Un exemple de mot de gratitude

Une psychothérapie solidaire

Un jour je suis tombé sur l’histoire d’un vendeur de pizzas à Philadelphie. Il vendait ses tranches de pizza 1$ et proposait de mettre 1$ supplémentaire pour acheter un coupon qui permettrait à un des sans-abris des environs d’avoir une tranche gratuite.

 

La vidéo qui m’a inspiré pour la psychothérapie solidaire (3’27)

 

Cette histoire m’a beaucoup inspirée et j’ai voulu la transposer dans ma propre pratique professionnelle, ce qui vous vous en doutez n’était pas aisé car la pizza est un objet alors que la psychothérapie selon la manière que j’essaie de la pratiquer est une relation et une rencontre.

En 2014 j’en suis arrivé au concept suivant : j’offre la possibilité à mes clients de donner de l’argent pour un fonds ; je double cette somme avec mes moyens propres. Je réserve ensuite ce fonds à des personnes ayant peu de moyens financiers, restreignant la possibilité d’un suivi ou sa fréquence alors qu’elles traversent une situation difficile et qu’elles montrent une motivation forte à évoluer dans leur problématique. La personne qui reçoit ce don est invitée à écrire un message de remerciement anonyme pour chaque personne donatrice (y compris le thérapeute), que je transmets aux personnes intéressées. J’ai fixé un plafond par séance pour favoriser l’engagement du client et/ou pour éviter un biais de désengagement qu’une notion de gratuité pourrait éventuellement induire.

Un billet de gratitude

“Bonjour, un grand merci pour votre participation qui m’aide à aller de l’avant
et prendre soin de moi et qui aide aussi toute une famille.
Je suis papa de 2 enfants en bas âge et votre aide nous est précieuse”

 

J’emprunte à Maureen O’Hara (discussion privée) l’idée qu’une solution créative a le pouvoir de transformer un problème en solution. Dans le cas de la thérapie solidaire, le problème que pourrait être la honte de solliciter l’aide du thérapeute et un soutien financier devient une ressource, puisque par son mot de gratitude le client devient intégré dans un système de solidarité humanisante et souvent inspirante où le donateur, le client et le thérapeute reçoivent et donnent à la fois. Le système de don a ainsi le potentiel de devenir thérapeutique car le client fait l’expérience que non seulement son « problème » est accueilli, intégré, mais aussi transformé en ressource.

Anne Fontaine et moi avons initié ce mouvement au Cabinet Sens à Neuchâtel, puis d’autres collègues s’en sont inspirés. Si vous souhaitez faire de même dans votre propre domaine, partagez votre expérience ! Nous en serions honorés.

 

Je veux aussi faire de la psychothérapie solidaire!

Un exemple de courriel reçu en réaction

 

Thomas Noyer

Thomas Noyer

Thomas Noyer travaille comme psychologue-psychothérapeute (adultes et couples) dans son cabinet privé à Neuchâtel et en cabinet médical à Lausanne. Il anime des groupes sur le masculin, les troubles alimentaires et les difficultés relationnelles. / Il contribue aussi à un blog collectif / Son site

4 réponses à “Une psychothérapie solidaire

  1. Ce ne doit pas être facile d’avoir des patients en crise, qui dépendent désespérement de votre aide, et de quand même leur faire comprendre que cette donation est libre et ne changera pas votre attitude à leur égard…

    Personnellement, je ne saurais pas comment m’y prendre tant j’aurais peur que je leur prive de leur libre-arbitre en choisissant de leur imposer dans un moment de crise et de dépendance thérapeutique l’existence de ce mécanisme d’aide.

    Mais, je dois être un vieux …

    1. Merci pour votre remarque intéressante. Je crois que ce système pourrait effectivement rentrer en conflit avec certaines approches thérapeutiques, en particulier celles qui encouragent ou profitent d’une distance affective entre client et thérapeute.
      Il y a aussi un autre facteur à mon avis déterminant, c’est la différence de clientèle entre la pratique d’un psychologue en libéral ou en milieu psychiatrique. Je travaille dans les deux milieux mais n’utilise ce système que dans mon cabinet privé.

  2. Bonjour, je trouve cette démarche très inspirante. Par contre je ne suis pas sûre d’avoir bien compris l’idée de plafond. Est ce que cela signifie que la personne qui bénéficie de cette aide participe également financièrement mais dans une limite que vous fixez au préalable ?

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