Chère Valentine Goby,

Valentine Goby - Murènedès les premières lignes, “murène” nous éclate en pleine figure. Il y a le style, l’histoire comme autant de grenades qui nous explosent à la gueule. Nous voici déchiqueté, phagocyté, démembré…tiens, comme le héros de ce roman : François Sandre.
Plonger dans cet ouvrage n’est pas innocent. Il faut être prêt. Ça ne se lit pas à la légère. Car l’écriture ne l’est pas. Elle est chirurgicale. Rien n’est laissé au hasard. Il y a ici, exactitude, rigueur, dextérité, habilité, adresse, ingéniosité avec, dans ce monde de brutalités, une pincée de délicatesse et de tendresse (c’est votre touche. Je suis sûr que quelques enfants d’Hanoï gardent en souvenirs, la pétillante, joyeuse et souriante Valentine Goby).
Tout est raconté avec force et précision. C’est la classe de l’auteur(e), pardon de l’autrice car je sais que vous préférez ce terme. La force donc, d’être multiple. Je veux dire en cela qu’à travers les pages vous êtes tantôt spécialiste des amputations supérieures (au niveau de l’épaule), aide-soignante dans un centre de rééducation. L’un(e) des précurseurs des appareillages métalliques (extension des corps). Vous êtes maître-nageur(se) l’œil rivé au chronomètre, maître du temps et des performances. Vous nous racontez les balbutiements du sport paralympique. Il faut tout inventer (nous sommes dans les années 50). Les structures, les organisations, les entraînements, les règles. Ça devrait plaire à mon ami Michaël Jérémiaz. On ne doute pas à vous lire le travail fournit en amont pour un tel exercice. C’est évidemment bluffant.
Mais le travail ne suffit pas. Il faut l’étincelle, l’inspiration. Quelle douce idée vous avez eue de faire naître François dans un atelier de couture. Où sont désordonnés, mais debout, des mannequins “Stockman”. Ces semi-hommes, ces semi-formes. Immobiles et nus. François, votre personnage devient l’un deux. Un semi-homme, une semi-forme. Comme au royaume des doubles amputés des membres supérieurs, le manchot est Roi. Au royaume des mannequins “Stockman”, l’homme doué de paroles, de volonté, de convictions et de mobilité est Dieu.
Oui il faut se faire à l’idée que les membres ne repoussent pas. Qu’ici pas de bras, pas de chez soi. L’inévitable dépendance comme éternelle souffrance. Mais soit loué la résilience. Tiens me vient à l’esprit Philippe Croizon. Pourquoi “Murène” ? Parce que de l’animal disgracieux l’espoir est né. On ne répare pas les corps par le sport, l’on s’en sert de survivance. Pour François se sera donc la natation. Tu es venu des eaux, tu retourneras à l’eau. Matière liquide où les corps en parties “allégés”, semblent voler, comme en apesanteur. C’est sans doute apaisant, du moins je l’imagine.
Je le disais plus haut, il faut être prêt, car le récit touche à l’intime. Il nous pousse parfois dans nos retranchements. Nous sommes gênés. Il remet en cause, notre relation à l’invalidité. Et c’est tant mieux.    Et à la fin ? A la fin il y a…le soleil levant !
Chère Valentine Goby, merci !
Sébastien Beaujault

“Murène”
Valentine Goby
Éditions Acte Sud

Cher Valentin Deudon,

nous voici avec, entre les mains, une ode au football. Ce jeu que vous avez, c’est évident, chevillé aux corps et au cœur. Nous oscillons entre vos écrits (vos souvenirs) et ceux de quelques érudits. Un voyage de l’un à l’autre. D’une moitié de terrain à l’autre. D’une surface de réparation à l’autre. Un voyage en ballon en quelque sorte.
Et au milieu, coule une prière. Faites que rien ne cesse. Faites que jamais rien ne s’arrête. Que la boue colle aux crampons le plus longtemps possibles. Que les vestiaires, à jamais, suintent la sueur et le camphre. Gagner ou perdre la belle affaire, mais jouer. Jouer sur un rectangle plus ou moins vert. Jouer pour le plaisir de jouer. Faites qu’il nous soit donné encore et encore de refaire le match. Car une rencontre de football ne s’arrête pas au coup de sifflet final. Un match de foot, en fait, n’est qu’un prétexte à la discussion, à l’échange, au partage. Le langage n’a-t-il pas été inventé pour que l’homme puisse parler de football ?
Une prière pour que le corps tienne. Personne n’est à l’abri d’une trahison d’un tendon, d’un muscle, d’une articulation. Et surtout faites que nous puissions nous retrouver les jours de match, les soirs d’entraînements en ce lieu capital, culte, qu’est le terrain municipal.
On le sait Dieu créa le ciel et la terre. Et parce qu’il se passionnait pour la chose footballistique fit la terre à son image : ronde.
Alors bien sûr rien n’est éternel. Il vous faudra, un jour, qu’il soit pour vous le plus loin possible, ranger les crampons. Alors bien sûr, plus rien ne sera pareil. Les dimanches ne seront que mains courantes. Les vestiaires seront devenus un lieu privé, un accès réservé. La causerie bien trop lointaine pour être entendue. Il vous faudra sans doute vous réinventer un football fait de grand Amour et de petits écrits.
Et le jour où ce jeu, de par ses règles, de par son argent, se sera fourvoyé. Ce jour où l’on aura perdu la foi en ce sport, alors il nous faudra ne pas trop nous éloigner de votre livre. Ses chapitres, ses paragraphes seront comme autant d’îlots de résistance, de maquis à l’abri des turbulences. Comme autant de petits cailloux semés pour retrouver notre chemin. Celui bénit qui nous mènera pour nous aussi, en ce lieu capital qu’est le terrain municipal.
Sachez que votre livre a déjà trouvé sa place dans ma bibliothèque. Je fais attention à que chacun ici, soit bien entourés. C’est pourquoi, je me suis permis de lui trouver comme voisin : “décalages”. Il y sera bien, j’en suis sûr.
Cher Valentin Deudon, je ne vous retiens pas plus longtemps. Vous avez sans doute autre chose à faire. C’est à dire faire votre sac et allez…jouer au football.
Sébastien Beaujault

“Miettes footballistiques
grands Amour et Petits écrits
Valentin Deudon
Les éditions du Volcan

Cher Sylvain Coher,

nous voici la langue pendante, les muscles exsangues, les bronches agonisantes, à la limite de l’étourdissement. Nous nous allongeons sur le sol, il nous faut chercher un second souffle. Car nous avons lu comme il a couru et comme vous nous l’avez conseillé. D’une seule traite et en 2 h 15 et 16 ”. C’est-à-dire le temps du vainqueur du marathon de Rome aux Jeux Olympiques de 1960 : Abebe Bikila.
Page après page, nous avons mis nos pas dans ceux d’Abebe, nos battements de cœur sur ses battements de cœur. Notre foulée légère dans sa foulée volante. Dans nos veines comme dans les siennes, frappent aux pores le sang d’un soldat de la garde impériale éthiopienne. Le sang d’un enfant de Jato. Berger devenu Roi aux pieds nus. Sans chaussures nous caressons la terre, nous effleurons les pavés. Tous les chemins ne mènent pas à Rome. Il faut parfois que les Dieux soient cléments. Ça tombe bien, Wami Biratu qui devait être au départ s’est blessé, il faut le remplacer et qui d’autre qu’Abebe ?
Tout au long de ce récit, nous entendons, comme lui, la Petite Voix qui nous dit d’avancer, de nous cacher aussi. De ne surtout pas nous précipiter. Il sera toujours temps d’accélérer.
Un à un, les coureurs étrangers s’époumonent sur la Voie Appienne. Les coureurs étrangers ne courent pas dans le même monde qu’Abebe. Ils sont décrochés, arrêtés, balayés, distancés…crucifiés sur la voie Appienne, qu’à cela ne tienne.
Mais où est le dossard 26 ? Celui-ci dont la Petite Voix me dit de me méfier. Celui écrit aux creux de ma main pour ne pas oublier. Je ne le vois pas, je ne le sens pas. A-t-il vraiment pris le départ ? Et qui est ce dossard 185 que je suis pas à pas depuis des kilomètres ? Qu’importe me dit la Petite Voix. Court Abebe, court et va chercher ce pour quoi tu es venu, homme aux pieds nus.
De la lecture à la course il n’y a qu’une pensée qui nous inspire, nous aide et nous galvanise. La pensée que là-bas, nous attend Yewebdar. Notre chère Yewebdar. Épouse fidèle qui comme Pénélope attend le retour de son héros. Qu’elle se rassure nous serons moins longs que l’homérique Ulysse et nous rapporterons le précieux. Une médaille d’or. La première du sol africain.
Sous l’arc de Constantin, peuple de l’Italie, venez voir passer Abebe. À la botte de Mussolini, vous avez vu partir d’ici, dans l’ancien temps, les chemises noires vociférant leur haine et leurs armes sur les terres du négus Hailé Sélassié 1er. Mais ça c’était avant. Pendant la guerre. Désormais les fusils se sont tus, mais pas les rancœurs.
Peuple de l’Italie, sous l’arc de Constantin, venez voir passer Abebe. Sous l’arc du triomphe, ce 10 septembre 1960 Addis Abeba est vengée. Viva Abebe !
Tu es venu, tu as vu, tu as couru !
J’ai vu, j’ai lu et j’ai su Abebe !
Et parce que vous aimez le large, je vous souhaite, cher Sylvain Coher, bon vent.
Sébastien Beaujault

“Vaincre à Rome”
Sylvain Coher
Actes Sud

Pour vous entendre et mieux comprendre : Ground Control

 

Cher Arnaud Jamin,

la procrastination que j’élève, chaque jour, au rang d’un art à part entière, produit sur moi un phénomène inattendu. Je deviens bâtisseur. Oui, je construis, je suis architecte d’un monument toujours plus haut, plus grand, plus impressionnant. Cette méga structure, je l’ai nommée : “Ma pile de livres à lire”. J’en rajoute un, presque quotidiennement. Je m’assure, régulièrement, par de rapides vérifications techniques qu’elle ne va pas vaciller et s’écrouler comme un vulgaire château de cartes. Le plus beau serait peut-être, qu’elle s’échoue sur moi. “Mort enseveli sous une pile de livres à lire” inscrirait-on alors, comme épitaphe sur ma tombe. La grande classe !
Mais avant d’en arriver là, c’est en réécoutant le dernier épisode “des éclaireurs”, que me vient, soudainement l’idée, de tirer, très délicatement (pour ne pas faire trembler ce monstre de papiers), votre ouvrage : “le caprice Hingis”. Et je me flagellai en me disant que j’aurais dû le lire plutôt, au regard de la nationalité de la joueuse en question et le pays d’origine de ce quotidien qui me fait l’honneur de m’accueillir en son sein.
Sachez, cher Arnaud Jamin, que j’aime à murmurer les mots tapés sur le clavier. Et je nota en le lisant, une certaine musicalité dans ce titre : “le caprice Hingis”.
Ça sonne comme le titre d’une chanson, fredonnée dans les allées de Roland un 5 juin 1999. “Le caprice Hingis”, c’est comme un sacrifice vécu jusqu’à l’hallali. Les chiens ont été lâchés, au bord du précipice. “Le caprice Hingis” est une mise à mort. Le corps meurtrit, les plaies béantes, un genou sur la terre, battue par les vents de la colère d’un public enragé qui a choisi son camp. La bête suffocante ne se relèvera pas. On brandira, une nouvelle fois les oreilles et la queue d’une petite suisse au “caprice d’Hingis”.
“Le caprice Hingis” comme un maléfice. Les fées se sont penchées sur le berceau de la jeune Martina. Elle gagnera, oui, beaucoup, mais pas ce tournoi, pas là, pas maintenant. “Le caprice Hingis” comme un calice bu, jusqu’à la lie. “Le caprice Hingins”, comme un supplice !
Mais “au caprice Hingis” se lève un souffle nouveau, celui de la révolte. Celui de vouloir casser les codes bien habillés et bien établis du monde du tennis. Qu’importe : “le filet tu ne dois pas franchir”. “Au caprice d’Hingis” on aime tout envoyer en l’air, les principes, les traditions, les règles, le protocole, la table des commandements. Ce n’est pas une révolte, Sir, c’est une révolution.
Sur ce, je vous laisse, cher Arnaud Jamin, à vos nombreuses occupations. Et je m’en vais remettre votre ouvrage, très délicatement dans une autre structure en perpétuelle construction : “ma pile de livres lus”.
Sébastien Beaujault

“le caprice Hingins”
Arnaud Jamin
Editions Salto

Chers “éclaireurs”,

quelle belle initiative d’inscrire au fronton de l’Apollo sporting club à Paris, la thématique suivante : “la culture et le sport : je t’aime moi non plus ?”. Quelle bonne idée de convoquer quelques jolies plumes du moment pour en débattre (voir ci-dessous). Avec, comme fantaisie, l’installation de tous ce petit monde à l’intérieur d’un ring. Coup de maître, tant la réalisation technique s’est régalée à filmer, entre les cordes.
Que l’on se rassure, lors de ce débat (initié par les centres culturels Leclerc), les gants de boxe ne furent pas de sorties. Pas de coups en dessous de la ceinture non plus, pas de crochets, d’uppercuts. Les murs, à la peinture encore fraîche, de l’Apollo, resteront blancs, le sang des gladiateurs ne coulera pas ici, pas maintenant.
Alors “la culture et le sport : je t’aime moi non plus ?”.
S’il est difficile de répondre à cette question en 1heure et demie d’émission, même si l’on s’est écarté, parfois de l’interrogation “Gainsbouriene”, il n’en est pas moins que les interventions des uns et des autres furent d’une grande richesse (évidemment dû à la qualité des protagonistes).
Bien sûr le constat est accablant. Choisis ton camp camarade. Soulève de la fonte dans les salles surchauffées à la testostérone ou, dans un bureau poussiéreux de littérature d’un autre âge, lis et relis les œuvres de la Pléiade. Mais à coup sûr, tu ne peux être les deux. Guillaume Martin, cycliste professionnel et master de philosophie en bandoulière, est l’exception qui confirme la règle et s’en émeut : “je suis un peu triste que ces deux univers-là ne se parlent pas, je montre que l’on peut faire les deux”.
Eh oui, un auteur de livres de sport n’est pas invité chez François Busnel. Comme le précise, l’animateur de cette émission, Frédéric Taddeï : “c’est vu comme de la culture au rabais” et Jean-Philippe Bouchard, éditeur de son état, de nous porter le coup de grâce : “on ne fera pas avancer la littérature avec ça”. C’est évident, mais le Prix Goncourt non plus.
Mais comme souvent, il y a des motifs d’espoir. Kris, scénariste de BD parle “d’écrire, avant tout, pour retrouver une émotion” et comme il le fait si bien, pour la partager, aussi.
Et par ce qu’en ce bas monde, rien n’est perdu, “Moi je pense que ça donne une ouverture à la jeunesse, la littérature sportive revient en avant”, Maria Ribeiro Tavarès (spécialiste du saut à la perche) nous met en joie.
Le mot de la fin, et qui résume très bien ce que l’on défend, ici, sur ce blog, est pour Arnaud Jamin, programmateur à “L’oeil du tigre” sur France Inter : “on est en train de donner des bonnes nouvelles, l’invention d’un genre, l’invention d’un genre culturel : la littérature sportive”.
Tout est dit ! Le Combat continue !
Sébastien Beaujault

Les intervenants :
– Arnaud Jamin : auteur du livre “le caprice Hingins” chez Salto
– Kris : scénariste de BD historicosportive “Un maillot pour l’Algérie” “Violette Morris
– Jean-Philippe Bouchard : éditeur chez Solar éditions et auteur
– Guillaume Martin : auteur du livre “Socrate à vélo”
– Maria Ribeiro Tavarès : spécialiste du saut à la perche
– Sylvain Coher : auteur du livre “Vaincre à Rome”

Pour réécouter l’émission “les éclaireurs” en intégralité

Chère Marie-Amélie Le Fur,

je ne vous connais pas, mais il y a bien un mot qui ne doit pas être écrit dans votre dictionnaire amoureux de la vie c’est “résignation”. Avec ses synonymes “fatalisme”, “abandon”, “renoncement” vous avez placé, le tout, dans un sac, bien ficelé, pour qu’ils ne s’en échappent pas et vous avez jeté l’objet dans un puits sans fond.
De toute évidence, vous avez le don de rebondir, quoi qu’il arrive.
Je ne dirais pas “autobiographie”, je n’aime pas ce terme, je lui préfère “tranche de vie”. Et pour vous, quelle vie ! Les fées qui se sont penchées sur votre berceau devaient être de vieilles peaux, édentées se morfondant dans des bars à ennuis. Qu’elles soient bannies à tout jamais. Mais ce n’est pas très grave, l’essentiel est ailleurs.
Ce livre est écrit avec le cœur, la plume trempée dans les fêlures, putain de voiture ! Il est plaie et blessure. Bonjour tristesse ? Non, pas le genre de la maison. Même diminuée, dans votre propre chair, vous vous tenez debout. Mieux, vous courez. Vous courez, entre les lignes, de tour de piste en tour de piste, il vous arrive même de voler, oui de voler.
Ici pas de fioritures, d’artifices, c’est limpide, clair. C’est écrit au caractère. Et vous n’en manquez pas. Vous regardez le verre à moitié plein. L’espoir a horreur du vide.
Oui, chère Marie-Amélie, nous le comprenons très bien à vous lire, qu’une sportive de haut niveau, valide ou non, c’est du pareil au même. C’est “du sang, du labeur, des larmes, de la sueur”. Les médailles autour du cou, chez vous teintées d’or, ne se gagnent pas sans souffrance, ni sacrifices. Les médailles autour du cou, ont aussi le goût de l’absence et de l’éloignement. Des heures éveillées à penser à l’autre, si loin. On dort très mal dans les chambres d’appel. Mais les médailles autour du cou sont aussi là pour nous rappeler que vous avez été jusqu’au bout.
Poser des mots, écrire sa vie, ce n’est pas évident, c’est de l’intime évidemment. C’est évoquer les siens. Ces “bienveillants” qui vous soutiennent et qui vous aiment. Celles et ceux que l’on croise, en tribune, à Rio, Doha, Christchurch…celles et ceux que vous cherchez du regard avant le coup de feu.
A vous suivre, on apprend que les défaites, les désillusions ne sont que des planches d’appel pour décrocher la lune et pour vous, les étoiles.
Merci, aussi, d’avoir convié dans vos pages, Haile Gebreselassie et Hicham El Gerrouj. Ils ont construit mon émotion sportive. Ils sont champions olympiques, tiens, vous aussi.
Chère Marie-Amélie, ce livre est évidemment, un livre d’espoir. Soyez fière du parcours accompli. Ne vous retournez pas trop tôt, un jour il sera temps, mais pas maintenant. Car l’année prochaine, de toute évidence, je suivrai vos pas…japonais. Il sera temps, alors de rajouter un nouveau chapitre (et une nouvelle médaille ?) à : “fais de ta vie un rêve”.
Sébastien Beaujault

“Fais de ta vie un rêve”
Marie-Amélie Le Fur
Plume d’éléphant éditions

Cher Pierre Carrey,

c’est le reflet de ma vie, j’existe à contre-temps. Et le pire, c’est que je ne le fais pas exprès.
J’aurais sans doute dû sortir cette chronique, début mai, pour coller à l’actualité cycliste. Mais me voici, en ce début d’automne, loin de la dernière édition du Tour d’Italie, à lire “Giro” (je vous entends me dire, de là où vous êtes, avec votre bienveillance habituelle à mon égard, que je suis, aussi, en avance sur le prochain !). Ce n’est pas faux !
Qu’importe, la saison se prête allègrement à la lecture et les feuilles comme les vélos se ramassent à l’appel de cet octobre…rose !
A vous lire, cette compétition, c’est un roc, c’est un cap, que dis-je, c’est un cap, c’est une péninsule !
Où l’on érige des statues en haut des Dolomites à ceux qui les ont vaincues. Où se trame pléthore de complots, de compromis, d’alliances en tous genres. Où la roublardise est devenue un sport national. Où l’on jette des fioles dans les buissons, qui deviendront ardents. Où, sans opiniâtretés, sans mollets, sans don de soi, on ne gagne pas, ici.
Où la ferveur de la course a fait sortir, par milliers, des oratori italiennes, des passionnés, venus, sur les routes défoncées, boueuses, neigeuses, encourager, accompagner (pousser ?) leurs “Campionisimmo”.
Où l’on se chuchote, à l’heure des sermons, sur les bancs en bois des églises, les échappées de la veille, les exploits de demain. Écoutez le confessionnal, vous entendrez parler vélo, vous entendrez parler Giro. Les papes en sont venus à douter d’eux-mêmes, car les Dieux, ici, se nomment Bartali, Coppi, Girardengo ou Binda.
Où l’on a entendu le bruit des bottes et vu les chemises noires sur le bord des routes. Le Tour d’Italie en fut brisé, outragé, martyrisé, mais le Tour d’Italie s’est libéré, relevé et s’est enchanté des assauts de Gaul.
Où l’on envoie aux quintuples : Merckx, Binda et Coppi. Où flottent aussi, aux vents tourmentés, sur les fanions et pour l’éternité, les noms de Fignon, Hindurain, Anquetil, Nibali, Pantani, Hinault…
Ce livre est en fait, une commode à tiroirs que l’on ouvre et referme avec délectation. On en ressort mille et une histoire du Tour d’Italie, éparpillées façon puzzle. Je ne les retiendrais pas toutes en mémoire, qu’importe, que la sensation est douce.
Sachez, cher Pierre, que vous êtes un narrateur, que dis-je un narrateur, vous êtes un conteur ! Vous nous invitez à la veillée. L’on entendrait presque le crépitement du bois qui se consume dans la cheminée et qui réchauffe les âmes et les cœurs aux hivers ruraux et rigoureux d’antan.
Il nous faut à présent, installer ce meuble à tiroirs, cette commode à histoires, dans le salon. Et l’habiller, tendrement, en ce mois d’octobre, d’un joli bouquet…de roses.
Sébastien Beaujault

Cher Marin Ledun,

il est nul doute, que vous maitrisez l’art de nous faire vaciller. De nous mettre en sueur, en déshydratation. Vous avez le talent de nous phagocyter la voûte plantaire. De nous réduire à moitié d’hommes. De disperser nos neurones façon puzzle.
Ici, votre héroïne, Vera, porte les stigmates d’une déchéance sportive. Une radiation pour dopage. 8 ans à attendre aux portes de l’Enfer, dans l’Élysée (lieu où les âmes vertueuses attendent une réincarnation). Et donc vient le temps de la  rémission.
La piste en élastomère pour décorum. 24 heures pour se racheter, pour se venger, pour gagner. Pour aller chercher l’Ibérique Michele Colnago, l’éternelle rivale.
Vous nous emportez dans une discipline sportive méconnue car bien trop exigeante. Elle inflige à celles et ceux qui la choisissent des souffrances à la limite du supportable. Ces circadiens (comme on les nomme), ces forçats de la course à pied, peuple solitaire dans l’effort, tournent en rond, des heures et des heures car le temps leur aient compté.
Je sais, un peu, de ce monde-là. J’ai, dans un cercle des connaissances, un toujours recordman de France des 24 heures sur route depuis 1999 : Alain Prual. Je sais, un peu, ce qu’il a fallu endurer pour en arriver là.
Cher Marin Ledun, je pense que, déjà, nous ne sommes pas nés pour cela. Je veux dire, courir autant, courir au temps. Et comme cela ne suffisait pas, dans ce court roman (70 pages), vous rajoutez de la souffrance à la douleur. Vous êtes donc sans pitié. Sous votre imagination sans limite, rien ne leur sera épargné, ni à l’une, ni à l’autre. Sur la piste bien entendu, mais aussi aux abords des mains courantes, dans les lieux les plus intimes…la sueur, la peur, l’incompréhensible, l’injustice…tout, nous tient en haleine.
Et l’on finit le livre, harassé, à chercher un second souffle. Le regard troublé, les muscles hurlant à la mort, notre esprit déstructuré…
Il est donc vrai, aucune bête ne mérite cela.
A leurs corps défendant
Sébastien Beaujault

“Aucune bête”
Marin Ledun
Les éditions In8

 

Cher Grégory Nicolas,

que la vie est douce à l’ombre des grands arbres. Des tilleuls ? L’on peut s’y retrouver avec les très proches, pour partager un excellent Morgon. Le temps est à la discussion. Autour du vin, du vélo, des hommes et…des équipiers.
Ces docteurs ès labeur, ces travailleurs. Ils sont vingt et cent, ils sont des milliers. Ils sont sans fleurs ni couronnes. Sans baisers à l’arrivée, sans Miss beauté à leurs côtés. Sans podiums, sans trophées sur la cheminée. Sans palmarès, sans lignes dans les livres d’histoire du cyclisme.
Qu’importe, ils sont invisiblement vivants. Invisiblement présents. Pour la plupart, ils sont et ont voulu, en toute conscience, être serviteur. Comme un sacerdoce. L’ombre et l’anonymat comme habits de Chœur. Pour le commun des spectateurs, les équipiers sont des prises accessoires.
Au fil des pages, vous entrez en intimité chez ses sans grades. Vous avez voulu écrire un livre sur le vélo, sans doute. Il en ressort, je pense, bien plus. Un livre sur l’amitié. Sur ses liens forts qui les unis. Sur la persévérance et le dépouillement des corps et des âmes. Sur le don De soi.
Sachez que votre écrit est universel. Je veux dire en cela que nous avons tous quelque part, à l’ombre d’un arbre généalogique, un Père Boshat. Un Louison Bobet qui rentre, dans l’estaminet et salue la compagnie.
Nous avons tous, croisé, sur un terrain de jeu, un Perrig Quéméneur, que l’on a honni et avec qui, quelques années plus tard, l’on se lie. Un Pierre Roland qui convole en juste noce avec une cousine. Pas peu fier que nous sommes, d’avoir un héros sportif dans la famille. On n’a pas très loin, un exemplaire et rassurant, Axel Domont.
Et puis un livre ne serait pas à conseiller, s’il n’y avait pas à l’intérieur, des instants à vous arracher les viscères. Clément Chevrier, devenu fil de fer. Plus léger que l’air. Vouloir voler, ne pas pédaler, voler dans les montées. Au risque et péril d’un corps décharné. Témoignage troublant. Sujet tabou ?
A force d’opiniâtreté, de volonté, vous vous surprenez à suivre l’équipe de France aux championnats du monde. Pas derrière les mains courantes, pas dans les salles de presse, non au saut du lit. Vous côtoyez les meilleurs. Ceux dont on a tellement parlé cet été. Et par là-même, vous rencontrez la statue du commandeur. Légendes vivantes du vélo. Gardien du dogme et des idées : Cyrille Guimard. A vous lire, sans doute pas l’homme que l’on imagine. Sans doute tendre et touchant.
Cher Grégory Nicolas, sachez qu’un jour, il nous faudra nous retrouver, à l’ombre des grands arbres, un tilleul ? A déguster un sublime Morgon. Vous me parlerez de vin, de l’art, les lendemains de cuite, d’un cafetier corse qui hait les Bretons, du départ de Waddle de Marseille et surtout…des équipiers.
Sébastien Beaujault

“Équipiers”
Grégory Nicolas
Hugo sport

Cher Olivier Haralambon,

Je vous hais, je vous déteste, je vous honnis ! Je n’ai qu’un seul souhait, en refermant “mes coureurs imaginaires”, c’est de vous écarteler, place de Grève, avec des chevaux de trait à qui je commanderais de ne pas aller trop vite.
De piètre blogueur littéraire, porté aux nues par quelques compliments bienveillants, j’ai rêvé, à mon tour, de passer de l’autre côté de la barrière et de me mettre à l’écriture et… je vous ai lu !
Comment ai-je pu, ne serais-ce qu’un instant, fantasmer sur la sortie d’un ouvrage quand il y a, dans un coin de ma table de chevet, un livre d’Oliver Haralambon ? Je vais de ce pas me flageller de ses pensées obscènes.
Eric Naulleau a raison quand il dit : “Je donnerais cher pour avoir écrit ne serait-ce qu’une phrase de « Mes coureurs imaginaires »”  . Et puis, après tout, je suis bien trop feignant et désormais trop vieux, pour écrire plus qu’un article sur un blog.
Cher Olivier, comme votre précédent ouvrage “le coureur et son ombre”, nous voici transpercés d’une plume trempée dans un encrier d’érudition. Je vous rassure, le supplice est très largement supportable et je le conseille à tous.
Dans “mes coureurs imaginaires”, ils sont 12 à votre table des matières. Apôtres de l’effort et de la bicyclette. Hommes, femmes, jeunes, vieux, glorieux ou besogneux. Bien sûr, certains se reconnaîtront.
Vous avez ce talent, une nouvelle fois, de nous inviter aux fonds des âmes. Vous nous plongez dans l’intime de ces esthètes de la pédale. Je veux dire en cela que nous éprouvons réellement, à la lecture, ce que ressente psychologiquement, physiologiquement ces coureurs ou anciens coureurs. Et dans la descente, vive et enivrante, l’empathie pour ces coureurs imaginaires nous envahis.
Qu’ils soient cloués à leur fauteuil, vissés à leur monture, au point de rupture…ils sont beaux à lire, le “prodige”, le “Jésus jardinier”, “l’impeccable”, “le confisqué”. Ils sont vos “coureurs imaginaires”, ils en deviennent les nôtres.
Cher Olivier, vous glorifiez la littérature sportive. Celle qu’on aime, qui nous submerge, qui nous emporte comme un tsunami. Vous lire c’est ouvrir un espace-temps littéraire. C’est un moment de lévitation littéraire.
Permettez-moi de convoquer et de détourner, quelque peu, le philosophe Bernard Andrieu. Avant de vous lire, nous sommes “le corps vivant (corps en acte sans perception)”. A vous lire nous devenons “Le corps vécu (le corps percevant des sensations)” et vous, vous êtes “Le corps décrit (le corps pouvant mettre en mots ses sensations)”.
Quand on termine votre ouvrage, il n’y a pas de doute permis, l’on se sent plus léger, plus intelligent aussi. Oui plus intelligent. Mais cela ne dure…qu’un instant.
Alors revenez nous vite !
Sébastien Beaujault

“Mes coureurs imaginaires”
Olivier Haralambon
Premier Parallèle