Alors qu’une partie du Proche Orient s’enlise dans une violence dont on ne voit pas la fin, que la crise sévit en maints pays, que l’absence d’Etat de droit mine des régions entières, voici un signe d’espoir : la feuille de route pour la Planète que les Nations Unies viennent de valider.
Tout a commencé en 2000. Ce fut le coup de génie de Kofi Annan : se saisir des festivités du 3e millénaire pour proposer au monde une synthèse percutante des principaux défis du développement – autrement dit de la question sociale mondiale. Au programme plus particulièrement : éliminer l’extrême pauvreté et la faim, l’éducation primaire pour tous, l’égalité entre hommes et femmes et l’autonomie de ces dernières, réduire la mortalité infantile, améliorer la santé maternelle, combattre le VIH/Sida et le paludisme …
Ces 8 «Objectifs du Millénaire pour le développement» (OMD) valaient jusqu’en 2015. Certes on n’a pas tout réalisé. Mais en termes de communication, de compréhension large des priorités, c’était une belle réussite. On ne mobilise ni frappe les esprits par des concepts mais par le concret. Sachant que derrière ce choix de priorités se trouve toute la batterie de constats et d’engagements des Nations Unies. S’agissant du suivi, tout était sur la table : http://www.un.org/fr/millenniumgoals/reports/2014/index.shtml et c’est bien cette combinaison entre simplicité dans la compréhension et facilité de contrôle des résultats qui a permis cette pression, cette dynamique globale.
En juin 2012 s'est tenu le Sommet Rio + 20. A son ordre du jour entre autres: le bilan des OMD et la définition de la suite. La décision prise a été que pour l’édition 2015-2030, on viserait l’ensemble des pays et pas seulement le Sud, et l’ensemble des thèmes du développement durable et pas que la lutte contre la pauvreté. On passerait donc des Objectifs du Millénaire à ceux de Développement durable (ODD) : http://www.un.org/fr/millenniumgoals/beyond2015.shtml
Selon le cahier de charges retenu, il les fallait »concrets, concis et faciles à comprendre, en nombre limité, ambitieux, d’envergure mondiale et susceptibles d’être appliqués dans tous les pays compte tenu des réalités, des ressources et du niveau de développement respectifs de ceux-ci ainsi que des politiques et des priorités nationales». Après une large consultation, deux ans plus tard, en juillet 2014, 17 objectifs contenant 169 sous-objectifs étaient sur la table. Ce sont eux que, moyennant quelques ajustements, l’Assemblée des Nations Unies vient d’adopter fin septembre : http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/mdgs/
Alors que les voix critiques étaient très minoritaires jusqu’à présent, depuis l’adoption officielle des ODD, on n’entend pratiquement plus qu’elles. Certains, visiblement, se réveillent tard. Mais ont-ils raison pour autant? Les objections sont essentiellement au nombre de deux. Les ODD seraient trop nombreux, une sorte d’inventaire à la Prévert sans priorités claires. Et comme ils sont sans force obligatoire, les Etats, craint-on, n’en feront qu’à leur tête… et il ne se passera rien.
Trop nombreux ? Voyons cela d’un peu plus près. De quoi traitent donc ces 17 points ? De sous-alimentation, d’égalité et d’autonomisation des femmes et des filles, de pauvreté mais aussi d’agriculture durable, de droit à la santé et à l’éducation, de l’accès à l’eau et à l’assainissement. On y trouve l’exigence d’une offre énergétique durable et à un coût abordable, et aussi celle d’un travail décent pour tous.
Réduire les inégalités entre les pays et en leur sein, faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et soutenables, assurer des modes de consommation et de production soutenables sont d’autres objectifs. Enfin, il s’agit de contrer les changements climatiques, de gérer de manière soutenable les ressources marines, de préserver et de restaurer les écosystèmes terrestres, de gérer durablement les forêts, de lutter contre la désertification, d’enrayer la dégradation des sols et de mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité.
Certes cela fait beaucoup. Mais nettement moins que les vastes programmes issus des Sommets de la Terre de 1992 ou de 2002. On se rappelle que ces grands rassemblements avaient été fort critiqués du fait de la faiblesse supposée de leurs résultats… Et que peut-on décemment retrancher ? Ces points forment un tout, ne font sens que dans leur interaction. C’est bien le condensé de ce qu’il faut faire pour qu’une humanité à effectif croissant puisse vivre dignement sur cette Terre. Franchement, passer de 8 à 17, est-ce si compliqué à comprendre et à gérer ? Il s’agit véritablement d’une belle synthèse, d’une orientation claire et cohérente pour ces prochaines années qui s’annoncent tout sauf faciles.
Sans effet ? Oui, les programmes internationaux ne sont pas juridiquement contraignants, et même les textes juridiquement contraignants ne sont pas nécessairement appliqués. On le voit bien avec la Convention sur le climat : depuis son entrée en vigueur voici 21 ans les émissions de CO2 ont augmenté de 50%… Cette limitation, ce manque de force contraignante est une réalité du droit international qu’on ne changera pas si facilement, et elle concerne l’ensemble des relations supranationales.
C’est bien la capacité de la société civile de s’approprier l’enjeu, d’utiliser les outils de suivi qui seront les mêmes que pour les ODM, d’en faire autant de thèmes de campagne, qui va faire la différence. Il appartiendra à chacune et à chacun de se mobiliser. Comme on a appris à le faire pour les droits humains, les droits civiques, le climat, la forêt tropicale, la lutte contre la torture ou l’évasion fiscale et j’en passe.
Les esprits critiques et chagrins auraient-ils tout simplement peur qu’enfin le développement durable prenne corps et sa juste place au sein des agendas internationaux et nationaux ? Qu’il faille maintenant se mesurer à l’avancement de sa mise en œuvre ? Qu’on passe de la littérature aux chiffres – qui seuls comptent ? Certes, le développement durable est une notion qui n’a pas toujours été facile à appréhender et à mettre en œuvre. Mais, précisément, grâce aux ODD, plus personne ne pourra dire qu’il ne savait pas ce qu’il y a à faire sur cette Terre!