L’eau manque depuis avril : perspective économique.

25 juillet : 24Heures titre« Canicule. Après la nuit tropicale, la journée a été très chaude avec des records historiques. En Suisse romande, la palme est revenue à Payerne et Genève avec 36,1 degrés ».

Au 2 août, environ des quatre-cinquième des départements français sont concernés par l’ alerte sécheresse, et les restrictions s’intensifient.

Effet annexe du manque d’eau, quand sécheresse et canicule se combinent, des centrales nucléaires ralentissent leur activité, la température de l’eau des fleuves étant un paramètre de refroidissement du réacteur.

Restrictions depuis avril dans une région arrosée

Dès le 10 avril, France 3 annonçait : « Sécheresse : des restrictions d’eau très précoces. Le Nord est en alerte sécheresse. Du jamais vu pour un début de printemps. Les particuliers et les industriels sont appelés à limiter leur consommation d’eau. »

La préfecture du Nord avait mis en place une série de mesures de restrictions pour l’usage de l’eau.

 

Je revois la bande annonce de « Bienvenue chez les Ch’tis » : Philippe, Kad Merad, muté contre son gré dans le Nord, conduit de nuit en écoutant Jacques Brel.

Quand il passe le panneau « Bienvenue dans la région Nord-Pas de Calais », une pluie drue s’abat sur son véhicule.

Le fait que l’eau manque dès le printemps signifie que le réchauffement touche dorénavant les régions réputées pour être arrosées en toutes saisons. C’est préoccupant.

 

La reconstitution des nappes phréatiques s’effectue principalement en automne et en hiver. Au printemps, l’activité végétale absorbe une bonne partie des précipitations ce qui n’alimente pas les réserves. Aussi, à volume égal, un printemps pluvieux ne serait pas venu « compenser » l’absence de précipitations hivernales.

C’est pourquoi le préfet avait annoncé que le train de mesures de restrictions d’avril, valables jusqu’au 30 juin, était le premier, une manière de préparer les esprits.

L’eau bien non substituable

Quand j’enseigne l’économie, j’introduis les notions d’offre, de demande, d’élasticité et l’éventuelle substituabilité des biens entre eux.

Si le prix d’un bien monte, selon le bien, la demande d’un bien substituable prend la relève.

Typiquement, si le prix des transports publics monte, les automobilistes reprennent leur véhicule individuel. Et si le prix des pommes prend l’ascenseur, les ménages consomment plus de poires.

 

Généralement, la tarification de l’eau est basse, sans effet de progressivité lié au volume, ou à la quantité disponible. Le signal prix n’incite pas à limiter sa consommation.

 

Or l’eau n’est pas substituable. Les agriculteurs ne vont pas arroser avec du vin blanc, les industriels ne vont pas faire tourner leurs usines avec des bières, et les ménages ne vont pas se laver avec du lait.

En même temps, les agriculteurs veulent arroser leurs champs et faire boire leurs bêtes, les industriels assurer leur production et les ménages continuer à laver leur linge.

L’été étant chaud, l’ensemble des animaux a aussi soif. Quant aux hôtels… ils détestent ne pas pouvoir ajuster le niveau d’eau de la piscine au fur et à mesure de son évaporation.

 

Autrement dit, quand on a besoin d’eau, illusoire de chercher des biens de substitution.

La demande étant en croissance quand l’offre est plus faible, la situation peut donc se dégrader rapidement et intensément.

Cette évidence est rappelée dans le document cantonal de mars 2016, intitulé « Adaptation aux changements climatiques État des lieux du canton de Vaud ».

Au paragraphe abordant les conflits potentiels majeurs, la « Répartition des usages de la ressource en eau » est identifiée:

Le défi le plus évident concerne la répartition des usages de la ressource en eau et touche en particulier les domaines de l’agriculture, de l’énergie, de la biodiversité, de la gestion des eaux et du tourisme.

 

Une prise en compte réelle mais lente des pouvoirs publics

Environnement Magazine annonce : « le 12 avril dernier, six acteurs de la gestion de l’eau et de la ville en Auvergne-Rhône-Alpes ont signé les principes de l’Association internationale de l’eau (IWA), s’engageant ainsi pour des Territoires Eau-responsables. »

Cette initiative des pouvoirs publics est indispensable pour « élaborer et mettre en œuvre une stratégie d’eau urbaine durable ».

 

En Suisse, on peut lire l’analyse de la sècheresse de 2018 sur le site de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage -le WSL-on peut lire l’analyse de la sècheresse de 2018 :

 

« En 2018, l’Europe centrale et septentrionale – et donc aussi la Suisse – ont subi une des sécheresses les plus marquées des dernières décennies. Après l’extrême sécheresse de l’été 2018, le WSL mène 13 brèves analyses dans le but d’améliorer la gestion de la sécheresse.

Lors de l’été 2018, les débits de certains cours d’eau et les niveaux des lacs ont atteint des minima encore jamais mesurés, et à la fin de l’année, les nappes phréatiques au nord des Alpes ne s’étaient pas encore reconstituées. Dans le secteur agricole, la sécheresse a entraîné des pertes de récoltes importantes. »

 

Dans les prises en compte ci-dessus, il y aura un groupe de travail, recommandations, planification et définition des priorités, puis calendrier politique pour une mise en œuvre, à moyen terme…

Sans même aborder la nécessaire coordination entre les acteurs des cantons concernés et de la région Auvergne-Rhône Alpes, le moyen terme signifie, au mieux, de premières réalisations dans 5 ans, et bien plus pour les investissements importants.

Dans le canton de Vaud, les chutes de neige de février a sauvé la saison de ski, ce qui a fait oublier le faible niveau global des précipitations automnales, à court terme. Cependant ces précipitations n’ont pas été suffisantes pour les nappes phréatiques.

 

Toujours dans le document cantonal dédié aux enjeux du réchauffement climatique, le chapitre abordant les ressources est assez sévère :

« Un frein majeur à la réalisation de mesures d’adaptation réside dans le manque de ressources, aussi bien humaines que financières. Dans plusieurs domaines, le nombre d’équivalents pleins-temps alloués est actuellement insuffisant pour faire face aux nécessités liées aux changements climatiques. C’est le cas pour l’agriculture, la gestion de la biodiversité, la gestion des eaux (sauf eau potable),l’énergie, la santé, le tourisme. Cela signifie, dans les conditions actuelles, que la problématique de l’adaptation aux changements climatiques au sein de ces entités ne peut être traitée qu’au détriment d’autres dossiers. »

La description de la situation n’est pas rassurante même si, depuis 2016, les ressources humaines ont été un peu renforcées.

Le lac Léman, source d’eau ?

Qu’en est-il des nappes locales ? Le niveau de celle de Nyon par exemple est bas.

La présence du lac Léman nous donne l’impression d’être à l’abri des restrictions, voire d’une réflexion autour de l’eau.

Pourtant, l’an dernier, les vaches vaudoises, aux besoins quotidiens de 80 à 100 l, ont eu soif. Les réservoirs des alpages n’ont pas suffi.

Même à 30 km à vol d’oiseau du lac, l’eau n’a pu être remontée.

Ainsi, certains bovins vaudois et valaisans ont été abreuvés en alpage par les hélicoptères de l’armée. Cette solution, certes pragmatique, ne peut que demeurer exceptionnelle, en raison de ses coûts disproportionnés.

Cette anecdote prouve que l’anticipation des effets d’une sècheresse brutale est perfectible.

La gestion de l’eau est moins simple qu’il n’y parait : l’eau du lac est « directement » impropre à l’arrosage ou à la consommation.

La gestion technique est complexe pour « remonter » de très grandes quantités d’eau d’un endroit à un autre.

Les systèmes de pompage ont-ils la capacité suffisante ?

Peut-on facilement augmenter leurs capacités pendant une période de plusieurs semaines pour l’ensemble des demandes ? Si toute la Côte pompe en même temps, qu’advient-il ?

Comment « remonter » l’eau vers les alpages ou vers les villages en hauteur ?

Anticipation nécessaire

Ces sujets sont à traiter à froid pour mettre à niveau les systèmes avant les crises.

Comprenons bien que les besoins sont là, aigus, potentiellement catastrophiques dans certains secteurs économiques qui auront tous de bonnes raisons de réclamer des mesures d’aide exceptionnelles à des coûts disproportionnés :

  • agriculture,
  • forêts,
  • pêche,
  • tourisme, etc.

La feuille de route cantonale consacrée au changement climatique, adoptée en novembre dernier impose de réduire notre impact sur le réchauffement, de nous adapter à ses effets indésirables et de documenter le tout.

Insistons sur le fait que ce plan d’action vise à préparer une situation future qui sera dégradée par rapport à ce que nous vivons aujourd’hui.

Plus vite nous changerons nos habitudes pour cette denrée rare, moins difficile sera l’adaptation.

L’urgence climatique a été déclarée au Grand Conseil vaudois tout récemment, une excellente occasion de demander au Conseil d’État d’engager les ressources appropriées nécessaires. Le temps joue contre nous.

 

Référence :

https://www.vd.ch/themes/environnement/climat/etat-des-lieux-cantonal/

Je sauve ma peau : je mange bio.

Le corps humain, fort de 100 000 milliards de cellules, agit à tout instant pour nous permettre de respirer, de digérer, de raisonner, de traiter et d’évacuer nos déchets.

Chaque jour, des dizaines de millions de cellules se renouvellent à un rythme propre dans nos quelques deux cent organes. Prodigieux.

Pas moins de vingt organes sont mobilisés pour digérer et assimiler aliments solides et liquides. Nous sommes à proprement parler ce que nous mangeons et buvons.

Une alimentation saine consiste à respecter l’équilibre qui consiste à consommer ni trop ni trop peu des nutriments essentiels tels que vitamines,oligo-éléments, protéines, glucides, lipides.

Notre corps peut gérer l’absence ponctuelle ou périodique de nourriture.

Prodigieux mais fragile : la marge de manœuvre est limitée, notre corps est moins à l’aise avec les toxiques tels que l’alcool. Selon la récente étude de cohorte de l’Université de Cambridge, au-delà d’un demi-verre par jour, la consommation régulière d’alcool entraîne inéluctablement la dégradation de notre corps. Impossible de négocier.

Notre évolution sur des millions d’années n’a pas prévu l’ingestion de substance non naturelle dite « xénobiote ».

En schématisant, les additifs, conservateurs, nanoparticules, colorants, substances de synthèse perturbent notre système.

Pesticides : vraies armes de destruction massive

Les pesticides ont été développés pour tuer le vivant, en particulier certaines catégories d’insectes. Pas étonnant qu’il y ait des dommages collatéraux : ils sont précisément conçus pour tuer des êtres vivants avec lesquels nous partageons des structures communes : cerveaux, reproduction hormonale, digestion etc… .

Proportionnellement, les doses sont évidemment faibles MAIS comme l’exposition est répétée pendant des  années, les effets des multiples pesticides finissent par se manifester.

Leur usage s’est répandu massivement après-guerre, à la suite des recherches militaires.

Au milieu des années 50, la biologiste américaine Rachel Carson s’inquiète de l’utilisation des pesticides de synthèse. Elle tire la sonnette d’alarme avec la publication de son livre « Printemps silencieux », sorti en 1962.

La thèse principale de Carson se résume de la manière suivante : les pesticides ont des effets désastreux sur l’environnement. Si l’essentiel du livre est consacré́ aux effets des pesticides sur la faune et la flore, des chapitres détaillent aussi les cas humains d’empoisonnement par les pesticides, les cancers et autres atteintes corporelles.

Carson accuse aussi l’industrie chimique de pratiquer la désinformation et les autorités publiques d’accepter les revendications de l’industrie sans se poser de questions.

Ça alors.

Plus de cinquante ans après la publication de « Printemps silencieux », les autorités helvétiques décident enfin d’empoigner le problème. En 2017, le CHUV de Lausanne organise un séminaire au nom prometteur : « Exposition professionnelle aux pesticides et leurs effets sur la santé : Une problématique pour la Suisse ? »

Dans le sommaire, il est spécifié : « Les effets chroniques sur la santé induits par l’exposition aux produits phytosanitaires, plus fréquemment appelés pesticides, est une problématique très importante du point de vue de la santé au travail, en raison notamment du cumul des expositions sur le long terme et de l’exposition à différents mélanges de produits. Actuellement, il n’existe pas de registre national sur les effets chroniques des pesticides en Suisse ».

Plus loin, on relève :« La Suisse ne possède pas non plus de base de données centralisée sur les expositions des travailleurs aux pesticides ; les informations disponibles sur cette thématique sont donc très limitées et difficiles à obtenir.

Tout est dit : pas de registre, pas d’étude, pas de conclusion et donc pas de précaution, et évidemment, aucune interdiction.

En France, après une longue mobilisation, la liste des quelques 600 pesticides qui sont des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire perturbant le système hormonal (fonctionnement du cerveau, de la reproduction, des cycles) est enfin disponible sur le site du ministère de l’agriculture.

Les dirigeants des fabricants de pesticides dorment tranquillement.

Les parents d’enfants autistes, d’enfants à puberté précoce, d’handicapés avec des malformations d’origine inconnue, les personnes atteintes de Parkinson-parfois à 33 ans- celles atteintes d’Alzheimer, parfois avant 50 ans, les personnes en pleine lutte contre le cancer, les chercheurs qui se démènent, les ONG et les politiciens qui luttent pour faire interdire ces substances, eux, vivent nettement moins bien.

Pesticide inoffensif : un oxymore ?

Quelques exemples, évidemment non exhaustifs, des effets de ces substances.

  • Le célèbre dichlorodiphényltrichloroéthane dit DDT. Ce pesticide a été interdit dans les années septante aux USA à cause des malformations sur les bébés mais des études de 2013 et 2015 ont montré la surreprésentation des cancers du sein chez les femmes dont les mères ont été exposées in utéro.
  • Le chlordécone est incriminé sur le cancer de la prostate. Utilisé jusqu’en 1993 aux Antilles par les producteurs de bananes, le chlordécone, insecticide cancérogène et perturbateur endocrinien, est toujours présent dans les sols où il peut persister environ 600 ans et peut se retrouver notamment dans certaines denrées d’origine végétale ou animale ainsi que dans certains captages d’eau.

Ces deux pesticides constituent des bombes à retardement.

  • Le Sulfoxaflor , chlorpyrifos sont des neurotoxiques c’est-à-dire qu’ils attaquent du cerveau soit par perte des neurones, soit par dégénérescence des axones, soit par altération de la structure de la myéline, soit par altération de la neurotransmission.
  • L’Endosulfan et le chlordane sont mis en cause dans des cas d’infertilité.

Comment sommes-nous exposés aux pesticides ?

Aux USA, tous les bébés naissent avec plus de 100 molécules chimiques dans le sang !

Dès qu’un test est organisé sur les adultes, récemment sur la présence du glyphosate en Ariège, il révèle, hélas, la présence de ce pesticide au-delà de la dose journalière admissible.

Les deux principales sources d’exposition aux pesticides de la population sont l’alimentation (fruits et légumes, viandes et poissons, œufs, produits laitiers, miel, céréales…) et l’eau.

Cancers : pesticides et alimentation

La survenance des maladies telles que le cancer ne doit rien au hasard ou la malédiction divine Quant au stress, il explique le moment du déclenchement mais il vient d’être démontré qu’il n’est pas une « cause » mais un déclencheur.

Le cancer est le fruit de processus biologiques qui se déroulent de travers : quand la cellule se régénère mal, que le programme d’autodestruction ne s’exécute pas ou mal, et que dans la même zone, ce phénomène se répète.

Depuis quelques décennies, les connaissances sur la génétique ont fourni des explications fondamentales entre expression des gènes et apparitions des maladies. Et l’allongement de l’espérance de vie explique les cancers à un âge avancé.

Toutefois, ils n’expliquent pas les nombreux cancers qui surviennent à la naissance, à l’adolescence, à 30 ans ou 40 ans.

En Guadeloupe, le pesticide au nom cocasse de chlordécone a été massivement utilisé dans les plantations de banane. Il est aujourd’hui interdit en France. Les hommes exposés localement ont 147 fois plus de « chance » d’avoir un cancer de la prostate que dans l’Hexagone.

A l’échelle individuelle, la distinction entre composante environnementale et génétique présente pour le moment un intérêt limité.

Nous « subissons » notre patrimoine génétique alors que nous avons la main sur notre hygiène de vie et sur notre alimentation.

David Servan-Schreiber médecin, neurologue, sportif, non-fumeur, et partisan des approches techniques des tumeurs, découvre par hasard à 31 ans qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau.

En complément des traitements conventionnels, il aborde dans son ouvrage « Anti-cancer » l’importance des défenses naturelles du corps dans la défense contre le cancer: exercice physique, méditation, cohérence cardiaque et alimentation.Il explique le désintérêt des médecins pour l’alimentation comme agent préventif à l’apparition des maladies à l’absence de formation dans ce domaine. S’agissant des explications concernant sa tumeur, il suppose que c’est l’atrazine,molécule désormais identifiée comme perturbateur endocrinien qui l’aurait favorisé.

Alimentation : source de longévité

Dans toutes les civilisations, la diète a été codifiée, dire si le sujet a été pris au sérieux.

Tant que les maladies entraînaient une mort quasi-certaine, les aspects préventifs de l’hygiène alimentaire étaient centraux -même si certains se sont avérés ridicules-.

L’occident dispose de traitements efficaces et de nourriture abondante, ce qui a rendu la formule « Mange ta soupe pour bien grandir » surannée.

 

Les fruits, les légumes, les laitages, la viande, les céréales bio, sont meilleurs à double titre que les autres : ils apportent plus de nutriments ET ils contiennent peu ou pas de pesticides.Dès les années 70, ceux qui mangeaient bio étaient raillés, quarante ans plus tard, les études de cohorte leur donnent raison. En 2018, la Ligue anti-cancer a confirmé désormais le lien entre alimentation et le déclenchement de maladies.

Le décideur, c’est VOUS!

Aussi, si vous voulez vous protéger ainsi que les enfants que vous portez et élevez, protéger les sols, l’eau, la faune, une des manières d’y parvenir est de cultiver et de manger bio aussi systématiquement que possible.

L’adage deviendrait alors : « Mange ta soupe de légumes bios ».

 

Et là, sans aucun doute, vous agissez pour votre bien, celui de la faune et de la flore. Au passage, vous œuvrez pou
r le bien de l’agriculteur lequel non seulement ne s’empoisonne plus, mais aussi pour le moment, a de meilleures marges quand il vend ses produits.

Quand vous mangez, vous agissez.

L’alimentation bio serait réservée aux bobos ? Nous en reparlerons. En attendant, je vous signale l’ouvrage « Nous voulons des coquelicots » , le livre-manifeste de Fabrice Nicolino et François Veillerette contre les pesticides.

Si j’étais une vache, je voudrais garder mes cornes

Juillet 2018, le métro à Lausanne. Je suis interpelée par deux affiches publicitaires : une de Swissmilk, une de Paysans suisses. Ces deux affiches montrent des vaches AVEC leurs cornes.

La citadine que je suis est doublement intriguée.

J’ai l’impression de voir plus souvent des animaux sans cornes qu’avec leurs cornes. Que disent les chiffres à ce propos?

Et qu’est-ce qui justifie ce soudain intérêt pour ces bovins ?

Dès lors, je me renseigne. Une minorité de races est « naturellement » sans cornes. En Suisse, de 70% à 90% des vaches, – le chiffre variant selon les sources- ont été écornées. D’après l’IFBL, Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), « Chaque année, près de 200’000 veaux sont opérés pouréviter que leurs cornes ne poussent. Une opération qui consiste à brûler la racine de la corne avant qu’elle ne pousse ».

Les bovins sont domestiqués depuis des milliers d’années.

Pourquoi se mettre à les écorner ?

Le risque de blessures pour l’animal et pour l’éleveur

L’écornage serait motivé par le bien-être des bêtes qui pourraient se blesser entre elles.

Bien sûr. Toutefois, on n’oblige pas TOUS les propriétaires de chiens à museler leur animal sous prétexte que de temps à autre, un chien mord un de ses congénères.

Certes, un accident de corne est un accident de trop. Quant à la surmortalité des agriculteurs, elle est malheureusement due aux suicides et aux cancers plus qu’aux accidents avec des bovins.

Si l’application du principe de précaution sur la santé des personnes était l’argument essentiel, il y aurait lieu d’interdire la cigarette, les véhicules diesel et certains pesticides, plutôt que les cornes des vaches.

Des animaux sans cornes : une exploitation moins chère

Une bête sans corne facilite les manipulations : plus simple et surtout moins chère en surface de stabulation. Le rendement au mètre carré d’étable augmente car les vaches peuvent être davantage serrées… comme des sardines.

L ‘écornage quasi-systématique observé est le résultat de la course sans fin aux gains de productivité. Dans ce domaine, les agriculteurs obéissent à une concurrence acharnée et permanente entre eux, entre pays, logique qui emmène l’humanité et la planète vers sa destruction.

A quoi servent les cornes ?

Pourquoi les bovins auraient des organes inutiles ?

Comme l’explique Anet Spengler, responsable du groupe sélection animale de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) dans la Tribune de Genève du 6 novembre, « La corne des vaches n’est pas un os mort et nu »,. Les cornes sont innervées. Elles donnent l’âge de l’animal car les cornes poussent tout au long de la vie.

Elles ont des fonctions physiologiques et sociales. Les cornes contribueraient à la circulation de l’air en prolongeant le sinus et donc équilibreraient la ventilation de l’animal pendant la digestion, activité qui mobilise son organisme.

Elles aideraient aussi les individus à se reconnaître entre eux.

Elles détermineraient la hiérarchie du troupeau et seraient révélatrices de la vigueur de l’animal.

Le positionnement social au sein de ses pairs : un élément accessoire ?

Les fonctions sociales au sein du troupeau. Transposons. Demandons aux propriétaires de véhicules de marques prestigieuses d’échanger leur voiture contre l’équivalent dans une marque populaire ? Ils refuseraient même si ces marques proposaient de nombreux équipements en tous points fonctionnels aux véhicules de ces marques de prestige.

Les techniques marketing reposent sur cette volonté de distinction individuelle.

Les fonctions d’estime constituent des éléments sociaux déterminants, chez les humains comme chez les bovins.Sans aucun doute, les cornes sont utiles.

On peut alors s’interroger sur l’influence sur la qualité de leur lait. Le lait de vaches à cornes est-il plus riche que celui de vaches mutilées ? C’est peut-être la conviction de Swissmilk et de Paysans suisses.

Sinon, pourquoi ces institutions afficheraient-elles des vaches avec leurs cornes ?

Le vote à venir

Réponse à ma seconde question.

Armin Capaul, paysan bio engagé, a proposé une initiative visant à rétribuer les paysans qui voudraient maintenir des animaux avec cornes.

Notons qu’il ne s’agit pas d’interdire ni de pénaliser l’écornage mais bien de compenser les surfaces supplémentaires nécessaires à la stabulation.

Doit-on vraiment modifier la Constitution pour cela ?

Eh bien oui, car en juin, cette initiative a été refusée par notre parlement. Notre gouvernement ayant aussi refusé de proposer un contre-projet, le peuple vote sur ce sujet.

Sur le feuillet reçu par le citoyen, la menace budgétaire est agitée. En cas d’acceptation du peuple, de 10 millions, hypothèse basse, à 30 millions, hypothèse haute, seraient consacrés à aider les agriculteurs conservant des bêtes adultes avec cornes. Le budget fédéral de l’agriculture se monte annuellement à 3,6 milliards de francs. Soit entre 0,3% et 0,9 % du budget. Ce n’est pas insignifiant, mais pas la fin des autres subventions agricoles.

Comme je ne ferais pas aux autres ce que je n’aimerais pas qu’on me fasse, d’une part, et que, dans le doute, je préfère des produits de vaches « entières », d’autre part, je vote OUI au soutien des paysans qui veulent maintenir les cornes de leurs vaches adultes.

Et vous ?

Survivalisme ou transition?

La première fois que j’ai entendu parler du réchauffement climatique, c’était en 1989, quasiment trente ans! J’écoutais une jeune scientifique parler de ce dérèglement pour 2100. J’étais interpellée mais pas effondrée : en 110 ans, l’humanité avait le temps de changer de cap.

Depuis, les scientifiques ont étudié les conséquences et nous ont alertés. Le réchauffement climatique entraîne le dégel du permafrost, lequel en fondant, dégage du méthane, puissant contributeur à l’effet de serre. A un certain point, la situation n’est plus contrôlable.

Ils ont aussi averti que les écosystèmes -sol, faune et flore en interaction- ne se déplacent pas en suivant les variations du climat – certains papillons migrent, les oiseaux et la micro-faune du sous-sol pas, et qu’ils ne sont pas tolérants à une hausse des températures moyennes de 2°c. 3, 4 ou 5°C-. Certaines espèces de poissons de Méditerranée ou de rivière ne se reproduisent qu’avec une température donnée-.

Même en Suisse, château d’eau de l’Europe, l’eau peut manquer. Les éleveurs de bovins romands en ont fait l’expérience cet été en alpage: approvisionnement d’urgence par les hélicoptères de l’armée.

J’ai ainsi réalisé que le réchauffement se traduit par un dérèglement généralisé aux conséquences brutales visibles dès maintenant.

A l’évidence, la politique des petits pas menée depuis trente ans n’a pas suffi.

D’autres défis tout aussi inquiétants

De 5,2 milliards en 1989, la population est passée à 7,55 milliards en 2018, ce qui a accentué d’autres pressions.

  • La raréfaction de l’eau douce,
  • La pollution des rivières et des lacs par les rejets industriels.
  • La destruction des terres cultivables par les pesticides et les polluants chimiques
  • La disparition des ressources minérales par extraction de milliards de tonnes annuelles.
  • La prolifération des milliards de tonnes de déchets amoncelés en décharge, ou constituant des « continents » de plastique dans l’ensemble des mers du monde.
  • La surpêche créant une déstabilisation de la faune.
  • La déforestation des forêts primaires, qui supprime la capacité d’absorption du CO2 de la planète, accentue indirectement le dérèglement.
  • Les pertes dramatiques de biodiversité par la perte d’habitat et les pollutions diverses.

Sur ces sujets, les scientifiques insistent sur l’ampleur inégalée de la destruction incompatible avec le temps nécessaire aux écosystèmes pour se renouveler (au mieux en dizaines d’années, au pire en millions d’années).

L’orientation de l’ innovation technologique

Certains, plus alertes sur la technique que sur les mécanismes subtils du vivant, perçoivent ces catastrophes écologiques comme des opportunités d’innovation et de business.

S’il n’y a plus d’insectes pollinisateurs, des robots iront polliniser champs et arbres.S’il n’y a plus de cobalt sur terre, des robots iront récupérer des matières premières sur les astéroïdes.Si la terre devient invivable, les humains migreront sur Mars.

Ces projets productivistes mobilisent des sommes non négligeables.Un robot pourra polliniser, pourquoi pas, mais son coût sera plus important que le service gratuit des insectes pollinisateurs des abeilles.

Des robots pour lutter contre la disparition des ressources minérales pour pomper les astéroïdes : dire que le prix de la tonne de cobalt va augmenter est une évidence.Quant à l’émigration sur Mars. Durée du voyage : 6 mois en apesanteur avec de la nourriture lyophilisée. Quid des conditions de survie locale?

Peut-on imaginer une arche de Noé de 8 milliards d’individus transformés en astronautes, tels Thomas Pesquet, prenant des centaines de millions de vaisseaux pour coloniser Mars ?

Pas crédible ni souhaitable : l’être humain est fait pour vivre sur la planète Terre.

Ces technologies sont gourmandes en ressources minérales et électriques, elles accélèrent le rythme d’extraction, ce qui en soi est un problème.

Que l’IA et les robots soient disruptifs est indiscutable : ils seront source de progrès s’ils sont au service de la protection du vivant et non contributifs de sa destruction.

Le refuge dans le déni

La tentation d’être dans le déni individuellement et collectivement est compréhensible.

Cette position est psychologiquement confortable à court terme, telle la cigale de la Fontaine : « jusqu’ici tout va bien ».Les mois de septembre et d’octobre sur les terrasses des cafés sans une goutte d’eau, c’est bien agréable, n’est-ce pas? Cela évite de remettre en cause le modèle économique inadapté.

La réponse du repli individuel

Certains, avec une vision réaliste de la situation choisissent le repli, tendance « survivaliste ».

Anticipant le chaos, ils acquièrent un bien isolé et y constituent une réserve de nourriture, d’eau, d’armes à feu, et s’entraînent au tir régulièrement.

Cette « réponse » présente plusieurs mérites.

La lucidité : l’eau, la nourriture et l’énergie pourraient devenir un enjeu majeur.Les scènes de pillage post-catastrophe démontrent à quel point l’être humain devient violent quand il a faim et soif.

L’autonomie individuelle/locale : reprise de son destin en main sans attendre une réponse publique. Apprendre des savoir-faire traditionnels basiques, c’est une des voies de résilience.

Le sens de l’effort : entraînement à des conditions plus rudes. L’adaptation ne sera pas à confort constant : ce deuil-là est nécessaire.

Un retour à la simplicité : un coup de frein à la consommation immodérée. Les milliardaires dans leurs bunkers survivalistes sur des îles enchanteresses changeront de loisirs. Finie la chasse en hélicoptère des grands mammifères. 

Le camp retranché : projet de société ?

Basé sur le chacun pour soi, le survivalisme fait le pari défaitiste de la destruction inéluctable de la civilisation.

J’y vois des limites.

Sur le plan pratique, comment assurer son autosuffisance au-delà de deux ans de subsistance ? Comment assurer la réparation du système de sécurité tombé en panne ?

Socialement. Plus de sport collectif, plus de rite, plus de visites, plus d’interaction avec quiconque. Par définition, le camp retranché est coupé du monde afin de se protéger des envahisseurs potentiels, c’est-à-dire tous les autres finalement.

Moralement. Comment répond le survivaliste à cette question : à part sauver ta peau, que fais-tu , toi qui SAIS ?»

Philosophiquement, c’est faire fi de ceux et celles qui se sont battus pour la démocratie, la culture, l’art, le progrès, la santé, la liberté. L’homme nouveau qui fait table rase du passé, c’est le discours totalitaire : cela se termine mal en général.Là, qui plus est, l’homme nouveau est seul avec son noyau familial.

Comment se motiver autour de projet de vie si misanthrope ? Isolé dans un camp retranché, séduisant comme utopie ?

 

Agir maintenant : une nécessité pour chacun

La solution « Après moi le déluge, je sauve ma peau, tant pis pour les autres » ne me convient pas : je ne peux me résoudre à abandonner la partie. Même si je devais assister à l’écroulement de 10’000 ans de civilisation, je veux pouvoir me dire que j’ai agi, que j’étais un colibri qui a tenté de mobiliser ses semblables.

Le GIEC l’a réaffirmé. Selon les domaines, nous disposons de 10 ans maximum pour redresser la barre. Après, nous gérerons les effets catastrophiques des tragédies annoncées.

Puisque l’avenir sera vert ou ne sera pas, tous ceux qui peuvent agir, DOIVENT agir MAINTENANT.

L’action : un remède puissant

Indépendamment d’un impératif de survie, AGIR est important : l’action est un puissant remède à l’angoisse. Étant donné l’ampleur inédite du défi, se sentir soutenu et encouragé par les autres nous donnera l’énergie nécessaire, voire nous rendra heureux. La convivialité procure une joie et fierté: en quatre mois, des potagers partagés en permaculture produisent d’impressionnants kilos de légumes.

Individuel et collectif : engageons le changement de cap vers une transition audacieuse

Des signes permettent de trouver l’espoir.

  1. Le partage des connaissances, des techniques, voire des boycott est facile, immédiat et global.

Les réseaux sociaux, les WIKI, les MOOC, les tutoriaux permettent de diffuser gratuitement les pratiques, en particulier auprès des jeunes générations qui vont devoir prendre en main leur destin.

Le “World clean up day” ou les « Marche pour le climat », la campagne sur le « Divestment », sont autant d’événements qui témoignent d’une prise de conscience à l’échelle globale. D’environ 500 participants à Genève en 2017 à plus 5000 participants cette année, l’évolution est manifeste.

Ce blog participe de cette logique.

  1. Les solutions existent et se développent tous les jours et sur tous les continents, et permettent de définir un nouveau cap. « Il n’est pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où il va ». Le cap s’appelle le « développement durable », « la transition », la « sobriété heureuse », « l’économie circulaire ». Il se compose de solutions identifiées comme dans le documentaire de 2010 de Coline Serreau « Solutions locales pour un désordre global », reprises par le documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent de 2015 « Demain ».

Unitairement, ces bouts de solutions paraissent saugrenus ou en deçà de l’enjeu.

Repris ensemble, ils dessinent un tout cohérent, modèle possible pour chacun et pour tous.

Via ce blog, je poursuis trois objectifs :

  • Partager ces solutions pour accélérer leur mise en œuvre et leur donner une résonnance en donnant corps au nouveau modèle.
  • Accompagner les changements de comportements individuels vers une consommation responsable.
  • Accroitre la pression citoyenne sur les politiques.

En avant toute vers la transition.

NB : je plante le décor, c’est un peu long. Promis, les prochains articles seront plus courts.