“Mes légendes du football” – Vincent Duluc

Mes légendes de footballParce que c’est lui, parce que c’est moi, parce que ce sont eux. Pour tout cela à la fois, “mes légendes du football” est un livre à part. C’est le dernier en date, du prolifique Vincent Duluc. J’ai souvent loué, ici et ailleurs, la plume de ce journaliste de l’Équipe. Un érudit, un fondu de football, de sports et de cinéma aussi. Passion qu’il partage avec un ami de longue date : Thierry Frémaux.  Les discussions doivent aller bon train, chaque début d’année, lors du festival “sport, littérature et cinéma”.

Que je sois écartelé en place de Grève, car, je l’avoue, je ne suis pas très objectif. Je suis littéralement fan de l’écriture de cet homme de lettre. Qui en plus d’être talentueux, est un homme charmant. Alors, à l’heure de glisser quelques lignes ici, vous imaginez tout le bien que je pense de ce livre de sport. Vous êtes prévenu.

Comme indiqué en introduction, par l’auteur : ““les” légendes, ce serait un classement historique. “Mes” légendes, c’est un classement amoureux”. Tout est dit. Tout est subjectif, on est bien d’accord. Ce qui offre quelques belles surprises d’ailleurs. S’il y a quelques têtes de Champion (Platini, Zidane, Messi…), il y a quelques noms que l’on n’attendait pas à si belles fêtes : Laurent Fournier, Serge Chiesa (parce que Lyon n’est jamais très loin), Claude Papi (l’âme corse)…

Et beaucoup d’Anglais. À cela, rien d’anormal, le journaliste à ces heures perdues, traverse la Manche depuis des décennies, pour suivre les rencontres de football. Même les plus embrumées, les plus éloignées des strates et des paillettes. Le Monsieur est capable de prendre un week-end pour suivre Chesterfield/Halifax Town en 5e niveau national. Un fondu de football, je vous dis !

“Il faut avoir vécu cette époque, pour se souvenir de ce que cela pouvait représenter d’être la première idole absolue de l’histoire du football français” Vincent Duluc évoquant Dominique Rocheteau

L’auteur parle de “son panthéon”. On a tous le nôtre. Ce qui est intéressant, c’est que nous pourrions tous sortir “mes légendes”. Des milliers de livres, tous différents, sans doute, tous passionnants. Et vous alors, quels seraient vos légendes ?

Si vous pouvez ouvrir, ce livre à n’importe quelle page, Georges Best est à jamais le premier. Pas étonnant, l’écrivain lui avait déjà consacré un livre “Georges Best, le cinquième Beatles”, chez Stock. D’ailleurs, une bande dessinée, extraite de l’ouvrage, est en préparation chez Delcourt et devrait sortir courant 2022.

“Lorsqu’il apparaissait à “Match of the day”, le “Téléfoot” historique de l’Angleterre, le temps s’arrêtait dans le salon et toute la famille levait la tête” Vincent Duluc évoquant Georges Best

Et puis il y a les autres, Socratès, Gordon Banks, Thierry Henry, Garrincha, Ronaldo (les deux !) et Greg ! Ce dernier n’est pas footballeur, mais dessinateur et illustre de belles manières ce livre. Que l’on va déposer, une fois terminée, dans la bibliothèque. Et que l’on ira chercher, de temps en temps, pour se remémorer aux bons souvenirs des légendes de Vincent Duluc.

Je ne suis pas un spécialiste du football. Mais, j’adore quand on dépoussière quelques dossiers. Quand on me raconte des histoires. Comme celle de l’entraîneur Brian Clough. Un bon client pour la presse écrite de l’époque et quand même, un sacré entraîneur. Mais aussi, le quelque peu oublié Eduard Streltsov. Privé de coupe du monde avec la Russie en 1958, pour une soirée arrangée et qui passera huit ans au goulag.

Chaque page est une introduction qui vous donne envie d’aller plus loin. “En somme, j’ai essayé, non pas de convaincre, mais de toucher ” Bingo !

 

Mes légendes de football“Mes légendes du football”
Vincent Duluc/Greg
Editions Solar/L’Équipe

 

 

 

 

 

 

 

P.S : jusqu’au 24 décembre, je vous propose de plonger, je l’espère tous les jours, dans un ouvrage déjà évoqué ici ou pas. Et qui, me semble-t-il serait un joli cadeau de… Noël ! Pour le plaisir d’offrir !

“L’œil du sport “

L'oeil du sportOui, c’est une très bonne idée pour les fêtes de fin d’année. Certes, vous allez faire des heureux ou des heureuses. Mais “l’œil du sport”, c’est bien autre chose qu’un cadeau, pour le plaisir d’offrir. Qu’un objet, posé au pied du sapin. Qu’un souhait écrit dans une lettre au Père Noël.

Ici, place à ceux qui ont bon pied, bon œil. Surtout bon œil. Par les témoignages, nous voici à découvrir ces faiseurs de clichés. Ces façonneurs d’émotions. Ces sculpteurs de l’intime. Ces capteurs de sensations. Nous voici au cœur de l’obturateur, au sein du déclencheur. Bienvenue chez le photographe de sport.

Ils ont l’obsession d’être là au bon endroit, au bon moment. Ils savent que la patience est maîtresse de réussite.  Et parce qu’ils ont tant d’histoires à nous conter, les voici bavards, loquace, au coin de la cheminée (c’est pour la période où sont écrites ses lignes.)

Posez-vous et laissez-vous prendre par leurs récits. Une façon, de mieux comprendre ces clichés au mille et une vue. Mais pas seulement. Ils se racontent aussi. Se dévoilent, un peu. On apprend, leurs parcours, leurs chemins de vie. Pas un identique. Ces gens sont souvent surprenants. Pour les plus érudits d’entre nous, on y parle, aussi, évolution technique. De l’ère de l’argentique, ils sont passés à celui du numérique. Point de nostalgie, ces gens-là, savent grandir, avancer, avec leur temps.

C’est une plongée dans l’histoire des sports. Et comme le précise, Jérôme Cazadieu, le directeur de la rédaction, en introduction : “c’est l’histoire de nos souvenirs”. Ce sont des photographies, mondialement connues. Vues et revues, mais que l’on a plaisir à retrouver… sous un autre angle.

Ce sont aussi des mots ! Même si une photo en vaut mille, comme ils disent. Ceux de Raymond Depardon, par exemple, dans un entretien passionnant. Mais aussi, ceux de la championne Clarisse Agbegnenou.

“J’aime le regard du photographe” – Clarisse Agbegnenou

Vous en verrez de toutes les couleurs. En noir et blanc, évidemment. La plupart des photographiés, des instantanés sont des têtes reconnus : Maradona, Platini, Anquetil, Pérec, Fédérer… et tant d’autres.

Il faut bien avouer, que le photographe de sport est rarement mis en avant. “L’œil du sport” vient corriger, cela. Ils ne sont plus des noms casés en bas de page, ils sont désormais des visages et des mots.

“Une belle photo, ce n’est jamais un hasard” – Raymond Depardon

Ce n’est pas un livre de photographies, c’est un livre de photographes ! Ayez l’œil !

 

L'oeil du sport“L’œil du sport”

Éditions Solar/L’Équipe

 

 

 

 

 

 

 

P.S : jusqu’au 24 décembre, je vous propose de plonger, je l’espère tous les jours, dans un ouvrage déjà évoqué ici ou pas. Et qui, me semble-t-il serait un joli cadeau de… Noël ! Pour le plaisir d’offrir !

“Yes we Cam” – Jean Le Cam

Yes we Cam

La mer a le don de rendre l’homme bon. Parfois rustre, mais bon. Sans doute, parce que les marins savent que sur l’eau, on ne peut pas tricher. Ça passe ou ça casse. Souvent, ça casse. La quille, la coque, les voiles, le bonhomme.

Jean Le Cam n’échappe pas à la règle. Il est un homme bon. “C’est un bon, un très, très bon” comme dirait un ami à moi.

Il fut l’un des héros “malheureux” du dernier Vendée Globe. Terminant à la place du “con”. Quatrième. Cependant, la course de Jean Le Cam fut une aventure humaine, comme bien souvent dans le “Vendée”. De multiples avaries, un bateau en mille morceaux et surtout le sauvetage de Kevin Escoffier. De tout cela, on en discute dans cet ouvrage.

J’aime beaucoup la couverture. Le regard noir ! Le visage quelque peu buriné. Une vraie gueule du large. Un “tour du mondiste”, comme ils disent.

“La technique est un outil au service du récit. Un récit qui dure… Quatre-vingts jours. Et je pense, que cette année, j’ai été plutôt économe en mots. À bord, chacun est libre de parler. Il y a des jours où j’ai coupé l’interrupteur. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles” – Jean Le Cam

Je me suis souvent posé la question de savoir s’il on pouvait véritablement comprendre, sans avoir mis un pied sur un bateau ? Je n’ai jamais mis un pied sur un bateau. Je veux dire par là, ce genre de bateau. Bâti pour courir ou pour mourir. D’ailleurs, soit dit en passant, je n’ai que peu le pied marin.

Et pourtant, en lisant ce livre, tout est limpide, clair comme de l’eau de roche. On comprend l’homme, le bateau, la navigation, la solitude. Souvent étiqueté “brut de pomme”, “sauvage”, “Le Roi Jean”, sous la plume de Jean-Louis Touzet fissure, quelque peu l’armure. La confiance est réelle entre les deux hommes. L’amitié est palpable à chaque page. L’émotion évidente. La discussion sans phare !

Et il faut peu d’imagination, pour se représenter les deux hommes, converser dans la maison de Jean, des heures durant. Des séances, sans doute entrecoupés de la venue de Anne, l’épouse, fidèle et bienveillante. La femme du marin. Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?

Jean Le Cam est la mémoire du large. L’un des derniers véritables bricoleurs. Un homme entier. Qui peut, vous envoyer paître, comme vous prendre dans ses bras. Vous étreindre à vous couper le souffle. Il est de ceux que les silences ravissent. Il est un taiseux. Et il sait, l’importance des mots.

“Je suis parfois obligé de descendre à la cave pour remonter le meilleur des mots, comme une bonne bouteille” – Jean Le Cam

L’ami Jean, on l’apprend dans le livre, a déjà pensé à son épitaphe : “Jean Le Cam, parfois surnommé Le Roi Jean, coureur constructeur. Diplômé de l’école du large”.

Et avec lui, pourquoi aller chercher midi à 14 heures :”Je suis juste un mec simple, qui navigue sur un bateau, disons, simple, un peu plus simple que les autres. Et voudrait à nouveau un bateau simple, c’est simple non ?”

Jean partit seul et par un prompt renfort, vît des milliers de spectateurs en arrivant au port !

Yes we Cam

“Yes we Cam” 
Jean Le Cam/Jean-Louis Le Touzet
Seuil

 

 

 

 

 

 

P.S : jusqu’au 24 décembre, je vous propose de plonger, je l’espère tous les jours, dans un ouvrage déjà évoqué ici ou pas. Et qui, me semble-t-il serait un joli cadeau de… Noël ! Pour le plaisir d’offrir !

Turbulences

“Turbulences” – Ben Thouard

TurbulencesRares sont les ouvrages qui vous explosent à la gueule ! Vous phagocytent le corps, le cœur et l’âme. Et pour une fois, les mots n’y sont pour rien. Et pourtant, les Dieux savent que je les revendique dans ma vie de tous les jours. Ces mots qui sont mes armes de séduction massive. Ces mots, que je pose ici et là, pour moi, pour eux, pour les autres. Je suis rédacteur web, copywriter et plume. Je suis du “peuple de l’écriture”.

Et bien, dans ce livre, les mots ne servent à rien. D’ailleurs, ils ne sont pas présents où sur la fin. Les formules de politesse ne sont jamais très loin. Et je vous pris, comme chantait Brel, “de cesser de me gonfler, mes vieilles roubignoles” avec votre adage, “une image vaut mille mots !”. Ici, nous sommes bien au-dessus. Bien au-delà.

Pour les besoins de cet article, je me suis penché sur la définition du mot “turbulences” :

Turbulences : n.f. – “Agitation d’un fluide qui s’écoule en tourbillons.”

Pour l’auteur, ce fluide, est la mer, les vagues. Dans toute sa domination, son autorité, son danger. Pour nous, le fluide est le sang qui coule dans nos veines et qui, à la lecture de cet ouvrage, s’emballe, ce “tornade”, ce “bourrasque”, ce “vertige”. Vous pouvez m’écartelez, avec des chevaux de Trait, en place de Grève, pour mon excès d’euphorie rédactionnelle. Parce que j’en fais trop, parce que j’en écris trop. Qu’importe, relisez cet article, le jour où vous aurez le livre de Ben Thouard entre les mains. Alors, vous comprendrez, sans doute.

Le coupable de cet objet de poésie, est photographe. Il a toujours connu la mer. Dans la rade de Toulon et désormais sur les plages d’Hawaï. L’homme nage dans un océan, de contre-plongée, de profondeur de champ, de grain… c’est fou ce que les termes liés à la photographie se rapprochent de ceux liés à la mer. Tout cela, colle parfaitement à Ben Thouard qui a fait de ses deux passions, un métier. Ou plutôt de ses deux métiers, une passion.

Il ne photographie pas les jolies petits poissons aux abords des coraux. Il part à la pêche aux gros. Ceux qui, sur une simple planche de surf, font des vagues.

“Le vortex s’accouche, enfante ces turbulences qui m’appellent, qui m’obsèdent. Personne d’autre que moi n’a appris à voir ça.” – Ben Thouard

Le livre est un objet d’art. Hypnotique, troublant, fascinant. D’une beauté, d’une force, d’une puissance photographique qui vous laisse le cul par terre. En apnée. Il ne s’ouvre pas à la légère. Il ne se feuillette pas, il se savoure, se délecte à chaque page. Prenez le temps de la pose. Regardez ce bleu, partout, ce bleu, magique. Entrez dans l’eau, prenez le bouillon. Ça va secouer un peu, c’est ça qu’est bon !

Attention, l’abus d’émotions n’est pas dangereux pour la santé !

Ce livre vous laisse sans mots. Tout simplement parce qu’il n’y en a pas. Et je vous le disais, au début de cet article, qu’il n’en n’avait nul besoin. Malgré tout, viennent, prudemment, sur la pointe des pieds, quelques-uns d’entre eux, sous la plume de Stéfan L’Hermitte, s’immiscer en fin d’ouvrage : “il en ramène le beau, l’étrange, l’ailleurs”.

Juste quelques mots, alors…

Turbulences

 

Turbulences”
Ben Thouard
Editions Mons

 

 

 

 


P.S : jusqu’au 24 décembre, je vous propose de plonger, je l’espère tous les jours, dans un ouvrage déjà évoqué ici ou pas. Et qui, me semble-t-il serait un joli cadeau de… Noël ! Pour le plaisir d’offrir !

Le Prix Jules Rimet

Il en va des prix littéraires, en automne, comme des feuilles qui tombent des arbres. Alors que l’on vient de remettre le Goncourt et le Renaudot, la littérature sportive a, elle aussi, ses prix, ses récompenses. Soyons honnête, moins prestigieux que ces derniers. Et les membres des jurys, ne déjeunent pas chez Drouant.
Mais qui petit à petit, au fil des ans, ces prix, s’installent tout tranquillement, dans le paysage des récompenses littéraires. C’est le cas, en autres, du Prix Jules Rimet. Sans doute l’un des plus médiatisés qui, cette année, fête ses 10 ans. L’occasion, ici, de mettre en lumière cette gratification qui porte les valeurs d’un homme en avance sur son temps.

Histoire du Prix Jules Rimet

Prix Jules Rimet
Photographie de presse / Agence Mondial
source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Fervent passionné de football, ce patronyme : “Jules Rimet” ne vous est, sans doute pas, inconnu. Le Monsieur est le créateur de la Coupe du Monde de Football en 1930. Mais avant cela, avec quelques autres protagonistes, il lance le club du Red Star. C’était le 21 février 1897. Un club qu’il veut omnisports et surtout qui favorise l’intégration sociale. Dans les statuts, une section littéraire.
Tout est donc réuni, pour que ce Prix, créé en 2012, sous l’égide de la fondation Jean-Luc Lagardère, se nomme ainsi. Il est porté par l’association “Jules Rimet – sport et culture” qui se donne comme objectif de “mettre en place toute action susceptible d’assurer la promotion des valeurs conjuguées du sport et de la culture.”
Le Président du jury, Denis Jembar pose les mots sur cette initiative et sur le parallèle entre sport et culture : “Depuis fort longtemps de nombreux grands écrivains ont compris que le dépassement qui fait les champions s’apparente à l’écriture d’un roman. Il y faut certes du talent, mais aussi de l’effort, de la solitude, de l’enthousiasme et du doute, un dépassement de soi qui ouvre au plus profond de l’être des portes cadenassées. Ernest Hemingway, Haruki Murakami, Jean Echnoz, Norman Mailer, Antoine Blondin et bien d’autres ont écrit des pages inoubliables sur le sport et lui ont donné ses lettres de noblesse littéraire.”
Pour le gagnant ou la gagnante, un chèque d’une valeur de 3 000 euros et un maillot du Red Star floqué à son nom.
Les derniers lauréats :
  • 2012 – Paul Fournel – Anquetil tout seul, Seuil
  • 2013 – Jean-Emmanuel Ducoin – Go Lance !, Fayard
  • 2014 – Lola Lafon – La petite communiste qui ne souriait jamais, Actes Sud
  • 2015 – Alain Gillot – La surface de réparation, Flammarion
  • 2016 – Daniel Rondeau – Boxing Club, Grasset
  • 2017 – François-Guillaume Lorrain – Le garçon qui courait, Sarbacane
  • 2018 – Jean Hatzfeld – Deux mètres dix, Gallimard
  • 2019 – Fanny Walendorf – L’appel, Finitude
  • 2020 – Jérôme Hallier – Briller pour les vivants, Flammarion

Les 6 ouvrages sélectionnés pour l’édition 2021

 

Olympia                  Le grand saut

Olympia                                                    Le grand saut                          

Paul-Henry Bizon                                       Renaud Dély
Éditions Gallimard                                     Éditions Jean-Claude Lattès
             Judoka                   
Le Ladies Football Club                          Judoka
Stefano Massini                                        Thierry Frémaux
Éditions Globe                                          Éditions Stock
au milieu de l'été, un invincible hiver                        La passion
Au milieu de l’été, un invincible hiver    La passion selon Saint-Étienne
Virginie Troussier                                        Christophe Verneyre
Éditions Guerin                                           En Exergue Éditions

Et à la fin il n’en restera qu’un

Le jury est présidé par  :
Denis Jembar
Les membres du jury 2021  :
Hafid Aggoune, Nicolas Baverez, Abdel Belmokadem, Raymond Domenech, Laurence Fischer, Paul Fournel, Patrice Haddad, Jérôme Hallier (lauréat 2020), Julia Kerninon, Eric Naulleau,  Léonore Perrus, Yves Rimet.

Nous reviendrons, ici même, dans les prochaines semaines sur le lauréat. La délibération est prévue le jeudi 18 novembre. Amusons-nous au jeu des pronostics. Ou plutôt, je vais vous donner l’ouvrage qui pour moi, devrait remporter le Prix Jules Rimet. C’est, vous l’aurez compris, un avis très personnel. Sans trop de réflexion, mon cœur balance pour le livre de Virginie Troussier, “au milieu de l’été, un invincible hiver” dont je vous ai déjà parlé ici même.

Une plongée dans l’histoire dramatique et véridique d’une course au Mont-Blanc. Un récit d’amitié, d’entre aide, de survie… Virginie Trouissier a le talent de nous emporter littéralement, de nous embarquer, de nous faire vivre l’aventure comme si nous y étions. Elle manie les mots comme d’autres manient le piolet. Avec détermination, force et précision.

Il nous faut, désormais, patienter, encore quelques jours, pour savoir si les membres du jury auront le même avis.

Ah, j’oubliais, n’hésitez pas à donner le vôtre en commentaire 😉

Judoka

Judoka – Thierry Frémaux

Judoka

Tapis volant

Et deux êtres vont en découdre. Deux hommes pieds nus, dans la neige. Lequel sortira vainqueur ? Pour le savoir, il faut visionner, “La Nouvelle Légende du grand judo” d’Akira Kurosawa. L’image de couverture est tirée de ce film sorti en 1945. Il fait suite à “la légende du grand judo”, œuvre magistral du même réalisateur japonais.
Ce n’est pas moi qui le dis, mais Thierry Frémaux. Et le Monsieur en connaît un rayon. Cinéphile averti, docteur es 7ᵉ art, il est le directeur général du Festival de Cannes. Excusez du peu !
Les doux soirs de mai, entre paillette et croisette, il tape la bise aux étoiles “montantes” ou “vieillissantes” du cinéma. Il est leur ami, leur confident. Il a leur 06. Le carnet d’adresses du Monsieur doit valoir son pesant de cacahuètes.

À l’aise sur le tapis rouge, en costard 3 pièces, il fut un temps, tout aussi agile sur un autre tapis. Sur un tatami. Celui qui est aussi, directeur de l’Institut Lumière, à Lyon a eu deux vies, bien remplies. Celle consacrée au cinéma que nous connaissons bien et qui se poursuit. Et une autre, qu’il voua au judo. Ce que l’on ne soupçonnait pas. Du moins, pas avant de plonger dans ce livre “Judoka”.

Il y a donc eu un autre Thierry Frémaux. Plus combatif, plus guerrier, plus sportif aussi. Il traîna son kimono dans de nombreux dojos. C’est ce que l’on apprend à la lecture de ce récit. Durant des décennies, il vivait judo, mangeait judo, dormait judo, gagnait judo, perdait judo et enseignait le judo. Dans ces salles de sport transpirantes de traditions, de respect, de solennité, il fit ses armes. Toujours sous l’œil bienveillant du Maître des lieux : Jigoro Kano. Dans son cadre en bois, le créateur de cet art martial japonais, surveille ses ouailles. S’il pouvait encore, il distillerait, bons conseils et bonnes pratiques. Cet homme, qui vécu entre deux siècles (19ᵉ et 20e), fut l’inventeur du judo.

Et lire “judoka”, c’est aussi découvrir le fabuleux destin d’un homme parti de rien. Et qui, créa, sur les cendres du Jujitsu vieillissant, une nouvelle manière de combattre. Celle qui se sert de la force de l’adversaire pour le mettre au sol. Et c’est pourquoi David pu envoyer à terre Goliath d’un Ippon-Seoi-Nage.
Des noms japonais fleurissent dans ce livre, comme autant de cerisiers en fleurs. D’ailleurs, je soupçonne, le facétieux Thierry Frémaux, d’en avoir glissé un certain nombre, pour troubler celles et ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un dojo. Je suis de cela. Je vous rassure, pas besoin d’avoir pratiqué pour savourer ce livre.

Se serrer la ceinture

Sans prétention, Thierry Frémaux nous raconte son histoire, sa première partie de vie et par là même, l’œuvre de Jigoro Kano. Un voyage dans le temps, incessant, entre le Japon et la banlieue lyonnaise, où il grandit. Il est évident, que la culture nipponne a une grande place dans sa vie. Il en partage, ici, un petit bout. Un ouvrage passionnant, écrit par un passionné.
Et dont, sans doute, on doit l’écriture, à une invitation. Celle de la Fédération Française de Judo. Qui par tradition, fait place, chaque année, à une personnalité (politiques, sportifs acteurs, citoyens du monde…) qui a honoré le kimono, à venir s’exprimer. Un discours devant une assemblée de drôles de Dan. Un moment fort qu’il n’oubliera pas de sitôt. Au sens propre, comme au sens figuré, d’ailleurs.

Chassez le naturel, il revient au galop. Comme dans “la chevauchée fantastique”. Je rassure les cinéphiles, dans ce livre on parle, un peu de cinéma. Comment pourrait-il en être autrement ? Thierry Frémaux dépoussière quelques vieilleries du cinéma japonais. Il nous donne envie de salles obscures et de dernières séances.
Et comme rien ne dure au-dessus de la ceinture, Thierry Frémaux ne pratique plus. Qu’importe, il laisse avec “Judoka”, un livre qui vient, à son humble niveau, perdurer “la légende du grand judo” d’Akira Kurosawa.

“Judoka”
Thierry Frémaux
Éditions Stock

 

 

Marathon

“Marathon” de Nicolas Debon

MarathonJe vous parle d’un temps que les moins de… je vous parle d’un temps que peu, encore vivants, ont parcouru. Trop jeune pour certains, sans doute juste né, pour les autres. 1928, l’Europe panse ses plaies. Ses cicatrices béantes de quatre années de guerre. Les souvenirs sont encore vivaces. Ils reviendront bientôt, comme un boomerang.

Mais en attendant que l’on accroche l’humanité à des crochets de boucher, Amsterdam, accueille les neuvièmes Jeux olympiques de l’ère moderne. Si quelques nouveautés ont marqué ces Jeux, comme la participation, pour la première fois des femmes en athlétisme (Pierre De Coubertin en fut outré. Le Monsieur est un habitué de la chose). Ou encore la décision d’allumer, comme un symbole, la flamme olympique.

Ce qui viendra marquer l’épreuve, c’est la course éperdue dans l’une des disciplines phares des jeux. Sans doute la plus emblématique : le marathon. 42 km 195 d’exaltation.

L’invisible victorieux des jeux

Il y a peu de chance que vous lisiez le nom d’El Ouafi Boughéra dans les manuels d’histoire. Le monsieur est tombé dans l’oubli. Il y a bien, une ou deux rues qui portent son nom, en France. C’est le cas d’une des artères qui mènent au Stade de France. Les spectateurs qui l’empruntent savent-ils qui se cache derrière ce patronyme ? Non, bien entendu.

Des forges d’Hadès, dans les ateliers de chez Renault à Boulogne-Billancourt, l’inconnu coureur, rejoint les dieux de l’Olympe, le temps d’une course. Et puis de nouveau, l’obscurité, l’oubli. Qui s’en souvient encore ici ? Plus grand monde. Et pourtant sa vie est un roman. Que l’on peut retrouver dans le livre de Fabrice Colin – “le mirage El Ouafi”. Une fin tragique viendra sceller le sort du champion olympique.

Mais avant cela, le 5 août 1928, à Amsterdam. Un petit homme va damer le pion aux Finlandais (les favoris), aux Américains, aux Japonais… Les participants tomberont les uns après les autres, exténués, phagocytés. La fatigue, les crampes. Les 42 km 195, guillotinent les hommes. Mais pas El Ouafi Boughéra. L’exilé, français, venu de terres colonisés, coure et coure encore. Infatigable, inusable, intraitable. S’étonnant presque d’être là, à l’entrée du stade olympique, le premier, le seul. Encore quelques mètres à parcourir.

Sépia le moment de flancher

Le dessinateur et auteur Nicolas Debon, nous offre un roman graphique d’une grande beauté. Tant dans la forme que dans le fond. La couleur sépia, utilisée tout au long de l’ouvrage, vient nous baigner dans ces temps lointains. Le texte est épuré. Inutile d’en rajouter. Le dessin, parfois, vaut mille mots. Bien sûr, on connaît la fin de la course. Du moins celles et ceux qui suivent l’histoire des jeux. On sait à qui sont destinés les lauriers. Mais le scénariste nous tient en haleine, jusqu’à la dernière bulle.

Comme Fabrice Colin avant lui, Nicolas Debon a eu la très bonne idée de remettre au-devant de la scène olympique, cet attachant personnage. “Marathon” se lit comme on ouvre un album photo, oublié, depuis des années, dans un tiroir. En le feuilletant, on a plaisir à se souvenir, qu’un jour d’août 1928, un homme fragile, délicat, menu, porta hautes les couleurs du drapeau français. Il faudra attendre 1956, pour qu’un autre homme fragile, délicat, menu, vienne remporter, à son tour, un marathon olympique. Alain Mimoum était son nom. Il serait tant, pour lui aussi, d’en faire un véritable… dessein.

 

Marathon “Marathon”

Nicolas Debon

Éditions Dargaud

 

 

 

Chamonix Film Festival

Chamonix Film Festival

À celles et ceux qui découvrent, par hasard, ce blog. Je rappelle qu’il est un regard passionné sur les liens, les ponts, les passerelles qui lient la thématique du sport à celle de la culture. Certes, la littérature sportive, genre à part entière (je vous l’assure !) prend beaucoup de place. Mais, j’aime à évoquer, aussi, le cinéma et le sport. Et je me promets, bientôt, de parler d’art et de sport.
Lâchons un peu nos livres (quoique !) et prenons de la hauteur. Voici un nouveau rendez-vous lancé cette semaine. Il s’agit de la première édition du Chamonix Film Festival.

Chamonix capitale mondiale de l’alpinisme

Reconnu mondialement, accueillant en son sein le Mont des Monts européens : Le Mont-Blanc, Chamonix vit de ses montagnes. D’ailleurs, le point culminant de la commune est de 4 809 m. Alors, comment s’étonner que le premier coup de piolet soit porté ici.

Ce festival qui a débuté ce mercredi se poursuivra jusqu’au 13 juin. Les protocoles sanitaires allégés, nul doute que de nombreux curieux, alpinistes chevronnés ou amateurs, réalisateurs, producteurs, journalistes, simples festivaliers, devraient se délecter du programme de cette première édition pleine de promesses.

Une histoire de famille

Comme dans tout évènement, il faut l’étincelle qui fait naître les grands projets, les belles aventures. Ici, c’est une histoire de père et de fille. Le papa est Christophe Raylat. Un homme au mille vies : rédacteur en chef de Montagne Magazine ou de Trek Magazine. Éditeur, réalisateur de documentaire. La passion pour la montagne, la nature, s’est vite transmise à la génération suivante.

Morgane Raylat vit à Chamonix depuis 10 ans et est bien placée pour évoquer cette région. Elle travaille au développement de la communication numérique (social media, brand content, identité de marque) au sein de l’Office de Tourisme de la vallée de Chamonix.

Chevilles ouvrières du projet, ils n’en sont pas les seuls organisateurs. Fourmille de nombreux bénévoles, actifs et attentifs à la réussite de ce festival.

Demander le programme

Il est riche, varié, très éclectique pour une première cordée. 14 films internationaux en compétition, dont une réalisation Suisse : “Swissway to heaven de Guillaume Broust. On citera aussi : “Julia”, “Anapurna 1950”, “Everest” et bien d’autres.
En parallèle, des conférences, des dédicaces, des ateliers photos et vidéos, des apéros-rencontre. Et un hommage à René Vernadet, grand réalisateur de films de montagne.

Et cerise sur le gâteau, le parrain du festival n’est autre que Sylvain Tesson. Aventurier, auteur, poète, marcheur… amoureux des mots et des Hommes. À noter, dans le jury, la journaliste et autrice de talent, Virginie Troussier. Nous avions évoqué dernièrement son superbe livre : “au milieu de l’été, un invincible hiver”.

À n’en pas douter, un événement qui vient sublimer les hommes, la montagne, l’aventure, les grands paysages. Laissez-vous guider :

 

Sachez que vous avez la possibilité de suivre cet événement en streaming.

Il est toujours émouvant de lancer une première édition d’un festival. Je l’ai vécu avec l’organisation du Festival Lettres et Images du Sport à Bressuire. Je souhaite à toute l’équipe une grande réussite à ce nouveau rendez-vous dont je suis sûr nous reparlerons ici.

Pour aller plus loin :
Instagram du festival
Page Facebook du festival

 

Federer un mythe contemporain

Federer le mythe contemporain

Mythe : récit mettant en scène des êtres surnaturels

À pas de velours.
Quand on évoque, ici, avec Le Temps, Roger Federer, le costume d’apparat est de rigueur. C’est que, sur la place, s’érige la statue du Commandeur. Elle veille sur tous les cantons. Vous n’entendrez point de mouches voler, dire du mal du gentleman. En ces terres helvétiques, comme au-delà des frontières, d’ailleurs.
L’homme affole les compteurs. Mais le réduire à des statistiques, c’est lui faire déshonneur. L’enfant de la Bâle est devenu un mythe. Deux hommes éperdus, se sont attelés à comprendre pourquoi et comment.

Une déclaration d’amour

Charles Haroche et Frédéric Vallois sont érudits. Ils ont le verbe et la plume. Deux armes de séduction massive qu’ils mettent à bon profit dans un ouvrage particulièrement passionnant. Comprendre le mythe Roger Federer est une vaste odyssée. Il fallait bien être deux pour mener le bateau à bon port. Ils ont tout lu, tout vu, tout entendu. Ils en sont revenus, comme ils disent, avec un “essai amoureux”. C’est joliment dit. C’est joliment vrai.

Le récit bardé de références, essaye de comprendre comment un homme, bien né (je veux dire par là, doué pour ce jeu), devient en quelques années un dieu vivant. À moins que ce ne soit l’inverse. Un Dieu, s’ennuyant aux confins de l’Olympe, a décidé, de prendre du bon temps, en passant quelque temps sur Terre. Et il décida de s’appeler Roger Federer.

Si vous cherchez une biographie, passez votre chemin. Fuyez bonnes gens. Ce livre est avant tout, une déclaration d’amour. Celle que l’on proclame le soir venu, au bas des balcons. Dans laquelle vous laissez corps, âmes et un cœur dépecé.

Pour mieux comprendre ce qui pousse deux mortels à passer une année de confinement, à réfléchir sur le sujet, nous leur avons demandé de répondre à quelques questions, à la volée. Merci à eux.

 

Interview des auteurs Charles Haroche et Frédéric Vallois :

 

  • C’est une écriture à quatre mains. Comment avez-vous appréhendé de jouer en double ? Vous êtes-vous partagé les tâches ? Comment s’est construit l’écriture ?

Charles : Nous avons abordé la construction du livre à la manière d’un journaliste et d’un écrivain. Dans un premier temps, nous avons fait un grand travail de recherche (entretiens, lectures, travail documentaire). À partir de ce travail, nous nous sommes livrés à un travail d’analyse et presque d’introspection : en nous rattachant aux grands mythes, nous avons essayé de comprendre d’où provenait notre propre fascination pour le joueur. Notre ambition était vraiment de réussir à mettre les mots justes pour décrire le parcours du joueur, mais aussi sa relation avec le public.

Frédéric : En fait, nous avons pensé ce livre comme un vrai double au tennis : en jouant à deux sans frapper la balle au même moment ! Parce qu’il aurait été trop long d’écrire vraiment à quatre mains, nous nous sommes réparti les chapitres selon nos affinités et domaines de prédilection. Ensuite, il a fallu se relire, lisser le style, enrichir le texte, éviter les redites… Nos relectures croisées ont beaucoup aidé à améliorer le manuscrit. C’est une belle expérience d’écriture partagée.

  • J’aime beaucoup le terme, dans la 4ᵉ de couverture : “un essai amoureux”. Quelle “relation” entretenez-vous avec le joueur ? Vous lisez, regardez, tout ce qui se dit sur lui ? Vous collectionnez les posters ? Vous vous déplacez à l’autre bout du monde pour le voir jouer ? Vous en rêvez ?

Charles : Je ne pense pas avoir eu dans mon enfance de fascination comparable pour un joueur dans d’autres disciplines (même si comme tout français, j’ai eu mon poster de Zidane !). C’est à partir de la finale de Wimbledon 2008, pourtant perdue, que je suis devenu un véritable Federolâtre. J’achète régulièrement les tenues de Federer (mais aussi les balles dédicacées). Chaque matin, je tape « Federer » sur Google Actualités comme un premier réflexe. J’ai même trahi mon propre pays lors de la finale de la Coupe Davis en 2014 en supportant le suisse devant des Français médusés (même si je n’étais pas le seul dans ce cas !). Et il m’arrive encore de déplacer des rendez-vous – comme lors du tournoi de Doha en 2021 – simplement pour être sûr de pouvoir regarder ses matchs.

Frédéric : Ce livre est né d’une double passion commune : l’écriture et Roger Federer. D’où le terme « d’essai amoureux », qui donne au livre une dimension analytique (autour du concept de « mythe ») sans rien renier de son parti pris federolâtre. Comme Charles, je me documente beaucoup sur lui, achète certaines de ses tenues (même si je préfère l’époque Nike) et collectionne quelques « unes » de journaux marquantes. Mais le voir jouer en vrai, ce qui ne m’est arrivé que trois fois (à Lille en finale de Coupe Davis, à Bercy et aux Masters de Londres), a été l’expérience ultime. Son tennis s’admire à l’infini. De là en rêver, non… Sauf peut-être pendant l’écriture du livre !

  • Quelle est la question que vous oseriez ou rêveriez de poser à Roger Federer ?

Charles : On a envie de comprendre « à hauteur d’homme » ce qui se passe dans la tête d’un jeune joueur de 19 ans lorsque l’on s’apprête à battre Pete Sampras ? Est-ce que l’on est pris d’un vertige les jours suivants ?

Frédéric : J’aimerais beaucoup lui poser une question sur son rapport à la notoriété. A-t-il pleinement conscience de ce qu’il représente ? Comment vit-il avec et comment le gère-t-il au quotidien ? Être admiré aux quatre coins du globe doit être flatteur et en même temps très pesant…

  • Vous devez tout quitter pour vous rendre sur une île déserte. Vous n’emporterez rien d’autre que votre plus belle émotion sportive. Quelle serait-elle (pas forcément en lien avec Mr Federer) ?

Charles : Évidemment, on serait tenté de garder une victoire. Clairement, je pense qu’aucun match ne m’a produit autant d’émotions que la finale de l’Open d’Australie en 2017. Tout d’abord parce qu’elle semble inespérée : personne n’imaginait Federer et Nadal revenir en finale treize ans après leur première confrontation. Si les quatre premiers sets donnent une impression étrange où les deux joueurs ne parviennent pas bien jouer en même temps, le dernier est d’une intensité dramatique incroyable. Je pense avoir vu le cinquième set au moins cinquante fois (avec les commentaires français, anglais, même suisse allemand !). Et puis, après avoir serré la main de l’arbitre, il a cette célébration incroyable où il s’agenouille devant le filet. Quasi-chevaleresque ! Mais après, on a aussi envie de garder un geste (le slice de revers, sans doute le plus beau du circuit) ou même une défaite (les larmes de l’Open d’Australie 2009 par exemple).

Frédéric : Comme Charles et sans hésiter, la finale de l’Open d’Australie 2017. Il y avait tout dans ce match : le retour après six mois de blessure, les retrouvailles avec Rafael Nadal, les rebondissements, la remontée au 5ᵉ set, cet échange de 26 coups et la victoire au bout… L’Open d’Australie 2017 est un peu le miroir inversé de Wimbledon 2008. Que d’émotions !

Un grand merci à tous les deux, de vous être prêtés au jeu. Dans l’espoir que nos routes se croiseront, ici ou ailleurs. Pour la beauté du geste, pour Roger Federer.

Dans Le Matin en 2007, le Maître confie : “Mon travail est de bien jouer au tennis, à vous de trouver les mots qui conviennent”. Frederic Vallois et Charles Haroche, les ont trouvé, je crois.

Federer un mythe contemporain“Federer, un mythe contemporain”
Charles Haroche/Frédéric Vallois

Editions Solar

Les vrais maîtres du jeu

Les (vrais) maîtres du jeu – Vincent Duluc

Une parenthèse vient mesurer le propos. Il ne faudrait pas froisser les finisseurs. Les vendeurs de maillot. “Les (vrais) maîtres du jeu”, est le nouvel ouvrage de Vincent Duluc.
Le journaliste de l’Équipe revient au ballon rond, après un ouvrage passionnant, sur le couple iconique : Clark Gable et Carole Lombard. “Carole et Clark”. Sorti, cette année, chez Stock.
Docteur ès littératures sportive, Vincent Duluc poursuit son œuvre. Il nous faudrait reconstruire la bibliothèque d’Alexandrie, pour y ranger tous ces ouvrages. Vincent Duluc aime la beauté du geste. Mais sans doute plus encore, ceux qui en sont les créateurs, les initiateurs, les bâtisseurs.

La terre du milieu

Ses (vrais) maîtres du jeu, qui sont-ils ? Des besogneux. Des taiseux, des laboureurs. Des récupérateurs. Ils sont infatigables. Ils ont l’art et la manière du sacrifice. “Vous ne passerez pas !” Et, souvent, les joueurs ne passent pas. Ou alors, esquintés, abîmés, exténués harassés… Sur leur ligne Maginot, vous ne les contournerez pas ! Avec eux, le Blitzkrieg ne marche pas.

À cet endroit du terrain, entre ciel et terre, on ne tergiverse pas. On fait des ordonnances et des sévères. On éparpille façon puzzle, aux quatre coins du rectangle vert. Mais les réduire à de simples travailleurs serait mal les connaître. Ils dirigent, ils observent, ils commandent. Ils battent la mesure. Ils décident du rythme. Ils sont à la baguette, au four et au moulin, ils sont chefs d’orchestre.

Comme le précise la plume de l’Équipe, ce n’est pas rien, si, une fois le maillot remisé aux vestiaires, les voici en marchent vers l’ordination sacerdotale. Ils deviennent entraîneurs. Ils n’ont pas peur de la fonction et de tout ce qu’elle implique. Ils savent ce qu’endurer veut dire. Ils ont déjà eu le sang et la sueur. Pour les larmes, elles seront souvent de bonheur.

Dans ce livre, Vincent Duluc leur rend hommage. Au milieu, coule une rivière, de noms : Pirlo, Deschamp, Kanté, Viera, Iniesta, Clodoaldo… Ils ont porté aux nues les Platini, Messi, Ronaldo, Neymar et autre Mbappé.

Vincent Duluc, auteur virussé

À l’image de ces joueurs du milieu, Vincent Duluc est un infatigable. Même la Covid-19, (qui lui a valu de ne passer pas très loin), n’a pu éteindre le feu de l’écriture qui couve en lui. C’est un écrivain prolifique et insatiable.
Nous avions déjà évoqué ici “Kornelia”. Qui valut, à l’auteur, la couverture du Monde des Livres. La littérature sportive en est sortie grandit. Ce n’était pas pour nous déplaire.

Je voudrais être une petite souris. Attendre que la maison Duluc soit endormie et passer dans le bureau du maître. Curieux d’y découvrir quelques esquisses. Il est fort à parier qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, d’autres s’écrivent. Des pages blanches sont noircies. Il me tarde déjà.

En attendant, lisez “les (vrais) maîtres du jeu”. Un livre pour appréhender le football. Mieux le comprendre et le saisir. Pour rentrer, aussi, dans le bureau des légendes. Heureux qui comme Vincent Duluc a (encore) fait un bel ouvrage.

 

Les vrais maîtres du jeu Vincent DulucLes (vrais) maîtres du jeu
Vincent Duluc
Editions Solar