Permettez-moi de relever trois thèmes abordés lors de ce Forum: le trend conservateur de la jeune génération; l’intégration de facteurs nouveaux dans l’analyse économique ; le drame des migrants dont des centaines payent chaque semaine de leur vie la tentative désespérée de rejoindre notre continent.
Les jeunes d’abord. L’Hebdo du 30 avril exposait les principaux enseignements d’un sondage représentatif effectué en mars parmi les jeunes Romands. Ils se situent clairement dans le trend qu’expriment par exemple les élections en Grande Bretagne, ou voici deux mois en Israël: les conservateurs sont de retour. Mais ils ne sont pas de retour par le génie d’une campagne électorale ou de leurs leaders du moment, l’ancrage est plus profond; les combats politiques se gagnent et se préparent au niveau des valeurs, des références, des idées. Que nous dit la génération montante: qu’elle ne comprend pas que celle de leurs parents, de leurs grand-parents, tout à la critique de certaines attitudes de notre pays (et d’autant plus que leurs revenus étaient alors quasi assurés), n’en ait pas suffisamment mis en valeur les avantages.
Pragmatiques, concrets, les jeunes comparent, et cela peut choquer que le porte-monnaie y ait une part importante: je gagne deux fois plus en Suisse qu’en Europe, qu’irais-je faire là-bas? La Suisse, plus propre plus sûre, plus fiable, plus démocratique, plus riche… mais aussi plus fragile, prenons-en davantage soin, tel semble être le message.
Sur cette base de fierté nationale réaffirmée, une grande fraîcheur, créativité, engagement. L’idée d’un service citoyen, par exemple ! Oui c’est le retour à la nation, mais n’oublions pas que la Suisse est dans le monde un des rares Etats à ne pas s’être construit sur une base ethnique et que cela seul comporte un message, définit une identité. Et, rescapés de la grande lessive des certitudes, les Nations-Unies considérées par 61% des sondés comme efficaces !
La présentation des perspectives économiques romandes par les Banques cantonales, ensuite. Perspectives optimistes, à l’image d’une économie diversifiée, finalement pas aussi dépendante de facteurs conjoncturels qu’on le dit souvent. Et grande innovation, un élargissement du cadre de référence. Cela fait longtemps que certains économistes le réclament : il faut ouvrir le regard de l’économie sur ce qui est son support.
Au capital financier, au capital humain, facteurs-clé traditionnels, s’ajoute désormais une 3e forme de capital : le capital naturel, aujourd’hui fragilisé par le présupposé trop répandu que les capacités de la nature à produire des ressources (eau, sol, énergie, matières, biodiversité…) et à digérer nos rejets seraient illimitées, et, surtout, hors du regard de l’économie. Ce compartimentage absurde doit être dépassé, et l’économie inclure la bonne gestion de la nature.
C’est ce qu’a fait, pour la première fois, l’étude des Banques cantonales, qui grâce à l’expertise du Prof Erkman de l’UNIL, a pris en compte les flux de matières. Et là surprise, l’économie romande les valorise bien mieux que celle de nos compatriotes alémaniques, pourtant supposés plus «verts». Merci aux banques cantonales d’avoir été les leaders de cette innovation conceptuelle. Elles sont bien là dans leur rôle !
Enfin, le dialogue institutionnel avec la présidente de la Confédération. Prudence de Sioux mais néanmoins clarté dans ses propos : même si les Suisses n’en veulent point, ce n’est que dans la concertation avec les autres pays du continent qu’il sera possible de donner une réponse efficace et humaine au drame quotidien des migrants. Les causes sont bien connues et malheureusement encore appelées à durer: dictatures intolérables comme en Erythrée, Etats déliquescents comme la Libye, la Syrie ou la Somalie, terrorisme islamiste, mauvaise gouvernance, chômage massif des jeunes, captation du PNB par des clans dirigeants rapaces, sous-développement endémique…
L’Europe et la Suisse ne s’en sortiront pas sans une vraie politique de la migration qui conjugue nos déficits démographiques, une action efficace sur les causes, un travail d’intégration qui n’en cache pas les difficultés et une répartition des migrants sur les territoires d’accueil. S’il y a un thème où le repli sur soi est inopérant, c’est bien celui-ci. Mais attention, si les enjeux ne sont pas clairement adressés par les gouvernants, le rejet viscéral de l’étranger guette, tout particulièrement parmi les catégories qui y voient source d’agacement et de concurrence.
Gageons cependant que nos jeunes seront d’autant plus fiers de leur pays qu’il saura allier une politique de migration intelligente et un engagement soutenu sur les 4 axes traditionnels de la solidarité internationale : aide humanitaire, maintien de la paix, défense des droits humains et coopération au développement.