Guide du bon patient

L’engagement des thérapeutes a été minutieusement cartographié par les différentes écoles thérapeutiques, moins que celui des personnes qui viennent consulter. Il y a des règles à respecter pour bien endosser le rôle de thérapeute et aussi celui de patient[1]. Parce que vous voulez faire plaisir à votre thérapeute (ne me fâchez pas en disant que ce n’est pas vrai), prenons un moment pour examiner ces trois règles simples.

 

1) Le bon patient donne la responsabilité de sa santé aux personnes qui en ont acquis la compétence par de longues et sérieuses études. Il ne prend pas d’initiatives car il en a à juste titre peur ; il suit les conseils avisés et préventifs des assurances et des experts en sécurité et en santé (on sait que ce sont souvent les mêmes personnes), et délègue entièrement son pouvoir aux spécialistes.

2) De ce fait, le bon patient est compliant : il respecte l’autorité thérapeutique et donc l’ordonnance (qui n’est étymologiquement pas un choix mais bien un ordre). Il ne fait pas appel à son intuition ou à ce que certaines personnes non-formées à des écoles sérieuses appellent la « sagesse corporelle », et il n’essaie donc pas des remèdes de grand-mère qui n’ont pas été validés scientifiquement. Si votre thérapeute vous dit de prendre la pilule bleue, vous ne prenez pas la rouge.

3) Il y a un lien entre engagement motivationnel et engagement financier. Ce n’est pas par hasard si la santé coûte cher : tout le monde sait que si elle était gratuite nous serions malades. Ce qui est précieux coûte cher. Le bon patient connait ce lien et honore les factures (on les appelle d’ailleurs aussi des honoraires). Soyez donc reconnaissants que le système de santé et le système économique travaillent main dans la main. C’est pour votre bien.

 

 

 

Aux professionnels de la santé : merci de placarder ces règles dans votre salle d’attente par souci d’éducation et pour le bien du système en vigueur.

 

 

 

[1] Malgré la mode actuelle d’inclure tous les genres, par souci de simplicité de lecture et de sauvegarder une tradition éprouvée le mot patient est au masculin dans le texte

 

 

 

Crédit photo: Sandra Eterovic

Thomas Noyer

Thomas Noyer travaille comme psychologue-psychothérapeute (adultes et couples) au Cabinet Sens à Neuchâtel. Il anime des groupes sur le masculin et les troubles alimentaires. Il écrit dans un blog personnel et contribue aussi à un blog collectif, où il s'exprime surtout sur la psychothérapie humaniste.

13 réponses à “Guide du bon patient

  1. ne serait il pas celui ou celle qui participe activement a sa prise en charge plutot que celui qui fait ce qu’on lui dit de faire ?

    1. Je vous félicite pour avoir perçu le second degré, et je suis également rassuré!
      Il s’agit bien d’un texte ironique, qui convie à une prise de conscience par le biais de l’humour.

      1. M. Th. Noyer, j’ai adoré votre texte. Merci infiniment !
        Le second degré est immédiatement repérable et je suis ravie que vous pensiez ainsi (= prise de conscience). Ravie bien sûr comme patiente GNCM-CMGN au très très long cours, style résiliente par obligation, et aussi comme humaine tout simplement !

        Après les égarements coupables d’un pédiatre arrogant et non spécialisé en Pays de Vaud, j’ai été contrainte de prendre très fermement les choses en main encore mineure (= 12 ans), du style tous crocs dehors et sans jamais aucun soutien familial. Des méga claques injustifiées qui vous font réfléchir tout autrement et bien trop tôt pour seulement « survivre » et prendre un virage sur les chapeaux de roues (d’excellente facture type Bridgestone ou Semperit Speed-Life) et avec carrosserie de titane.

        En conséquence, nous apprenons très rapidement à utiliser le « système en place » en le retournant en notre faveur exclusive et en utilisant sans arrière-pensée mais avec entêtement toutes les astuces à notre disposition : style croisement et mise en balance des avis, ni acquiescement ni négation lors d’une suggestion « médico-chirurgicale », avec opinions décisionnelles restant toujours privées, opinions toujours mises en œuvre de manière indirecte.
        Nous laissons donc les divers « spécialistes » dans une saine ignorance synonyme d’absence de prise sur nos corps / esprits. Dans certaines occasions, l’un d’eux peut même devenir un vrai « serviteur » et c’est absolument extra je dois dire – l’essayer c’est l’adopter. Sublime revanche !

        En résumé, le(a) patient(e) doit être le(a) récipiendaire prioritaire de TOUT, jamais le médecin-chirurgien qui doit bien sagement rester au 2ème rang, un rang « suggestif ».

        Cette « révolution » est quasi irréalisable en Helvétie puisque d’une part le pays est totalement verrouillé par l’aspect « financier » de tout et de rien et, d’autre part, les études de médecine sont encore axées sur a) les émotions générées par la peur des maladies, donc de la finitude de toute chose et b) la supériorité « naturelle » que confèrent les études, permettant tous les abus face à des humains « désemparés » peu enclins à une saine bagarre éducative.

        Merci encore de votre texte. Contente d’avoir trouvé une opinion sensiblement différente et tellement juste. eab

        Me Eric Dupond-Moretti “J’aime rouler sur l’autoroute, surtout la nuit” (moi aussi). “C’est propice à l’introspection” (suis d’accord). “Avec du Ferré, c’est magique” (pour moi plutôt du Hüsnü Şenlendirici).

        1. Votre histoire est macabre, bravo d’en être sortie indemne…
          Je ne visais pas en particulier les médecins, mais souhaitais réveiller la sagesse de son propre jugement sur ce qui est juste ou pas pour nous individuellement; un jugement personnel qui libère d’une croyance culturelle qui cultive la peur, l’impuissance et la délégation de son pouvoir.

          1. Merci de votre bienveillance. Très macabre en effet, dont je ne sors pas indemne du tout, tout comme les autres enfants massacrés dans ce merveilleux pays si riche et si parfait !
            Car 9 mois d’hôpital en lit strict, avec perfusions DDC et autres actes très discutables pour rien du tout, c’est juste …… impossible.
            Mais c’est la réalité bien romande, donc bien de chez moi !

            Le premier TTT (ABB 3 mois) sur mauvais diagnostic m’a projetée en allergie massive, avec un semaine d’inconscience et un effet secondaire indélébile douloureux jusqu’au bout de ma vie. Cet ABB m’a été administré alors que 1. je n’avais aucune infection néphrologique et 2. notre mère y était déjà allergique, l’a signalé mais ….. le pédiatre a décidé de ne RIEN écouter du tout, les parents étant d’emblée des “êtres inférieurs”.
            Voilà un exemple-type de l’arrogante médecine romande dans toute sa splendeur.

            La suite est encore pire (6 mois), toujours avec diagnostic hypothétique erroné et donc un 2ème TTT incroyablement lourd, ayant induit neuf (9) autres effets secondaires indélébiles, sans compter 2 supplémentaires soupçonnés, réputés très tardifs et qui sont sous surveillance active à l’étranger. A noter que certains des neuf (9) m’ont été révélés justement à l’étranger, chez moi en Suisse aucun médecin n’a pensé judicieux de m’avertir à temps, vraiment à l’avance, afin que je m’y prépare avec sérieux.
            Par contre, les moqueries systématiques des médecins suisses , niant des évidences criantes, toutes répertoriées via divers examens, pourraient remplir tout un dictionnaire.

            De loin je ne suis pas un cas unique d’enfants “néphrologiques” massacrés sur Terres romandes.
            Nous avons été abandonnés à notre triste sort, jetés comme des ordures (et le mot est faible).

            Bien sûr vous aurez compris que j’ai tout récupéré avec méthode, patience et rage. Je sais tout de l’erreur et du comportement médical y relatif. Donc forcément, devenue adulte, j’ai vite compris comment absolument tout retourner en ma faveur exclusive !

            Vous savez aussi qu’à l’époque nous aurions dû voir un(e) vrai(e) spécialiste en “stress post-traumatique massif” pour nous aider à surmonter ces ratages médicaux bien réels dans ce beau pays qui cache de sombres secrets……. Or la Suisse a également un phénoménal retard pour reconnaître l’utilité de certaines démarches pourtant “évidentes”.

            A l’étranger, nous plaisantons de ces “oublis suisses propres en ordre” et de ce manque de reconnaissance / réparation car mettre la poussière sous le tapis, c’est bien mieux n’est-ce-pas !

            Au plaisir de vous lire. Salutations. eab

  2. 1) Il fut un temps où les détenteurs du savoir infus en santé posaient leur tirelire à la salle d’attente, en espérant recevoir un don à la hauteur de leur pouvoir d’aider le patient à s’aider. Actuellement la tirelire est remplacée par un compte bancaire sur lequel les Caisses maladie remboursent volontiers les factures de celui qui a appris la cartographie de la plante des pieds où des communications ignorées de la science mènent aux organes vitaux. C’est un exemple parmi les disciplines homologuées pas les Caisses (sur les deux cents existantes), qui « s’étudient » en six mois pour obtenir un « diplôme ». Le bon patient de ces spécialistes est celui qui se sent mieux parce qu’avant de consulter il souffrait d’incompréhension sur son précieux ressenti, une base de données menant au « succès » des thérapies de la panoplie du savoir spontané ajouté à celui de ses maîtres qui sont allés puiser dans les vieux puits oubliés.

    2) Nombreux sont les patients qui à notre époque remplissent encore toujours leur tiroir de médicaments non entamés, sachant bien que c’est ainsi que se conserve le mieux la confiance mutuelle qui transpire entre la blouse blanche et la chemise toute fraîche du malade. Le remède de grand-mère c’est quand même plus simple, on aime la grand-mère pendant qu’on boit son thé qui a le goût des heureux souvenirs d’enfance, mais il n’y a aucun risque de prendre subitement des rides ou des cheveux blancs. Tout l’avantage du thé, c’est aussi qu’on n’a pas besoin de l’avaler d’un coup en fermant les yeux comme pour un remède amer : cela fait du bien parce que c’est bon… La médecine douce est douce aussi avec la maladie, puisqu’elle lui dit de s’en aller sans avoir besoin de la tuer, les malheureux mais inévitables effets collatéraux ne sont alors pas à craindre. Et les effets secondaires indésirables dans le domaine des soins en psychologie, cela existe ? Réponse 1 : Jamais ! La psychologie n’est pas vraiment une science, si le psychologue a bon cœur il ne peut pas faire de mal. Réponse 2 : Si le psychologue est malade, il ne peut pas faire de mal non plus, cela lui permettrait peut-être de se sentir mieux temporairement mais pas de guérir. Certains ont la chance d’avoir encore une grand-mère qui peut leur préparer un thé, parce que même si elle transmet la recette avant de décéder il manquera quelque chose.

    3) La santé est sacrée, elle nous a été offerte pour la plupart à notre naissance. C’est triste de devoir payer pour pouvoir conserver le plus longtemps possible ce vrai cadeau. Nous payons cher pour des médicaments brevetés, le médecin spécialiste peut s’offrir une Mercedes, le psychologue plutôt une Dacia, mais cette dernière n’est pas moins solide, et c’est ce qui compte en cas d’accident ou de portemonnaie trop longtemps vide. Le confort des maîtres de la santé ne leur procure pas plus de bonheur ou une vie meilleure, et si c’est le cas ils ne nous prennent rien de ce que nous avons en moins qu’eux. Nous restons libres de nos engagements affectifs, et là c’est heureux de travailler à vivre main dans la main, cela ne tient ni à la science médicale ni véritablement économique.

    Il n’y a pas à regretter que les médecins ne placardent pas les règles des psychologues dans leur salle d’attente, ni en sens inverse. Chacun y perdrait pour les personnes qu’il soigne et pour lui.

    1. Merci pour ce complément fort compatible avec mon message.
      J’aime particulièrement le passage avec le thé de grand-maman, sans effets “secondaires” (un effet comme un autre, appelé secondaire parce qu’on ne le souhaite pas).
      Santé! 🙂

    2. Merci d’avoir fait signe malgré mes mouvements d’humeur ou états d’âme qui n’ont pas toujours été agréables à entendre.

      Si ce qui est entre parenthèses est le titre du prochain article, plein de commentateurs arriveront, la majorité vous remettra le « stéthoscope d’or », mais cela ne vous servira à rien pour écouter le cœur des gens. Faites comme moi, continuez à écouter le bruit du moteur de votre Dacia plutôt que d’essayer d’entendre celui d’une Mercedes feutrée qui fonctionne bien aussi mais reste discret. Puis la panne qui survient d’un coup, possible même sans faire le bruit d’une bombe.

      1. J’ai eu la chance de ne jamais avoir à travailler pour de l’argent, ce qui a laissé la place à mes rêves et aspirations profondes.
        Et comme je n’ai ni ambition d’une Mercedes ni même de permis de conduire, j’ai le simple plaisir d’écouter mes jambes ou mon vélo 😉

  3. Ah, vous ne gagnez aucun argent de vos patients? Vous travaillez pour le plaisir, c’est du 2e degré ou tout simplement vous n’êtes pas freudien? Ou peut-être encore, jamais rencontré de malade qui aime payer – de sa personne, bien sûr…

    1. Divana, votre remarque manque cruellement de finesse. Oui, il existe des médecins-praticiens qui vont vous soigner-aider (et vous dire toute la vérité, rien que la vérité) GRATUITEMENT. Cela existe et j’en connais un bon nombre …. en Suisse comme à l’étranger. Révisez vos classiques, puis essayez et vous verrez comme c’est facile.
      Qui ne tente rien n’a rien et ce n’est pas mon stock d’ordonnances de complaisance qui va me contredire ! eab

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