Cher Thibaut Soulcié

je dois vous avouer une chose, je souffre d’une maladie, semble-t-il incurable dans mon cas. Je suis pris de procrastination aiguë ! Je ne peux m’empêcher de tout remettre au lendemain. Les factures d’électricité, la vaisselle salle, les besoins du chien…tout remettre à plus tard. Cela, peut-être fort fâcheux, je pense à mon ami canin qui depuis, souffre d’infection urinaire.
Si j’évoque ici une brève intimité de ma vie privée, c’est que depuis plusieurs mois entre le salon et le couloir est posé mon sac de plage. Tous les jours, je passe devant et tous les jours je me dis qu’il va falloir le ranger, mais que ça peut attendre…demain !
A ce stade de lecture, vous vous interrogez, cher Thibaut Soulcié, sur la pertinence de cette correspondance. J’y viens !
En fait, sachez que dans ce sac , il y a, outre quelques grains de sables migrants qui ont volontairement délaissé la plage de la Tranche sur Mer pour finir dans mon salon pour un quelconque espoir d’une vie meilleure, un râteau et une pelle pour les incontournables châteaux de sable des enfants, un magazine de mots fléchés encore sous emballage plastique et votre ouvrage “le monde est foot” ! Oui, votre dernier livre est dans ce sac de plage ! Après un haletant suspens vous comprenez, enfin, le lien entre cet objet, pour le moins désuet et votre dernier livre qui ne l’est absolument pas.
Et là, bien évidemment, vous levez les yeux aux ciels, d’un signe de désapprobation, voire de colère, de savoir cette compilation de vos dessins de presse entre un râteau et une pelle.
Détrompez-vous ! Et je vais tenter de m’en expliquer lors d’une plaidoirie littéraire à venir dans les lignes ci-dessous.
Si j’évoque ce livre, déjà sorti depuis plusieurs mois, que maintenant, c’est que, justement, je viens de décider de ranger, enfin, mon sac et de ressortir “le monde est foot” de la prison de tissu dans lequel il attendait patiemment.
Et sachez, une chose, cher Thibaut Soulcié, c’est que votre ouvrage m’a accompagné tout l’été lors de mes pérégrinations estivales.
Il fut de mes bagages début juillet, en Corse, où je me délectais, près du village de Piana, d’un doux moment de détente, alternant lecture et plongée dans les eaux claires de la marine de Ficaghjola (à droite après l’église).
Il fut de mes valises, mi-juillet, quand assommé des températures caniculaires qui sévissaient sur le territoire, je décidai de visiter les fjiords norvégiens, tailler la bavette de saumon avec les pêcheurs de l’archipel des Lofoten. Ils ont d’ailleurs beaucoup apprécié votre livre. Le pêcheur norvégien a bon goût. Las de dormir dans un rorbu traditionnel je quittai les étendues nordiques pour un treck au Népal autour du Manaslu, toujours avec votre livre, qui a égayé mes zygomatiques durant ce road movie.
Bien sûr, il ne suffit pas de faire le tour du monde pour plonger dans votre ouvrage. Il faut, juste, l’avoir à côté de soi. Je veux dire en cela, sur son bureau, sur sa table de chevet, dans le salon, dans la cabane de jardin, dans la voiture…car il est un parfait antalgique à nos maux bleus. il fait rire et le rire est bon pour la santé. On peut se le faire rembourser par la sécurité sociale ?
P.S. : il me tarde de vous rencontrer au prochain festival Lettres et Images du sport à Bressuire du 22 au 25 novembre, vous pourrez me reconnaître facilement, j’aurai un sac de plage, avec à l’intérieur… quelques grains de sable, un râteau et une pelle, un livre sous plastique et votre ouvrage “le monde est foot”.

“Le monde est foot”
Thibaut Soulcié
pour en savoir plus : Éditions du chêne

Cher Alex W. Inker,

Frappez ! Cognez ! Donnez et recevez des coups ! Tombez, relevez-vous ! Allez chercher au plus profond de vos tripes ce qu’il vous reste d’honneur. Votre adversaire va sentir l’odeur de la défaite. Et puis levez les bras au ciel pour remercier Dieu d’être encore vivant.
La boxe, cher ami, la boxe. Pas un sport, un art… de la déchéance, souvent, et de l’oubli, parfois. Quand ce n’est pas les deux à la fois !
Alex W. Inker, il nous faut vous remercier, d’avoir sorti de nos mémoires perméables et de nos pitoyables connaissances sportives ce Panama Al Brown. De son vrai nom : Alfonso Teofilo Brown. Champion du monde des poids coqs, mon frère !
Mais évoquons d’abord la forme, pas du boxeur mais de la bande dessinée. Il fallait un ouvrage à la mesure de l’élégance du dandy. C’est le cas. C’est soigné, travaillé, rondement bien fabriqué. Magnifique objet graphique. En noir et blanc, évidemment ! Et il pèse son poids…d’histoires. Celles d’un homme qui a eu mille vies. Les chats peuvent aller miauler chez la mémère du coin de la rue.
Arrivé en France, entre deux guerres, sa traversée de Paris est une liste à la Prévert : boxeur, saxophoniste, danseur, chef d’orchestre, claquettiste, mécène, amant d’un poète (un certain J.C.), grand frère, amis, distributeur de billets de  banque… Il fut Pharaon noir de la capitale. Il ne vivait pas il volait de ring en boîtes à musiques. Pour Panama, Paname était une fête ! D’ailleurs Jean Cocteau ne s’y est pas trompé « Je me suis attaché au sort d’Al Brown d’abord parce que Brown me représente le sommet de la boxe, une sorte de poète, de mime, de danseur et de magicien qui transporte entre les cordes la réussite parfaite et mystérieuse d’une des énigmes humaines : l’énigme de la force. » peut-on lire dans l’Auto le 16 avril 1938.
Sur scène ou sur un ring, Panama danse. Son jeu de jambes c’est Keith Jarrett dans ” Trio Japan 1993″, c’est envoutant, mystique et terriblement efficace.
Mais il est écrit qu’un boxeur qui réussit est un boxeur qui va mourir, ruiné, malade et oublié de tous. Panama All Brown n’est pas l’exemple qui confirme la règle, il meurt à 51 ans d’une tuberculose dans un quartier miteux chantant “Vous m’auriez vu hier soir, j’étais formidable, formidable…” Stromae.
« Maintenant, Al Brown est une sombre fumée dans quelques mémoires ». Plus maintenant cher Jean Cocteau, Alex W. Inker et Jacques Goldstein ont le don de résurrection. Et désormais, bien rangé, entre Rahan et Corto Maltese, dans notre bibliothèque, trône à jamais, Alfonso Teofilo Brown dit Panama All Brown, Champion du monde des poids coqs, mon frère !

Panama All Brown
Alex W.Inker
Editions Sarbacane

P.S. : Panama All Brown c’est aussi une web application, à savourer sans modération : Panama All Brown

Chère Francine Kreiss,

Je vous le dis tout de go, nous ne sommes pas du même monde. La mer est votre résidence première, je me noie dans un verre d’eau. Vous êtes apnéiste reconnue, sportive aguerrie, photographe des fonds marins, vous plongez avec les requins… Je suis à bout de souffle à la vue d’un bulot. Mais qu’importe, je n’ai pas hésité longtemps à ouvrir votre ouvrage. L’étendue bleue de la couverture, peut-être !
Sachez qu'”Il n’y a pas de hasard, il y a des rendez-vous” *. Et parfois, d’improbables. Comme celui avec, Recco et ses frères. Et avec le plus sanguinaire d’entre eux : Thommy. Un homme au centre d’un pénitencier. Quatre murs érigés en perpétuité. Le tueur de sang-froid est en cage. Vous, vous êtes libre. Mais vous avez soif d’apprendre.
Le vieil homme et la mer a ses secrets que vous souhaitez découvrir. Alors s’ensuit une correspondance frénétique, avec l’un des plus anciens détenus de France.
Mais celui qui fut apnéiste de combat est prégnant, il a horreur de votre vide et se délecte de l’investir par n’importe quels interstices. Dangereux l’animal ! Vous en avez connu d’autres, sous  la mer, mais qui tuaient pour manger. Celui de vos relations épistolaires, c’est autre chose. Parangon de l’horreur.
Mais ce qui vous lie, vous rend plus forte. En l’occurrence la mer. Pas celle que l’on voit danser. Celle des profondeurs “j’y suis, je me laisse couler comme une plume, je vole”. Celle qui rend les hommes fous ou riches, ou les deux à la fois. Qui peut comprendre la jouissance de ses interminables secondes sous l’eau, si l’on n’a pas, soi-même, bu la tasse ?
Mais qu’est-ce qui vous a pris ? Correspondre avec un tueur en série, l’un des plus dangereux, sans doute. Il y a plus tranquille comme quotidien. Mais je crois que vous aimez les emmerdes. Ou alors vous avez gravé au fronton de votre océan ce proverbe bosniaque : “homme sans ennemis, homme sans valeur”.
Et cette récurrente interrogation dans votre livre : comment un homme qui est né en mer, peut-il survivre dans les profondeurs du monde carcéral ? C’est à couper le souffle d’une apnéiste.
Je dois vous avouer, je ne lis pas la 4e de couverture d’un ouvrage avant de m’y plonger. Ni d’ailleurs les commentaires ou articles. Encore moins les rubriques faits divers. Je ne savais plus, au fur et à mesure des pages, si cette histoire était bien réelle. Si Thommy Recco avait bien existé. Alors je n’ai pas voulu savoir, qu’importe. Je verrai bien à la fin du livre. J’ai lu, j’ai vu, j’ai su.
Ah au fait, “Il y a deux sortes de gens, il y a les vivants et ceux qui sont en mer” Jacques Brel. Vous êtes évidemment dans la deuxième catégorie.
* Paul Eluard

Le squale
Francine Kreiss
Le Cherche Midi

Cher Vincent Duluc,

cela fait bien longtemps que j’ai refermé votre ouvrage. Bien des mois. Avant ce jour, pas une once de mot posé sur cette correspondance. Par manque de temps (version officielle), par peur de vous décevoir (version officieuse). C’est que j’écris à celui qui fit la Une du Monde des Livres. C’est quelque chose quand même !
C’est surtout que je ne cacherai pas ici, tout le bonheur que j’ai à vous lire. Incontestable passionné de votre écriture. “Je suis ce garçon derrière la vitre” écrivait Blondin dans l’une de ces chroniques du Tour de France. A vous lire, je redeviens ce garçon, cet adolescent. Celui qui cherche l’autographe dans les salons du livre.
Vous avez la plume facile, rapide. L’élégance du bon mot. L’érudition modeste. Dans le quadrilatère où l’édito s’emprisonne, vous avez la maîtrise et la justesse de la concision. Et bien entendu dans votre ouvrage où le nombre de caractères n’est pas une figure imposée, vous nous délectez d’un récit passionnant.
C’est en montant les marches du grenier parental, en ouvrant le carton à souvenirs, que vous sortez, par hasard, une photographie de Kornelia Ender. Elle sort du grand bain. L’argentique active la machine à remonter le temps.
Qui d’autre que vous, pour aller dénicher la vie de cette jeune championne olympique de natation, à Montréal, en 1976. Moi qui pensais que cette année-là, il n’y avait qu’un prénom féminin sur toutes les lèvres. Au fil des pages et des livres, vous dévoilez, aussi, un peu de vous (du pain béni pour moi). Kornelia fantasme d’adolescent. Amour évanoui sur la photo jaunie . Nous sommes au cœur des lignes de flottaison intimes. L’intime de deux héroïnes : Kornelia et Shirley (Shirley Babashoff). Deux mondes, deux vies, deux carrières, deux lignes parallèles dans les bassins aux écumes rageuses. La Californie versus la Stasi. Qu’est-il devenu cet amour d’antan ? Vous partez à la recherche de l’innocence perdue. En pèlerinage. Je n’en dirai pas plus.
Cher Vincent Duluc, à l’heure où vous lirez ces lignes, vous serez revenu d’une campagne de Russie victorieuse. Un grand homme a échoué. Quel est le quotidien de vos vacances bien méritées ? Je ne vous vois pas étalé de crème solaire sur la plage de la Tranche-Sur-Mer. Non, vous montez l’escalier parental qui vous mène au grenier. Au fond, le carton à souvenirs est entrouvert. Sans l’ouvrir complètement, vous y glissez votre main et sortez une photographie, vous souriez. Un autre souvenir, et déjà…un autre livre ?
“C’est quoi une grande vie ? C’est quoi une petite vie ?”

Kornelia
Vincent Duluc
Stock

 

Cher Eric Naulleau,

Que je sois écartelé par des chevaux de traie en place de Grève ! Que les restes de mon corps, ainsi démembrés, soient jetés aux vautours charognards et ensuite que l’on brûle ces volatiles sur le bûcher de l’ignorance. Comment ai-je pu douter, ne serait-ce qu’un instant, de votre crédibilité ? A ma décharge, je ne suis pas le seul de mes contemporains (à commencer par ma grand-mère, qui, soit-dit en passant, vous trouve très beau) qui se soit interrogé en découvrant le livre sur mon bureau : “Il s’y connaît en foot Naulleau ?”, “Il écrit des livres Naulleau ?”, “C’est qui Naulleau ?”, “Il joue dans quelle équipe Naulleau ?”…

Alors, Assis sur mon sac de sport, adossé contre les grilles du stade je lis “Quand la coupe déborde”.
Les doutes sont vite levés, car non seulement vous vous passionnez pour la chose, mais en plus vous en jouez ! A Vaucresson s’il vous plaît ! Je conçois qu’à l’évocation de ce nom de commune, les foules n’entament pas “You’ll never walk alone” derrière la main courante. Mais jouer, c’est déjà s’identifier. C’est surtout connaître les règles du jeu. Même si la perspective de vous voir en short me tire un léger sourire aux commissures. C’est que je vous ai érigé, comme érudit, comme lettré, comme savant…et donc, dans ma conscience très relative, hors des espaces sportifs !

Évidemment ne pas se fier au titre. Pas de vision cataclysmique sur le monde du football et ses robinets à fric, ouverts à tous vents. Pas de nostalgie d’un passé héroïque où les meilleurs internationaux, sans le sou, sortaient de la mine pour défendre les couleurs de la nation. Rien de tout cela. Bien au contraire.
C’est au cœur, devrais-je dire, aux tripes de la Coupe du Monde que vous nous entrainez cher Eric Naulleau. Parce que, cette compétition, est à bien des égards, à part. Elle se veut historique le 19 juillet 1966 entre la Corée du Nord et l’Italie. Elle est à vomir le 25 juin 1982 entre l’Autriche et la RFA. Elle se scandalise le 8 juillet 1982 entre la France et la RFA. elle se fourvoie le 19 novembre 2009 entre la France et l’Irlande. Elle se triche et se sublime, en un seul match, le 22 juin 1986 entre l’Argentine et l’Angleterre. C’est fou ce qui se passe dans ce quadrilatère où les quatre côtés sont corners ! A chaque chapitre, sa dramaturgie.

Simple visiteur du soir de match, j’y ai appris mille choses. J’y ai retrouvé, aussi, car il est bon de rire parfois, votre drôlerie, et ce trait d’humour quelque peu grinçant. Je garde en mémoire celui sur le patronyme “Hidalgo” 😉

Comme vous écrivez dans ce livre : “il existe 4 grands plaisirs liés au football : Y jouer, le regarder, en parler et écrire à son sujet”. Merci de nous avoir offert ce dernier.
Assis sur mon sac de sport, adossé contre les grilles du stade j’ai lu “Quand la coupe déborde”… jusqu’à la lie !

“Quand la coupe déborde”
Eric Naulleau
Édition Stock

Chère Marie Moinard *,

Combien sont les sportifs qui, désormais, tutoient les Dieux ? Les regardent dans les yeux ? Peu ! Très peu ! Mohamed Ali bien entendu. Mais aussi Emil Zatopek !
Sachez, chère Marie, que le triple médaillé aux Jeux Olympiques d’Helsinki coure encore à l’Olympe, chaque jour, sur Marathon. Jupiter s’en délecte quotidiennement de voir ce fébrile petit homme allez plus vite, plus loin, plus fort qu’Éole.
Sur terre, bénit soit ceux qui ont vu, en vrai, courir Zatopek, compter ses foulés sur la piste de terre plane et ovale de 400 mètres, en synthétique sur asphalte. S’effrayer en regardant le visage du champion torturé pendant la course. Comment peut-on en arriver là ? Pour quelle cause ? Pour la victoire, chers amis, pour la victoire ! Bénit soit ceux qui ont perdu contre Zatopek. Sachez que c’est un honneur et un privilège. La défaite parfois se mue en récompense.
L’homme aux bottes (Bata) de 7 lieux  m’apparaît dans cette bande dessinée (par Jaromír 99) en super-héros. Ses pouvoirs ? Son opiniâtreté, sa confiance en lui, sa ténacité…sa fidélité.
C’est évidemment, chère Marie, un bel ouvrage ! Savez-vous ce qu’il me vient à l’esprit maintenant que je l’ai lu ? Je m’en vais le glisser dans ma bibliothèque. Pas n’importe où  d’ailleurs. En bonne place. Pour qu’il se voit. Pour que je puisse le retrouver au premier coup d’œil. Comme un objet qui me rassure. Notre environnement est fait de tout un tas de petites choses, qui, posées, toujours au même endroit, gardent l’équilibre (telle la déesse Maât) de notre monde intérieur. Je le reprendrai de temps en temps, pas trop souvent. Ce qui est rare est précieux. Et surtout, il faut qu’il soit visible pour mes hôtes, mes amis, mes passagers d’un jour. Alors, avec précaution, entre le fromage et le dessert, je le sortirai. Je glisserai ce que je  sais, en fait bien peu, de ce coureur invétéré. Sans être érudit, je leur montrerai l’impression très particulière de cette bande dessinée. Un plongeon graphique dans les années 50 en Tchécoslovaquie. Je leur expliquerai, avec délectation, que chaque planche rappelle les affiches patriotiques de ces années de plomb. Hautes en couleur rouge et turquoise et rouge brique. “Étonnant, non ?”
Puis, je m’arrêterai sur quelques planches “regarder chers amis, celle-ci, puis celle-là !” “Et sentez, cette odeur !” “Oui, sentez ce livre.” Mes amis, polis, acquiesceront à mes propos dithyrambiques sur l’olfactif de ce livre. “Étonnant non !”
Puis, avoir leur avoir indiqué d’acheter l’ouvrage (évidemment !), je me délecterai de leur raconter mes quelques lectures en ce domaine. Il faut savoir, parfois se gargariser auprès des siens. Je leur parlerai bien sûr de l’ouvrage de Jean Echenoz : “courir” ! Une bible en la matière. Et puis nous reviendrons à table distiller quelques banalités. Qui sommes-nous à côté du héros des courses à pied ?
Chère Marie, vous perpétuez en ce livre le souvenir de “Topek”. D’ailleurs que reste-t-il de cette “bête de somme” chez la jeune génération de coureurs ? C’est ce que j’ai demandé à l’un d’entre eux, Hugo Hay,  récent champion de France espoirs : “Pour moi c’est d’abord le “100x400m”. C’est l’un des mythes qui se transmet de génération en génération sur la piste. C’est vraiment l’image d’un bourreau de travail, de l’entraînement à l’ancienne, sans réflexion scientifique et physiologique comme maintenant, mais plutôt dans l’idée toujours plus.”. La vérité vient de la bouche des jeunes coureurs.
Preuve de sa forte popularité, Zatopek est même dans les kiosques. Un magazine porte son nom : “Zatopek magazine”
J’ai retrouvé un article du Temps, de Yves Terrani, le lendemain de la disparition du champion en 2000 : “il n’était pas beau à voir, mais il courait vite”.
Chère Marie, Cette bande dessinée est belle à voir, alors courons vite…l’acheter !

* éditrice chez Des Ronds dans l’O

Zatopek
Éditions des Ronds dans l’O
De Jan Novák et Jaromír 99

 

Chère Cécile Coulon,

J’ai aimé ce moment en votre compagnie ! Il m’a semblé, même, vous avoir à mes côtés, au fil des pages. Je veux dire en cela, physiquement ! Véritable don d’ubiquité littéraire ou vrai cas de psychanalyse ? J’ose à peine vous avouer que je me suis accroché à cette amitié éphémère et qu’une fois le livre terminé ce fut, pour moi, une douloureuse séparation. C’est à chaque fois pareil ! J’aime à côtoyer l’auteur(e), à me l’imaginer.

A lire « petite éloge du running », j’ai aimé vous voir joyeuse, intrépide, fraîche, espiègle et de temps en temps mélancolique. Je ne vous connais pas évidemment. Je perçois seulement. Vous me direz.

J’ai aimé, quand l’écriture se fait douleur, vous voir tout envoyer valser. Les tasses de thé, les préjugés, les angoisses…

J’ai aimé, alors, quand vous prenez vos baskets et que vous allez courir. Courir, vite ! Vous reviendrez plus sereine et plus calme. Et vous reprendrez le fil de l’écriture.

J’ai aimé, à la lecture, appréhender « le petit peuple du bitume ». Au fil des pages, me sentir privilégier. Ligne après ligne, accompagner ces flibustiers de la course à pied. Idéalement situé sur le bord de la route littéraire. Souffrir pour elles, pour eux (enfin, au fond d’un canapé, un soir de pluie avec un thé au caramel !).

J’ai aimé les scruter aux ravitaillements ces stakhanovistes aux longues courses. Sont-ils fatigués, exténués, phagocytés ? Ou alors ont-ils les jambes pour aller jusqu’au bout.

J’ai aimé être au 30e kilomètre, là où ça fait encore plus mal (à ce qui paraît !). Il y a donc un mur, invisible. Un espace surnaturel, un trou noir qui perturbe la gravité terrestre. On ne peut plus avancer, ou bien on avance, mais douloureusement. A chaque foulée. tout paraît plus difficile, plus dur.

J’ai aimé, surtout, être là, sur la ligne d’arrivée. Partager avec eux cette indescriptible jouissance d’avoir terminé cette course.

J’ai aimé que vous évoquiez Pierre Morath et son documentaire « free to run ». Nous l’avions invité à la première édition du festival lettres et images du sport à Bressuire. Ce fut un moment très agréable. Un chic type. Et Suisse de surcroît ?

J’ai aimé vos parenthèses au début des chapitres, comme celui du chapitre 2 : « les premiers kilomètres (où l’on se demande ce que l’on fout là).

J’ai aimé cette phrase, non je l’ai adoré : « Car en course, lorsque l’on part sans se poser de questions, il arrive qu’on trouve une réponse sur sa lancée ».

J’ai aimé comprendre que l’on ne fait pas ce qu’on veut quand on coure un marathon, mais ce qu’on peut !

Malgré tout, je préfère ma situation : 4 km par semaine, quand il ne fait pas trop froid, pas trop chaud, pas trop de vent, qu’il ne pleut pas, qu’il n’y a pas de sport à la télé et que le chien a bien voulu m’apporter mes baskets !

En résumé, chère Céline Coulon, j’ai aimé…ce moment en votre compagnie !

« Petit éloge du running »
Cécile Coulon
Les éditions François Bourin

P.S. : j’ai remarqué que j’ai beaucoup lu de livre sur la course à pied  ces temps-ci :
« 42.192 » de Jean-Christophe Collin
ou encore « le garçon qui courait » de François-Guillaume Lorrain mais aussi « Alain Mimoun » de Alain Billouin et bien entendu, classique, parmi les classiques : « courir » de Jean Echenoz

Chère Nadia Comaneci,

Montréal 1976 ! Les Dieux sont vieux et fatigués. Des guerres lasses, des paix éphémères, des mondes sans saveur, sans vie. De l’Homme ennuyeux et si prévisible.
A cet instant, Nadia, vous êtes venu, vous avez vu, vous avez vaincu. Les Dieux sont tombés des cieux, c’est la faute à vos yeux. Sur le cul, ce n’est pas la faute à Ceausescu. les Dieux sont troublés par une gamine si frêle, si fragile, mais si forte à la fois. Pour Nadia Comaneci, ils ont tapé 10 !
Ils en ont vu les Dieux, et pourtant là, Montréal 1976, ils sont marqués au fer rouge. La couleur d’une idéologie politique aux belles promesses, à l’avenir radieux. Portés par des dirigeants imbus, qui ne savent rien à la grâce d’une sortie de barres asymétriques, à la prouesse d’un salto sur une poutre. Ces dirigeants ont voulu vous garder pour eux. Mais Nadia Comaneci n’est à personne, surtout pas à eux. Faibles et vieux grabataires d’un système à bout de souffle. Montréal 1976, chère Nadia, vous êtes désormais à nous tous !
Ne craignez pas l’après. Ils me l’on dit, les Dieux, ils vous réservent une place de choix. Vous n’aurez plus à fuir pour vivre, plus à vous cacher, plus à traverser les barbelés, les lacs gelés pour exister.
Mais n’êtes-vous pas déjà l’une des leurs ? Votre nom suffit à mettre la diplomatie étrangère d’un pays (les États-Unis) sans dessus, dessous.
D’ailleurs, inspirés par Erato, les Dieux chantent vos louanges :
“Ce petit bout de rien, dans les moindres recoins
Ne sait pas à quel point, pour un battement d’elle
Les Dieux en sont venus, aux portes des chapelles”
Chère Nadia, je viens de terminer votre ouvrage. il ne faut pas attendre pour raconter. Ne pas laisser le plaisir de la lecture s’estomper. L’émotion s’évaporer. C’est pourquoi je vous écris. Où plutôt que je vous raconte :
c’était une salle haute, très haute, pas très large. En forme de L. Un parquet au sol, rappelait qu’elle servait aussi d’espace dansant et festif quelques samedis soirs dans l’année. Mais c’était avant tout, une salle de gymnastique. Avec ses barres asymétriques, son cheval d’arçons, ses barres parallèles…c’est drôle, à écrire, ses noms d’agrès me sont poétiques.
La gymnastique, je ne me souviens plus si j’y allais par passion ou par obligation. Sans doute un peu des deux. Loin de votre carrière, chère Nadia, pour moi, peu de faits d’armes sportifs, si ce n’est un titre de champion départemental en poussin (j’en suis fière !).
A tourner la dernière page, à refermer votre ouvrage, vous avez l’aire heureuse, je le souhaite. Ne changez pas Nadia. Et ne soyez pas pressé, les Dieux sont patients et ont tout leur temps.

Nadia Comaneci
Lettres à une jeune gymnaste
Talent Editions