Visite de nouvel an à Jacky Blot, fameux vigneron du Val de Loire (épisode 1)

Qui a dit que le vin (consommé à doses raisonnables !) serait mauvais pour la santé ? Ce 2 janvier 2020, alors que je remontais vers Paris après un réveillon à La Rochelle, j’ai passé un coup de fil à Jacky Blot – l’un des plus fameux vignerons du Val de Loire -, pour savoir si je pouvais lui rendre visite dans l’après-midi.

Alors qu’au lendemain de la Saint Sylvestre, le commun des mortels émerge la bouche pâteuse et un sac de glace sur la tête, Jacky, lui, pète la forme et, sous sa moustache poivre et sel frémissante, affiche un sourire bonhomme. A 72 ans, il en parait dix de moins et manipule comme une fleur un lot de caisses dans le caveau où ses équipes accueillent le public qui se presse au domaine de la Taille aux Loups.

A Montlouis, petite commune viticole des bords de Loire située entre Tours et Amboise, il y a un avant et un après Jacky Blot. Avant 1988, cette appellation sommeillait en belle endormie à l’ombre de sa prestigieuse voisine : Vouvray. Jusqu’à ce que cet ancien fondu de parachutisme sportif devenu courtier en vin atterrisse à Tours, puis décide avec son épouse Joëlle de passer de l’autre côté de la force en rachetant une poignée d’hectares de vignes à Montlouis.

Un flair digne d’un chien truffier

A l’époque, Jacky, fils d’ouvrier agricole breton, n’a jamais touché un sécateur de sa vie, mais doté d’un flair digne d’un chien truffier et de convictions aussi trempées que son caractère, cet entrepreneur-né va devenir trente ans plus tard l’une des figures marquantes du vignoble ligérien. L’un des grands prêtres du chenin (unique et magnifique cépage blanc cultivé en AOC Montlouis). Et souvent l’ami de clients fidèles accros à ses blancs bio, racés et bien élevés (au sens premier du terme) dont la plupart ne dépasse pas les trente euros. Un prix raisonnable pour des vins qui ont l’ambition, pour les meilleurs, d’être bus dans vingt ans.

Lorsqu’il rachète à Lucette et André leur propriété de 7 hectares, ce couple de vignerons communistes partant à la retraite habite le rez-de-chaussée d’une bicoque dont Jacky m’exhibe les photos avec émotion. A l’étage, ils accueillent les SDF qui viennent frapper à leur porte. Plus loin, un hangar s’écroule à moitié sur le vieux tracteur et un pressoir en ferraille. Les dégustations se font à la cave, creusée dans le roc.

Qualité et authenticité

Trente ans plus tard, ce domaine, rebaptisé à l’époque « La Taille aux Loups » par son nouveau propriétaire, compte une trentaine d’hectares. Les locaux d’accueil (où se vend un tiers de la production) ont été installés dans une ferme voisine et retapés à l’ancienne autour d’une grande cheminée de pierre ; plusieurs nouvelles caves ont été rachetées ou creusées. Jacky a aussi acquis du matériel moderne, embauché du personnel (une vingtaine de personnes aujourd’hui). Et séduit une clientèle de qualité issue du monde entier.

Découvrir la success story de Jacky Blot, c’est suivre une belle aventure, bien sûr,mais aussi comprendre comment, en trente ans, les vins de Loire si longtemps sous-estimés sont devenus des références, du moins pour les domaines qui ont choisi de miser sur la qualité, l’authenticité. Et un marketing souriant.

(Lire la suite au prochain post)

 

Olivier Le Naire

Olivier Le Naire

Olivier Le Naire, journaliste et écrivain, ancien rédacteur en chef adjoint du magazine français L’Express, est passionné par l’univers du vin et des spiritueux. Auteur de nombreux livres, dont "Découvrir lez vins bio et nature" publié chez Actes Sud, il est diplômé du fameux Wine & Spirit Education Trust (WSET). Juré de concours vinicoles, il anime aussi les formations de L’Atelier des Dégustateurs.

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