RIE 3 et Naturalisations: la victoire du travail ensemble

Parfois on gagne, parfois on perd. Ce week-end du 12 février 2017 aura été l’occasion pour le peuple Suisse de rappeler que personne n’est tout puissant dans un pays qui valorise le travail ensemble et qui a été construit grâce à une multitude de gens qui ne méritent pas d’être diabolisés.

C’est avec satisfaction que j’ai découvert après la victoire du non à la RIE 3 le communiqué du PS Suisse, qui a d’emblée annoncé qu’il tiendrait parole et déposerait à la première heure une feuille de route pour une RIE 3 plus juste. C’est ce qui a été dit en pleine campagne : il n’y avait pas de projet caché pour détruire la réforme, mais une révolte contre une majorité du parlement qui a violé l’une des règles implicites de notre pays : celle du compromis helvétique.

Ce non à la RIE 3 est très important pour notre pays, car il rappelle que quelles que soient nos opinions, même si à un moment donné on peut tenter un passage en force, la démocratie directe nous rappelle qu’elle n’est pas prête à avaler n’importe quoi, malgré la disproportion massive de moyens entre le camp du oui et du non.

La gauche ne demandait pas d’imposer sa vision, mais un paquet équilibré, et j’espère vivement que le parlement, après avoir entendu le peuple, acceptera de faire cela.

C’est très simple : une RIE 3 dans la ligne de celle qui avait été proposée par le Conseil Fédéral (qui n’est pas de gauche).

De la RIE 3, il faut garder :

  • La suppression des statuts spéciaux
  • Un taux unique d’imposition (ce qui augmentera les impôts des entreprises qui gagnent leur argent à l’étranger et le baissera pour la masse des autres entreprises)
  • Une aide financière aux cantons et communes, comme dans le projet voté

Mais il faut supprimer ce que les référendaires ont critiqué :

  • Intérêts notionnels
  • Déductions fictives de toutes sortes
  • Patent box abusives

Bref, il faut que la réforme soit supportable pour les finances publiques, par exemple en introduisant une imposition des gains en capitaux ou des dividendes pour compenser une partie des pertes, comme le prévoyait le conseil fédéral (pas de gauche, comme je le disais).

Il est obligatoire de faire cette réforme vite, mais il est salutaire de voir que le peuple suisse, très largement, n’a pas accepté le chantage qui lui a été fait : « Vous êtes obligés d’accepter la réforme, donc vous êtes obligés d’accepter un boulet scandaleux qu’on vous rajoute, et qui vous coutera très cher ». Nous voulons la réforme, rien que la réforme et juste la réforme, sans ravager notre pays au passage.

Je profite de l’occasion pour saluer l’autre victoire pour notre pays : la naturalisation facilitée. Certes, il s’agit d’un pas relativement symbolique, puisqu’il ne concerne pas beaucoup de monde et la naturalisation n’est même pas automatique. Mais c’est beau de voir que quelque chose change dans notre pays depuis quelques temps. Il ne suffit pas de mettre une Burka pour enrager la population devant son bulletin de vote. Je pense qu’enfin, petit-à-petit, nous recommençons à reconnaitre que nous avons construit ce pays aussi grâce à des étrangers qui s’y sont établis sur plusieurs générations.

Avec la haine et la valorisation de l’ignorance qui ont explosé en 2016, peut-être qu’un contre coup commencera en 2017, en voyant que parfois on peut aller trop loin si l’on ne se guide que par nos peurs. Aujourd’hui, je pense que les gagnants comme les perdants peuvent se réjouir, d’une certaine façon, car ces résultats nous obligeront tous à travailler ensemble à l’écoute de l’autre. Nous y gagnerons, car c’est comme cela que nous sommes meilleurs.

 

Un éléphant, ça Trump énormément

L’éléphant (symbole des républicains) a écrasé l’âne (celui des démocrates). Le séisme des élections américaine est d’une ampleur massive, pas seulement au travers de l’élection de Trump. Les Républicains gardent le contrôle des deux chambres du parlement, et pourront nommer à loisir un juge qui garantira une majorité ultra-conservatrice à la cour suprême. Face à ce choc, beaucoup d’interrogations, qui demanderont du temps et de l’analyse. Mais voici en quelques points, une réaction à chaud à quelques questions qu’on peut se poser :

Comment se fait-il que les sondages se sont trompés à ce point ?

C’est ce qu’on appelle l’illusion de précision : les sondages donnent un chiffre précis, des pourcents de chances de gagner au centième près. On pense donc que c’est une donnée scientifique précise. Mais pour en arriver à ce chiffre, c’est un parcours semé de potentielles grosses erreurs :

–          Il faut trouver un échantillon représentatif, ce qui est impossible car des gens ne répondent pas, d’autres ne sont pas constatables facilement pour des sondages

–          Il faut que les gens disent la vérité. Or, on a vu dont beaucoup de votations que parfois les gens n’osent pas dire ce qu’ils votent

–          Il n’est pas suffisant de savoir ce que les gens pensent, il faut savoir s’ils vont aller voter : peut-être que les soutiens d’un candidat ont plus de chances de se mobiliser pour aller voter, ce qu’on n’arrive pas bien à prédire

–          Les sondages au niveau du vote populaire (majorité des gens) n’étaient pas si loin que cela de la réalité. Le système américain est toutefois beaucoup plus compliqué : il demande d’analyser chaque état, car quelques voix dans un état clé peuvent avoir un impact gigantesque sur le résultat final. Or, les marges d’erreur des sondages sont souvent beaucoup plus grandes que les marges de victoires dans les états clés (appelés « swing states »).

–          Beaucoup de gens peuvent changer d’avis d’un moment à l’autre.

En somme, lorsque l’on veut prédire quelque chose, on se base souvent sur l’histoire et le passé. Malheureusement, cela marche rarement car chaque évènement à son côté spécial. Dans l’élection Trump vs Clinton, la candidature spéciale de Trump et les affaires diverses dont des éléments qui chamboulent la donne. Le problème c’est la dictature des sondages. On se base sur eux pour créer un « storytelling », une histoire, mais on ne peut jamais vérifier si on comprend vraiment ce qu’il se passe, avant le jour J.

Quelles seront les conséquences de la triple majorité (Législatif, Judiciaire, Exécutif) républicaine ?

Les démocrates ne pourront quasiment rien faire pour bloquer un revirement politique massif. Il n’est évidemment pas clair de savoir quelles seront les priorités des conservateurs sur les prochaines années. Si un juge ultra-conservateur est nommé, il se peut que cela ait de grands impacts sur les progrès sociaux, car la cour suprême a énormément de pouvoir aux Etats-Unis. Trump n’ayant pas vraiment de programme politique, il y a fort à parier que l’agenda économique des républicains va beaucoup avancer.

Quelles seront les conséquences de l’élection de Trump pour les gens qui l’ont élu ?

C’est le grand paradoxe auquel nous n’avons pas vraiment de réponse. Comment se fait-il que beaucoup de personnes qui devraient en théorie être défendues par la gauche soutiennent des candidats de droite dure qui en réalité sont la cause de leurs problèmes ? Les républicains défendent des politiques qui stigmatisent les minorités et précarisent encore plus les personnes en difficulté, mais pourtant beaucoup d’entre elles pensent que Trump redonnera sa grandeur au pays. Une chose est sure : Trump ne pourra pas les aider. Impossible pour lui de tenir les promesses à l’emporte-pièces qu’il a fait. Il pourrait tenter de mener une politique de régulation du marché, mais son propre camp pourrait bien s’opposer massivement au parlement pour des raisons d’idéologie libérale de marché. Il aura donc les mains liées. C’est en effet impossible de ramener les jobs, bien payés, localement tout en promettant des prix cassés…

Quelles seront les conséquences économiques de l’élection de Trump ?

Certes, les marchés se sont écrasés. Mais il est impossible aujourd’hui de prédire les conséquences économiques, malgré les craintes énormes des entreprises. Le parlement pourrait bien jouer rôle de régulateur, malgré sa majorité de droite dure, concernant les mesures étranges qu’il pourrait proposer. Pour le reste, une accession des républicains pourrait bien contribuer à développer le fossé entre riches et pauvres, et rendre encore plus insatisfaits les personnes qui ont voté Trump par énervement.

Quelles seront les conséquences de l’élection de Trump pour le reste du monde ?

On dit souvent que le président des USA, c’est le président du monde. Et ce n’est pas si faux que cela. La position d’un pays aussi puissant sur des dossiers fondamentaux comme les conflits internationaux ou le changement climatique peut influencer à elle seule l’avancée globale sur ces dossiers. Ce sont des sujets importants, le changement climatique étant probablement le plus important, sur lesquels le nouveau président aura un impact important. Etant donné ses discours de déni de réalité, il y a de quoi s’inquiéter. D’autant plus qu’avec sa personnalité aléatoire, il pourrait avoir des attitudes très néfastes sur la scène internationale.

Qui va gagner dans 4 ans ?

Evidemment, je ne sais pas. Je n’arrive pas à m’imaginer un chemin où il ne décevrait pas ses électeurs, et si les démocrates trouvent une candidate ou un candidat sans scandale et de qualité, je n’arrive pas à imaginer une défaite de cette nouvelle candidature contre la fraude que représente Trump. Mais bon, on est beaucoup à cette trompé cette fois-ci…  Même Obama a dit qu’il avait foi dans le côté raisonnable du peuple américain. Il a dû passer une dure nuit, lui aussi, car il assumera en partie la responsabilité de cette débâcle.

Quels parallèles avec le vote protestataire dans les autres pays ?

On retrouve dans de nombreux pays le phénomène du vote contestataire inattendu. Cela va du Brexit au 9 février sur l’immigration, des minarets à la montée des extrêmes droites en Europe. Les gouvernements ont dans beaucoup de cas de la peine à répondre aux besoins de la population précarisée. C’est en partie dû au fait que le système capitaliste est de nature à concentrer les richesses, et à laisser sur le carreau une majorité des gens. Les Etats-Unis sont un cas extrême. Si le revenu moyen se rapproche de celui en Suisse, il est si inégalement réparti que les gens en difficulté financières sont légion. Ce qui est fou, c’est que la gauche n’arrive pas à récupérer cette insatisfaction, et que cette dernière se tourne vers des partis et candidats qui défendent de façon encore plus extrême la même idéologie qui les détruit.

Et maintenant ? Que vais-je faire ?

Certainement, personne n’a vraiment trouvé la réponse à cette question. Comment redonner l’espoir quand la peur gouverne ? Comment reconquérir le cœur des gens, mais aussi redonner ses lettres de noblesse à la raison ? La première réponse est dans la question. Il faut faire, agir, démontrer des succès. Je pense qu’heureusement des « success stories », ça arrive, par exemple en Suisse. A mon avis, les mouvements extrémistes présents dans tous les pays se heurteront finalement à la réalité des faits. Mais à ce moment, il faudra une alternative crédible qui rende aux gens la confiance dans le système. Un mouvement peut convaincre beaucoup de monde, ou les Trumper, pendant une certaine période. Mais pour créer un changement durable, il faut un résultat. 

AVS: augmenter l’âge ou la rente?

Nous sommes fiers de notre AVS! Quel avenir lui donner: augmenter l'âge de la retraite, ou augmenter les rentes? Augmenter l'âge de la retraite ne rapportera rien à l'état, mais pourrait coûter beaucoup aux personnes actives, tout en maintenant dans la pauvreté un grand nombre de personnes qui ont pourtant beaucoup contribué au succès de la Suisse.

 

Break it!

Il y a comme un air de déjà vu ! Une votation au résultat incertain divise un pays en deux. Le résultat penche du côté de cette moitié un peu plus grande que l’autre qui choisit de plonger le reste dans une nouvelle crise, comme si on en avait besoin.

Oups !

Cela vous est peut-être déjà arrivé. Vous vous fâchez contre quelqu’un que vous aimez beaucoup. Peut-être que vous avez même raison. Mais du coup, vous vous emportez et dites des choses, faites des choses que vous regrettez ensuite. En général, tout va bien, on peut admettre à tête reposée qu’on s’est emporté et que nous ne pensions pas ce que nous avions dit. Mais dans le cas du « Brexit », tout comme le 9 février chez nous, pas possible d’annuler son vote si on se rend compte que les conséquences sont plus grave que ce qu’on avait imaginé. La démocratie, c’est le droit de faire des erreurs. Les partisans du « remain » peuvent se rassurer : les pays où l’on fait taire le peuple lorsqu’on est pas d’accord avec vont encore moins bien que n’ira le Royaume-Uni (ou peut-être plus Uni) même dans les plus mauvais scénarios.

Qui saute de joie ?

Tout le monde n’est pas triste aujourd’hui. Evidemment, les extrêmes droites, y compris chez nous, sautent de joie comme elles l’ont fait le 9 février. D’ailleurs, aussi comme le 9 février, elles ne répareront probablement pas elles-mêmes ce qu’elles ont détruit. Mais ces partis populistes, isolationnistes qui montent dans de nombreux pays occidentaux réussissent ou les autres échouent : canaliser la colère légitime d’une partie de la population laissée pour compte par notre système.

Il y a des gens qui ont gagné pas mal d’argent ce soir !

Mais il y aura certainement d’autres personnes qui vont être heureuses. Par exemple les spéculateurs qui se sont donné à cœur joie. Si vous êtes un fond d’investissement ou un spéculateur, il est possible de miser sur des produits dérivés qui fonctionnent un peu différemment des titres boursiers classiques. Vous pouvez créer un instrument financier qui vous fait perdre de l’argent si la Livre reste stable, mais qui vous fait gagner beaucoup d’argent si elle chute ou si elle prend de la valeur. Cette volatilité était prévisible, car la valeur de la livre était probablement quelque part au milieu entre une chute et une reprise de valeur. Avec la volatilité massive de la livre, et du reste de la bourse, beaucoup de gens vont perdre de l’argent, mais beaucoup de spéculateurs vont aussi gagner.

Quels seront les dégâts ?

Evidemment, d’autres financiers, surtout basés à Londres, ne seront pas très contents de ce qu’il vient de se passer, sans parler de l’industrie et de la plupart des milieux économiques. A force de blâmer l’extérieur pour ses erreurs on donne l’impression que si nous étions seuls tout irait mieux. Mais ce n’est pas comme cela que fonctionne l’économie. Le fait de pouvoir librement commercer ou migrer dans une zone plus grande crée énormément de valeur. Le problème, c’est qu’avec arrogance, la plupart de cette valeur a été gardée par une minorité de personnes et la population ne voyait pas la couleur de ce qui a été créé.

Ce qui nous arrive à toutes et tous aujourd’hui devrait aussi servir de leçon. Lorsque nous trouvons des idées pour progresser, il est important de faire bénéficier à tous de ce progrès, car sinon la révolte pousse ceux qui ne voient pas leur avantage à détruire celui des autres.

Le pouvoir glisse

Difficile à dire si finalement le Brexit se passera sans trop d’encombres ou si c’est un séisme annonciateur d’un Tsunami. Une chose est sure : c’est encore un coup de frein au travail ensemble, ce qui est déjà si difficile. Moins les états arrivent à s’allier pour se mettre d’accord, plus d’autres forces, comme des multinationales, seront puissantes pour gouverner nos destins. 

Les boulets de l’UDC

Le résultat du 28 février 2016 est certes une grande victoire pour la Suisse et l’état de droit. Cela nous donne aussi de l’espoir pour les défis à venir pour notre pays. Après l’acceptation de tant d’initiative populistes et agressives, comment se fait-il que le peuple donne un non si massif ? Comment le peuple qui accepte une initiative contre les travailleurs étrangers peut refuser ainsi un texte qui s’attaque pourtant aux criminels étrangers ?

Le problème de l’UDC, c’est qu’à chaque fois qu’elle gagne une initiative, elle la traine comme un boulet.

Chaque initiative de l’UDC acceptée nous amène chaque jour des embuches, des problèmes, des ennuis et des difficultés. Est-ce que les problèmes dénoncés ont été résolus ? Par contre, nous restons la risée pour avoir interdit les minarets, et il n’existe pas un jour sans que les conséquences économiques de l’initiative de l’UDC du 9 février se fassent sentir.

L’épreuve de la réalité

Alors peut-être que les gens se disent qu’avant d’accepter des textes de plus en plus extrêmes, il est temps que les formules à l’emporte-pièce de l’UDC fassent leurs preuves. Et c’est ça le problème quand vous gagnez les votations : on doit vraiment appliquer ce qui a été voté, et on peut observer les conséquences directes.

Réparer les dégâts

Nous voyons tous aujourd’hui à quel point nous devrons dépenser une énergie considérable pour mettre en œuvre l’initiative du 9 février, et que nous ne pourrons que limiter les dégâts qu’elle causera, notamment dans nos plus grandes forces comme la recherche et la formation de haut niveau. Le dumping salariale et fiscal, pourtant, vont toujours rester. C’est à l’épreuve de la réalité que le populisme s’écrase.

L’apogée annonce…

L’UDC est aujourd’hui à son apogée. Les personnes déçues et énervées par le système font encore confiance à ce parti. Toutefois, son incapacité à réellement améliorer la vie des gens se paiera cher ces prochaines années, et nous pourrons alors aller vers une ère nouvelle. Certes, les autres partis devront changer certaines choses et mieux se positionner sur certains domaines. L’UDC par contre convaincra de moins en moins avec le discours de haine qui ne débouche que sur plus de mal, et sera probablement forcée à évoluer à nouveau. La tâche deviendra plus difficile encore lorsque les grands financeurs du parti auront disparu, annihilant par là le pilier principal du succès du parti.

… le déclin

L’apogée de l’UDC appelle donc à un prochain déclin, mais celui-ci prendra du temps, et les autres acteurs de la scène politique ont un travail de conviction à faire pour que les personnes qu’ils ont déçu par le passé se remettent à faire confiance à ce qui fait la force de notre pays, et la vraie fierté de sa population : notre ouverture, la qualité suisse, l’humanisme et notre amour de faire des choses qui sont bien, autant que celui de bien faire les choses. 

La victoire d'aujourd'hui pour le peuple suisse n'est qu'un petit pas, qui prouve qu'on peut faire quelque chose contre le discours diabolique de haine aveugle. Toutefois, il reste encore un grand travail à faire pour expliquer, convaincre et proposer des choses concrètes qui redonnent à plus de monde fierté, confiance et espoir autour d'un vrai projet pour notre pays. 

Ça s’annonce mâle pour les femmes

Sale temps pour l’égalité entre femmes et hommes. Alors que la Suisse disposait le 22 septembre 2010 d’un gouvernement composé à majorité féminine, nous nous retrouvons cinq ans plus tard avec deux femmes, cinq hommes, et en plus un nouveau chancelier homme qui lui aussi remplace une femme.

Un retour en arrière politique

Toutefois, le problème plus grand encore sera l’évolution de la politique en matière d’égalité. Nous n’avons pas seulement vécu une élection d’un homme, mais un changement drastique de majorité, amorcé par les résultats des élections du 18 octobre. Alors que beaucoup de ce qui marche bien dans notre pays se base sur notre logique de concordance, nous nous retrouvons, comme pendant la période ou Blocher était au Conseil Fédéral, avec une majorité de droite dure PLR et UDC au gouvernement. Ces deux partis, représentés par 100% d’hommes au gouvernement, ont en horreur les mesures qui visent à réduire les inégalités. Même avant les élections du 18 octobre, il était difficile de mettre en place des politiques, surtout contraignantes, pour faire respecter l’égalité pourtant stipulée dans notre constitution.

PasséSuisse

La position des milieux économiques, est claire en la matière, et se traduit dans le récent rapport d’AvenirSuisse : les inégalités salariales sont simplement de la faute des femmes, et il ne faut surtout pas corriger les défaillances dans le système. Il est bon de rappeler à cet égard que le conseil de fondation d’AvenirSuisse, l’organe suprême, est composé de 28 hommes et… une femme. Les autres organes (Comité pilote, comité de nomination, commission de programme et commission des finances) sont composés à 100% d’hommes. Mais il n’y a aucun problème.

L’offensive a aussi été menée au niveau Vaudois par le Centre Patronal, qui pour s’attaquer aux études sérieuses sur la discrimination entre femmes et hommes, a organisé un « sondage » pour en gros demander aux entreprises si elles discriminent les femmes. Comme le sondage auprès de 660 entreprises dit que la question du sexe n’est pas déterminante, c’est que ce doit être vrai…

Les faits sont là

Toutefois, au lieu de demander aux entreprises on observe les vrais chiffres, on constate que les femmes sont moins bien payées que les hommes, et qu’une partie de cette différence ne s’explique pas simplement par les différences de niveau de poste. La confédération a elle aussi sorti un très sérieux rapport qui montre en détail comment ces inégalités se composent. Bien sûr aucune étude n’est parfaite, mais celle-ci se basant sur les chiffres du terrain, montre que les femmes sont moins bien payées pour le même poste. De plus, le fait que les femmes ont tendance à accéder à des postes avec moins de responsabilités est aussi liés en partie à une discrimination, tant à l’embauche qu’à cause d’un manque de politiques d’égalité. Un exemple est le besoin de structures d’accueil. Mais là encore, la majorité de droite du parlement est hostile au développement de ces infrastructures, tout comme à l’instauration d’incitatifs contraignants pour que les entreprises respectent la constitution.

Nous voterons d’ailleurs bientôt sur la fiscalité, avec une initiative du PDC « Pour le couple et la famille » qui elle aussi va à l’encontre de l’égalité entre hommes et femmes et au passage qui vise à inscrire une discrimination envers les couples homosexuels. Cette initiative rendrait impossible la taxation individuelle, qui est mathématiquement le seul moyen possible d’empêcher la discrimination fiscale des femmes.

C’est donc au niveau du peuple et du débat public que le débat doit encore plus se développer, pour exercer une pression forte, et rappeler que la richesse de notre pays, c’est d’abord et avant tout l’ensemble des personnes qui y sont, quel que soit leur sexe, et d’ailleurs aussi leur nationalité. 

Redevance : qui gagne, qui perd ?

On fait beaucoup de débats sur la question de la redevance Radio-TV (RLTV). Pourtant, il s’agit essentiellement d’un débat sur une question : comment on finance la mission de service public audiovisuel. Plus clairement, on nous demande de choisir entre deux systèmes. Le montant attribué à la SSR (à la RTS notamment) reste fixe et n’est pas en question. Avec le nouveau mode de financement, les gens ne payent pas tous la même chose. Qui gagne, qui perd ?

Les gagnants : 94.7% des ménages et 84% des entreprises

La redevance va baisser à 400 francs pour tous les ménages. 94.7% d’entre eux payeront donc moins. Aussi, les entreprises avec moins de 500'000 francs de chiffre d’affaires ne payeront rien, alors que celles avec moins d’un million de chiffre d’affaires payeront moins qu’actuellement. En plus de cela, des chaines locales autres que la RTS verront leur financement augmenter substantiellement à travers des projets. Les gagnants sont donc la majorité écrasante des ménages, des entreprises, ainsi que certains médias privés. Certaines personnes aussi seront exonérées, comme celles qui vivent en EMS.

Les perdants : Billag, les grandes entreprises, les ménages sans radio ou tv, les fraudeurs

La première bonne chose de cette loi, c’est qu’elle diminuera le montant d’argent gaspillé par la société Billag qui perçoit la redevance. Evidemment, idéalement, il faudrait supprimer cette société qui ne sert strictement à rien et financer les médias avec la même recette que les autres services publics, mais aucune des deux variantes (actuelle ou nouvelle) ne fait cela. Avec la nouvelle loi, 16 millions d’argent public en moins sera donné à Billag, et cette société arrêtera des contrôles.

Les autres perdants sont les entreprises qui ont plus d’un million de chiffre d’affaires. Pour ces entreprises-là, la redevance va augmenter. La redevance ne sera jamais gigantesque (0.0001% du chiffre d’affaires pour les plus grandes), mais c’est une augmentation de la contribution pour ces sociétés. Les ménages qui n’ont absolument aucun média (radio, tv, internet) sont perdants. Ils sont 0.6% et devront payer, comme ils doivent payer des impôts. Ceux qui n’ont qu’une radio ou qu’une TV payeront aussi plus, mais l’augmentation sera plus faible.

Le débat sur les médias s’invite

En réalité, cela ne changera rien formellement au financement des médias privés ou de la SSR (RTS). Pourquoi alors ces sociétés sont-elles si impliquées dans la campagne ? Car elles posent un autre débat intéressant : celui de savoir le rôle du service public, et comment doit fonctionner la concurrence entre le public et le privé. Il est certain que le mode de fonctionnement actuel ne satisfait pas certains médias qui ne se sentent pas sur pied d’égalité avec le média public qui dispose d’un financement élevé, sans compter la publicité. Il est clair qu’il est important de déterminer ce que doit faire la RTS en tant que service public, et quelle part de ce que font d’autres médias actuellement, fait partie du service public.

C’est un débat important, mais qui n’est pas le même que celui de la RLTV. Voter OUI à la RLTV, c’est un meilleur système, qui il est vrai donne plus de sécurité au service public, qui il est vrai ne répond pas à toute les questions, mais qui est plus efficient, plus simple, et avantageux pour la majorité écrasante. 

Dur Dur, d’aider les familles!!!

L’initiative du PDC pour baisser les impôts des familles les plus riches, tout en trouant les finances fédérales, cantonales et communales a heureusement échoué. Toutefois, derrière ce score massif se cache aussi un problème : si la défense des familles paraît évidente pour une bonne partie de la classe politique, il n’est pas sûr que la population soit encore convaincue.

Rejet cumulé

Le rejet de l’initiative n’est malheureusement pas seulement composé de personnes qui pensent qu’il faut soutenir financièrement les familles, mais qui ont rejeté ce modèle-là de soutien. Il y a aussi de nombreuses personnes qui ont sans doute dit non car ils ne se sentaient pas concernés par les familles en général. Il est difficile d’estimer leur nombre, mais si je n’étais pas très inquiet pour ce dimanche, c’est parce que je me souvenais du résultat attristant de la votation sur l’article constitutionnel sur les Familles, rejeté par les cantons, et soutenu par moins de 55% de la population.

55% de soutien et 10 cantons, c’était extrêmement peu, alors que l’article constitutionnel n’était dans le fond qu’une sorte de déclaration d’intention qui ne coûtait rien, et qui concernait tout le monde. Finalement, que 30% de plus de la population disent non lorsqu’on vote sur un thème identique, mais que cette fois-ci le texte est très mal ciblé et coûterait beaucoup aux familles de la classe moyenne, c’est normal.

Pourquoi soutenir les familles ?

Nous avons sans doute besoin d’une vraie discussion sur les raisons de soutenir les familles. Le PDC a cru qu’il pourrait surfer sur un engouement populaire en lançant un texte clientéliste, mais ce calcul-là s’est montré faux. C’est probablement parce qu’il est encore nécessaire d’expliquer clairement pourquoi on veut soutenir les familles.

Déjà, c’est quoi une famille ? Techniquement, tout le monde ou presque peut se sentir membre d’une famille. C’est un peu comme aider « les consommateurs », c’est aider tout le monde. En vrai, la politique familiale touche souvent une catégorie plus restreinte de personnes, même si beaucoup de personnes passent par cette période dans leur vie : l’éducation des enfants.

Les enfants, c’est pour qui ?

Doit-on payer ou soutenir un couple parce qu’il décide d’avoir des enfants ? On pourrait dire que non, puisqu’il s’agit d’une décision libre, comme une sorte de loisir. Avoir des enfants, c’est une somme monstrueuse de travail, et certains diront que ce travail est récompensé par l’existence des enfants. C’est peut-être vrai, mais pas suffisant. En réalité, le travail que les parents investissent dans leurs enfants sert aussi à la société. Avant de créer la richesse de notre monde, nous avons toutes et tous du passer par l’enfance. C’est la première raison pour laquelle il est normal qu’une société reconnaisse ce travail et le soutienne.

Il y a une deuxième raison : la justice. Aujourd’hui, la charge de travail et financière ne rend pas toutes les familles égales devant le fait d’avoir des enfants. Les femmes, évidemment, se retrouvent encore beaucoup discriminées professionnellement à cause du rôle familial qui leur est attribué par certains. A cause des différences salariales, il devient impossible pour certaines familles de travailler à 100% par adulte, et ce sont souvent des femmes qui renoncent, notamment à cause de l’impact financier. Et est-il normal que seules des familles aisées aient vraiment les moyens de s’épanouir tout en élevant des enfants ?

Trouver un modèle de soutien aux familles

C’est donc juste qu’il faut aider les familles, mais il faut encore expliquer comment et pourquoi. Voilà trois mesures qui vont à mon avis dans le sens d’une aide à toutes les familles, avec évidemment l'égalité salariale entre femmes et hommes qui est encore loin d'être atteinte :

  • Les allocations familiales, en elles-mêmes, sont une bonne solution et elles pourraient être augmentées. En effet, elles concernent tous les enfants, sans tenir compte de leurs moyens, plutôt que seulement ceux des familles riches. Cette méthode, ou d’autres aides directes, seront bienvenues pour aider les familles.
  • Les structures d’accueil sont elles aussi une mesure importante à développer. Elles permettent en effet de ne pas discriminer un membre d’une famille par rapport à un autre, et de donner à chacune et chacun la possibilité de s’épanouir tout en fondant une famille.
  • La flexibilisation des conditions de travail est le troisième élément. Ce terme peut vouloir dire beaucoup, mais j’entends ici le temps partiel, le job sharing, les congés parentaux égaux pour femmes et hommes, et tout cela à tous les niveaux de responsabilités.

Mais si un jour le peuple devra se re-prononcer, aucun parti ne doit croire la bataille gagnée d’avance. D’abord le principe d’aider les familles n’est pas encore acquis par toutes et tous, mais aussi il existe de fortes divergences gauche-droite qui peuvent condamner de nombreuses propositions, même si elles sont bien meilleures que celle de l’initiative que nous venons de balayer. C’est toutefois notre travail à toutes et tous et notamment les politiques : penser de meilleures solutions, et convaincre.