Un ministre ne devrait pas dire ça

Mercredi passé en direct de l’émission la plus regardée de Suisse Romande, le journal télévisé de 19h30, le Conseiller d’Etat Philippe Leuba s’est exprimé au sujet du coronavirus et des mesures prises pour contenir l’épidémie. “Vent de panique ne reposant sur strictement rien”, “psychose généralisée entretenue par des mesures irréfléchies”, ” maladie qui se soigne en 4 à 5 jours à l’aide de dafalgan”, les propos du ministre vaudois de l’économie lors de cette interview ( que vous pouvez réécouter en cliquant sur le lien ci-dessus) interpellent.

Quand on voit la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le Nord de l’Italie, et dans laquelle a été plongée depuis le début de l’année la ville de Wuhan et sa province, quand on consulte les statistiques journalières des décès et infections qui dans certaines régions du globe s’apparentent à des bulletins de guerre, on se dit qu’on ne fait peut-être pas face à de l’alarmisme, mais plutôt à une prudence bienvenue.

Lorsqu’il est question de santé de la population, le principe de précaution doit pouvoir être appliqué dès que cela s’avère nécessaire, et les intérêts économiques mis au second plan. Il ne faut bien entendu pas sous-estimer l’impact des mesures prises sur de nombreux secteurs économiques, et les problèmes qui se posent pour les organisateurs de manifestations, événements culturels, sportifs ou autres. Il faut dès à présent réfléchir à des manières de dédommager, accompagner, soutenir les organisateurs et les entreprises touchées par les restrictions. Mais renoncer à la prudence par peur de nuire à l’économie peut s’apparenter à de l’irresponsabilité.

Il est trop tôt pour savoir si nous allons nous retrouver dans quelques semaines dans la même situation que la Lombardie, ou si au contraire nous allons échapper à des contagions massives et au caractère tragique de ces situations. Il semble en tout cas indispensable de laisser les autorités en charge de la santé publique prendre les décisions qui s’imposent, aussi impopulaires soient-elles, et éviter toute déclaration à l’emporte pièce.

Il en va de la santé de la population, et par ricochet également de la santé de notre système économique, que d’aucuns pensent pourtant protéger en faisant fi de toute prudence…

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et conseiller Municipal (exécutif) de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

18 réponses à “Un ministre ne devrait pas dire ça

  1. Voilà ce qui arrive quand des personnes sont plus préoccupées par la santé de l’économie que de la santé des citoyens. Aveuglées par le soucis de plaire à leurs puissants lobbys, ces politiciens perdent de vue l’objectif que devrait être celui de tout élu: le bien-être de la population avant le bien-être des puissants et des riches. Mais qui n’a encore pas compris que PLR veut dire “Pour Les Riches” ?

  2. Cette crise a ceci d’intéressant qu’elle remet tout en question, dans ce monde qui court le nez dans la fange.

    Leuba n’est pas un mauvais gars (c’est même le seul pur vaudois du CE).
    Mais j’imagine l’état de panique de toute la stratosphère socialo-libérale, leur monde s’écroule, sous leurs yeux!

  3. Cette crise lève les masques et montre les véritables intérêts défendus par nos “élus”, censés représenter le peuple….
    Dans le cas de M Leuba, aucun doute possible : l’économie prime sur la moindre prudence. Être bien-portant n’est pas donné à tout le monde, encore moins de nos jours, avec le stress, la pression sociale et économique subis par une vaste majorité des peuples.

    Et c’est un peu symptomatique de l’état d’esprit actuel : fric, rendement, fric, les copains (de l’économie), les intérêts (monétaires ou “convergents”) – l’humain n’est qu’une marchandise comme une autre, jetable, remplaçable, à presser comme un citron de grande surface, jusqu’à la dernière goutte de vie – pour ensuite jeter le contenant à la rue, parce qu’il ne faudrait surtout pas pousser pour des loyers bas.

    Triste monde.

  4. Quand une personne responsable de l’économie donne son avis sur la santé publique, c’est aussi peu crédible qu’une personne en charge de la culture ou de l’armée qui donnerait son avis sur l’économie.

  5. Je ne peux que me joindre aux commentaires précédents, en ajoutant simplement cqu’il est dramatique qu’un ministre, réputé intelligent, puis oser une telle logorrhée publique.
    D’une part, en rompant l’unité gouvernementale, il décridibilise l’action entreprise et donne du grain à moudre à tous les complotistes de basse fosse.
    En outre, ce faisant, il participe à la panique qui s’installe chez certain, puisque “ILS ne sont même pas tous d’accord” et que donc on n’a pas de raison de les croire.
    Enfin, s’il n’est pas capable de comprendre que les très grosses pertes que va subir notre économie ne sont rien en comparaison de celles auxquelles nous serions confrontées en cas d’épidemie générale non contenue, il n’a rien à faire dans un organne public décisionnel.

  6. Bonjour.
    N’en déplaise à Monsieur Mocchi et à tous les manipulateurs d’opinion, il me semble utile de préciser que le Ministre Leuba, dans l’interview cité, a parlé de maladie simple à soigner dans le cas de personnes à NON-RISQUE, c’est à dire dans environ 80% des cas (comme semble le prouver l’évolution actuelle de la maladie) et n’a en aucun cas minimisé l’effort à porter sur les populations à risque. M. Leuba a mis l’accent sur l’hystérie actuelle et je pense qu’il a eu raison de le faire, mais je crains que l’épidémie de peur ne soit en train de gagner la bataille. Quant aux critiques émises ci-dessus par les pourfendeurs du “système”, je pense qu’elles sont tout à fait déplacées et je remercie M. Leuba de s’inquiéter également de l’avenir économique des peuples. A ceux qui n’ont pas ou n’auront jamais accès à un bon système de santé, de transport et d’approvisionnement, ou à ceux qui auront vu leurs retraites se carboniser sur l’autel de la panique, demandez-leurs ce qu’ils en pensent.
    Bonne journée.

    1. “Simple à soigner”. On parle quand même d’une pneumonie dans une fraction significative des 80% de cas bénins et modérés. Mais là n’est pas le problème. Son intervention était inapropriée dans le sens qu’elle est succeptible de faire pense que la situation n’est pas ‘sérieuse’.

      Il est utile de rappeler que d’après le rapport de l’OMS 14% des cas sont graves et requirent hospitalisation et 6% sont critiques et requirent des soins intensifs dont la capacité est finie. Minimiser le danger en se concentrant sur le fait que la maladie n’est pas grave dans 80% des cas est le meilleure moyen de maximiser la vitesse de contagion et les risques de saturation du système de santé. Si le système de santé se retrouve saturé par une contagion trop rapide, les conséquences économiques des mesures plus restrictives alors nécéssaires seront autrement plus violentes.

      comme disais Bartlett : « La plus grande faiblesse de l’espèce humaine vient de son incapacité à comprendre la fonction exponentielle. »

    2. Moui. Donc les personnes conscientes du risque, réel, du petit virus se promenant actuellement, sont des “manipulateurs d’opinion” ?

      Les personnes “pas à risque” représentent un risque réel pour les personnes “à risque”.
      Exemple simple, concret : ma femme *est* une personne à risque, de part ses allergies et problèmes respiratoires récurrents. Du coup, moi, “pas à risque”, je n’ai rien à craindre et m’en lave les mains ? Non. (enfin, si, je me lave les mains, mais je n’ai pas attendu l’épidémie pour le faire, j’ai été éduqué à l’hygiène…)

      Dans le cadre d’une épidémie (sans parler de pandémie, terme employé par L’OMS ces dernières heures sauf erreur), tout le monde est responsable de la prolifération du mal.
      Donc non, ce n’est pas de l’hystérie, mais de la précaution. Les réactions suisses sont mesurées. Quand on voit le monstrueux bord** en Italie (et débutant en France), on peut se dire qu’on est encore assez tranquilles.

      Question sans doute bête, voire rhétorique : vous pensez quoi des vaccins ? “pas à risque”, donc vous les refusez, sans tenir compte des personnes “à risque” que vous côtoyez, peut-être même sans le savoir (transports, magasins, etc) ?

      La santé, c’est l’affaire de tout le monde. Et, ma foi, penser au peu moins à son nombril et un peu plus aux plus vulnérables, ça devrait couler de source, pour des êtres “les plus avancés” sur la planète.

      1. Cher Cédric,
        Les manipulateurs d’opinion, dans mon schéma, ne sont ni “à risque”, ni “pas à risque”. Je fais allusion aux démagogues qui font fi de ce qui a été dit ou écrit, qui isolent des paroles et ne font état que de ce qui les arrange pour publier leur vision de la vie et de la société. Dans le cas particulier, M. Mocchi prétend entre autre que M. Leuba qualifie l’épidémie/pandémie actuelle de maladie “qui se soigne en 4 à 5 jours à l’aide de dafalgan”. Ce n’est pas ce que M. Leuba veut dire, et c’est ce détournement que je qualifie de manipulation d’opinion, procédé largement utilisé dans les blogs du Temps.
        Je considère que M. Leuba n’a en aucun cas minimisé l’effort à porter sur les populations à risque. Je le rejoins et je vous rejoins également dans vos questionnements sur le fait que les personnes “pas à risque” représentent un risque réel pour les personnes “à risque”. Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fait que la santé est affaire de tout le monde et que toutes les précautions doivent être prises, voire évidemment que les vaccins entrent en jeu aussitôt qu’on les aura développés.
        Le sujet de la présente discussion à mon avis est que l’hystérie est bel et bien lancée et qu’elle est probablement très dommageable. Vous le dites vous-même, les réactions suisses sont mesurées (éventuellement moins hystériques) comparées à d’autres (***déliques), et je crois que c’est bien ainsi. Du moins pour le moment, affaire à suivre.
        Bonne nuit

        1. A risque ou pas à risque, une chose au moins est sûre: de quarantaine de masses et de kolhozes hygiéniques au confinement à domicile, nous vivons tous, de plus en plus, en maison close.

        2. Cher Alain,
          Les manipulateurs d’opinions ce ne sont pas ceux qui agitent le principe de précaution en cas de doute mais plutôt les irresponsables dogmatiques qui comme M. Leuba nient le problème sanitaire en ne se préoccupant que de l’économie à court terme.
          « Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous tendez à voir tout problème comme un clou » Abraham Maslow. Tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu’un marteau.
          A ce stade, je m’interroge : Quel est la responsabilité de M. Leuba dans la propagation de la pandémie dans le canton de Vaud ?
          Ou dit autrement : Comment responsabiliser une population cantonale face à une pandémie alors que son conseiller d’Etat en dénigrait les risques quelques semaines auparavant ?
          A bon entendeur ou lecteur !

    3. Tiendriez-vous le même discours aujourd’hui, 28 mars ? Soutiendriez-vous autant M.Leuba après la débâcle sanitaire que nous sommes en train de vivre dans ce canton ? Et dans quelle proportion, les propos de M.Leuba n’ont-ils pas conduit le canton de Vaud à occuper la troisième place dans ce macabre palmarès des décès des suites du Coronavirus ?
      J’espère que le PLR saura rétablir la confiance que la plupart des citoyens ont aujourd’hui perdue?
      Cela devra se faire sans M.Leuba qui a perdu aujourd’hui toute crédibilité. Et les électeurs feront le reste.

    4. Bonjour Alain Ballmer, j’espère que plus de deux mois après la logorrhée de M. Leuba, et si toutefois vous n’êtes pas mort du Covid19, que vous avez changé d’avis.

  7. Oui il est vrai que l’intervention du ministre était légèrement agressive, mais à vrai dire le CF a changé de stratégie après la déclaration de M. Leuba, en donnant l’impression que cette maladie n’est pas si grave, puisque la prise en charge ne concerne plus que les cas très sérieux. Le Président Macron aussi invite sa population à sortir et à s’amuser.

    Dans un calcul purement stratégique l’économie est avantagée par rapport à 2 ou 3 mille vies / 8,4 millions, d’autant plus que ce virus fauche plus les retraités, pardon pour le cynisme mais c’est ainsi.

    Le CF cherche le pic de la crise au plus vite en espérant la décrue avant le 17 mai car sa vraie peur est que le peuple suisse envoie le néolibéralisme au diable avec un oui à la limitation de la main-d’oeuvre étrangère.

  8. Tout de même, j’ai bien apprécié les propos de bon sens de Mr Leuba. Il n’a pas nié que la situation était sérieuse, mais il n’a pas voulu céder à la panique. C’est ce que l’on attend d’un dirigeant.

  9. Voilà le problème, il est dirigeant et on devrait lui faire confiance !
    Comme ceux qui nous ont caché les magouilles de Crypto, la pollution dans les terres sous Alusuisse, l’affaire des fiches, etc… etc…
    Il n’est pas possible de donner du crédit à un personnage qui ose sortir de tels « idioties ».
    Je vais suivre son conseil pour me soigner si j’attrape ce virus, du Dafalgan et surtout du Chasselas qui d’après lui est le meilleur vin du monde ….

  10. Le 4 mars, Ph. Leuba tenait ces propos inconcevables. 5 jours plus tôt, le canton de Berne avait déjà pratiquement interdit les manifestations de plus de 150 personnes (conditions strictes de provenances des participants et de collecte des identités). Où en sommes-nous aujourd’hui 29 mars, selon 24heures.ch:
    Berne: 1mio d’habitants, 798 cas, 10 morts
    Vaud: 0,8 mio d’habitants, 2936 cas, 55 morts.
    Vivement que le Grand conseil puisse se saisir de ce dossier et lancer un audit sur la gestion de cette crise.

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