Numérique et tempêtes solaires, un cocktail explosif!

Nos sociétés ultra connectées seraient-elles de plus en plus des colosses aux pieds d’argile? Notre dépendance à la production électrique et aux cyber-technologies est évidemment sans précédent dans l’histoire humaine, ce qui nous rend très vulnérables.* Voilà pourquoi nous avons besoin de la climatologie spatiale et des prévisons météorologiques interplanétaires.

 Eruptions solaires: un phénomène à surveiller

Mal connues du grand public, les éruptions solaires sont des éjections plus ou moins violentes de matière provenant de la couronne solaire, qui s’élèvent à des milliers de kilomètres en altitude et produisent soit des vents solaires soit des tempêtes solaires.

La Terre est entourée de la magnétosphère, sorte de bouclier magnétique, qui la protège généralement du flux des vents solaires, bien connus des astronomes. Ce sont eux qui génèrent les admirables aurores boréales et australes.

Les tempêtes solaires

Plus rares que les vents solaires heureusement mais d’une extrême puissance, elles éjectent des milliards de tonnes de particules énergétiques dans l’espace. Moins rapides, elles mettent de quelques heures à quelques jours pour atteindre la Terre, si celle-ci se trouve sur leur trajectoire au moment de l’éruption. Ce qui nous laisse peu de temps pour réagir…

Les orages magnétiques

Quand elles entrent en interaction avec la magnétosphère, elles provoquent des orages magnétiques. Ils peuvent être d’une violence telle qu’ils peuvent inverser le champ magnétique de la Terre ou perturber la ionosphère où circulent les ondes radio, pour ne citer que 2 de ces effets possibles dont les conséquences peuvent nous toucher directement.

La fameuse découverte de David Carrington en 1859

Les événements de Carrington (Carrington events), du nom de l’astronome anglais, est un risque très sous-estimé, parfois méconnu du grand public et très souvent des politiques.

Carrington est le premier en effet à avoir observé des taches très importantes, visibles même à l’œil nu, à la surface du soleil. Puis il avait assisté, le 28 août 1859 à un éclair très violent, puis, les jours suivants, d’incroyables aurores polaires avaient illuminé les cieux bien au-delà des pôles: on pouvait lire, dit-on, le journal à Cuba en pleine nuit!

Tous les réseaux de télégraphes avaient sauté, et des télégraphistes avaient été parfois électrocutés. Mais dans l’ensemble, les dommages subis par les sociétés du 19e siècle avaient été très limités et n’avaient pas paralysé les activités humaines. On était encore à l’ère du papier et des moyens mécaniques, ce qui explique pourquoi les conséquences avaient somme toutes été si peu remarquées. On avait surtout admiré la beauté du phénomène …

Technologies: la menace solaire pour nos sociétés connectées

Aujourd’hui il s’agit au contraire d’un risque majeur.

Imaginez un peu: que se passerait-il si des centaines de transformateurs électriques étaient détruits en même temps? Certaines régions très peuplées du globe pourraient être privées d’électricité et vivre une panne totale pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois…

Notre vie est entièrement régie par les technologies avancées.

Toutes nos transactions par carte de crédit, toutes les communications via satellites, les GPS, et même la radio (qui dépend de la ionosphère), tout absolument tout ce qui aujourd’hui contrôle nos données, notre mobilité, nos communications, notre sécurité, pourrait être détruit en quelques heures et cela à l’échelle planétaire.

Cela laisse songeur …

Un précédent récent qui fait réfléchir …

En mars 1989, quelques 6 millions d’habitants du Québec furent totalement privés d’électricité pendant 9 heures: l’effondrement du système se produisit en moins de …90 secondes! Et les dégâts coûtèrent 2 milliards de dollars.

Sachant que nous sommes entrés en décembre 2019 dans le 25e cycle solaire (les cycles durent en moyenne 11 ans) et que leur intensité est variable et inconnue, il est évidemment indispensable d’observer attentivement les éruptions solaires. Ajoutons que les modèles actuels prévoient un pic d’activité solaire entre 2023 et 2026.

Les prévisions de la météorologie spatiale

Aujourd’hui des satellites ont pour mission d’observer cette activité du soleil, mais ils sont encore trop peu performants puisqu’ils offrent une prévision 20 heures maximum seulement avant l’événement, ce qui n’est pas suffisant pour permettre aux Terriens de réagir à la menace.

Une nouvelle culture du cyber-risque solaire

Tous les pays devraient appliquer à ce sujet le principe de précaution car s’il n’est pas certain que nous soyons justement dans la trajectoire d’une grosse tempête solaire, cela n’est pas exclu non plus. (cf.1)

Or le tragique exemple de Fukushima nous démontre que les modèles prévisionnels des risques sont trop souvent insuffisants car ils ne tiennent pas compte des effets dominos ou d’accumulations: un séisme ET un tsunami par exemple, se produisant en même temps au même endroit.

« Gouverner, c’est prévoir; et ne rien prévoir, c’est courir à sa perte» Emile de Girardin. (Fondateur de la Presse et auteur de La politique universelle, 1852)

Nous sommes devenus hyper dépendants de nos production électriques, de nos cartes et puces magnétiques, et de tous nos systèmes inter-connectés. Nous devrions sérieusement réfléchir à la lumière (si j’ose dire.!) des pannes majeures les plus récentes à notre fragilité si nouvelle et si générale.

La NASA, le CNRS et L’ESA (Agence spatiale européenne) ont bien compris l’enjeu de la météorologie spatiale pour nos sociétés et ont développé des outils de calcul et des satellites d’observations pour mieux anticiper ces Carrington Events , et pour permettre de donner l’alerte à temps.

« L’enjeu est de taille pour les transformateurs électriques et le projet expérimental “Solar Shield” dirigé par le Dr Pulkkinen a pour mission d’identifier les transformateurs les plus menacés par chaque éruption solaire. “Il suffit de déconnecter pendant quelques heures tel ou tel transformateur à haut risque pour prévenir des pannes qui peuvent durer plusieurs semaines et plonger dans le noir un continent entier,” souligne le Dr Pulkkinen. » (cf.2)

En conclusion, si nous voulons garder les Pieds sur Terre, protégeons donc notre talon d’Achille car même si le risque est faible, il est bien trop grand pour nos sociétés pour être ignoré ou négligé.

 

Notes et références

1)Un rapport de la NASA datant de 2009 évalue le risque d’occurrence d’un événement Carrington comme une catastrophe planétaire susceptible de durer de plusieurs mois à plusieurs années.

En février 2014, le physicien Pete Riley publie un article intitulé :

« Sur la probabilité d’occurrence d’événements météorologiques spatiaux extrêmes » dans lequel il évoque une probabilité de 12% que la Terre soit frappée d’un Carrington Event dans les 10 prochaines années.

2) https://www.notre-planete.info/actualites/2913-consequences-tempete-solaire-Terre  Article très explicatif du site notre-planète.info (mis à jour 11 juillet 2020)

*Ces derniers mois, nous avons été victimes ou témoins de pannes géantes pendant lesquelles parfois des centaines de milliers de personnes n’ont plus pu ni téléphoner -même aux numéros d’urgence hélas- , ni se connecter, ni accéder à des données sensibles (les hôpitaux par exemple).

Je ne parle pas ici d’attaques de hackers, mais uniquement des pannes dues à des problèmes de maintenance de réseau électriques (réparations, erreurs humaines, etc.) ou d’événements dus à des phénomènes naturels et qui ont touché les infrastructures dont nous dépendons totalement.

 

 

 

 

 

 

 

 

Véronique Dreyfuss-Pagano

Spécialisée dans les domaines de communication inter-humaine, de proxémie et de développement durable, Véronique Dreyfuss Pagano est professeur de géographie et de littérature. Mettre la pensée systémique au service de la résolution de problèmes complexes dans les sciences humaines est l'une de ses activités.

11 réponses à “Numérique et tempêtes solaires, un cocktail explosif!

  1. Le dernier message de Véronique Dreyfuss-Pagano me rappelle les cours d’astronomie que nous dispensaient des astronomes professionnels alors que nous étions des enfants ou de jeunes adolescents. Ces savants, comme nous les appelions, travaillaient au Bureau des Longitudes, à l’Observatoire de Meudon, à l’Observatoire du Pic du Midi ou, encore, à l’Observatoire de Haute-Provence. Alors que nous n’avions ni téléphone, ni télévision, nous étions confrontés aux découvertes les plus récentes de la science; ces hommes, généreux et humbles, savaient si bien nous transmettre leur savoir encyclopédique. Ils nous parlaient justement des caprices de notre soleil et de ses terribles tempêtes. Comme le souligne Véronique Dreyfuss-Pagano, notre civilisation est devenu est un colosse au pied d’argile. Des pirates informatiques prennent le contrôle du système de distribution d’eau d’une grande ville, bloquent des données vitales de patients dans des hôpitaux. J’imagine qu’ils vont bientôt prendre en otage numérique une centrale nucléaire, avec les risques que cela implique. A cela s’ajoutent les menaces d’une toute autre magnitude de notre astre solaire. Encore une fois, nous demanderons à la science et aux scientifiques de nous éclairer et de nous aider. C’est la que le bât blesse: tout le monde est devenu dépendant de ces systèmes de plus en plus complexes, et, en même temps, l’on s’en méfie de plus en plus. Pour essayer de prévenir des catastrophes de type Fukushima ou pire, il faut modéliser ces phénomènes à l’aide des dizaines de milliers de variables, en utilisant des puissances de calcul gigantesques. Cela va sans dire que la majorité d’entre nous n’y comprend rien et préférera écouter des charlatans.

    1. Merci pour votre commentaire! Je pense aussi qu’il est toujours plus sain d’envisager une situation et de tenter d’y remédier que de détourner le regard et de ne pas y réfléchir. De plus, les solutions simplistes
      ( que j’appellerais les mono-solutions, fondées sur des hypothèses à corrélation simples uniquement et non pas sur de potentielles corrélations multiples) sont très séduisantes car vite compréhensibles. Parfois, elles suffisent. Souvent pourtant elles s’avèrent insuffisantes. Je pense comme vous que souvent, “la réalité dépasse la fiction” et qu’une forme d’anticipation scientifique peut être passionnante.
      Jules Verne ne me contredirait probablement pas … Mais comme vous le soulignez , cela demande également de prévoir de très bons vulgarisateurs pour expliquer au mieux les recherches en cours au grand public.

  2. Article fort utile pour une société qui veut se libérer de sa dépendance aux énergies fossiles et la remplacer par quasiment le tout électrique. Je suis très sensible à votre vision systémique qui me semble la seule façon de raisonner dans ce milieu complexe qu’est notre planète. Vous y ajouter les problèmes climatiques et les multiples conséquences biologiques sur cette planète Terre pourtant localisée dans une zone que les astrophysiciens qualifient d’habitable et la complexité monte en grade. Edgar Morin, esprit vif devenu récemment centenaire, à donner quelques clés pour l’approcher et tenter de la maîtriser. Nos gouvernants vont devoir s’en inspirer.

  3. En 2003, année d’activité solaire maximale, les aurores boréales étaient superbes en Carélie. Mais, en même temps, un émetteur de la RTBF était endommagé de même que de nombreux satellites de communication. Ça a coûté très cher à la Lloyd.
    Le cycle solaire étant de onze années, 2021 et 2022 doivent être pauvres en orages magnétiques et en aurores boréales.
    Mais, si vous allez en Islande avec un drone en 2025, soyez prudent car l’activité solaire sera à son maximum et même si, en plein jour, on ne voit pas les aurores, elles sont néanmoins présentes et perturbent les radio-commandes des drones. J’en ai fait l’expérience en 2016.
    On peut tenir compte de ce phénomène mais il n’existe pas de solution pour s’en protéger.

    1. Merci pour votre commentaire et pour ce témoignage intéressant ! Pour ce qui est de se protéger des effets des orages magnétiques, justement il y a des débuts de solutions potentielles et c’est l’objet de recherches actuelles en météorologie spatiale et interplanétaire. La prévision par des satellites dédiés en est une. La modification des systèmes de sécurité des très grandes centrales électriques, qui pourraient alors être déconnectées volontairement à l’annonce d’un Carrington Event assez tôt en serait une autre.
      Si je parle de ce sujet, c’est justement pour évoquer l’importance de la prévention par la prévision. Aucun phénomène naturel ne peut réellement être empêché bien sûr, mais on peut apprendre à s’en protéger. Et on le fait déjà pour certains d’entre eux. D’autres exemples tels que les séismes ou les éruptions volcaniques nous montrent qu’il est possible -quoique pas certain hélas lorsqu’il y a effet dominos – de tenter de protéger les populations de leurs conséquences lorsque l’on peut les alerter assez tôt. Cela implique aussi de développer des cultures des risques. Et de les mettre très régulièrement à jour….

  4. “Nos sociétés ultra connectées seraient-elles de plus en plus des colosses aux pieds d’argile? ”

    En effet, nos sociétés n’ont jamais été autant fragilisées que depuis qu’elles sont hyper-connectées. Votre rappel est des plus salutaires et nécessaires à cet égard. Mais gardons-nous de donner pour autant dans le catastrophisme ambiant, si vite et si facile à exploiter par les premiers démagogues venus. Ni les anticipations de “1984”, de George Orwell, ni le “Brave New World” d’Aldous Huxley ne se sont réalisés – du moins pas tels que les concevaient leurs auteurs. Si les dangers que vous décrivez sont bien réels, ils sont aussi connus et – sauf pour l’imparable et imprévisible catastrophe naturelle – les moyens de s’en prémunir existent. Prenons l’exemple du “hacking”:

    Celui-ci est encore trop souvent confondu, en particulier par les journalistes (qui ne sont guère des informaticiens professionnels), avec le piratage informatique. Alors que ce dernier relève de l’acte criminel, le premier est d’abord une activité de bidouillage et d’expérimentation souvent exercée par des passionnés, sans visée malveillante mais aux seules fins de comprendre la complexité des systèmes informatiques. C’est même une excellente école à cet égard. Elle ne devient passible de sanctions pénales que si des données sensibles sont obtenues par ce biais à l’insu de leur(s) propriétaire(s) légitimes.

    Or, ne devient pas “hacker” qui veut – même si le “hacking” fait aujourd’hui partie de l’enseignement universitaire (Valencienne, pionnière à cet égard, Maubeuge, et même la très catholique Université de Louvain offrent des cours de “hacking”) et si les tutoriels et cours en ligne se multiplient. Pénétrer un système informatique ne se fait en effet pas d’un coup de petite cuillère. Il faut d’abord se renseigner sur sa cible. C’est ce travail d’information, dont le succès d’une attaque dépend, comme à la guerre – en artillerie, par exemple, on ne procède pas autrement -, qui est le plus long et difficile. Il est d’ailleurs très rare qu’une attaque réussisse sans complicité du côté de la cible visée. Chaque cheval de Troie n’a-t-il pas son mouchard?

    Mais le “hacking” étant à la portée de tous (ou presque), c’est aussi ce qui le rend difficile à déceler. Une attaque de grande ampleur peut ne pas provenir pour autant d’un Etat, mais de simples particuliers. Un “hacker” qui découvre en solitaire, chez lui, une faille dans le noyau d’un système d’exploitation peut l’exploiter sans disposer pour autant de moyens importants. Du côté de la cible, si la faille n’a pas été découverte à temps, l’attaque est alors quasi imparable. Mais, une fois découverte et réparée, elle ne se répète guère. L’ennui, c’est que les failles ne sont le plus souvent découvertes qu’après une attaque, et ceci malgré la mise à jour des systèmes.

    C’est pourquoi il faut bien plus craindre l’impréparation et le manque de connaissances des usagers, comme on l’a vu lors des récentes attaques sur les sites de Comparis et de divers services de l’administration publique, que les tentatives de “hacking” proprement dites qui, encore une fois, restent inoffensives tant qu’elles ne sortent pas du cadre légal. On distingue d’ailleurs à cet égard les “bons” et “mauvais” hackers sous les noms de “white hats” – on parle même dans ce cas de “hacking éthique” dans la mesure où il vise à prévenir et à contrer d’éventuelles attaques – et de “black hats”, sans exclure que les “grey hats” existent aussi. Comme pour la gamme des couleurs, en “hacking” toutes les variétés sont possibles entre le noir et le blanc.

    Pour ma part, je crains donc bien plus les effets de l’ignorance et de l’impréparation des usagers que ceux des éventuelles tempêtes solaires comme causes premières du dysfonctionnement des réseaux électriques et de l’espace interconnecté dans lequel nous vivons désormais, pour le meilleur et pour le pire. L’informatique est aujourd’hui accessible à tous (du moins en théorie) et chacun(e) devrait pouvoir se prémunir contre ses risques. Dans la plupart des cas, comme pour le COVID-19, c’est une simple question de respect des gestes barrière (comme éteindre son ordinateur ou se passer de smartphone – je n’en ai pas et ne m’en porte que mieux) et des règles élémentaires d’hygiène… cybernétique.

    Comment ignorer les services immenses que l’informatique a rendus pendant la pandémie, quand une part importante de l’économie dépendait du télé-travail? Comment écoles et universités auraient-elles pu assurer ne serait-ce qu’un semblant de leurs activités sans télé-enseignement, malgré tous les inconvénients que l’urgence et l’imprévisibilité ont imposées aux élèves, aux parents et aux enseignants?

    Or, n’est-ce pas aussi cette urgence et cette imprévisibilité qui ont montré au grand jour les lacunes et l’impréparation, quand ce n’est pas le pur amateurisme, tant des entreprises que des écoles? Ces dernières, pourtant supposées tenir le cap dans une période aussi critique que celle de la crise sanitaire, ont révélé toutes leurs limites en se rabattant sur les coûteuses licences commerciales pour l’enseignement en ligne, telles que celles de “Google-Classroom”, utilisé par l’instruction publique de Genève, ou de Microsoft, faisant des GAFA les principaux, sinon les seuls profiteurs de la crise alors que leurs alternatives en source libre existent. A cet égard, faut-il donner raison à Ivan Illich quand il affirme que “même l’incompétence rare ne peut battre celle du système scolaire”? (Ivan Illich, “Une société sans école”, Seuil 1971) – Il parle de l’institution, bien sûr, et non des personnes.

    Cordialement,

    A. Ldn

  5. Selon un article paru le 26 mars dernier sur le site en ligne de Phys.org et intitulé “A powerful solar storm hit Earth back in 1582” (https://phys.org/news/2021-03-powerful-solar-storm-earth.html), un habitant de Lisbonne, écrivain, avait relaté l’événement suivant au début de mars 1582:

    “Un grand feu apparut dans le ciel au nord et dura trois nuits.
    Toute cette partie du ciel paraissait brûlante de flammes ardentes ; il semblait que le ciel brûlait. Personne ne se souvenait d’avoir vu quelque chose comme ça… A minuit, de grands rayons de feu s’élevèrent au-dessus du château qui étaient terribles et effrayants. Le lendemain, c’est arrivé la même chose à la même heure mais ce n’était pas si grand et terrifiant. Tout le monde est allé à la campagne pour voir ce grand signe.”

    Ses contemporains et lui ne se doutaient pas que cette aurore boréale – car c’en était une – était liée à une tempête solaire. Les recherches historiques dans les archives semblent ainsi confirmer que si les tempêtes solaires pré-modernes avaient peu d’effet à part leurs incroyables aurores, comme vous le relevez, une tempête solaire majeure pourrait aujourd’hui causer des milliards de dollars de dégâts et fermer les réseaux électriques dans le monde entier. Selon certaines sources, pour les seuls Etats-Unis, ces dégâts se chiffreraient même à au moins 12% du produit intérieur brut.

    Si j’ai paru m’écarter de votre sujet en donnant plus d’importance aux conséquences des attaques de “hackers” qu’aux éruptions solaires sur les infrastructures électrotechniques, c’est à cause de leur permanence et de leur quasi imprévisibilité. Au contraire des événements solaires, qui se produisent en moyenne une fois par siècle, en revanche les attaques de “hackers” sont une nuisance quasi permanente, avec laquelle nous devons apprendre à vivre. Or, comme les cas récents rapportés par la presse l’ont montré, l’impréparation et l’imprévoyance des usagers sont encore trop souvent la cause première de ces nuisances, qui pourraient être évitées sans peine. N’en va-t-il pas de la transmission des virus informatiques comme de celle du COVID-19 – quelques règles de prudence et “gestes barrière” élémentaires, comme se garder de cliquer sur un lien contenu dans un courriel suspect, ne suffiraient-ils pas à les éviter?

    Merci encore pour votre article.

    1. Merci à vous pour vos commentaires et votre contribution! En effet, mon sujet traite uniquement du phénomène des éruptions solaires majeures, car je souhaitais les évoquer pour parler de cette situation historiquement totalement inédite: les cyber-sociétés , somme toute extrêmement récentes et notre absence de recul général.
      Pour ma part, je pense que ne pas prendre en considération les effets d’un risque majeur, ne pas y réfléchir, conduit précisément à l’impréparation dont vous parlez.
      Or, dans le cas de nos communications et du stockage des données sensibles, ainsi que de notre mobilité, les récents accidents sur des réseaux ou des serveurs devraient absolument nous encourager à débattre des pare-feux, des archivages, de la sécurité etc… qui doivent être établis.
      C’est un vaste sujet de société, dont nous devrions être les acteurs. J’aimerais pour ma part, être certaine qu’un plan B existe en cas de panne majeure d’une centrale électrique, d’une centrale atomique, des données dans tous les domaines. Rappelons-nous par exemple la méga pollution en Louisiane sur la plateforme BP offshore Deep Water où l’on a découvert après son explosion que le système d’urgence était mal conçu et obsolète (on ne pouvait le faire fonctionner à distance) car BP s’était opposé aux normes de sécurité pour faire des économies ….
      Je suis toujours très frappée de voir que nous sommes trop souvent ignorants en matière de culture des risques. J’ai toujours prôné la prévention, qui implique de connaître la nature d’un risque, plutôt que la réparation, a posteriori…
      Je vous rejoins évidemment sur les risques de cyber criminalité, mais c’est un autre sujet.
      Bien à vous

  6. C’est moi qui vous remercie vivement pour votre réponse, dont je retiens en particulier ceci:

    ” J’aimerais pour ma part, être certaine qu’un plan B existe en cas de panne majeure d’une centrale électrique, d’une centrale atomique, des données dans tous les domaines.”

    Ne trouve-t-on pas déjà quelques éléments de réponses à votre question sur les sites des administrations publiques, tant en Suisse qu’à l’étranger? Sur les dangers liés aux pannes majeures des centrales électriques (“blackout”), le Canton de Berne, par exemple, met en ligne un certain nombre de documents sur sa plateforme d’information sur la protection de la population (https://www.bevoelkerungsschutz.sites.be.ch/bevoelkerungsschutz_sites/fr/index/leitfaden_notfallplanungen/leitfaden_notfallplanungen/gefahren_technik/stromausfall_blackout.html). On peut y télécharger en particulier deux documents, l’un sur la panne d’électricité et un autre sur la pénurie d’électricité.

    Comme les compétences dans ce domaine relèvent des communes, des cantons ou de la Confédération, qui ont tous certaines qualifications en cas de panne d’électricité, le mieux n’est-il pas de se renseigner auprès des autorités concernées, tant en ce qui concerne les mesures à prendre que la législation? Selon le site bernois, “C’est à l’exploitant de l’infrastructure d’approvisionnement que revient la responsabilité de remédier aux problèmes qui ont causés la panne en premier lieu. La commune, elle, doit assumer les répercussions engendrées par la panne.”

    Pour le Canton de Vaud, le document “Conception cantonale de l’énergie” du Département du territoire et de l’environnement (DTE), adoptée par le Conseil d’Etat le 19 juin 2019 est disponible sur le site du DTE: https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/environnement/energie/fichiers_pdf/CoCEn_Pub_complete_20190816.pdf.

    Pour les autres Cantons, n’y a-t-il pas lieu de se renseigner auprès des autorités concernées?

    Au sujet des centrales nucléaires, comme vous je déplore le manque de culture de la sécurité, dans ce domaine comme dans les autres. Les directives et recommandations de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sont pourtant disponibles dans le domaine public et devraient être largement diffusées. L’article de Wikipedia, “Sécurité nucléaire”, fournit des renseignements utiles à ce sujet (https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9curit%C3%A9_nucl%C3%A9aire ).

    En effet, les questions de sécurité informatique des centrales nucléaires sont distinctes de celles qui relèvent des réseaux informatiques, puisque les centrales nucléaires – c’est du moins le cas en Suisse – ne sont pas connectées à Internet mais fonctionnent avec leurs réseaux fermés.

    Indépendamment des risques d’attaques terroristes (par avion, drone ou autre), une centrale nucléaire est-elle pour autant à l’abri de toute attaque de “hackers” et en particulier des dangers que représentent les appareils connectés et le personnel? L’article paru dans la Tribune de Genève du 23 juillet 2017 sous le titre “Les centrales atomiques menacées par des hackers – Une simple bouilloire avec un récepteur wifi pourrait établir une liaison avec le réseau fermé des installations nucléaires.” laisse pourtant planer un doute. Pour n’en citer que quelques extraits (l’article complet peut être consulté à cette adresse: https://www.tdg.ch/suisse/centrales-atomiques-menacees-hackers/story/27426351):

    “Espionnage industriel, chantage ou sabotage: les centrales nucléaires sont de plus en plus la proie des hackers. Les mesures de protection dans les établissements suisses sont bonnes. Ce sont les employés et les appareils connectés qui représentent de grands risques.

    Toujours plus de collaborateurs informatiques frustrés sont tenus pour responsables des cyberattaques, indique Max Klaus, directeur adjoint de la Centrale d’enregistrement et d’analyse pour la sûreté de l’information (MELANI).

    […]

    L’expert en terrorisme salzbourgeois Friedrich Steinhäusler, qui a analysé des cas similaires dans le cadre d’un atelier de l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), voit également le personnel comme un danger potentiel.

    Un seul employé a en effet la possibilité de lancer une cyberattaque sur une centrale nucléaire, précise M. Steinhäusler. Que ce soit volontairement ou sous la pression d’une personne tierce, qui menacerait, par exemple, des membres de sa famille.”

    Ce même article montre, exemple à l’appui, que même avec un dispositif rudimentaire (dans ce cas précis, il s’agit d’une simple bouilloire), un “hacker” peut représenter une menace pour les réseaux fermés d’une centrale nucléaire.

    Pour en revenir à celui de la sécurité des systèmes informatiques, à ma connaissance, à part MELANI il n’existe aucun organisme public en Suisse, pays pourtant parmi les plus interconnectés au monde (y compris dans le domaine de l’approvisionnement énergétique), équivalent à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) chez nos voisins français. Celle-ci met en ligne une documentation abondante destinée tant aux particuliers et aux entreprises qu’aux administrations sur toutes les questions qui ont trait à la sécurité des réseaux.

    Enfin, au sujet de l’archivage, cet autre article de Wikipedia sur l’archivage électronique donne des pistes de départ intéressantes pour la recherche dans ce domaine, à mon avis: “Archivage électronique” (https://fr.wikipedia.org/wiki/Archivage_%C3%A9lectronique#Ce_que_l'archivage_%C3%A9lectronique_n'est_pas).

    Vaste sujet, donc, comme vous le soulignez, où les problèmes se chevauchent – si les tempêtes solaires sont une menace bien réelle, celles d’origine humaine ne le sont pas moins (homo homini lupus) – et qui devraient en effet faire l’objet de débats publics. Si les quelques pistes ci-dessus pouvaient contribuer à l’alimenter, j’en serais très heureux. Mais si vous les jugez déjà trop connues, veuillez ne pas en tenir compte.

    Avec mes salutations les meilleures.

    A. Ldn

    1. Un grand merci pour vos recherches et références, qui vont bien dans le sens d’une démarche de mise à jour des informations dont nous pouvons disposer pour répondre à certaines de nos questions!
      Et pour votre intérêt à partager ici vos connaissances en cette matière.
      Bonne journée!
      VDP

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