Cher Guillaume Martin,

dimanche dernier, sur les pentes de l’Etna, vous remportez la 4ème et dernière étape du Tour de Sicile 2019. Dans un final en patron, vous déposez, un à un, vos compagnons de route, pour finir seul et en danseuse sur les pentes du volcan, qui, pour l’occasion ouvrit un œil curieux. Il voulut savoir qui venait de dompter ses côtes. Il fut surpris. Surpris de découvrir que vous n’êtes pas un cycliste comme les autres. Surpris d’apprendre que, chez vous, ça phosphore sous le casque, ça philosophe en selle, la tête bien pleine dans le guidon.
Car oui, il faut bien l’admettre, rares sont ceux qui, dans le peloton, ont un mémoire master 2 en philosophie, sus nommé “le sport moderne : une mise en application de la philosophie nietzschéenne ?”. Ça envoie quand même !
L’Etna s’en retourna a son sommeil, tout en pensant, qu’il en avait connu des vainqueurs, ici, mais comme vous, très peu.
Et pour pousser le bouchon de la philosophie dans le peloton, vous sortez un livre : “Socrate à vélo”. Chez Grasset on vous laisse quartier libre et vous en profitez. Vous habillez Platon, Aristote, Marx, Pascal, Nietzsche et bien d’autres de l’esthétique cuissard à bretelles, et vous les envoyez faire…le Tour de France ! Ça ose tout, un “vélosophe”, c’est d’ailleurs à ça qu’on les reconnaît !
Voir ses érudits biens pensants enfourcher une bicyclette, peut prêter à rire, mais, bien évidemment, cette drôlerie, cet anachronisme, vient aussi chatouiller nos petits neurones endormis de basses certitudes. Car, dites-vous, le corps pense, l’esprit avance. Il ne nous faut donc plus chercher à savoir qui va remporter la course, mais comment et pourquoi on la remporte ou on la perd. Ne pas rester bouche bée, au bord des routes, à voir passer le peloton, enivré de bières chaudes et de viandes trop cuites. Il nous faut jeter aux lions le “sois bête et pédale”.
Il nous faut donc penser et ne pas subir, notre mois de juillet n’en sera que plus excitant.
Clin d’œil des Dieux, dimanche vous avez remporté la course à l’endroit même où, dans votre ouvrage, Socrate décide de quitter la scène “philosophiquocycliste” ! Ça vous ne l’aviez sans doute pas imaginé. Comme dirait un certain :  “entre possible et impossible, il y a deux lettres et un état d’esprit”
Cette année, encore, vous serez au départ du Tour. Affalé sur mon canapé, je serai attentif à votre parcours et j’espère que, pour une fois, ce n’est pas un maillot ou une photo que les spectateurs vous proposeront en dédicace, mais votre ouvrage : “Socrate à vélo”.
“la vie ne se résume pas à son dossard”
Sébastien Beaujault

“Socrate à vélo”
Guillaume Martin
Grasset

Pour aller plus loin, réalisation La Bordure : documentaire “philosophie d’un grimpeur”

 

Cher Guillaume Néry,

Vous êtes la fascinante légèreté de l’être, sous l’eau. Apnéiste, évidemment, mais surtout funambule. Vous ne nagez pas, vous volez. Sous pression sous-marine, vous volez. Sans ailes et sans machines, vous volez. Comme en apesanteur.
Dans cet ouvrage, les photos de Franck Seguin magnifient votre performance (voir ci-dessous), car s’en est une. Le Monde de Poséidon est sublimé, il doit en être heureux, il saura vous remercier.
“À plein souffle” est une invitation à vous rejoindre, alors allons-y :
Nous sommes à la dernière respiration avant la plongée, l’instant de concentration. Allongé sur le dos, à la frontière du ciel et de la mer. Remplir ses poumons jusqu’à en faire déborder l’air. Puis nous vous suivons, poisson pilote, à l’ile Maurice pour des arabesques et pas chassé dans un ballet improvisé avec des cachalots. Dans les limbes des cénotes au Mexique, dans un décor d’Enfer. Nous sentons le regard et le soufre d’Hadès. Époustouflant et terrifiant à la fois.
Comme les marins ont une fille dans chaque port, vous, vous avez vos amis, vos guides, dans chaque beauté du monde. Tous ou presque apnéiste. On choisit bien sa famille. Comme aux Philippines, à la rencontre du peuple Bajau ou “nomades des mers”. Vous, vous plongez par passion, pour découvrir, par plaisir. Ce “peuple de la mer” plonge pour se nourrir. Des amis sous-marins en quelque sorte.
Direction la cité engloutie au Japon, “le monument”, dont on ne sait pas s’il s’agit de l’œuvre humaine ou d’une inspiration marine. Poséidon sait se faire malicieux. Architecture monumentale à rendre jaloux les nababs de Riyad.
Puis la Finlande pour une descente en eaux froides. Des photographies sur papier glacé évidemment. Le froid qui vient lacérer le corps, le sang, mais vous plongez et tout ça sans branchie.
Et la Polynésie, les requins…et la première respiration qui suit la remontée. Comme la première inspiration d’un nouveau-né.
Nous voici donc ébahis et fascinés de ce que nous venons de voir, de vivre. Nous avons voyagé par procuration. La sensation est douce, calme et paisible. Euphorisante et apaisante. L’on se sent bien. Thérapie littéraire.
Heureux ceux qui nous émerveillent, qui nous réenchantent, je veux dire en cela, heureux qui nous ouvrent les portes de cités oniriques à 20 mille lieux de nos imaginations d’Homo Sapiens.
Mais brève de faconde, il est temps, désormais, d’y retourner, que les images deviennent animées, cette fois-ci, sous la caméra de votre épouse, Julie Gautier : “One breath around the world”
Plus rien ne sera comme avant, n’ayons crainte, nous y reviendrons…vivant.

“À plein souffle”
Guillaume Néry/Franck Seguin
Glénat

Cher Jean Palliano,

il faut bien l’avouer, il ne me serait pas venu à l’idée, de prime abord, de m’interroger sur “le revers de Richard Gasquet” ! Je dois manquer sensiblement de curiosité, c’est évident. Pas vous, c’est un fait.
La bienveillance, l’empathie que vous avez pour le jeune Biterrois se brisent sur le mur des lamentations, du crève-cœur. Comme un aimant déçu d’avoir tant espéré de l’autre. Car, sorti du tamis des orpailleurs, dans une rivière aurifère, le caillou doré, façonné, n’est pas devenu saphir. Pourquoi ? C’est toute la question de votre livre.
Tout avait, pourtant, si bien commencé. Les fées s’étant penchées sur son berceau. Lui saupoudrant de quoi mettre à genoux les dragons du circuit, qu’ils soient helvétiques, britanniques ou venus de contrées lointaines, l’écuyer des courts fut bien armé. Un revers, justement, comme arme de destruction massive.
Et il ne déçoit pas ! Qui peut se targuer de faire la Une de Tennis Magazine à l’âge de 9 ans ? Qui peut se vanter d’avoir mis à terre et récupérer les oreilles et la queue, aux arènes de Tarbes, lors du tournoi des As, du taureau Majorquin : Rafael Nadal ? Qui peut brandir, à l’âge des boutonneux, une victoire sur l’ogre suisse, au tournoi de Monte-Carlo, Federer sur terre, battu ?
Oui, mais voilà, les belles promesses ne font pas des certitudes. Combien sont-ils, tombés sur le champ de bataille de la désillusion ? Morts-nés avant d’avoir été ? Ils étaient promis, ils ont failli ! Les Clément Morel, Julien Jeanpierre, Sidorenko, (pour ne citer que le clan français), vainqueurs de l’Open d’Australie en juniors et portés disparus dans les Bermudes de l’ATP.
Bien sûr Gasquet n’est pas de cela. Il y a eu quelques coups d’éclat. Mais l’on pouvait attendre bien mieux d’un si talentueux. J’en suis le premier désolé, moi qui est eu la chance de l’interviewer, vous en parlez, au tournoi Futur de Bressuire, où il arrivait, juste auréolé d’une demi-finale à l’open d’Australie en junior. Il était mince, il était beau, il sentait bon le sable chaud…
Eric Winogradsky, dans Libération (25/04/2002) son entraîneur de l’époque, disait : «Richard a connu beaucoup de sollicitations. C’est nouveau. On sait que la route est longue, et maintenant, il va aussi falloir apprendre à ne pas gagner». Je crois, que de ce côté-là, 17 ans après, il a beaucoup appris.
Mais sachez, cher Jean Palliano, que Richard Gasquet, est, sur le circuit, comme un ami qui vient nous voir, de temps en temps. Toujours poli, s’excusant de nous importuner, prenant le thé, nous délivrant quelques banalités, quelques nouvelles du monde. Et repartant sur la pointe des pieds, en nous promettant de revenir, prochainement.
L’homme est sans doute apaisé de ne plus avoir à démontrer. il n’attire plus les projecteurs, juste un rai de lumière, il s’en contente aisément, je pense.
J’ai fait un rêve : je retrouvais Richard Gasquet à Bressuire, lors du tournoi Future. Richard joue désormais, pour le plaisir, c’est tout. Il vient de perdre en quart de finale, qu’importe. Nous discutons brièvement, on ne s’attarde pas à la table des réservés. Je lui parle de lui, de sa carrière, je lui demande pourquoi il n’a pas été… Il ne me répond pas, il plonge une main dans son sac de sport et me tend, avec un sourire malicieux, un livre : “le revers de Richard Gasquet” de Jean Palliano.
Sébastien Beaujault

Le revers de Richard Gasquet
Jean Palliano
Editions Anamosa

Chère Violette Morris,

choisissez votre camp, camarade ! Celui du bien ou du mal ! Celui du héros ou du pestiféré ! Celui du résistant ou celui du collabo ! Ou alors ! Ni l’un, ni l’autre, c’est plus pratique pour passer entre les doutes.
Sachez qu’ici-bas, quelques gaillards (Kris, Betrand Galic et Javi Rey), curieux et la tête bien pleine, ont décidé de vous ériger une statue de papiers. “Violette Morris” écrit sur la couverture de ce premier volet qui en comptera quatre. Car votre vie vaut bien une collection. Ne rougissez pas Violette, vous le méritez, sans doute.
Vous adoriez le sport, qui au début du 20e siècle, se conjuguait essentiellement au masculin. D’ailleurs, à ce que l’on dit, vous le pratiquiez de forts belles manières et vous avez glané des trophées, en natation, en sport automobile…vous cherchiez la performance à tout prix “ce qu’un homme fait, Violette peut le faire !” disiez-vous.
Vous avez vécu avec panache. Brûlé la vie par les deux bouts. Vous avez fait volé en éclats, les préjugés et les bonnes mœurs de la société sportive de ce début de siècle. Aux quatre coins de Paris qu’on les a retrouvées les bonnes manières, éparpillées par petits bouts, façon puzzle !
Et parce que cela ne suffisait pas, vous avez même pratiqué, sur ce corps d’athlète, une double mastectomie, pour être plus à l’aise au volant des véhicules de course. Je le disais, vous avez vécu avec panache !
Mais cet ouvrage est autre chose qu’une suite de bulles à lire, tendrement, au coin de la cheminée. C’est une bande dessinée d’investigation ! Car nos passionnés érudits ont l’histoire officielle qui les grattouille, qui les gêne aux entournures. Ils se posent des questions, chère Violette. Comment une femme, comme vous, sportive aguerrie et accomplie, ambulancière en 14, se retrouve-t-elle, aux heures sombres d’un conflit mondial, au bras des sbires gestapistes ? Comment une femme comme vous, au sang libre, aux passions ravageuses, à la volonté sans commune mesure, se retrouve-t-elle à fricoter avec les larbins de Satan rue de Saussaies ?
Pour aller plus loin, nos vieux briscards de la plume et du crayon de bois vous ont inventé une amie d’enfance, Lucie. Ancienne avocate du barreau, radiée parce que juive et devenue enquêtrice privée. Et qui, pour la cause, cherche la vérité à une période d’après-guerre, où l’on fusille et l’on tond pour un oui ou pour un non.
Et si, en fait, vous n’étiez pas celle que l’on a bien voulu décrire dans les livres d’histoire ? Et si vous étiez tout simplement, au mauvais endroit au mauvais moment ? La résistance vous a lancé une fatwa, le groupe Surcouf l’exécute en pleine cambrousse en 44. Pourquoi ? Aux ordres de qui ?
Tant de questions, si peu de réponses…pour le moment !
Nos trois compères ont de la chance que nous ne sommes plus à cette époque de justice expéditive car, je les aurais bien écartelés avec des chevaux de traie ! Désormais, il nous faut attendre de longs mois avant de connaître la suite. La frustration est un supplice ! Je vous l’accorde moins pénible que les flagellations et autres bûchers aux hérétiques, place de Grève.
Ha, j’oubliais, chère Violette, sachez qu’à notre période, les femmes ont le droit de courir plus de 800 mètres en compétition officielle ! Qu’elles pratiquent toutes les disciplines sportives, comme les hommes ! Et qu’elles ont même un magazine : “Les sportives” ! Vous en seriez fière !
Il y avait, à votre époque, quelques femmes aimées de ces messieurs, parce que bien corsetées, bien éduquées, bien à leur place et il y avait, vous, Violette Morris, détestée de ces messieurs, parce que libre ! Choisissez votre camp, camarade !
Sébastien Beaujault

En résumé : achetez, lisez, offrez cet ouvrage
Violette Morris
Marie-Jo Bonnet, Kris, Bertrand Galic, Javie Rey,
Futuropolis

 

Cher Pierre Morath,

Il est des rencontres trop furtives pour que naissent les amitiés solides. Qu’importe, on ne les oublie pas de sitôt.
Mai 2016, vous veniez défendre votre documentaire “Free to run” à la première édition d’un jeune festival “Lettres et Images du Sport” à Bressuire, en France. Je me souviens de votre bienveillance à notre organisation, vous qui en avez vu d’autres. Je me souviens du débat qui s’en suivit, viril parfois, mais correct. Je me souviens de vos prises de paroles, éclairées, vives, construites et érudites. Je me souviens de vous avoir salué, quelques heures avant votre retour pour la Suisse, le lendemain. Se promettant de nous revoir. Ce ne fut jamais le cas. Je me souviens de n’avoir pas pris le temps de savourer ces moments-là.
Et puis, 2 ans après, j’apprends la sortie, d’une déclinaison papier de votre film. L’aventure continue ! Le plaisir aussi.
Comme le film, ce livre sème un vent de liberté à chaque page. La liberté de pouvoir courir tout simplement. Peu importe qui nous sommes, ce que nous représentons. Peut importe l’âge, le sexe, le niveau social. Peu importe ses valeurs, ses ambitions, ses envies, ses pratiques, ses idéologies politiques. Peu importe ses performances. Être simplement libre de prendre des baskets et de courir. Sentir le vent, les odeurs. S’approprier les kilomètres, les miles. Courir pour oublier le quotidien, les soucis. Courir pour aller chercher l’inspiration, l’idée géniale. Courir pour exister tout simplement. Et surtout, surtout, pour mon cas personnel, courir parce que, comme le précise Noël Tamini le fondateur du quotidien Spiridon : “parce que la douche et la bière sont bien meilleures après avoir couru” !
Courir pour mettre un pied devant l’autre. Geste en l’occurrence le plus banal qui soit, mais qui est sublimé quand on accélère le pas. La sensation n’est plus la même.
Avec cet ouvrage, vous nous en remettez, une couche. Car rien n’est jamais acquis. Les combats d’hier reviennent fleurir les crises d’aujourd’hui. Mon fils ne me croira pas si je lui dis qu’il n’y a pas si longtemps, les femmes étaient interdites de courir sur de longues distances, pour des raisons médicales, mais pas que ! J’ai retrouvé ci-dessous, une citation qui aurait très bien pu figurer dans votre ouvrage :
“Que les jeunes filles fassent du sport entre elles, dans un terrain rigoureusement clos, inaccessible au public : oui d’accord. Mais qu’elles se donnent en spectacle, à certains jours de fêtes, où sera convié le public, qu’elles osent même courir après un ballon dans une prairie qui n’est pas entourée de murs épais, voilà qui est intolérable !”
(Henri Desgrange)
Cher Pierre, “Free to run”, n’est pas un livre, c’est un bel objet. De ceux que l’on offre à ceux que l’on aime. Il sera du plus bel effet au pied du sapin.
Une fois le livre refermé et comme à la fin de la projection de “Free to run”, nous voici, envahi d’une douce sensation, mieux, d’une terrible envie. Celle de prendre des baskets et d’aller courir. Pour rien, juste comme ça. Pour se sentir libre…encore une fois.

Achetez, offrez, lisez : “Free to run”
Pierre Morath
Hugo et cie

Cher Guy Boley,

Dans un monde de séduction publicitaire, vous avez fait fort. Le titre : “quand Dieu boxait en amateur”, est un crochet du droit, directement au cœur. Ce n’est pas douloureux, c’est tout le contraire. C’est une sensation joyeuse. Ces cinq mots déchainent une terrible envie. Envie de le lire, vite et tout de suite. Honnis soit la 4e de couverture, on verra plus tard. Comme l’argent, le titre ne fait pas le bonheur, mais il y contribue fortement.
On apprend, d’ailleurs, dans “la grande table” d’Olivia Gisbert sur France Culture *, que vous avez failli appeler votre ouvrage : “opérette, branlette et majorette” ! Cela m’aurait beaucoup fait rire. A priori les éditeurs moins, tant pis. Le monde ne s’emballe plus !
Ce n’est évidemment pas ce que l’on peut appeler un livre de sport. Je fais ici, une petite incartade à l’esprit de ce blog, même si le noble art y est bien souvent évoqué, sublimé, inspirant.
On a les médailles que l’on mérite. Votre père, à qui vous rendez un vibrant hommage dans cet ouvrage, fut, dans des temps anciens, champion de France de boxe amateur. Mais il est des titres sans gloires ni paillettes. Pas même une ligne dans Wikipédia. Qu’importe, c’est à Besançon, en ses terres, qu’il partagera sa ceinture de champion et bien d’autres choses.
Homme multiple votre paternel ! Un jour forgeron, Héphaïstos bourguignon. Un temps chanteur d’opérette dans la cuisine familiale pour quelques voisins cheminots. Un chanteur du rail en somme ! Et puis, pour quelques bigotes Bisontines et surtout par amitié, il fut le Fils de Dieu, sacrifié sur la croix dans la salle paroissiale. Habité dans l’œuvre théâtrale d’une vie : “la passion de notre Seigneur Jésus-Christ” !
Il y a l’ami Pierrot, que votre père a connu sur les bancs d’école. Aux jeux d’enfants, ces deux-là, préféraient, l’amour des mots. Pas votre grand-mère, a priori, qui dû élever seul ce fils lettré : “les livres ça vous zigouille les méninges et vous abîmes les yeux”. Ce lien fraternel, solide, malgré des chemins divergents. L’un mania le marteau et l’enclume, l’autre le missel et les confessions. Une amitié forgée à la croix de bois pour l’un et à la croix de fer pour l’autre.
J’ai adoré, par petites touches, subtiles, votre humour désopilant qui se glisse entre les lignes. Juste ce qu’il faut de drôleries pour en faire un livre à sourire. Un livre joyeux. Subtilement écrit.
Cher Guy Boley, il vous fallait tuer le père, vous l’avez fait en l’oubliant dans vos jeunesses utopiques et révolutionnaires de mai 68. Désormais, avec cet ouvrage, vous le ressuscitez. Tiens, ça me rappelle quelqu’un !
Pourquoi la résurrection ne serait que l’apanage d’un seul et unique !

“Quand Dieu boxait en amateur”
Guy Boley
Grasset

*La Grande Table – 27/09/18

Cher Thibaut Soulcié

je dois vous avouer une chose, je souffre d’une maladie, semble-t-il incurable dans mon cas. Je suis pris de procrastination aiguë ! Je ne peux m’empêcher de tout remettre au lendemain. Les factures d’électricité, la vaisselle salle, les besoins du chien…tout remettre à plus tard. Cela, peut-être fort fâcheux, je pense à mon ami canin qui depuis, souffre d’infection urinaire.
Si j’évoque ici une brève intimité de ma vie privée, c’est que depuis plusieurs mois entre le salon et le couloir est posé mon sac de plage. Tous les jours, je passe devant et tous les jours je me dis qu’il va falloir le ranger, mais que ça peut attendre…demain !
A ce stade de lecture, vous vous interrogez, cher Thibaut Soulcié, sur la pertinence de cette correspondance. J’y viens !
En fait, sachez que dans ce sac , il y a, outre quelques grains de sables migrants qui ont volontairement délaissé la plage de la Tranche sur Mer pour finir dans mon salon pour un quelconque espoir d’une vie meilleure, un râteau et une pelle pour les incontournables châteaux de sable des enfants, un magazine de mots fléchés encore sous emballage plastique et votre ouvrage “le monde est foot” ! Oui, votre dernier livre est dans ce sac de plage ! Après un haletant suspens vous comprenez, enfin, le lien entre cet objet, pour le moins désuet et votre dernier livre qui ne l’est absolument pas.
Et là, bien évidemment, vous levez les yeux aux ciels, d’un signe de désapprobation, voire de colère, de savoir cette compilation de vos dessins de presse entre un râteau et une pelle.
Détrompez-vous ! Et je vais tenter de m’en expliquer lors d’une plaidoirie littéraire à venir dans les lignes ci-dessous.
Si j’évoque ce livre, déjà sorti depuis plusieurs mois, que maintenant, c’est que, justement, je viens de décider de ranger, enfin, mon sac et de ressortir “le monde est foot” de la prison de tissu dans lequel il attendait patiemment.
Et sachez, une chose, cher Thibaut Soulcié, c’est que votre ouvrage m’a accompagné tout l’été lors de mes pérégrinations estivales.
Il fut de mes bagages début juillet, en Corse, où je me délectais, près du village de Piana, d’un doux moment de détente, alternant lecture et plongée dans les eaux claires de la marine de Ficaghjola (à droite après l’église).
Il fut de mes valises, mi-juillet, quand assommé des températures caniculaires qui sévissaient sur le territoire, je décidai de visiter les fjiords norvégiens, tailler la bavette de saumon avec les pêcheurs de l’archipel des Lofoten. Ils ont d’ailleurs beaucoup apprécié votre livre. Le pêcheur norvégien a bon goût. Las de dormir dans un rorbu traditionnel je quittai les étendues nordiques pour un treck au Népal autour du Manaslu, toujours avec votre livre, qui a égayé mes zygomatiques durant ce road movie.
Bien sûr, il ne suffit pas de faire le tour du monde pour plonger dans votre ouvrage. Il faut, juste, l’avoir à côté de soi. Je veux dire en cela, sur son bureau, sur sa table de chevet, dans le salon, dans la cabane de jardin, dans la voiture…car il est un parfait antalgique à nos maux bleus. il fait rire et le rire est bon pour la santé. On peut se le faire rembourser par la sécurité sociale ?
P.S. : il me tarde de vous rencontrer au prochain festival Lettres et Images du sport à Bressuire du 22 au 25 novembre, vous pourrez me reconnaître facilement, j’aurai un sac de plage, avec à l’intérieur… quelques grains de sable, un râteau et une pelle, un livre sous plastique et votre ouvrage “le monde est foot”.

“Le monde est foot”
Thibaut Soulcié
pour en savoir plus : Éditions du chêne

Cher Alex W. Inker,

Frappez ! Cognez ! Donnez et recevez des coups ! Tombez, relevez-vous ! Allez chercher au plus profond de vos tripes ce qu’il vous reste d’honneur. Votre adversaire va sentir l’odeur de la défaite. Et puis levez les bras au ciel pour remercier Dieu d’être encore vivant.
La boxe, cher ami, la boxe. Pas un sport, un art… de la déchéance, souvent, et de l’oubli, parfois. Quand ce n’est pas les deux à la fois !
Alex W. Inker, il nous faut vous remercier, d’avoir sorti de nos mémoires perméables et de nos pitoyables connaissances sportives ce Panama Al Brown. De son vrai nom : Alfonso Teofilo Brown. Champion du monde des poids coqs, mon frère !
Mais évoquons d’abord la forme, pas du boxeur mais de la bande dessinée. Il fallait un ouvrage à la mesure de l’élégance du dandy. C’est le cas. C’est soigné, travaillé, rondement bien fabriqué. Magnifique objet graphique. En noir et blanc, évidemment ! Et il pèse son poids…d’histoires. Celles d’un homme qui a eu mille vies. Les chats peuvent aller miauler chez la mémère du coin de la rue.
Arrivé en France, entre deux guerres, sa traversée de Paris est une liste à la Prévert : boxeur, saxophoniste, danseur, chef d’orchestre, claquettiste, mécène, amant d’un poète (un certain J.C.), grand frère, amis, distributeur de billets de  banque… Il fut Pharaon noir de la capitale. Il ne vivait pas il volait de ring en boîtes à musiques. Pour Panama, Paname était une fête ! D’ailleurs Jean Cocteau ne s’y est pas trompé « Je me suis attaché au sort d’Al Brown d’abord parce que Brown me représente le sommet de la boxe, une sorte de poète, de mime, de danseur et de magicien qui transporte entre les cordes la réussite parfaite et mystérieuse d’une des énigmes humaines : l’énigme de la force. » peut-on lire dans l’Auto le 16 avril 1938.
Sur scène ou sur un ring, Panama danse. Son jeu de jambes c’est Keith Jarrett dans ” Trio Japan 1993″, c’est envoutant, mystique et terriblement efficace.
Mais il est écrit qu’un boxeur qui réussit est un boxeur qui va mourir, ruiné, malade et oublié de tous. Panama All Brown n’est pas l’exemple qui confirme la règle, il meurt à 51 ans d’une tuberculose dans un quartier miteux chantant “Vous m’auriez vu hier soir, j’étais formidable, formidable…” Stromae.
« Maintenant, Al Brown est une sombre fumée dans quelques mémoires ». Plus maintenant cher Jean Cocteau, Alex W. Inker et Jacques Goldstein ont le don de résurrection. Et désormais, bien rangé, entre Rahan et Corto Maltese, dans notre bibliothèque, trône à jamais, Alfonso Teofilo Brown dit Panama All Brown, Champion du monde des poids coqs, mon frère !

Panama All Brown
Alex W.Inker
Editions Sarbacane

P.S. : Panama All Brown c’est aussi une web application, à savourer sans modération : Panama All Brown

Chère Francine Kreiss,

Je vous le dis tout de go, nous ne sommes pas du même monde. La mer est votre résidence première, je me noie dans un verre d’eau. Vous êtes apnéiste reconnue, sportive aguerrie, photographe des fonds marins, vous plongez avec les requins… Je suis à bout de souffle à la vue d’un bulot. Mais qu’importe, je n’ai pas hésité longtemps à ouvrir votre ouvrage. L’étendue bleue de la couverture, peut-être !
Sachez qu'”Il n’y a pas de hasard, il y a des rendez-vous” *. Et parfois, d’improbables. Comme celui avec, Recco et ses frères. Et avec le plus sanguinaire d’entre eux : Thommy. Un homme au centre d’un pénitencier. Quatre murs érigés en perpétuité. Le tueur de sang-froid est en cage. Vous, vous êtes libre. Mais vous avez soif d’apprendre.
Le vieil homme et la mer a ses secrets que vous souhaitez découvrir. Alors s’ensuit une correspondance frénétique, avec l’un des plus anciens détenus de France.
Mais celui qui fut apnéiste de combat est prégnant, il a horreur de votre vide et se délecte de l’investir par n’importe quels interstices. Dangereux l’animal ! Vous en avez connu d’autres, sous  la mer, mais qui tuaient pour manger. Celui de vos relations épistolaires, c’est autre chose. Parangon de l’horreur.
Mais ce qui vous lie, vous rend plus forte. En l’occurrence la mer. Pas celle que l’on voit danser. Celle des profondeurs “j’y suis, je me laisse couler comme une plume, je vole”. Celle qui rend les hommes fous ou riches, ou les deux à la fois. Qui peut comprendre la jouissance de ses interminables secondes sous l’eau, si l’on n’a pas, soi-même, bu la tasse ?
Mais qu’est-ce qui vous a pris ? Correspondre avec un tueur en série, l’un des plus dangereux, sans doute. Il y a plus tranquille comme quotidien. Mais je crois que vous aimez les emmerdes. Ou alors vous avez gravé au fronton de votre océan ce proverbe bosniaque : “homme sans ennemis, homme sans valeur”.
Et cette récurrente interrogation dans votre livre : comment un homme qui est né en mer, peut-il survivre dans les profondeurs du monde carcéral ? C’est à couper le souffle d’une apnéiste.
Je dois vous avouer, je ne lis pas la 4e de couverture d’un ouvrage avant de m’y plonger. Ni d’ailleurs les commentaires ou articles. Encore moins les rubriques faits divers. Je ne savais plus, au fur et à mesure des pages, si cette histoire était bien réelle. Si Thommy Recco avait bien existé. Alors je n’ai pas voulu savoir, qu’importe. Je verrai bien à la fin du livre. J’ai lu, j’ai vu, j’ai su.
Ah au fait, “Il y a deux sortes de gens, il y a les vivants et ceux qui sont en mer” Jacques Brel. Vous êtes évidemment dans la deuxième catégorie.
* Paul Eluard

Le squale
Francine Kreiss
Le Cherche Midi

Cher Vincent Duluc,

cela fait bien longtemps que j’ai refermé votre ouvrage. Bien des mois. Avant ce jour, pas une once de mot posé sur cette correspondance. Par manque de temps (version officielle), par peur de vous décevoir (version officieuse). C’est que j’écris à celui qui fit la Une du Monde des Livres. C’est quelque chose quand même !
C’est surtout que je ne cacherai pas ici, tout le bonheur que j’ai à vous lire. Incontestable passionné de votre écriture. “Je suis ce garçon derrière la vitre” écrivait Blondin dans l’une de ces chroniques du Tour de France. A vous lire, je redeviens ce garçon, cet adolescent. Celui qui cherche l’autographe dans les salons du livre.
Vous avez la plume facile, rapide. L’élégance du bon mot. L’érudition modeste. Dans le quadrilatère où l’édito s’emprisonne, vous avez la maîtrise et la justesse de la concision. Et bien entendu dans votre ouvrage où le nombre de caractères n’est pas une figure imposée, vous nous délectez d’un récit passionnant.
C’est en montant les marches du grenier parental, en ouvrant le carton à souvenirs, que vous sortez, par hasard, une photographie de Kornelia Ender. Elle sort du grand bain. L’argentique active la machine à remonter le temps.
Qui d’autre que vous, pour aller dénicher la vie de cette jeune championne olympique de natation, à Montréal, en 1976. Moi qui pensais que cette année-là, il n’y avait qu’un prénom féminin sur toutes les lèvres. Au fil des pages et des livres, vous dévoilez, aussi, un peu de vous (du pain béni pour moi). Kornelia fantasme d’adolescent. Amour évanoui sur la photo jaunie . Nous sommes au cœur des lignes de flottaison intimes. L’intime de deux héroïnes : Kornelia et Shirley (Shirley Babashoff). Deux mondes, deux vies, deux carrières, deux lignes parallèles dans les bassins aux écumes rageuses. La Californie versus la Stasi. Qu’est-il devenu cet amour d’antan ? Vous partez à la recherche de l’innocence perdue. En pèlerinage. Je n’en dirai pas plus.
Cher Vincent Duluc, à l’heure où vous lirez ces lignes, vous serez revenu d’une campagne de Russie victorieuse. Un grand homme a échoué. Quel est le quotidien de vos vacances bien méritées ? Je ne vous vois pas étalé de crème solaire sur la plage de la Tranche-Sur-Mer. Non, vous montez l’escalier parental qui vous mène au grenier. Au fond, le carton à souvenirs est entrouvert. Sans l’ouvrir complètement, vous y glissez votre main et sortez une photographie, vous souriez. Un autre souvenir, et déjà…un autre livre ?
“C’est quoi une grande vie ? C’est quoi une petite vie ?”

Kornelia
Vincent Duluc
Stock