Chers “éclaireurs”,

quelle belle initiative d’inscrire au fronton de l’Apollo sporting club à Paris, la thématique suivante : “la culture et le sport : je t’aime moi non plus ?”. Quelle bonne idée de convoquer quelques jolies plumes du moment pour en débattre (voir ci-dessous). Avec, comme fantaisie, l’installation de tous ce petit monde à l’intérieur d’un ring. Coup de maître, tant la réalisation technique s’est régalée à filmer, entre les cordes.
Que l’on se rassure, lors de ce débat (initié par les centres culturels Leclerc), les gants de boxe ne furent pas de sorties. Pas de coups en dessous de la ceinture non plus, pas de crochets, d’uppercuts. Les murs, à la peinture encore fraîche, de l’Apollo, resteront blancs, le sang des gladiateurs ne coulera pas ici, pas maintenant.
Alors “la culture et le sport : je t’aime moi non plus ?”.
S’il est difficile de répondre à cette question en 1heure et demie d’émission, même si l’on s’est écarté, parfois de l’interrogation “Gainsbouriene”, il n’en est pas moins que les interventions des uns et des autres furent d’une grande richesse (évidemment dû à la qualité des protagonistes).
Bien sûr le constat est accablant. Choisis ton camp camarade. Soulève de la fonte dans les salles surchauffées à la testostérone ou, dans un bureau poussiéreux de littérature d’un autre âge, lis et relis les œuvres de la Pléiade. Mais à coup sûr, tu ne peux être les deux. Guillaume Martin, cycliste professionnel et master de philosophie en bandoulière, est l’exception qui confirme la règle et s’en émeut : “je suis un peu triste que ces deux univers-là ne se parlent pas, je montre que l’on peut faire les deux”.
Eh oui, un auteur de livres de sport n’est pas invité chez François Busnel. Comme le précise, l’animateur de cette émission, Frédéric Taddeï : “c’est vu comme de la culture au rabais” et Jean-Philippe Bouchard, éditeur de son état, de nous porter le coup de grâce : “on ne fera pas avancer la littérature avec ça”. C’est évident, mais le Prix Goncourt non plus.
Mais comme souvent, il y a des motifs d’espoir. Kris, scénariste de BD parle “d’écrire, avant tout, pour retrouver une émotion” et comme il le fait si bien, pour la partager, aussi.
Et par ce qu’en ce bas monde, rien n’est perdu, “Moi je pense que ça donne une ouverture à la jeunesse, la littérature sportive revient en avant”, Maria Ribeiro Tavarès (spécialiste du saut à la perche) nous met en joie.
Le mot de la fin, et qui résume très bien ce que l’on défend, ici, sur ce blog, est pour Arnaud Jamin, programmateur à “L’oeil du tigre” sur France Inter : “on est en train de donner des bonnes nouvelles, l’invention d’un genre, l’invention d’un genre culturel : la littérature sportive”.
Tout est dit ! Le Combat continue !
Sébastien Beaujault

Les intervenants :
– Arnaud Jamin : auteur du livre “le caprice Hingins” chez Salto
– Kris : scénariste de BD historicosportive “Un maillot pour l’Algérie” “Violette Morris
– Jean-Philippe Bouchard : éditeur chez Solar éditions et auteur
– Guillaume Martin : auteur du livre “Socrate à vélo”
– Maria Ribeiro Tavarès : spécialiste du saut à la perche
– Sylvain Coher : auteur du livre “Vaincre à Rome”

Pour réécouter l’émission “les éclaireurs” en intégralité

Chère Marie-Amélie Le Fur,

je ne vous connais pas, mais il y a bien un mot qui ne doit pas être écrit dans votre dictionnaire amoureux de la vie c’est “résignation”. Avec ses synonymes “fatalisme”, “abandon”, “renoncement” vous avez placé, le tout, dans un sac, bien ficelé, pour qu’ils ne s’en échappent pas et vous avez jeté l’objet dans un puits sans fond.
De toute évidence, vous avez le don de rebondir, quoi qu’il arrive.
Je ne dirais pas “autobiographie”, je n’aime pas ce terme, je lui préfère “tranche de vie”. Et pour vous, quelle vie ! Les fées qui se sont penchées sur votre berceau devaient être de vieilles peaux, édentées se morfondant dans des bars à ennuis. Qu’elles soient bannies à tout jamais. Mais ce n’est pas très grave, l’essentiel est ailleurs.
Ce livre est écrit avec le cœur, la plume trempée dans les fêlures, putain de voiture ! Il est plaie et blessure. Bonjour tristesse ? Non, pas le genre de la maison. Même diminuée, dans votre propre chair, vous vous tenez debout. Mieux, vous courez. Vous courez, entre les lignes, de tour de piste en tour de piste, il vous arrive même de voler, oui de voler.
Ici pas de fioritures, d’artifices, c’est limpide, clair. C’est écrit au caractère. Et vous n’en manquez pas. Vous regardez le verre à moitié plein. L’espoir a horreur du vide.
Oui, chère Marie-Amélie, nous le comprenons très bien à vous lire, qu’une sportive de haut niveau, valide ou non, c’est du pareil au même. C’est “du sang, du labeur, des larmes, de la sueur”. Les médailles autour du cou, chez vous teintées d’or, ne se gagnent pas sans souffrance, ni sacrifices. Les médailles autour du cou, ont aussi le goût de l’absence et de l’éloignement. Des heures éveillées à penser à l’autre, si loin. On dort très mal dans les chambres d’appel. Mais les médailles autour du cou sont aussi là pour nous rappeler que vous avez été jusqu’au bout.
Poser des mots, écrire sa vie, ce n’est pas évident, c’est de l’intime évidemment. C’est évoquer les siens. Ces “bienveillants” qui vous soutiennent et qui vous aiment. Celles et ceux que l’on croise, en tribune, à Rio, Doha, Christchurch…celles et ceux que vous cherchez du regard avant le coup de feu.
A vous suivre, on apprend que les défaites, les désillusions ne sont que des planches d’appel pour décrocher la lune et pour vous, les étoiles.
Merci, aussi, d’avoir convié dans vos pages, Haile Gebreselassie et Hicham El Gerrouj. Ils ont construit mon émotion sportive. Ils sont champions olympiques, tiens, vous aussi.
Chère Marie-Amélie, ce livre est évidemment, un livre d’espoir. Soyez fière du parcours accompli. Ne vous retournez pas trop tôt, un jour il sera temps, mais pas maintenant. Car l’année prochaine, de toute évidence, je suivrai vos pas…japonais. Il sera temps, alors de rajouter un nouveau chapitre (et une nouvelle médaille ?) à : “fais de ta vie un rêve”.
Sébastien Beaujault

“Fais de ta vie un rêve”
Marie-Amélie Le Fur
Plume d’éléphant éditions

Cher Pierre Carrey,

c’est le reflet de ma vie, j’existe à contre-temps. Et le pire, c’est que je ne le fais pas exprès.
J’aurais sans doute dû sortir cette chronique, début mai, pour coller à l’actualité cycliste. Mais me voici, en ce début d’automne, loin de la dernière édition du Tour d’Italie, à lire “Giro” (je vous entends me dire, de là où vous êtes, avec votre bienveillance habituelle à mon égard, que je suis, aussi, en avance sur le prochain !). Ce n’est pas faux !
Qu’importe, la saison se prête allègrement à la lecture et les feuilles comme les vélos se ramassent à l’appel de cet octobre…rose !
A vous lire, cette compétition, c’est un roc, c’est un cap, que dis-je, c’est un cap, c’est une péninsule !
Où l’on érige des statues en haut des Dolomites à ceux qui les ont vaincues. Où se trame pléthore de complots, de compromis, d’alliances en tous genres. Où la roublardise est devenue un sport national. Où l’on jette des fioles dans les buissons, qui deviendront ardents. Où, sans opiniâtretés, sans mollets, sans don de soi, on ne gagne pas, ici.
Où la ferveur de la course a fait sortir, par milliers, des oratori italiennes, des passionnés, venus, sur les routes défoncées, boueuses, neigeuses, encourager, accompagner (pousser ?) leurs “Campionisimmo”.
Où l’on se chuchote, à l’heure des sermons, sur les bancs en bois des églises, les échappées de la veille, les exploits de demain. Écoutez le confessionnal, vous entendrez parler vélo, vous entendrez parler Giro. Les papes en sont venus à douter d’eux-mêmes, car les Dieux, ici, se nomment Bartali, Coppi, Girardengo ou Binda.
Où l’on a entendu le bruit des bottes et vu les chemises noires sur le bord des routes. Le Tour d’Italie en fut brisé, outragé, martyrisé, mais le Tour d’Italie s’est libéré, relevé et s’est enchanté des assauts de Gaul.
Où l’on envoie aux quintuples : Merckx, Binda et Coppi. Où flottent aussi, aux vents tourmentés, sur les fanions et pour l’éternité, les noms de Fignon, Hindurain, Anquetil, Nibali, Pantani, Hinault…
Ce livre est en fait, une commode à tiroirs que l’on ouvre et referme avec délectation. On en ressort mille et une histoire du Tour d’Italie, éparpillées façon puzzle. Je ne les retiendrais pas toutes en mémoire, qu’importe, que la sensation est douce.
Sachez, cher Pierre, que vous êtes un narrateur, que dis-je un narrateur, vous êtes un conteur ! Vous nous invitez à la veillée. L’on entendrait presque le crépitement du bois qui se consume dans la cheminée et qui réchauffe les âmes et les cœurs aux hivers ruraux et rigoureux d’antan.
Il nous faut à présent, installer ce meuble à tiroirs, cette commode à histoires, dans le salon. Et l’habiller, tendrement, en ce mois d’octobre, d’un joli bouquet…de roses.
Sébastien Beaujault

Cher Marin Ledun,

il est nul doute, que vous maitrisez l’art de nous faire vaciller. De nous mettre en sueur, en déshydratation. Vous avez le talent de nous phagocyter la voûte plantaire. De nous réduire à moitié d’hommes. De disperser nos neurones façon puzzle.
Ici, votre héroïne, Vera, porte les stigmates d’une déchéance sportive. Une radiation pour dopage. 8 ans à attendre aux portes de l’Enfer, dans l’Élysée (lieu où les âmes vertueuses attendent une réincarnation). Et donc vient le temps de la  rémission.
La piste en élastomère pour décorum. 24 heures pour se racheter, pour se venger, pour gagner. Pour aller chercher l’Ibérique Michele Colnago, l’éternelle rivale.
Vous nous emportez dans une discipline sportive méconnue car bien trop exigeante. Elle inflige à celles et ceux qui la choisissent des souffrances à la limite du supportable. Ces circadiens (comme on les nomme), ces forçats de la course à pied, peuple solitaire dans l’effort, tournent en rond, des heures et des heures car le temps leur aient compté.
Je sais, un peu, de ce monde-là. J’ai, dans un cercle des connaissances, un toujours recordman de France des 24 heures sur route depuis 1999 : Alain Prual. Je sais, un peu, ce qu’il a fallu endurer pour en arriver là.
Cher Marin Ledun, je pense que, déjà, nous ne sommes pas nés pour cela. Je veux dire, courir autant, courir au temps. Et comme cela ne suffisait pas, dans ce court roman (70 pages), vous rajoutez de la souffrance à la douleur. Vous êtes donc sans pitié. Sous votre imagination sans limite, rien ne leur sera épargné, ni à l’une, ni à l’autre. Sur la piste bien entendu, mais aussi aux abords des mains courantes, dans les lieux les plus intimes…la sueur, la peur, l’incompréhensible, l’injustice…tout, nous tient en haleine.
Et l’on finit le livre, harassé, à chercher un second souffle. Le regard troublé, les muscles hurlant à la mort, notre esprit déstructuré…
Il est donc vrai, aucune bête ne mérite cela.
A leurs corps défendant
Sébastien Beaujault

“Aucune bête”
Marin Ledun
Les éditions In8

 

Cher Grégory Nicolas,

que la vie est douce à l’ombre des grands arbres. Des tilleuls ? L’on peut s’y retrouver avec les très proches, pour partager un excellent Morgon. Le temps est à la discussion. Autour du vin, du vélo, des hommes et…des équipiers.
Ces docteurs ès labeur, ces travailleurs. Ils sont vingt et cent, ils sont des milliers. Ils sont sans fleurs ni couronnes. Sans baisers à l’arrivée, sans Miss beauté à leurs côtés. Sans podiums, sans trophées sur la cheminée. Sans palmarès, sans lignes dans les livres d’histoire du cyclisme.
Qu’importe, ils sont invisiblement vivants. Invisiblement présents. Pour la plupart, ils sont et ont voulu, en toute conscience, être serviteur. Comme un sacerdoce. L’ombre et l’anonymat comme habits de Chœur. Pour le commun des spectateurs, les équipiers sont des prises accessoires.
Au fil des pages, vous entrez en intimité chez ses sans grades. Vous avez voulu écrire un livre sur le vélo, sans doute. Il en ressort, je pense, bien plus. Un livre sur l’amitié. Sur ses liens forts qui les unis. Sur la persévérance et le dépouillement des corps et des âmes. Sur le don De soi.
Sachez que votre écrit est universel. Je veux dire en cela que nous avons tous quelque part, à l’ombre d’un arbre généalogique, un Père Boshat. Un Louison Bobet qui rentre, dans l’estaminet et salue la compagnie.
Nous avons tous, croisé, sur un terrain de jeu, un Perrig Quéméneur, que l’on a honni et avec qui, quelques années plus tard, l’on se lie. Un Pierre Roland qui convole en juste noce avec une cousine. Pas peu fier que nous sommes, d’avoir un héros sportif dans la famille. On n’a pas très loin, un exemplaire et rassurant, Axel Domont.
Et puis un livre ne serait pas à conseiller, s’il n’y avait pas à l’intérieur, des instants à vous arracher les viscères. Clément Chevrier, devenu fil de fer. Plus léger que l’air. Vouloir voler, ne pas pédaler, voler dans les montées. Au risque et péril d’un corps décharné. Témoignage troublant. Sujet tabou ?
A force d’opiniâtreté, de volonté, vous vous surprenez à suivre l’équipe de France aux championnats du monde. Pas derrière les mains courantes, pas dans les salles de presse, non au saut du lit. Vous côtoyez les meilleurs. Ceux dont on a tellement parlé cet été. Et par là-même, vous rencontrez la statue du commandeur. Légendes vivantes du vélo. Gardien du dogme et des idées : Cyrille Guimard. A vous lire, sans doute pas l’homme que l’on imagine. Sans doute tendre et touchant.
Cher Grégory Nicolas, sachez qu’un jour, il nous faudra nous retrouver, à l’ombre des grands arbres, un tilleul ? A déguster un sublime Morgon. Vous me parlerez de vin, de l’art, les lendemains de cuite, d’un cafetier corse qui hait les Bretons, du départ de Waddle de Marseille et surtout…des équipiers.
Sébastien Beaujault

“Équipiers”
Grégory Nicolas
Hugo sport

Cher Olivier Haralambon,

Je vous hais, je vous déteste, je vous honnis ! Je n’ai qu’un seul souhait, en refermant “mes coureurs imaginaires”, c’est de vous écarteler, place de Grève, avec des chevaux de trait à qui je commanderais de ne pas aller trop vite.
De piètre blogueur littéraire, porté aux nues par quelques compliments bienveillants, j’ai rêvé, à mon tour, de passer de l’autre côté de la barrière et de me mettre à l’écriture et… je vous ai lu !
Comment ai-je pu, ne serais-ce qu’un instant, fantasmer sur la sortie d’un ouvrage quand il y a, dans un coin de ma table de chevet, un livre d’Oliver Haralambon ? Je vais de ce pas me flageller de ses pensées obscènes.
Eric Naulleau a raison quand il dit : “Je donnerais cher pour avoir écrit ne serait-ce qu’une phrase de « Mes coureurs imaginaires »”  . Et puis, après tout, je suis bien trop feignant et désormais trop vieux, pour écrire plus qu’un article sur un blog.
Cher Olivier, comme votre précédent ouvrage “le coureur et son ombre”, nous voici transpercés d’une plume trempée dans un encrier d’érudition. Je vous rassure, le supplice est très largement supportable et je le conseille à tous.
Dans “mes coureurs imaginaires”, ils sont 12 à votre table des matières. Apôtres de l’effort et de la bicyclette. Hommes, femmes, jeunes, vieux, glorieux ou besogneux. Bien sûr, certains se reconnaîtront.
Vous avez ce talent, une nouvelle fois, de nous inviter aux fonds des âmes. Vous nous plongez dans l’intime de ces esthètes de la pédale. Je veux dire en cela que nous éprouvons réellement, à la lecture, ce que ressente psychologiquement, physiologiquement ces coureurs ou anciens coureurs. Et dans la descente, vive et enivrante, l’empathie pour ces coureurs imaginaires nous envahis.
Qu’ils soient cloués à leur fauteuil, vissés à leur monture, au point de rupture…ils sont beaux à lire, le “prodige”, le “Jésus jardinier”, “l’impeccable”, “le confisqué”. Ils sont vos “coureurs imaginaires”, ils en deviennent les nôtres.
Cher Olivier, vous glorifiez la littérature sportive. Celle qu’on aime, qui nous submerge, qui nous emporte comme un tsunami. Vous lire c’est ouvrir un espace-temps littéraire. C’est un moment de lévitation littéraire.
Permettez-moi de convoquer et de détourner, quelque peu, le philosophe Bernard Andrieu. Avant de vous lire, nous sommes “le corps vivant (corps en acte sans perception)”. A vous lire nous devenons “Le corps vécu (le corps percevant des sensations)” et vous, vous êtes “Le corps décrit (le corps pouvant mettre en mots ses sensations)”.
Quand on termine votre ouvrage, il n’y a pas de doute permis, l’on se sent plus léger, plus intelligent aussi. Oui plus intelligent. Mais cela ne dure…qu’un instant.
Alors revenez nous vite !
Sébastien Beaujault

“Mes coureurs imaginaires”
Olivier Haralambon
Premier Parallèle

Chère Delphine Gleize,

après avoir évoqué, ici, le film de Anne-Flore Marxer, me vient l’envie soudaine de parler de votre “Beau joueur”, film consacré à la saison dantesque de l’Aviron Bayonnais en 2016/2017 et que j’ai eu la chance de visionner pour la prochaine édition du Festival Lettres et Images du sport à Bressuire.
Vous faîtes du stade et des abords de Jean-Dauger le théâtre, l’arène, le Colisée. Et les gladiateurs sont à la fête. Ils viennent de rejoindre l’Olympe du rugby : le Top14. Ils vont vite déchanter !
De matchs en matchs, de défaites en défaites, de raclées en raclées comme autant d’écartèlements, de supplices, de tortures…votre  caméra est témoin d’une désillusion collective.
Nous sommes là, dans une dramaturgie grecque. Et son lot de légende et de mythe.
Et ici, l’entraîneur, Vincent Echeto est Sisyphe. Fils d’Eole et d’Enarété. Vexé, Zeus le condamna à faire rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un rocher qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet.
Vincent Echeto est Sisyphe. Porté par une indéniable foi en son équipe, en ses proches. Perpétuellement  à la recherche du déclic, du bon mot, de la bonne causerie qui fera transcender les hommes. Il les porte à bout de bras pour la faire gravir, la colline. Mais le groupe retombe chaque week-end, encore et encore.
Vincent Echeto est Sisyphe, il tentera, encore et encore de faire remonter les siens en haut de cette foutue montagne. Que les Dieux soient maudis !
Vous ne vous embarrassez pas d’images de sport, à quoi bon. Vous filmez au scalpel. Vous ouvrez les cœurs et les tripes de ces hommes. On y découvre ce que l’on était venu chercher : dans l’adversité, on apprend le courage et l’opiniâtreté. Nous nous attachons à cette bouée de sauvetage qu’est l’espérance. Tomber et retomber encore, la belle affaire. Mais se relever et se relever encore, est une grande preuve de bravoure, voici ce j’ai vu et qui dois m’animer.
Enfin un film qui porte aux nues les défaites, les perdants, les losers, les humiliés, les cabossés, les moins que rien, les oubliés…
“Arrêter, désormais, de me gonfler mes vieilles roubignoles” (j’adore cette phrase de Brel dans “les flamingants”), avec l’expression : “il n’y a que la victoire qui est belle” !!! Non, les défaites, aussi, sont belles, majestueuses, grandioses, épiques, “Beau joueur” en est la preuve en terre d’ovalie.
Chère Delphine Gleize, merci. J’en sors grandi. Et sachez que l’année prochaine, je ne regarderai pas le haut du classement général, mais le bas. Car c’est bien là que coule le sang des hommes.
Sébastien Beaujault

P.S. : Et tiens, cette saison, l’Aviron Bayonnais revient en Top 14, comme en 2016/2017, auréolé d’une montée sur l’Olympe du rugby : le Top 14.
Serez-vous là ?

A voir dans les salles obscures les amis :

“Beau Joueur”
Delphine Gleize
Balthazar Production

Chère Anne-Flore Marxer,

depuis que l’on m’a ouvert les portes du Temps, j’ai plaisir, ici, à libérer quelques correspondances au monde de la littérature sportive. Mais pour la première fois, je me permets, de faire un pas de côté. De poursuivre ma quête de l’émotion sportive autour, cette fois-ci, du film sportif.
Vous m’avez fait confiance en me laissant visionner “A shaped by women”, pour le festival Lettres et Images du sport à Bressuire (France), et je vous en remercie.
Vous nous proposez, ici, un récit de voyage dans un pays sublimé par ses paysages : l’Islande.
Cette terre de découverte, vous en faites le point de chute d’un road movie, en van, avec votre complice Aline Bock. Évidemment la caméra comme arme d’émotion massive.
Durant 52′, la pellicule déverse sourires, joie, vivre ensemble. Comme sur ses manteaux neigeux vierges de toute activité humaine, que vous prenez plaisir (et on vous comprend) à dévaler. Laissant derrière vous un sillon que les prochaines chutes de neige viendront recouvrir. On ne laisse pas de trace dans cet endroit-là. Il ne nous appartient pas.
Il y a des immensités, des kilomètres parcourus, des réveils face à face avec le sublime. Des tentes montées au sein du sublime. Des thés prit le matin au-dessus du sublime. Tout est sublime autour de vous. Je ne serais pas surpris que de cet endroit, les Dieux en ait fait un lieu de villégiature.
Et puis, Il y a des instants rares. Celles des rencontres provoquées, organisées ou pas. Il y a Kata, Heida, Vilborg, Cristina, Elisabet, Una…femmes libres comme le vent. Je crois, que la grâce des paysages font naître des ambitions à celles et ceux qui les habitent. Cet environnement comme force de proposition, d’action, de volonté, comme catalyseur d’énergie…et je pense que c’est cela, aussi, que vous êtes venus chercher.
Ce film est un grand bol d’air, rafraîchissant qui vient s’immiscer jusqu’au plus profond de nos cellules, pour atteindre le cœur et la raison. C’est aussi un voyage par procuration.
Et puis il y a vous, itinérante infatigable, dévoreuse d’espace, de liberté. Animer d’une passion qui brûle en vous, de l’énergie débordante qui transpire de tous les pores de votre peau. En quête perpétuelle, vous glissez sur le monde. Ne vous arrêtez pas, il y a tant à faire.
Chère Anne-Flore, Il me vient une idée, prendre femme et enfants, tout abandonner ici et partir là-bas. Se poser au bord d’un lac, regarder, regarder encore ce qu’il y a de plus beau, de plus fort et verser des larmes de joie…
La vie est belle, parfois.
Sébastien Beaujault

Et bonne nouvelle, le film passe sans doute, près de chez vous :
Sion 11 juin 18h30, Cinesion “Collectif Femmes Valais” – Link
Horgen 14 juin 21h45, Aula Alte Schule “die Mutmacher Eventreihe” – Link
Genève 15 juin 18h30, rue du Rhône 50 “Les Femmes de l’Industrie Sportive” – Link

et plus si affinités…

et pour les autres qu’ils veulent acheter le film : https://vimeo.com/ondemand/ALandShapedByWomen

Cher Vincent Clerc,

Heureux l’enfant d’Échirolles, fils de l’ovalie, gratteur de ses premiers ballons sous les couleurs du Fontanil-Cornillon. Heureux celui qui va plus loin, plus haut, parce qu’on a ce petit quelque chose, que d’autres n’ont pas.
Heureux celui qui rejoint les bleues et rouges du FC Grenoble Rugby.
Heureux celui qui foule la pelouse du stade Lesdiguières et qui met ses pas dans celui de son père.
Heureux l’insouciant, celui qui voit plus grand, ce jeune adulte qui entend au loin les sirènes du grand Toulouse.
Heureux celui qui sait tenter sa chance, celui qui provoque son destin qui n’écoute que son courage et son instinct.
Heureux celui qui marque ses premiers essais en rouge et noir. Celui qui s’obstine à regarder devant, à fixer l’en-but comme un ilot d’espérance, comme un espace de liberté qu’il faut atteindre, à tout prix, comme si la vie de l’équipe en dépendait.
Heureux celui qui, le long de la ligne de touche, joue les funambules et sait mieux que personne qu’éviter c’est avancer, que raffuter c’est espérer.
Heureux l’amour qui vient en passant…au milieu coule la Garonne.
Heureux les amis, les restaurants, les fêtes, les 3ème mi-temps.
Heureux celui qui soulève le bouclier de Brennus. Ils sont venus, ils sont tous là, sur la place du Capitole, heureux celui qui rend heureux.
Heureux les jours de gloire qui arrivent sous le maillot bleu, blanc, rouge. Heureux le temps des victoires en Équipe de France, des tournois remportés, des grands schelems glanés, des coupes du monde disputées.
Heureux celui qui revient de ses blessures, plus fort, plus déterminé, heureux celui qui n’abandonne jamais.
Heureux celui qui sait rebondir, heureux celui qui joue à Mayol. Heureux soit Mourad Boudjellal.
Heureux celui qui devient meilleur marqueur du Top 14 avec 101 essais à la clef.
Heureux les besogneux, les opiniâtres, les cœurs ouverts, les finisseurs, les plaqueurs.
Heureux ceux qui font lever les foules et les stades.
Heureux…le chasseur d’essais !
Heureux qui comme, Vincent Clerc, a eu une belle vie.
Et ce n’est que la première.
Sébastien Beaujault

Heureux ceux qui liront ce livre :
Vincent Clerc
Chasseur d’essais
Solar Editions

Cher Thibaud Leplat

il faut écrire vite, une fois le livre terminé, avant que le soufflé ne retombe. Il faut écrire, vite, avant que nous reposions un pied-à-terre. Que nous redevenions humain. Car il faut bien l’avouer, vous nous avez amené si haut, qu’il nous est arrivé de manquer d’air.
Nous sommes le 15 juillet 2018, la France ripaille, festoie, déverse dans les rues sa joie retrouvée d’un titre de champion du monde. La France oui, mais pas vous ! A une autre époque on vous aurait écartelé avec des chevaux de traie en place de Grève, pour ne pas, comme le veut la passion, communier de bonheur au coup de sifflet final.
Vous êtes, dîtes-vous, ce soir-là, mélancolique. Heureux, sans nul doute, vous êtes un passionné, mais mélancolique. La raison ? La MANIÈRE ! Il a manqué la MANIÈRE !
Alors que, incultes fervents supporters du ballon rond, nous nous satisfaisons d’une victoire, peut-importe le prix, vous venez nous interpeller, nous bousculer. L’important n’est pas de participer, ni de gagner, la belle affaire. L’important, l’essence même de ce sport est : LE BEAU JEU : “la passe n’est pas un acte politique mais un geste d’amour. C’est la caresse du football”. La pelouse est soyeuse et douce, le terrain est lumineux : “Ceux qui pensent que le but du football est de marquer des buts sont les mêmes qui pensent que le but de l’amour est de se reproduire. C’est faire de nous des animaux et très peu de cas, c’est certain, de l’érotisme de la rencontre amoureuse”.
Pour mieux expliciter vos propos, vous louez la philosophie “Le beau football doit être entendu comme faisant partie des beaux-arts”. Décidément la philosophie est un vecteur commun ces temps-ci : “Socrate à vélo” de Guillaume Martin.
Et Dieu dans tout ça ? “croire au football n’est pas un acte de science mais un acte de foi”. Je veux y croire.
Et sus aux détracteurs de ce sport, dans ce livre, vous leur répondez : “le football n’existe pas, il apparaît comme par magie !”. Vous leur assénez que “la matière du football n’est pas matériel, c’est l’imagination qui lui donne vie”. Tout cela me réjouit.
Comme un luthier, vous avez placé, en moi, délicatement, l’âme du violon. Ce léger morceau d’épicéa que l’on introduit avec la pointe aux âmes et qui cale dans l’instrument la table et le fond et chez moi le cœur et la passion.
Et au détour d’une page, une phrase, une phrase seulement, comme marquée au fer rouge, vient résumer à jamais mon rapport à ce sport : “le ressort principal du football n’est pas la joie qu’il procure, mais la tristesse qu’il suscite”. Qu’elle devienne ad vitam æternam, mon mantra.
Merci beaucoup Thibaud Leplat.
Sébastien Beaujault
P.S. : il faut que nous nous retrouvions un jour.

La magie du football
Thibaud Leplat
Éditions Marabout