Jeûner pour se faire du bien (1/2)

Depuis quelques années, le jeûne revient sur le devant de la scène. Bien que l’idée de s’abstenir de manger puisse nous surprendre voire même nous inquiéter, notre organisme est adapté à cet état métabolique depuis la nuit des temps.

Au cours de notre évolution, l’accès à la nourriture dépendait des saisons : quand ils le pouvaient, nos ancêtres mangeaient abondamment pour constituer les réserves qui leur permettraient de survivre aux contraintes naturelles périodiques (hiver, mousson, exode). D’ailleurs, nous ne sommes pas la seule espèce à jeûner. Les animaux sauvages le pratiquent toujours lors de l’hibernation et des migrations.

En plus de constituer un mode de survie, le jeûne est fortement ancré dans nos traditions et nos religions pour ses vertus à la fois physiologiques et spirituelles, et pour la cohésion sociale qu’il renforce. La médecine aussi s’intéresse à ses bienfaits, notamment au siècle dernier pour traiter l’obésité et autres comorbidités.

 

Quels effets le jeûne a-t-il sur notre corps ?

Aujourd’hui, l’intérêt porté sur le jeûne ne réside pas seulement dans la perte de poids, mais pour ses effets bénéfiques sur l’ensemble de l’organisme et ses propriétés thérapeutiques. En effet, priver notre corps de nourriture de façon temporaire améliore nos indicateurs santé.

Qu’il s’agisse d’une restriction calorique, d’une alimentation limitée dans le temps ou d’un jeûne prolongé, ces méthodes améliorent la qualité de vie et préviennent les maladies chroniques.

Il existe plusieurs types de jeûnes. Celui dont on entend le plus parler est le jeûne intermittent qui consiste à suivre une alimentation limitée dans le temps : la fenêtre alimentaire s’étend sur 8 heures, et les 16 heures restantes le corps vit de ses réserves. C’est le cas du Ramadan par exemple. Grâce à cette méthode « douce », certains processus bénéfiques pour notre santé sont activés et notre système digestif peut se reposer.

Le régime 5/2 n’est pas un jeûne à proprement parlé. Il consiste à réduire notre apport calorique deux jours consécutifs par semaine en consommant entre 500 et 600kcal (soit 25% à 30% de l’apport énergétique habituel). Les cinq jours restants, on conserve nos habitudes alimentaires. L’inconvénient majeur de ce régime est la sensation de faim qui l’accompagne et le calcul minutieux des calories ingérées, comme c’est le cas dans d’autres régimes hypocaloriques.

Quant au jeûne prolongé, il s’étend de quelques jours à quelques semaines. Il est recommandé de le pratiquer de façon sécurisée, dans un contexte qui offre un suivi et une prise en charge adéquate. On parle alors de régime « zéro calorie », qui n’autorise qu’une consommation d’eau, ou de jeûne « modifié » comme il est pratiqué dans certaines cliniques spécialisées. Ses effets sur la santé sont encore plus spectaculaires, comme le confirme l’étude dont les résultats ont été publiés dans PLOS ONE, en 2019.

Qu’elle que soit l’option choisie, elle sera bénéfique pour votre santé. Les découvertes sont unanimes. Toutes indiquent que le jeûne :

  • réduit le risque cardiovasculaire, l’inflammation et le tour de taille
  • diminue la glycémie et la sécrétion d’insuline
  • abaisse le taux de mauvais cholestérol
  • augmente le taux de bon cholestérol
  • renforce la capacité antioxydante
  • améliore le bien-être et la productivité.

 

Offrir une « pause alimentaire » à notre corps est salutaire. D’ailleurs, l’être humain n’est pas constitué pour manger en continu. La consommation de trois repas quotidiens et de snacks hypercaloriques, combinés à la sédentarité, sont responsables du fléau de l’obésité et de l’excès pondéral, qui concernent près de 2 milliards de personnes dans le monde. L’obésité est à l’origine de près de 3 millions de morts par année et constitue l’un des principaux facteurs de risque des maladies chroniques et aigües.

Manger trop gras et trop sucré génère un état inflammatoire fortement délétère pour notre santé. C’est pourquoi l’alimentation est l’une des dimensions clés de la médecine du mode de vie, ou « Lifestyle medicine », qui a pour objectif de traiter et de prévenir l’apparition des maladies chroniques responsables de près de 41 millions de morts chaque année.

Revoir ses habitudes alimentaires en pratiquant régulièrement la restriction calorique, le jeûne intermittent ou le jeûne prolongé, est un moyen efficace de préserver sa santé à long terme et d’améliorer son bien-être…

Alexandra de Toledo

Alexandra de Toledo est pharmacienne. Elle se spécialise dans le domaine du "Lifestyle Medicine" - ou médecine du mode de vie, dont l'objectif est de prévenir, retarder voire même dans certains cas, inverser le cours des maladies chroniques (maladies non-transmissibles), responsables de 75% de la mortalité en Suisse.

4 réponses à “Jeûner pour se faire du bien (1/2)

  1. A chacun sa méthode pour trouver son équilibre ! Il ne faudrait pas s’imaginer qu’une méthode universelle peut s’appliquer à tout le monde !
    C’est une erreur de croire à ces modes en vogue qui échouent les unes après les autres …
    Dans 10 ans , on trouvera une autre panacée tout autant inutile…

    1. Je vous remercie pour votre commentaire.

      En effet, nous sommes tous différents. Il s’agit de trouver la méthode qui nous convient le mieux pour que celle-ci soit durable et bénéfique pour notre santé.

      L’objectif est de développer sa propre stratégie afin de préserver sa santé et améliorer son bien-être à long terme.

  2. Madame,

    D’après les articles publiés dans les journaux scientifiques que vous citez (PLOS ONE et Anals of Medicine) sur le jeûne modifié prolongé, je conclus que ce type de traitement n’est pas adapté à tout le monde et ne doit être pratiqué qu’avec un suivi médical. Avoir un suivi médical n’est pas seulement « recommandé » comme dit l’article.

    En effet, les deux articles s’appuient sur l’étude faite à la clinique Buchinger Wilhelmi, spécialisée dans les traitements thérapeutiques de jeûne. L’étude porte sur ~1’400 individus sélectionnés parmi ~4’000 patients volontaires de cette clinique. C’est un échantillon non représentatif et il n’y a pas de groupe de contrôle. On ne peut donc pas généraliser ces données et dire que le jeûne prolongé peut être bénéfique à tout le monde. De plus, il n’y a pas d’information concernant la durabilité des effets. Il est normal que juste après des jours de jeûne, le tour de taille soit réduit, mais qu’en est-il un mois après? et un an?

    L’auteure des deux articles est Françoise Wilhelmi de Toledo. Dans le cas d’un lien de parenté ou pas, il serait judicieux de le mentionner dans votre article.

    1. Je vous remercie pour votre commentaire.

      En effet, lors d’un jeûne prolongé un suivi médical est nécessaire, en particulier lorsque l’on souffre d’une maladie chronique. Le jeûne pourrait influencer le traitement médicamenteux, d’où l’intérêt de le pratiquer dans un endroit spécialisé avec une supervision médicale.

      Je perçois le jeûne comme une expérience globale qui permet de se reconnecter avec son corps et de lui offrir une période de repos. Ce moment de “pause” peut être l’occasion de mener une réflexion sur notre train de vie et nos habitudes comportementales. Si cette expérience déclenche un changement positif dans les habitudes de vie du jeûneur, les effets positifs d’une telle expérience se prolongeront.

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