Apparus dans les années 80 et 90, les partis verts se sont donné pour objectif de frayer la voie à de nouveaux paramètres et de nouveaux paradigmes, appelés parfois post-matérialistes ou post-industriels. Dès le début, le score de ces partis – au spectre allant des verts alternatifs aux verts libéraux – a été fluctuant. Autour d’un noyau dur oscille un électorat qu’une actualité écologique agrège et qu’une difficulté économique ou sociale éloigne. Le facteur personnel joue également : par exemple en France, Eva Joly a obtenu 2,5% à la présidentielle d’avril 2012, et Daniel Cohn-Bendit 16% aux européennes de juin 2009.
Or, force est de constater que le résultat des partis verts est trop souvent pris comme le baromètre de ce qu’il serait faisable, voire opportun, de réaliser dans le domaine écologique. La manière d’aborder la pollution de l’atmosphère, le gaspillage des sols fertiles, le changement climatique, la surpêche des océans, la perte de biodiversité ou la prédation des ressources non renouvelables est ainsi influencée au moins autant par les scores électoraux que par les nécessités objectives. On le voit particulièrement à nouveau ces temps-ci.
Le franc fort inquiète les entreprises axées sur l’exportation (les importateurs sont plutôt contents). Les verts libéraux proposent une taxe sur l’énergie particulièrement mal pensée et recueillent un des résultats les plus bas de toute l’histoire des droits populaires. Les verts perdent des sièges en différents lieux. Aussitôt, la tendance conservatrice au sein de l’économie reprend le dessus et sonne le tocsin contre la transition énergétique et l’économie dite verte. Torpillant, ce faisant, la compétitivité du pays et les emplois de demain. Et avouant du coup qu’on prend le virage écologique essentiellement sous la pression et pas par conviction ou cet esprit d’innovation si souvent invoqué.
Les enjeux d’une planète viable et vivable pour tous, le respect de valeurs humanistes s’imposent par-delà les ambiances électorales. D’ailleurs la sensibilité «verte» n’est nullement limitée à ce seul courant politique. Elle devrait – et doit – être présente, sous des modalités appropriées, partout où des humains entendent assumer leurs responsabilités d’êtres humains.
Heureusement, tous les représentants de milieux économiques ne hurlent pas avec les loups, ne font pas dans le court-termisme et la versatilité. Ainsi, on a pu lire récemment dans Agri-Hebdo que «les milieux paysans, au travers de leurs associations et organisations, tirent à boulets rouges contre l’écologisation croissante induite par la PA 2014-2017. Pas une assemblée générale sans que les petites fleurs et les petits oiseaux soient la cible des attaques les plus virulentes, et souvent caricaturales, contre la nouvelle politique agricole. (…)
Pourquoi user, et abuser, de cette rhétorique négative alors que les paysans suisses ont fait, et continuent de faire, des efforts considérables pour améliorer leurs pratiques (…). Il est temps de voir dans la biodiversité un atout pour différencier et promouvoir nos produits, d’en faire un label de qualité et une stratégie de positionnement…» (Edito du 3 avril).
Et en symétrique, deux semaines plus tard, paraissaient dans L’Enterprise romande, sous le titre «Repenser l’écologie sans clivage», ces lignes: «Avec les beaux jours arrivent les élections cantonales. Les premiers résultats (…) sont frappants : les Verts perdent du terrain. (…) L’écologie serait-elle passée de mode ? (…) Chaque objet porte en lui un ‘envers écologique’, qui prend en compte la masse de matière première utilisée pour le fabriquer. (…) De nombreux outils dont nous nous servons tous les jours sont entachés d’un ‘envers écologique’, voire même d’un ‘envers social’. (…)
Nos consciences en sont-elles ébranlées ? Pas vraiment, et c’est regrettable. (…) Quelle que soit la position que l’on défend sur ces thèmes, la transition énergétique ne sera qu’un vain mot si l’on ne questionne pas les modes de production des biens qui nous entourent. A ce titre, les thèmes de l’écologie et de la durabilité, vitaux au sens premier du terme, doivent encore être traités dans le paysage politique suisse, sans clivage partisan.» (Edito du 17 avril).
Précieux rappels de la part de deux rédactrices en chef d’hebdomadaires économiques importants. Deux femmes, donc, qui tiennent fermes la barre et ne l’abandonnent pas au premier vent venu. Merci Karine Etter et Véronique Kämpfen de parler vrai et de garder le cap au-delà des clivages partisans, précisément. Et si le salut de l’écologie venait des femmes ?