Comment financer sa retraite anticipée… à 40 ans !

On sait que le relèvement de l’âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans dans le cadre du projet de réforme de l’AVS constitue l’un des risques majeurs de faire capoter cette nouvelle mouture si des compensations convenables ne sont pas accordées. Dans cette perspective, la publication d’un livre* pour expliquer comment il est possible de partir en retraite dès 40 ans a de quoi surprendre…

Gourou auto-proclamé ?

Dans un premier temps, on peut craindre l’arnaque d’un nouveau gourou autoproclamé cherchant surtout à faire fortune sur la crédulité des foules. D’autant que l’auteur, un jeune père de famille vaudois, recourt à un pseudonyme, celui de Marc Pittet. Pourtant, à y regarder de plus près, et en échangeant avec l’auteur masqué ­– comme tout le monde, au fond… –, et informaticien dans le civil, on comprend mieux sa démarche.

FIRE

Marc Pittet, qui s’approche de la mi-trentaine, s’inscrit dans le mouvement FIRE (Financial Independance / Retire Early), qui a pris naissance aux États-Unis. Mouvement plus connu sous nos latitudes sous le nom de frugalisme. Mais ce terme s’avère en fait un peu réducteur. Car, selon notre interlocuteur, qui tient le blog « Mustachian Post », entièrement consacré à cette thématique en Suisse, il ne s’agit pas d’une stratégie de privations, mais d’une consommation avisée et évidemment économe, qui rende vraiment heureux. Oubliez le dernier gadget à la mode, qui plombe le budget, mais qui n’apporte qu’un plaisir éphémère. Avec au bout des économies annuelles très substantielles pour ses vieux jours – si l’on ose dire quand la retraite débute à 40 ans !

Investissements sur les marchés financiers

Mais cette stratégie à elle seule ne suffira pas à atteindre l’objectif financier fixé. Il faut aussi agir sur ses revenus : d’une part, du côté des activités lucratives, principales et accessoires, et d’autre part, sur le placement de cette épargne de liquidités sur les marchés financiers, notamment par le moyen d’ETF. Avec en perspective un patrimoine suffisamment important pour pouvoir ne vivre que de son rendement à l’aube de la quarantaine.

Ode à la liberté

On peut évidemment s’interroger sur la pertinence de tels efforts – notre homme se lève chaque jour entre 5 heure et 6 heure du matin pour pouvoir se consacrer à son blog, avant d’aller travailler pour son employeur, y compris durant le weekend – ­afin de s’extraire le plus vite possible du monde du travail. Cela paraît d’autant plus étonnant que l’auteur indique s’épanouir pleinement dans son activité professionnelle, avec des revenus confortables, combinés à ceux de son épouse. Pourquoi est-il donc si pressé d’en finir ? En fait, ce que revendique notre frugaliste, c’est la liberté ! Non pas pour passer sur ses journées sur une plage, mais pour se lancer dans des projets personnels, genre lancer une boîte ou voyager.

Scènes de la vie quotidienne au sein d’un couple de frugalistes

Même si l’on a dépassé depuis longtemps le cap de la quarantaine, mais qu’on a encore quelques années à tirer avant la retraite, ce livre peut s’avérer utile. Il fourmille en effet d’une multitude d’informations et de stratégies qui peuvent aider à réduire ses dépenses et à optimiser ses revenus. Et à réfléchir sur ses objectifs de vie. Mais ce n’est pas le seul intérêt de cet ouvrage. Il constitue en effet le témoignage d’une conversion au frugalisme, avec un storytelling efficace. Le passage où le nouvel adepte ­– Marc Pittet – explique comment il réussit au bout du compte à convaincre sa moitié des bienfaits de son nouveau credo s’avère particulièrement croustillant. On imagine mal en effet un couple survivre à une telle expérience si l’objectif n’est pas partagé…

Un frugalisme poussé à l’extrême

On comprend d’autant mieux les tensions qui ont pu émerger entre les époux sur cette nouvelle manière de vivre que Marc Pittet n’est pas du genre à faire les choses à moitié ! En véritable geek – on n’est pas informaticien pour rien… –, l’auteur-blogueur traque systématiquement toute dépense qui lui paraît inutile par rapport à son modèle de vie. Par exemple de se couper lui-même les cheveux très courts, avec une tondeuse ou encore de préparer la veille son déjeuner du lendemain à emporter sur son lieu de travail pour économiser les coûts du restaurant. Pourquoi pas, mais cela fait moyennement envie…

 

*Libre à 40 ans en Suisse – Les étapes de A-Z pour arrêter de travailler à 40 ans, à la façon suisse, par Marc Pittet, Editions GA, 2020. Achetable uniquement sur le site de l’auteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Novello

Pierre Novello est journaliste économique indépendant et auteur d’ouvrages de vulgarisation dans le domaine de la prévoyance, de l’investissement sur les marchés financiers ou encore pour l’accession à la propriété de son logement. Avant d’embrasser la carrière journalistique en entrant au Journal de Genève et Gazette de Lausanne, il a été formé comme analyste financier pour la gestion de fortune.

3 réponses à “Comment financer sa retraite anticipée… à 40 ans !

  1. Pourquoi à 40 ans et pas 25 !?
    On pourrait imaginer que la période des études suffise à promouvoir nos idées et que le monde économique devenu complètement automatisé nous reverse des royalties en guise de rente …
    Cela n’empêcherait nullement d’ailleurs de continuer de cultiver notre créativité au cours de la vie …
    La retraite n’existe pas pour les cerveaux féconds …

  2. Avez-vous un avis sur l’application Kala qui se charge de retrouver vos prestations de libre-passage, après que vous lui en ayez donné procuration…
    Merci d’avance de votre réponse et meilleurs messages

    1. Bonjour Christiane,

      Merci pour votre question. J’avoue que je ne connaissais pas cette application. En faisant quelques recherches, j’ai découvert que mon confrère Philippe Lugassy la mentionnait dans son article paru récemment sur le site de la RTS.

      En allant directement sur le site de la société qui l’a créée, soit Kala Swiss SA, j’y ai trouvé l’article que le Quotidien jurassien lui a consacré. A partir de là, il est difficile de savoir si le service est efficace sans pouvoir effectuer un test à large échelle. Mais si l’on a de sérieux doutes sur l’existence d’avoirs de 2e pilier oubliés à quelque part, ce serait une première étape que de recourir à cette application gratuite pour l’instant, selon les indications publiées sur le site de la société. Et si le résultat s’avère négatif, mais que les doutes persistent, on pourra toujours s’adresser à la Centrale du 2e pilier.

      On pourrait se demander si ce ne serait pas plus simple de commencer directement par cet organe de l’administration fédérale. D’après le créateur de l’application, cité dans l’article du Quotidien jurassien, la démarche serait très compliquée. Je ne l’ai pas testée.

      Cordialement

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