Marathon

“Marathon” de Nicolas Debon

MarathonJe vous parle d’un temps que les moins de… je vous parle d’un temps que peu, encore vivants, ont parcouru. Trop jeune pour certains, sans doute juste né, pour les autres. 1928, l’Europe panse ses plaies. Ses cicatrices béantes de quatre années de guerre. Les souvenirs sont encore vivaces. Ils reviendront bientôt, comme un boomerang.

Mais en attendant que l’on accroche l’humanité à des crochets de boucher, Amsterdam, accueille les neuvièmes Jeux olympiques de l’ère moderne. Si quelques nouveautés ont marqué ces Jeux, comme la participation, pour la première fois des femmes en athlétisme (Pierre De Coubertin en fut outré. Le Monsieur est un habitué de la chose). Ou encore la décision d’allumer, comme un symbole, la flamme olympique.

Ce qui viendra marquer l’épreuve, c’est la course éperdue dans l’une des disciplines phares des jeux. Sans doute la plus emblématique : le marathon. 42 km 195 d’exaltation.

L’invisible victorieux des jeux

Il y a peu de chance que vous lisiez le nom d’El Ouafi Boughéra dans les manuels d’histoire. Le monsieur est tombé dans l’oubli. Il y a bien, une ou deux rues qui portent son nom, en France. C’est le cas d’une des artères qui mènent au Stade de France. Les spectateurs qui l’empruntent savent-ils qui se cache derrière ce patronyme ? Non, bien entendu.

Des forges d’Hadès, dans les ateliers de chez Renault à Boulogne-Billancourt, l’inconnu coureur, rejoint les dieux de l’Olympe, le temps d’une course. Et puis de nouveau, l’obscurité, l’oubli. Qui s’en souvient encore ici ? Plus grand monde. Et pourtant sa vie est un roman. Que l’on peut retrouver dans le livre de Fabrice Colin – “le mirage El Ouafi”. Une fin tragique viendra sceller le sort du champion olympique.

Mais avant cela, le 5 août 1928, à Amsterdam. Un petit homme va damer le pion aux Finlandais (les favoris), aux Américains, aux Japonais… Les participants tomberont les uns après les autres, exténués, phagocytés. La fatigue, les crampes. Les 42 km 195, guillotinent les hommes. Mais pas El Ouafi Boughéra. L’exilé, français, venu de terres colonisés, coure et coure encore. Infatigable, inusable, intraitable. S’étonnant presque d’être là, à l’entrée du stade olympique, le premier, le seul. Encore quelques mètres à parcourir.

Sépia le moment de flancher

Le dessinateur et auteur Nicolas Debon, nous offre un roman graphique d’une grande beauté. Tant dans la forme que dans le fond. La couleur sépia, utilisée tout au long de l’ouvrage, vient nous baigner dans ces temps lointains. Le texte est épuré. Inutile d’en rajouter. Le dessin, parfois, vaut mille mots. Bien sûr, on connaît la fin de la course. Du moins celles et ceux qui suivent l’histoire des jeux. On sait à qui sont destinés les lauriers. Mais le scénariste nous tient en haleine, jusqu’à la dernière bulle.

Comme Fabrice Colin avant lui, Nicolas Debon a eu la très bonne idée de remettre au-devant de la scène olympique, cet attachant personnage. “Marathon” se lit comme on ouvre un album photo, oublié, depuis des années, dans un tiroir. En le feuilletant, on a plaisir à se souvenir, qu’un jour d’août 1928, un homme fragile, délicat, menu, porta hautes les couleurs du drapeau français. Il faudra attendre 1956, pour qu’un autre homme fragile, délicat, menu, vienne remporter, à son tour, un marathon olympique. Alain Mimoum était son nom. Il serait tant, pour lui aussi, d’en faire un véritable… dessein.

 

Marathon “Marathon”

Nicolas Debon

Éditions Dargaud

 

 

 

Chamonix Film Festival

Chamonix Film Festival

À celles et ceux qui découvrent, par hasard, ce blog. Je rappelle qu’il est un regard passionné sur les liens, les ponts, les passerelles qui lient la thématique du sport à celle de la culture. Certes, la littérature sportive, genre à part entière (je vous l’assure !) prend beaucoup de place. Mais, j’aime à évoquer, aussi, le cinéma et le sport. Et je me promets, bientôt, de parler d’art et de sport.
Lâchons un peu nos livres (quoique !) et prenons de la hauteur. Voici un nouveau rendez-vous lancé cette semaine. Il s’agit de la première édition du Chamonix Film Festival.

Chamonix capitale mondiale de l’alpinisme

Reconnu mondialement, accueillant en son sein le Mont des Monts européens : Le Mont-Blanc, Chamonix vit de ses montagnes. D’ailleurs, le point culminant de la commune est de 4 809 m. Alors, comment s’étonner que le premier coup de piolet soit porté ici.

Ce festival qui a débuté ce mercredi se poursuivra jusqu’au 13 juin. Les protocoles sanitaires allégés, nul doute que de nombreux curieux, alpinistes chevronnés ou amateurs, réalisateurs, producteurs, journalistes, simples festivaliers, devraient se délecter du programme de cette première édition pleine de promesses.

Une histoire de famille

Comme dans tout évènement, il faut l’étincelle qui fait naître les grands projets, les belles aventures. Ici, c’est une histoire de père et de fille. Le papa est Christophe Raylat. Un homme au mille vies : rédacteur en chef de Montagne Magazine ou de Trek Magazine. Éditeur, réalisateur de documentaire. La passion pour la montagne, la nature, s’est vite transmise à la génération suivante.

Morgane Raylat vit à Chamonix depuis 10 ans et est bien placée pour évoquer cette région. Elle travaille au développement de la communication numérique (social media, brand content, identité de marque) au sein de l’Office de Tourisme de la vallée de Chamonix.

Chevilles ouvrières du projet, ils n’en sont pas les seuls organisateurs. Fourmille de nombreux bénévoles, actifs et attentifs à la réussite de ce festival.

Demander le programme

Il est riche, varié, très éclectique pour une première cordée. 14 films internationaux en compétition, dont une réalisation Suisse : “Swissway to heaven de Guillaume Broust. On citera aussi : “Julia”, “Anapurna 1950”, “Everest” et bien d’autres.
En parallèle, des conférences, des dédicaces, des ateliers photos et vidéos, des apéros-rencontre. Et un hommage à René Vernadet, grand réalisateur de films de montagne.

Et cerise sur le gâteau, le parrain du festival n’est autre que Sylvain Tesson. Aventurier, auteur, poète, marcheur… amoureux des mots et des Hommes. À noter, dans le jury, la journaliste et autrice de talent, Virginie Troussier. Nous avions évoqué dernièrement son superbe livre : “au milieu de l’été, un invincible hiver”.

À n’en pas douter, un événement qui vient sublimer les hommes, la montagne, l’aventure, les grands paysages. Laissez-vous guider :

 

Sachez que vous avez la possibilité de suivre cet événement en streaming.

Il est toujours émouvant de lancer une première édition d’un festival. Je l’ai vécu avec l’organisation du Festival Lettres et Images du Sport à Bressuire. Je souhaite à toute l’équipe une grande réussite à ce nouveau rendez-vous dont je suis sûr nous reparlerons ici.

Pour aller plus loin :
Instagram du festival
Page Facebook du festival

 

Federer un mythe contemporain

Federer le mythe contemporain

Mythe : récit mettant en scène des êtres surnaturels

À pas de velours.
Quand on évoque, ici, avec Le Temps, Roger Federer, le costume d’apparat est de rigueur. C’est que, sur la place, s’érige la statue du Commandeur. Elle veille sur tous les cantons. Vous n’entendrez point de mouches voler, dire du mal du gentleman. En ces terres helvétiques, comme au-delà des frontières, d’ailleurs.
L’homme affole les compteurs. Mais le réduire à des statistiques, c’est lui faire déshonneur. L’enfant de la Bâle est devenu un mythe. Deux hommes éperdus, se sont attelés à comprendre pourquoi et comment.

Une déclaration d’amour

Charles Haroche et Frédéric Vallois sont érudits. Ils ont le verbe et la plume. Deux armes de séduction massive qu’ils mettent à bon profit dans un ouvrage particulièrement passionnant. Comprendre le mythe Roger Federer est une vaste odyssée. Il fallait bien être deux pour mener le bateau à bon port. Ils ont tout lu, tout vu, tout entendu. Ils en sont revenus, comme ils disent, avec un “essai amoureux”. C’est joliment dit. C’est joliment vrai.

Le récit bardé de références, essaye de comprendre comment un homme, bien né (je veux dire par là, doué pour ce jeu), devient en quelques années un dieu vivant. À moins que ce ne soit l’inverse. Un Dieu, s’ennuyant aux confins de l’Olympe, a décidé, de prendre du bon temps, en passant quelque temps sur Terre. Et il décida de s’appeler Roger Federer.

Si vous cherchez une biographie, passez votre chemin. Fuyez bonnes gens. Ce livre est avant tout, une déclaration d’amour. Celle que l’on proclame le soir venu, au bas des balcons. Dans laquelle vous laissez corps, âmes et un cœur dépecé.

Pour mieux comprendre ce qui pousse deux mortels à passer une année de confinement, à réfléchir sur le sujet, nous leur avons demandé de répondre à quelques questions, à la volée. Merci à eux.

 

Interview des auteurs Charles Haroche et Frédéric Vallois :

 

  • C’est une écriture à quatre mains. Comment avez-vous appréhendé de jouer en double ? Vous êtes-vous partagé les tâches ? Comment s’est construit l’écriture ?

Charles : Nous avons abordé la construction du livre à la manière d’un journaliste et d’un écrivain. Dans un premier temps, nous avons fait un grand travail de recherche (entretiens, lectures, travail documentaire). À partir de ce travail, nous nous sommes livrés à un travail d’analyse et presque d’introspection : en nous rattachant aux grands mythes, nous avons essayé de comprendre d’où provenait notre propre fascination pour le joueur. Notre ambition était vraiment de réussir à mettre les mots justes pour décrire le parcours du joueur, mais aussi sa relation avec le public.

Frédéric : En fait, nous avons pensé ce livre comme un vrai double au tennis : en jouant à deux sans frapper la balle au même moment ! Parce qu’il aurait été trop long d’écrire vraiment à quatre mains, nous nous sommes réparti les chapitres selon nos affinités et domaines de prédilection. Ensuite, il a fallu se relire, lisser le style, enrichir le texte, éviter les redites… Nos relectures croisées ont beaucoup aidé à améliorer le manuscrit. C’est une belle expérience d’écriture partagée.

  • J’aime beaucoup le terme, dans la 4ᵉ de couverture : “un essai amoureux”. Quelle “relation” entretenez-vous avec le joueur ? Vous lisez, regardez, tout ce qui se dit sur lui ? Vous collectionnez les posters ? Vous vous déplacez à l’autre bout du monde pour le voir jouer ? Vous en rêvez ?

Charles : Je ne pense pas avoir eu dans mon enfance de fascination comparable pour un joueur dans d’autres disciplines (même si comme tout français, j’ai eu mon poster de Zidane !). C’est à partir de la finale de Wimbledon 2008, pourtant perdue, que je suis devenu un véritable Federolâtre. J’achète régulièrement les tenues de Federer (mais aussi les balles dédicacées). Chaque matin, je tape « Federer » sur Google Actualités comme un premier réflexe. J’ai même trahi mon propre pays lors de la finale de la Coupe Davis en 2014 en supportant le suisse devant des Français médusés (même si je n’étais pas le seul dans ce cas !). Et il m’arrive encore de déplacer des rendez-vous – comme lors du tournoi de Doha en 2021 – simplement pour être sûr de pouvoir regarder ses matchs.

Frédéric : Ce livre est né d’une double passion commune : l’écriture et Roger Federer. D’où le terme « d’essai amoureux », qui donne au livre une dimension analytique (autour du concept de « mythe ») sans rien renier de son parti pris federolâtre. Comme Charles, je me documente beaucoup sur lui, achète certaines de ses tenues (même si je préfère l’époque Nike) et collectionne quelques « unes » de journaux marquantes. Mais le voir jouer en vrai, ce qui ne m’est arrivé que trois fois (à Lille en finale de Coupe Davis, à Bercy et aux Masters de Londres), a été l’expérience ultime. Son tennis s’admire à l’infini. De là en rêver, non… Sauf peut-être pendant l’écriture du livre !

  • Quelle est la question que vous oseriez ou rêveriez de poser à Roger Federer ?

Charles : On a envie de comprendre « à hauteur d’homme » ce qui se passe dans la tête d’un jeune joueur de 19 ans lorsque l’on s’apprête à battre Pete Sampras ? Est-ce que l’on est pris d’un vertige les jours suivants ?

Frédéric : J’aimerais beaucoup lui poser une question sur son rapport à la notoriété. A-t-il pleinement conscience de ce qu’il représente ? Comment vit-il avec et comment le gère-t-il au quotidien ? Être admiré aux quatre coins du globe doit être flatteur et en même temps très pesant…

  • Vous devez tout quitter pour vous rendre sur une île déserte. Vous n’emporterez rien d’autre que votre plus belle émotion sportive. Quelle serait-elle (pas forcément en lien avec Mr Federer) ?

Charles : Évidemment, on serait tenté de garder une victoire. Clairement, je pense qu’aucun match ne m’a produit autant d’émotions que la finale de l’Open d’Australie en 2017. Tout d’abord parce qu’elle semble inespérée : personne n’imaginait Federer et Nadal revenir en finale treize ans après leur première confrontation. Si les quatre premiers sets donnent une impression étrange où les deux joueurs ne parviennent pas bien jouer en même temps, le dernier est d’une intensité dramatique incroyable. Je pense avoir vu le cinquième set au moins cinquante fois (avec les commentaires français, anglais, même suisse allemand !). Et puis, après avoir serré la main de l’arbitre, il a cette célébration incroyable où il s’agenouille devant le filet. Quasi-chevaleresque ! Mais après, on a aussi envie de garder un geste (le slice de revers, sans doute le plus beau du circuit) ou même une défaite (les larmes de l’Open d’Australie 2009 par exemple).

Frédéric : Comme Charles et sans hésiter, la finale de l’Open d’Australie 2017. Il y avait tout dans ce match : le retour après six mois de blessure, les retrouvailles avec Rafael Nadal, les rebondissements, la remontée au 5ᵉ set, cet échange de 26 coups et la victoire au bout… L’Open d’Australie 2017 est un peu le miroir inversé de Wimbledon 2008. Que d’émotions !

Un grand merci à tous les deux, de vous être prêtés au jeu. Dans l’espoir que nos routes se croiseront, ici ou ailleurs. Pour la beauté du geste, pour Roger Federer.

Dans Le Matin en 2007, le Maître confie : “Mon travail est de bien jouer au tennis, à vous de trouver les mots qui conviennent”. Frederic Vallois et Charles Haroche, les ont trouvé, je crois.

Federer un mythe contemporain“Federer, un mythe contemporain”
Charles Haroche/Frédéric Vallois

Editions Solar

Les vrais maîtres du jeu

Les (vrais) maîtres du jeu – Vincent Duluc

Une parenthèse vient mesurer le propos. Il ne faudrait pas froisser les finisseurs. Les vendeurs de maillot. “Les (vrais) maîtres du jeu”, est le nouvel ouvrage de Vincent Duluc.
Le journaliste de l’Équipe revient au ballon rond, après un ouvrage passionnant, sur le couple iconique : Clark Gable et Carole Lombard. “Carole et Clark”. Sorti, cette année, chez Stock.
Docteur ès littératures sportive, Vincent Duluc poursuit son œuvre. Il nous faudrait reconstruire la bibliothèque d’Alexandrie, pour y ranger tous ces ouvrages. Vincent Duluc aime la beauté du geste. Mais sans doute plus encore, ceux qui en sont les créateurs, les initiateurs, les bâtisseurs.

La terre du milieu

Ses (vrais) maîtres du jeu, qui sont-ils ? Des besogneux. Des taiseux, des laboureurs. Des récupérateurs. Ils sont infatigables. Ils ont l’art et la manière du sacrifice. “Vous ne passerez pas !” Et, souvent, les joueurs ne passent pas. Ou alors, esquintés, abîmés, exténués harassés… Sur leur ligne Maginot, vous ne les contournerez pas ! Avec eux, le Blitzkrieg ne marche pas.

À cet endroit du terrain, entre ciel et terre, on ne tergiverse pas. On fait des ordonnances et des sévères. On éparpille façon puzzle, aux quatre coins du rectangle vert. Mais les réduire à de simples travailleurs serait mal les connaître. Ils dirigent, ils observent, ils commandent. Ils battent la mesure. Ils décident du rythme. Ils sont à la baguette, au four et au moulin, ils sont chefs d’orchestre.

Comme le précise la plume de l’Équipe, ce n’est pas rien, si, une fois le maillot remisé aux vestiaires, les voici en marchent vers l’ordination sacerdotale. Ils deviennent entraîneurs. Ils n’ont pas peur de la fonction et de tout ce qu’elle implique. Ils savent ce qu’endurer veut dire. Ils ont déjà eu le sang et la sueur. Pour les larmes, elles seront souvent de bonheur.

Dans ce livre, Vincent Duluc leur rend hommage. Au milieu, coule une rivière, de noms : Pirlo, Deschamp, Kanté, Viera, Iniesta, Clodoaldo… Ils ont porté aux nues les Platini, Messi, Ronaldo, Neymar et autre Mbappé.

Vincent Duluc, auteur virussé

À l’image de ces joueurs du milieu, Vincent Duluc est un infatigable. Même la Covid-19, (qui lui a valu de ne passer pas très loin), n’a pu éteindre le feu de l’écriture qui couve en lui. C’est un écrivain prolifique et insatiable.
Nous avions déjà évoqué ici “Kornelia”. Qui valut, à l’auteur, la couverture du Monde des Livres. La littérature sportive en est sortie grandit. Ce n’était pas pour nous déplaire.

Je voudrais être une petite souris. Attendre que la maison Duluc soit endormie et passer dans le bureau du maître. Curieux d’y découvrir quelques esquisses. Il est fort à parier qu’à l’heure où vous lisez ces lignes, d’autres s’écrivent. Des pages blanches sont noircies. Il me tarde déjà.

En attendant, lisez “les (vrais) maîtres du jeu”. Un livre pour appréhender le football. Mieux le comprendre et le saisir. Pour rentrer, aussi, dans le bureau des légendes. Heureux qui comme Vincent Duluc a (encore) fait un bel ouvrage.

 

Les vrais maîtres du jeu Vincent DulucLes (vrais) maîtres du jeu
Vincent Duluc
Editions Solar 

 

 

 

 

 

Au milieu de l'été, un invincible hiver

Au milieu de l’été un invincible hiver – Virginie Troussier

“L’amitié n’est rien d’autre qu’une écoute, une corde tendue entre les êtres, ténue et solide. Ils sont suspendus au-dessus du vide, entre pensées, rêves, hallucinations, dans un état de lègère inconscience. Le vent se calme à mesure que les mots apaisent.”

On dit que 7 est un chiffre magique. Qu’il est le chiffre de Dieu. Qu’il est un porte-bonheur.

1961, par le pilier central du Frêney, dans la paroi sud du Mont-blanc, ils sont 7 alpinistes. Italiens et français. Passionnés, aguerris. Fous de s’être embarqués ainsi.

Dans la cordée, deux hommes : Mazeaud et Bonatti. Ils sont fils de la montagne. Deux animaux grimpeurs, à sang-froid. Dans cette montée, il y a de la joie. Après tout, on annonce du beau. Dans quelques heures, ils seront à jamais les premiers à escalader ce flan. Dans quelques heures seulement.

1961, par le pilier central du Frêney, dans la paroi sud du Mont-blanc, l’orage éclate. Les cordes se ramassent à la pelle, les déflagrations aussi.

Les Dieux ont dit : “vous ne passerez pas !” Et ils ne passeront pas !

Alors deux voies, qu’ils n’avaient pas imaginées, s’ouvrent à eux : continuer et mourir ou redescendre et mourir.

Virginie Troussier trempe sa plume dans les crevasses des montagnes. Là, où les hommes qui dévissent, se précipice.

La montagne est un tombeau à cœurs ouverts.

Le récit est haletant, palpitant, il nous faut parfois reprendre notre souffle. Nous ne sommes ni Mazeaud, ni Bonatti. Nous n’avons pas l’habitude des hauteurs. De l’air qui se raréfie. Du froid qui s’engouffre sous les pores de la peau. Nous ne savons rien des gelures qui, aux extrémités des membres vous paralysent. Le vent, la faim, la peur, nous ne savons rien, mais, en lisant ces lignes, nous en avons la troublante perception.

C’est ce qui fait la force de cet ouvrage. Nous donner à ressentir ce que les hommes éprouvent. Alors on hésite à lâcher le livre, car cela serait les condamner à une mort certaine. Il faut rester éveiller pour comprendre, pour les accompagner, les encourager. Pour savoir ce qui va bien pouvoir leur arriver.

Ce n’est pas tant l’histoire qui importe, mais comment elle est racontée. Et pour cela, Virginie Troussier est passée maître en la matière. Elle a l’écriture voyageuse. Amoureuse de la montagne et de la mer. Elle a l’âme aventurière.

Les hommes et la montagne, oui, maintes fois racontés. Maintes fois racontées, mais rarement, si joliment écrit.

Alors, munissez-vous de mousquetons, de piolets, de pitons… la voie est libre. Du moins jusqu’au pilier central du Frêney, dans la paroi sud du Mont-Blanc. Après…

 

“Pourtant que la montagne est belle, comment peut-on s’imaginer…”

Jean Ferrat

 

Au milieu de l'été, un invincible hiver

“Au milieu de l’été, un invincible hiver”
Virginie Troussier

Guérin Editions 

 

Livre dans la tête de Zidane

Dans la tête de Zidane – Sabine Callegari

L’ouvrage terminé, je le repose sur la table de la salle à manger. La respiration est lente. J’ai le sentiment d’avoir lu un livre pas tout à fait comme les autres. L’expérience fut troublante. Quelque peu déconcertante. Malgré tout, la sensation est douce.
Parfois, la lecture, a des moments de grâce. J’en ai vécu un nouveau.

 

Dans la tête de Zidane

La psychanalyste Sabine Callegari écorce avec tendresse et délicatesse la statue de l’homme et du footballeur. Elle nous donne à voir l’arbre nu. Et c’est fantastique !

Nous avons tout lu, tout vu. Nous avons tout su ! Des moindres faits aux gestes merveilleux de Zinedine Zidane. Nous savons tout de lui !

Ici, nous n’apprenons rien de ce que nous connaissons déjà. Je veux dire par là, qu’il n’y a pas miettes d’une nouvelle information qui nous aurait échappée. Ce n’est pas la mission, l’objectif.

Non, ce livre, à charge émotionnelle, c’est autre chose. Un objet réfléchissant non identifié.

Il y a, d’abord, cette écriture. Chaque mot est choisi, pensé, posé, associé. On ne badine pas avec le langage des Dieux. Même si parfois, on peut se perdre dans quelques termes techniques, psychanalytiques, s’égarer est plaisant.

Ce n’est, ni plus, ni moins qu’une expérience littéraire insolite. Car on est allé sur les terres philosophiques pour parler football. On a réuni économie et football, sociologie et football, culture et football, mais, à ma connaissance, je n’avais jamais vu et lu, dans un même ouvrage, de la psychanalyse et du football.

Il faut être fou ou sacrément doué pour s’y aventurer !

 

Chère Sabine Callegari,

vous êtes sacrément douée !

Je ne sais rien à la psychanalyse. Je sais si peu de Freud, Lacan ou Spinoza. Qu’importe, vous les convoquez. Pas pour qu’ils restent sur le banc ou en tribune. Non, pour participer au jeu de la réflexion. De la compréhension.

Vous conviez les galactiques de la pensée ! On n’explique pas un esprit comme celui-ci avec des penseurs de caniveaux tout de même !

Vous tissez des fils psychanalytiques entre le père, la mère, Véronique, les enfants… au nom de tous les siens.

Vous nous donnez à comprendre ce qui a façonné le champion, l’homme, le joueur de football. Rien ne vient par hasard. Travail, famille, patrie !

L’élégance est au cœur de ce récit. Ça ne pouvait pas en être autrement quand on écrit sur Zinedine Zidane. Votre plume est légère et inspirée. Comme l’était son jeu, ses passes, son génie.

La lecture est un retour vers le passé. 1998, 2006… C’est gloire amour et beauté du geste ! Gloire amour et coup de tête ! Tiens, c’est drôle. Un ou plutôt deux coups de tête en finale de la coupe du monde le propulse sur le Mont Olympe (à la droite de Zeus !). Et un coup de tête vient conclure sa carrière, sans doute pas de la manière dont il l’avait imaginé. Et nous non plus, qu’importe.

Tiens, il serait sans doute pertinent que vous vous posiez sur nos cas. Pourquoi, à la minute où il est expulsé, nous lui avons pardonné ce geste ? À lui, maintenant, après tout ce qu’il nous avait fait !

Chère Sabine Callegari, rare sont les auteurs de littérature sportive à me désarçonner. Oliver Haralambon est l’un de ceux. Vincent Duluc est l’un de ceux. Vous êtes l’une de celles.

Qu’il serait joyeux et doux que les rédacteurs de l’Équipe ou ceux du Temps, vous laissent vagabonder dans les couloirs de la rubrique football. Vos descriptions de faits de jeu sont à lire dans toutes les écoles de journalistes sportifs.

“Zidane s’approprie le ballon dans un contrôle du pied sidérant ; et la danse commence, avalant l’espace ; une touche de la semelle en pleine course, puis une deuxième, magnifiquement cadencée, puis le tir, si délicat qu’il semble couler de source, cette source qui est le génie même de Zidane”

À titre personnel, j’encaisse cette lecture comme une nouvelle leçon d’écriture. Sans relâche, il faudra travailler. Sans doute jusqu’à que mort s’ensuive. Qu’importe, me voici sans pression, rien ne sera jamais parfait. Quoiqu’il arrive. Quel bonheur !

“Dans la tête de Zidane”, nous ne faisons que passer. Nous nous retirons sur la pointe des pieds. D’abord la jambe gauche, toujours, puis la jambe droite…

 

Sébastien Beaujault

 

P.S. : je ne sais où ranger ce livre. Rayon psychanalyse ? Rayon sport ? Je vais l’installer, dans ma bibliothèque, à l’emplacement où il doit-être ! Au rayon… grands livres (avis tout à fait personnel, je le  conçois) !

 

Livre dans la tête de Zidane“Dans la tête de Zidane”
Sabine Callegari
Éditions Nouveau Monde

 

Croke Park

Croke Park – collection coup de tête

Chers Sylvain Gâche et Richard Guerineau,

me vient, enfin, l’occasion de vous écrire. Mais je ne suis pas totalement hors du temps, car on annonce une réimpression de votre ouvrage. C’est heureux !

Vous nous proposez un récit éclairant dont on connaît l’issue, mais qui n’empêche pas que nous y plongions avec exaltation et je dois dire, avec excitation.

Bien sûr, nous ne sommes pas de ceux-là. Je veux dire en cela, pas biberonné à l’histoire irlandaise. Pas nés en terre anglaise, non plus. Si peu concerné, de fait.

Pas nourris, ni élevés par les histoires comptées au coin de la cheminée par des grands-parents qui ont entendu l’homme qui a vu l’homme qui dans les rues de Dublin tua pour la cause.

Et pourtant, nous voici embarqués, en un début de siècle déjà ravagé, meurtrier, dans une quête d’indépendance pour les uns. D’appartenance pour les autres. Les morts se comptent dans chaque camp. C’est, œil pour œil, dent pour dent et le dernier survivant.

 

“Bien sûr, il y a les guerres d’Irlande, mais voir un ami pleurer” – Brel

 

1920, Croke Park, est le stade de foot gaélique !

Croke Park, ça claque !

Ça claque, comme un coup de pistolet !

2007, l’équipe d’Irlande reçoit l’Angleterre, dans le tournoi des cinq nations à… Croke Park !

Croke Park, ça claque !

Ça claque, comme une entrée en mêlée !

Et voici que sur la même pelouse, s’ouvrent les espaces-temps. Nous allons, aller et retour entre deux époques, deux mondes, deux atmosphères, deux ambiances. Une bande dessinée comme une machine à remonter le temps. 1920 – 2007. Les deux font la terre. Celles des rebelles et des conquérants.

Les stades deviennent mythiques parce que l’on y gagne ou parce que l’on y meure. Parfois les deux !

Voici un récit historique et gaélique ! Les bons, ça osent tout, et c’est justement à ça qu’ont les reconnait, chers Sylvain Gâche et Richard Guérineau.

C’est ainsi que les hommes vivent et meurent. C’est ainsi que les peuples se dissocient, je veux dire en cela, qu’ils ne se réconcilient jamais vraiment.

Sur la couverture, le ballon est rouge sang. De rage, de honte, de colère, de vengeance, de haine… Il est à terre et n’est plus vivant ! Ce n’est pas le seul.

Les cicatrices sont si profondes. Les humiliations si fortes, les blessures encore récentes. Il y aura d’autres Sunday bloody Sunday !

Croke Park, en somme, est un stade qui résume assez bien l’esprit de cette nouvelle collection (aux éditions Delcourt) “coup de tête”. Un lieu où se côtoient le sport et l’Histoire.

Vivement la suite !

Sébastien Beaujault

 

“Croke Park” 
Sylvain Gâche et Richard Guérineau
Collection coup de tête
Editions Delcourt

Diego Armando Maradona

Lettre à… Diego Armando Maradona

Cher Diego Armando Maradona,

pendant que les Dieux et les diables en sont venus à douter d’eux-mêmes, vous voici, désormais, assis à leur table. La foudre va s’abattre sur le mont Olympe. Vos frasques, vos chants, vos larmes vont perturber quelque peu la quiétude des lieux. Je m’en réjouis à l’avance.

Certains ici, plus bas que terre, s’égosillent, du fracas médiatique de votre disparation. “Tout ça pour un joueur de football !” Les pauvres, pardonnent leur, ils ne savent qu’ils disent !

Le football ne fut qu’un prétexte. Parce que vous aviez un don avec un ballon, vous avez pris le chemin le plus court. Vous ferez de ce sport une arme de rédemption massive.

Pauvre parmi les pauvres, devenu riche parmi les riches, vous avez lavé bien des honneurs à celles et ceux qui l’avait perdu.

L’honneur du peuple argentin face à l’Angleterre en 1986 à la coupe du monde. 4 ans après la guerre des Malouines.

L’honneur du peuple napolitain, raillé par ces gens du Nord de l’Italie. Qui regardait cette cité de Campanie avec dédain et mépris. Vous leur avez offert deux titres de Champion. Naples ne l’avait jamais fait avant et ne l’a jamais fait depuis.

Et parce que l’on ne devient pas l’égal des Dieux avec une vie bien rangée. Chaussons bien rangés et chien qui dort au pied du lit. Parce que vous n’avez jamais voulu choisir entre le bien et le mal, entre la Force et le côté obscur, vous avez décidé de tout vivre jusqu’à la lie.

Malgré tout, nous ne tomberons pas ! Nous allons Bomborena le torse ! Allumez la flamme, le feu, les cierges dans vos églises. Brûlez le confessionnal, nous ne nous repentirons plus. À la vie, à la mort, nous ne marcherons plus jamais seuls.

Quand il va pleuvoir, en Argentine et à Naples, ce ne seront pas les nuages mais les larmes de l’éternel Diego Armando Maradona qui s’abattront sur les Hommes.

Ce qui me réjouit, aujourd’hui, c’est que, désormais, le ciel n’aura pas son pareil quand vous jonglerez avec les étoiles.

De là-haut, il paraît que la terre est ronde ! Vous allez sacrément bien vous amuser !

Sébastien Beaujault

 

Pour aller plus loin :

Documentaires :

Livres :

Les tragiques

“Les tragiques” – Christian Montaignac

Voici que défilent sous nos yeux ébahis, une table des matières mortuaire. Une liste, non-exhaustive, de ceux qui furent, pour certains, fauchés avant d’avoir été. Foudroyés avec gloire et beauté pour d’autres. Certains mourront sans peur et sans proches. D’autres au fait de leurs gloires. Sous les hourras de foules en délire.
Qu’importe comment, pourquoi et où. Christian Montaignac nous dépeint avec style et passion, les portraits de celles et ceux “qui sont morts qu’une fois”.

C’est bien connu, la faucheuse frappe au hasard. La mort est aléatoire. Il n’y a pas de sexe, pas d’âge, pas de catégorie socioprofessionnelle. Ici pas d’algorithmes. Pas de codage numérique.
C’est comme cela, c’est la vie !
Dans ce grand jeu de dés, de chance ou de malchance, les sportifs et sportives ne sont, bien entendu, pas épargnés, loin de là. Il était bon de le rappeler.

Les terrains de jeux mortifères sont nombreux. Un ring, témoin du dernier souffle. Une route de campagne, dans un virage mal négocié ou un putain de camion croisé. Un champ d’horreurs sous les bombes et les balles des mitrailleuses.
Ou modestement, dans un lit, le corps meurtrit par les coups, la maladie.
Le moyen de locomotion pour le voyage de non-retour ? Le vélo, l’automobile, l’avion…

Pour tous, un chemin de fleurs et de larmes d’amis, de femmes, d’enfants, d’aimants à jamais inconsolables. On pleure des aventuriers, des inconscients, des profiteurs de vie, des malchanceux. Des battus merveilleux. Des vainqueurs exaltés.

Ils sont partis trop tôt, trop vite, trop loin, trop haut !

 

“C’était au temps héroïque, forcément héroïque, où le cyclisme
bâtissait son histoire, élevait ses mythes. Un temps où le Tour de
France, de Paris à Paris, était le tour de la France”.
Christian Montaignac

 

Bien sûr, dans cet ouvrage, il y a quelques âmes encore fumantes. Les Ayrton Senna, Emiliano Sala… Mais j’avoue un faible pour les porteurs de cape d’invisibilité historique et médiatique. Ceux que j’ignorais. Ceux que j’avais oublié, manqué. Faute à mon ignorance en ces sujets.

Heureux les oubliés, Christian Montaignac vous a ressuscité.

Comme le premier de la liste (classé par leur prénom !), Adolphe Helière, mort noyé pendant… le Tour de France ! Ironie tragique de celui qui se voyait rouler en ses terres bretonnes.
Et que dire de Georgette Gagneux, sportive acharnée, mal née. Car vivante dans un monde où l’homme ne laissait guère de place à la gent féminine. Georgette Gagneux, morte à 23 ans “d’une longue maladie”. Preuve pour certains de l’époque que le sport est dangereux pour la santé féminine. Tout un combat encore mené de nous jours.

Cher Christian Montaignac, vous nous offrez là, un livre magnifique, sublime. De par le sujet traité, cela va de soi, mais aussi et surtout de par la qualité de votre écriture. Mon Dieu que la lecture est un plaisir divin quand on parcourt ses lignes.

Lire “les tragiques”, c’est assister à une pièce d’Eschyle. Confortablement installé dans un théâtre de Dionysos. On applaudit à tour de bras. On connaît la fin, mais peu importe ce n’est pas l’histoire qui nous intéresse, mais comment elle nous est contée.

Si certains ont leur statue, leur mausolée. Leur nom, au fronton d’une salle de sport, la plupart étaient disparus, de nos mémoires sélectives, ils ne le sont plus.

Alors bien entendu, il en manque. Les feuilles des morts se ramassent à la pelle. Et c’est tant mieux. Car j’espère que vous allez, Cher Christian Montaignac, nous faire le plaisir d’en sortir un deuxième.

Car, ils ne sont peut-être mort qu’une fois, mais avec “les tragiques” les voici à vivre une nouvelle vie.

“Les tragiques”
De Christian Montaignac
Aux éditions en-exergue

Croke Park

“Coup de tête”, nouvelle collection chez Delcourt

Que l’on déroule le tapis rouge. Que l’on fasse place net. Que l’on distille, dans l’air, quelques huiles essentielles au bonheur des sens. Que les Nubiennes dansent. Que les vins de Chaldée apportent l’oubli.
Que les musiciens s’installent et jouent des airs à danser. Que l’on se pâme de nos plus beaux habits, l’heure est à la fête. Car voici qu’est arrivé, aux éditions Delcourt, une nouvelle collection !

Et ce n’est pas courant !

Alors champagne !

“Coup de tête”

Ce nouveau projet porte le nom de “coup de tête”. Pourquoi ? La réponse, plus bas, dans l’interview que Kris, l’inspirateur de cette ambitieuse entreprise, a bien voulu nous consacrer.
Ce dernier (porteur de couvre-chef à visière !) est “un ami” de la maison d’édition.
Prolifique auteur, on lui doit, entre autres, “un maillot pour l’Algérie” chez Dupuis et la série en cours “Violette Morris” chez Futuropolis et tellement d’autres bandes dessinées.
Le Stade Brestois chevillé au corps, volubile, passionné et bavard (évitez de lui parler tennis de table, vous risquez de manquer le dernier métro.), le voici, désormais, vizir à la place du vizir.
“Directeur de collection” est désormais inscrit au fronton de son bureau avec vue sur l’océan.

Un jeu d’équipe !

Kris s’est entouré, pour l’occasion, de Louis-Antoine Dujardin (éditeur chez Delcourt) et Lorène de la Crompe (assistante d’édition).
Le trio nous promet, et l’on veut bien les croire, de grands récits autour du sport. Des histoires vraies à la croisée de la pratique sportive, de l’histoire et des problématiques sociales et politiques. Vaste et passionnant programme.
Et bonne nouvelle, deux ouvrages sont déjà dans les bacs.
On y reviendra, je vous le promets.

Deux premiers albums viennent lancer cette collection :

Croke Park “Croke Park” :

Le 21/11/1920 à Croke Park, stade dublinois dédié aux sports gaéliques, eut lieu le premier Bloody Sunday, en représailles d’une opération au cours de laquelle le gang des apôtres de l’IRA avait exécuté 14 espions anglais.

 

 

 

 

 

Jujistsuffragettes“Jujitsuffragettes” :

Edith Garrud est considérée comme la première formatrice d’autodéfense féministe. Face à la violence subie par les manifestantes, elle va former au jujitsu les gardes du corps d’E. Pankhurst, surnommées « Les Amazones ».

 

 

 

 

 

Interview de Kris :

 

Pourquoi lancer une collection BD ?

Je n’en ai jamais rêvé, et surtout, je ne m’en sentais ni les moyens ni la légitimité pendant longtemps. Mais l’aventure de la création de La Revue dessinée m’a beaucoup appris, déniaisé aussi, enrichi, j’espère. C’est à partir de là que l’idée de développer l’aspect édito de mon travail et assumer la direction d’une collection ne me paraissait plus insurmontable et surtout, j’en avais envie. Finalement, c’est une sorte de retour aux sources, au temps où je dirigeais plusieurs fanzines avec des copains pour pouvoir nous lancer en BD. Sauf que désormais, il y a (vraiment) de l’argent en jeu !

“C’est avant tout une collection sportive mais qui doit raconter au-delà du sport, en allant voir ses implications politiques, sociales, historiques, intimes, etc.” Kris

Une collection sur le sport et/ou l’histoire ?

Ni l’un, ni l’autre spécifiquement. C’est avant tout une collection sportive, mais qui doit raconter au-delà du sport, en allant voir ses implications politiques, sociales, historiques, intimes, etc. Dans ce cadre, il y a forcément beaucoup de récits sportifs historiques, puisqu’on en juge plus facilement les conséquences d’un événement avec le recul des années. Et puis d’un point de vue graphique et dramaturgique, on sait que l’Histoire et la BD fonctionnent très bien ensemble. Mais il pourra très bien y avoir des récits contemporains, voire à terme du pur documentaire, de l’enquête, etc.

Un air britannique pour le lancement ?

Oui, c’est vrai pour le lancement et c’est même vrai pour les albums en cours en général (disons que les thèmes sont largement anglo-saxons +plutôt que simplement britanniques). C’est un hasard (et qui m’embête un peu…) car, à terme, notre volonté est bien de parler de tous les sports, de tous les coins du monde, de toutes les périodes, de tous les sexes, de tous les niveaux, de toutes les problématiques, etc. Mais parvenir à l’équilibre entre tous les sujets potentiels sera long, compliqué, toujours délicat et en renouvellement permanent. Malgré tout, beaucoup de sports étant nés dans la sphère anglo-saxonne, il est logique d’y trouver également beaucoup de sujets.

“je cherche aussi à créer une “bande” dans le bon sens du terme, un groupe soudé par les mêmes désirs bédéphiles, la même façon de voir le métier” Kris

lancer une nouvelle collection, c’est s’attendre à des nervous breakdown ?

Oh, oui, certainement beaucoup plus que dans la seule situation d’auteur. Et, sans en être dupe dès le départ, je le découvre tout de même un peu plus chaque jour. C’est pourquoi, afin de limiter autant que possible ces désagréments, je m’attache à travailler le plus possible avec des personnes que je connais bien, en qui j’ai toute confiance, etc. Bref, je cherche aussi à créer une “bande” dans le bon sens du terme, un groupe soudé par les mêmes désirs bédéphiles, la même façon de voir le métier, la même faculté à avoir des rapports humains et professionnels simples et sains. Et pour le moment, ça ne va pas mal sur cet aspect-là. Mais ce n’est jamais possible d’y arriver à 100%.

“Coup de tête” hommage à Patrick Dewaere ou Zinédine Zidane ?  

Les deux, mon colonel ! Si Dewaere et le film éponyme sont d’incontestables références (et amours de ma vie), Zidane est sans doute le plus formidable dramaturge sportif de tous les temps. On inventerait sa biographie qu’on n’y croirait pas… Et puis, son geste dit du “coup de boule”, d’un strict point de vue personnel, m’a encore grandi le personnage plutôt que de l’abaisser. Si tous ceux et toutes celles qui le méritaient trouvaient sur leur chemin un vrai coup de boule, ce monde n’en vivrait que mieux. Le problème est que ce geste a très certainement entraîné une défaite. Mais une défaite sportive. Moralement, à mon sens, c’était une victoire. Je laisse Materazzi à ceux qui le voudraient. Chacun ses héros.

 

Kris
Souvenirs du festival Lettres et images du sport à Bressuire, en 2019

Merci à Kris pour ces quelques mots qui nous permettent de mieux comprendre la genèse et l’esprit de cette nouvelle aventure à qui l’on souhaite pleins de bonheur.

D’ailleurs il nous ait déjà permis de connaître quelques projets à venir chez “Coup de tête” :

  • “Football champagne” en 2021. Adaptation du livre de Vincent Duluc “le cinquième Beatles”
  • “Mon album Platini” en 2021
  • “Boxe ! la saga des frères Acariès” en 2021

Pour en savoir plus sur cette nouvelle collection, direction le site des éditions Delcourt.

Et promis, on va lire tout ça et vous en reparler ici !