Le salaire de la peur

Après avoir fait s’envoler sa prospérité grâce au reste du monde, la Suisse choisit de s’écraser de ses propres ailes.
Le oui à l’initiative de l’UDC, auquel je ne m’attendais pas malgré la progression dans les sondages, est un signal fort qu’à force de jouer avec le feu, nous avons perdu le contrôle. Face à la politique de la peur menée par l’UDC, l’ensemble des autres acteurs aurait dû avoir un discours clair contre la vision de l’étranger qui causerait tous nos maux. Nous devrons assumer toutes les conséquences de ce choix du peuple suisse, mais certainement que nous n’en serions pas là si la majorité politique avait combattu clairement les problèmes tels que le dumping salarial et le travail au noir.

La peur est notre ennemi commun.
Alors que notre pays s’en sort bien dans une Europe particulièrement morose, nous arrivons encore à être contrôlés par la peur. Lorsque l’UDC en a fait son beurre électoral, nombreux sont ceux qui ont suivi, en l’utilisant constamment comme argument électoral. La peur, c’est rapide, c’est efficace, c’est convaincant. Mais l’abus de cette source de voix nous pousse à voter en voulant « donner un signal » plutôt qu’en choisissant une politique. Cela nous pousse à faire un « coup de gueule », plutôt que donner un avis.

Les solutions de demain.
Comment devons-nous nous relever de ce nouveau dimanche noir? Certainement pas en nous plaignant. Si nous voulons retourner cette situation, il faut agir, et montrer que ces actes ont plus d’effet que le rejet de l’autre. Bien sûr, nous verrons dans cinq ans que les conséquences de ce choix seront négatives, et nous pourrons observer cette nouvelle barrière à la prospérité, même si certains s’en sortiront. Mais il faudra aussi tirer les conséquences : si nous voulons continuer à profiter de ce que nous apportent nos relations internationales, nous devons répartir cette valeur équitablement. Des mesures comme le salaire minimum, les contrôles des conditions de travail, la lutte contre le travail au noir (et pas contre les travailleurs), doivent maintenant devenir une priorité. L’économie devrait porter elle aussi ces projets, pour qu’elle puisse bénéficier à nouveau pleinement des avantages de la libre circulation et de relations amicales avec les autres pays de ce monde.

Une prise de conscience.
Je n’ai jamais été un partisan de la politique du pire. Mais maintenant que nous constatons que nous avons choisi de suivre l’UDC qui a souhaité arrêter nettement notre manière de collaborer avec l’Union Européenne, beaucoup de choses sont à reconstruire. Mais ce sera maintenant aux opposants à l’initiative, unis sur ce thème, de montrer les conséquences de ce choix, et de créer pour le futur une vision nouvelle qui j’en suis sur pourrait à nouveau convaincre le peuple de remplacer sa peur par une émotion plus saine, l’espoir.

 

 

 

 

Samuel Bendahan

Conseiller national socialiste vaudois et Docteur en sciences économiques, Samuel Bendahan enseigne à HEC Lausanne (UNIL) et à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), au Collège des humanités et y fait de la recherche. Il est également président de BSC Association, une entreprise organisée sous forme d'association à but non lucratif.

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