Deux records ce 8 mars. A Genève. En Suisse.
A Genève tout d'abord. Les analystes diront s'il y a déjà eu une votation au score si serré dans l'histoire de la République du bout du lac. Même s'il y a eu des précédents, ce score est spectaculaire.
Il l'est d'autant plus que beaucoup de personnes ont eu de la peine à se faire une opinion sur la question posée, à savoir si la nouvelle loi sur la police rendait la police plus efficace ou non. Dès lors, les citoyennes et citoyens se sont visiblement prononcés en fonction de la confiance que leur inspire leur gouvernement. C'est cela la vraie signification de ce vote: le canton est divisé en deux camps pratiquement égaux, soit les forces représentées au Conseil d'Etat, et celles qui n'y sont pas. Le projet était en effet soutenu par les seuls partis gouvernementaux, pour une fois réunis, et combattu par tous les autres, de l'UDC à SolidaritéS, y compris le syndicat de la police. Au-delà de cette confrontation 50,02% – 49,98% qui est le résultat global du scrutin, l'analyse géographique montre une correlation claire entre le vote négatif et les "secteurs populaires" du canton. Un vrai sentiment d'exclusion, de méfiance à l'égard des gouvernants est ici en train de prendre corps.
On voit par là que Genève n'a pas seulement mal à sa police, ce qui est bien ennuyeux vu l'importance des enjeux de sécurité, mais aussi à sa gouvernance. Et il ne suffit pas de réécrire sa constitution (belle réussite par ailleurs) pour recréer les bases du vivre ensemble, il faut aussi retravailler très sérieusement les pratiques politiques afin de trouver des solutions qui puissent convaincre plus largement.
En Suisse maintenant. Résultats spectaculaires et paradoxaux, puisque deux thèmes en principe consensuels ont été l'objet de larges refus. Tout d'abord la famille. Déjà voici 2 ans, un article constitutionnel sur la famille avait échoué, alors même qu'il était proposé par le Parlement, donc théoriquement porté par une bonne majorité. Et aujourd'hui, c'est un mode de financement qui est passé à la trappe. Espérons que la 3e fois sera la bonne, avec cette fois-ci des textes mieux assurés. Car la famille mérite vraiment notre attention. Enfin, une proposition de taxe sur l'énergie est balayée, là aussi il me semble avec un record: cela doit être un des scores les plus faibles de toute l'histoire des droits populaires qu'une initiative ait obtenue. Remplacer les milliards qu'apporte la TVA à la caisse fédérale par une taxe sur des sources d'énergie dont on voudrait réduire la consommation était à l'évidence une contradiction dans les termes, puisque c'était s'obliger à consommer suffisamment d'énergies polluantes pour que le ménage de l'Etat reste bien alimenté… Si chacun admet que les prix de l'énergie sont aujourd'hui faussés par la non-prise en compte des coûts dits externes (par exemple les effets sur la santé ou l'environnement des énergies fissiles et fossiles), la rectification de ces distorsions nécessite une tout autre approche, non pas fiscale mais par des taxes purement incitatives, comme on le connaît depuis 15 ans avec la taxe sur les composés organiques volatils, dont le produit nous est restitué chaque année en déduction de nos factures de caisse-maladie.