est perçu avec une réserve viscérale par les populations baltes, polonaises ou ukrainiennes. Il en résulte que  une  Europe occidentale qui forme le cœur de la Communauté Européenne et qui a digéré ses fantômes du passé est désormais tenue en otage par une autre Europe, située plus à l’Est dont l’expérience démocratique et  non-conflictuelle est encore en cours. Or si cet antagonisme sert les intérêts de Washington, les démocraties européennes traditionnelles ont d’autres exigences, et l’exemple the North Stream 2 est éloquent.

Le gaz Russe

En 2020 la Russie exporta 175 milliards  de m2 de gaz vers l’Europe ce qui correspond à environs 35 % de ses besoins, le transport se faisant essentiellement  via un pipeline traversant l’Ukraine. L’Allemagne, pour sécuriser son approvisionnement, vient de terminer un deuxième pipeline, North Stream 2 qui transite par la Baltique. La construction, qui prit des années, se fit malgré une violente opposition de Washington qui, par Ukraine interposée, voulait garder une main sur le robinet du gaz qui alimentait l’Europe. Venant après l’extension de l’OTAN à l’Europe de l’Est, la manœuvre ne passa pas inaperçue à Moscou.

La Mer Noire

Vu de la  perspective d’une Russie qui raisonnait sur le long terme, la multiplication des avancées américaines en Europe ne pouvait qu’aboutir  à l’accession de l’Ukraine à l’OTAN et à la perte par Moscou de sa base navale en Crimée où elle disposait d’un bail a durée limité accordé par l’Ukraine.  Le résultat aurait fait de la Mer Noire un lac américain.

Or sans la Crimée et la flotte de la Mer Noire, l’état Russe était exposé sur son flanc sud et  perdait son accès à la Méditerranée. En fait, Poutine n’avait pas de choix et l’annexion  de la Crimée par la Russie, qu’elle soit conforme ou non au droit international, était inévitable.

Sur le plan local l’annexion ne souleva pas de problème. La population de la Crimée qui, jusqu’en 1954 faisait partie de la Russie était essentiellement Russe et avait peu d’empathie pour l’était ukrainien. Sur le plan international en revanche la réaction fut cataclysmique.

Pas de marche arrière

L’annexion de la Crimée, qualifiée  « d’illégale », en vint à polariser l’ensemble de la relation entre Union Européenne, l’OTAN  et les Etats Unis d’une part et la Russie de l’autre. En fait c’était un piège que les occidentaux se sont crées. En effet si la Crimée était accessoire pour les occidentaux elle représentait pour la Russie  une exigence sécuritaire qui n’était pas négotiable. S’étant faits les otages d’une situation qui ne pouvait pas prévoir de marche arrière, les démocraties fondatrices de l’Union Européenne se retrouvent à la traine de Washington et de ses alliés en Europe de l’Est pour qui une confrontation permanente avec la Russie  correspond à un besoin psychologique qui va au-delà de toute considération géo-politique.

Faisant abstraction des prises de position publiques, tous les gouvernements concernés savent que l’annexion de la Crimée par la Russie est un acquis et qu’il n’y aura pas de marche arrière. Le défi est donc, pour les membres occidentaux de la Communauté Européenne, de trouver une formule qui leur permetterait de s’extriquer d’un imbroglio dont ni Washington ni ses inféodés d’Europe de l’Est ne sont portés à trouver une sortie qui relève de la réalité.