Le changement climatique implique de revoir aussi notre rapport au travail

Changer sa façon de se nourrir, de se déplacer, de se chauffer, de consommer sont les défis pour faire face au réchauffement climatique. Des défis gigantesques qui devront être relevés par l’ensemble de la société. Dans cette équation, ne devrions-nous pas également ouvrir un autre débat ? Celui qui concerne l’évolution du travail, en lien avec la transition écologique ?

 

Une quadragénaire et un jeune homme. Habillés de leur tenue orange, ils sont les deux perdus là au milieu des clients qui s’agitent d’une caisse à l’autre. Une dame scanne les prix de ses courses de la semaine, ici un vieux monsieur scanne sa carte du magasin, là encore une bande d’étudiants scannent les sandwichs et boissons de midi. Tout ce petit monde scanne et scanne encore, de quoi alimenter les serveurs informatiques du grand distributeur. Le jeune homme et sa collègue eux attendent. Attendent de pratiquer un contrôle sporadique ou plus fréquemment de vérifier l’âge d’une cliente qui s’est offert une bouteille de Pinot noir de la région. Pendant ce temps, les habituelles caisses restent désertes ou presque, le client fait désormais le travail des employés du magasin, sans même réclamer de salaire.

Aujourd’hui comme hier, le monde du travail subit en première ligne les évolutions de notre société. Il subit plus exactement les dérives de ces évolutions mal encadrées. D’un côté, les milieux économiques appellent à toujours plus de flexibilisation, ce qui met bien souvent l’employé-e sous pression et d’un autre côté, ces mêmes milieux prennent peu de décisions pour accompagner les travailleurs et travailleuses touché-e-s par la digitalisation. Une évolution technologique qui, tout comme transition écologique, iront pourtant de pair afin de ne laisser personne sur le bas-côté et permettre une répartition juste des richesses.

 

L’OCDE estime que près de 25% des emplois seront directement concernés par la robotisation et, en partie, menacés. Malgré cet état de fait, le Conseil national n’a pas adopté une proposition qui aurait permis d’évaluer l’introduction d’une taxe sur les robots. Une taxe qui permettrait de financer la reconversion des personnes impactées par la transition : Nos deux employés de supermarché par exemple, mais aussi le personnel de guichets à la banque ou à La Poste, enfin là où il existe encore des offices. Toutes les personnes dont le travail risque bien d’être effectué bientôt par une machine ou un algorithme. Ne rien faire en attendant les effets d’un tel changement n’est pas défendable. Et peut-être rappeler que toutes avancées technologiques sont souvent aussi issues d’investissements publics dans l’innovation. C’est pourquoi il ne serait pas cohérent que l’évolution technologique ne profite qu’à une part infime de notre société.

 

Dans le domaine de l’écologie, c’est un peu plus nuancé. Il est vrai que, d’un côté, des emplois vont être créés par l’investissement dans les énergies renouvelables et les économies d’énergie, mais, d’un autre côté, le sujet des emplois fossiles est rarement abordé. En effet, se passer de pétrole, c’est aussi se passer des emplois qui vont avec. Bien que nous ne soyons pas le pays le plus pétrolier au monde, nous devons nous préparer à ce qu’à terme, des emplois disparaissent dans les raffineries, les cimenteries ou autres industries grandes consommatrice de combustibles. Nous devons nous soucier de toutes ces personnes. De leur côté, les lobbys des actionnaires sont déjà à l’œuvre pour préserver leurs intérêts. Pourtant, il serait plus juste de protéger les intérêts collectifs des travailleurs et travailleuses, non ?

 

Nous savons que le tissu économique devra se diversifier et que nous devrons nous questionner pour quitter la logique productiviste (ce qui fera l’objet d’un prochain article), mais pour que nous puissions tendre à une société véritablement écologique sans causer de dégâts sociaux, il faudra également rassurer et assurer les personnes travaillant dans les secteurs dépendant des énergies fossiles que la transition se fera avec eux. Mais pour cela, il est nécessaire de mettre en place des mesures strictes. Non sans consultation et participation des différentes actrices et acteurs, mais dans l’intérêt de toutes et tous. Augmenter les droits sociaux, lutter contre les licenciements et un droit à la formation continue sont ainsi parmi les défis pour garantir un avenir professionnel à toutes et tous. Mais à moyen terme, même si je ne me fais d’illusion dans l’immédiat, nous aurons besoin de réduire notre temps de travail. Ceci dans un souci de répartition des richesses, certes, mais aussi pour nous laisser plus de temps pour vivre autrement, pour préserver notre environnement.

 

A Berne, je m’engage à lutter pour obtenir ces droits et protéger les personnes qui en auront besoin.

Politique climatique : l’impuissance des locataires

Louise et Jacques vivent au Val-de-Travers. Ils sont tous les deux à la retraite. En cette période automnale, ils reçoivent un courrier qui leur laisse un goût amer : leur propriétaire leur adresse le décompte annuel de charges. En prime, il leur annonce que, taxe sur le COoblige, un montant est encore à payer en plus des acomptes de charges réglés pour 2018 / 2019. Interpellés par cette annonce, Louise et Jacques demandent des précisions : après une courte conversation avec leur propriétaire, ils font, dépités, le constat de leur impuissance. Premièrement, leur propriétaire reste hermétique aux arguments plaidant pour la mise en place d’un système énergétique émettant peu de CO2. Deuxièmement, profitant des lacunes du système actuel, il n’hésite pas à reporter sur ses locataires le coût de la taxe sur les combustibles. Bien obligés de se chauffer et de se loger, ils paieront.

 

L’exemple n’a rien de caricatural, il est malheureusement encore courant de rencontrer des locataires dont le propriétaire rechigne à améliorer l’isolation de son bâtiment et/ou à opter pour un système de chauffage plus moderne. Cela explique que bon nombre de personnes qui louent un logement portent injustement le poids du tournant énergétique. Il faut savoir que la taxe sur le COest prélevée sur les combustibles. Elle augmente, par ailleurs, régulièrement si les objectifs fixés par la Confédération en termes d’émissions ne sont pas atteints. Dans cette situation, les moyens d’action du locataire sont hélas faibles. Il peut déménager, certes, mais en plus d’être extrême, cette solution n’a rien de réaliste pour une très large majorité des locataires. Des locataires captifs autant que leur porte-monnaie.

 

Ce n’est malheureusement pas la redistribution par le biais de la caisse maladie (un rabais de quelques francs qui figurent sur nos décomptes mensuels de primes maladie) qui changera la donne. Actuellement, cette redistribution a un caractère un tantinet social. En moyenne, le poids de la taxe est partiellement fonction du salaire et pour certaines exemptions (ménage de 4 personnes par exemple), la redistribution permet même de compenser ce qu’on peut avoir à payer comme locataire pour la taxe [1]. La redistribution est donc une bonne chose, mais il est indispensable de veiller à ce que les locataires ne soient pas à terme les seuls à payer le tournant énergétique. En l’état, l’augmentation de la taxe, bien qu’incitative, aura pour seul effet d’étouffer les personnes les plus en difficulté. Il est urgent que le système devienne plus solidaire. Si ce n’est pas le cas, il fera porter le coût du tournant énergétique aux seuls citoyennes et citoyens, qui n’ont pas leur mot à dire dans l’affaire. Toutes celles et tous ceux qui, n’ayant pas les outils pour agir afin de changer « leur » système de chauffage ou en diminuer leur utilisation, se font piéger par des propriétaires plus enclins à encaisser les loyers qu’à investir dans l’avenir. Dans ces conditions, les objectifs voulus par notre pays ne seront jamais atteints et, pire, on aura encore accru les inégalités.

 

Au milieu de ce tableau, finalement assez noir, des outils existent néanmoins, à l’instar du programme « Bâtiment ». Ce programme, très important dans la politique climatique suisse, permet de subventionner en partie les rénovations de constructions en vue d’une amélioration énergétique. Mais là encore, la rénovation dépend du bon vouloir du propriétaire, le locataire restant captif des décisions de son bailleur.

 

En conclusion, si en Suisse 60% des habitants et habitantes sont locataires, le système en œuvre n’en tient que très peu compte… Ou alors, s’il en tient compte, c’est uniquement dans le sens où le locataire est considéré comme financier principal de la transition.

 

Partant de ce constat, pour faire face à la crise climatique, en plus des nécessaires et massifs investissements de la Confédération, les propriétaires doivent impérativement être amenés avec davantage de fermeté à faire évoluer leurs installations énergétiques et isoler leurs bâtiments. Une obligation d’assainir donc[2], mais aussi la possibilité de bénéficier d’aide complémentaire à l’investissement[3], car, disons-le clairement, les propriétaires ne sont pas tous de riches financiers, et il n’est pas question ici de les pousser vers la faillite.

 

Enfin, autre outil ou solution à envisager : une révision du droit du bail pour éviter les reports inconsidérés sur les locataires – et donc des augmentations de loyers. Mais, pour ce cela, comme pour la mise en place d’autres mesures, il faut que de nouvelles majorités se dessinent au Parlement fédéral et que celles que nous connaissons actuellement soit remplacées. Encore une bonne raison, ce 20 octobre, de voter à gauche !

[1]https://www.sp-ps.ch/fr/publications/communiques-de-presse/en-finir-avec-le-petrole-le-plan-marshall-climatique-pour-la(Plan Marschall PS : étude comptabilité sociale (dia 35-37))

[2]https://www.sp-ps.ch/fr/publications/communiques-de-presse/en-finir-avec-le-petrole-le-plan-marshall-climatique-pour-la(Plan Marschall PS : 40 mesures (mesure C5))

[3]https://www.sp-ps.ch/fr/publications/communiques-de-presse/en-finir-avec-le-petrole-le-plan-marshall-climatique-pour-la(Plan Marschall PS: 40 mesures (mesure C3))

Se soucier du climat, c’est prévenir l’accroissement des inégalités

Il y a plusieurs semaines, à l’annonce de l’état des comptes de la Confédération, c’est un sentiment de colère qui m’envahit. Depuis plusieurs années, la rengaine est inchangée : on coupe, on réduit, on restructure pour satisfaire de nouvelles mesures d’économie… et on obtient au final des comptes bénéficiaires de l’ordre du milliard ! Voire de plusieurs milliards !

 

Au travers de cet exercice comptable, la Confédération a démontré, une fois de plus, que des moyens existent et peuvent être mobilisés. Des moyens indispensables pour faire notamment face aux urgences. Oui, aux urgences, et elles ne manquent pas. Des personnes continuent à souffrir dans notre pays et notre rôle, celui de l’État, est de les soutenir. Il en va de même pour notre environnement, pour le climat et les changements qui ont débuté. Portée par les jeunes de notre pays, l’opinion publique a évolué, les citoyennes et citoyens se sentent de plus en plus concernés, l’urgence climatique est exigée.

 

Notre responsabilité est de rappeler que les conséquences des changements climatiques toucheront encore une fois les plus faibles. À l’étranger mais aussi chez nous. Santé, emploi, pouvoir d’achat, égalité, alimentation, logement, transports sont autant de secteurs pour lesquels le fossé entre riches et pauvres va s’accroître. À nous d’agir pour apporter des réponses.

 

Pour y parvenir, la Suisse doit investir pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. En Suisse, mais aussi au niveau international, dans un souci de solidarité, les émissions de l’étranger étant les nôtres si elles participent à notre consommation. Les conséquences du réchauffement touchent et toucheront des populations entières pour qui la migration devient le seul refuge. Plusieurs dizaines de millions de personnes devront abandonner leur foyer, leur vie pour migrer ces prochaines années en raison des effets des températures annoncées. A qui la faute ? Nous ! Assumons notre part. Ce n’est toutefois pas en culpabilisant sur notre canapé que nous avancerons mais bel et bien avec la volonté de changer les choses. Et cette volonté ne doit pas s’éclipser au soir du 20 octobre.

 

Aujourd’hui, malgré l’urgence, si incroyable que cela puisse sembler, seule une partie de la taxe sur les combustibles contribue à amorcer le tournant attendu. Quasiment rien au niveau du budget de la Confédération alors qu’il faudrait un plan sérieux. Les mesures individuelles doivent laisser la place aux mesures collectives. Fini le temps du chacun pour soi ! Le mouvement de la grève pour le climat a démontré que le collectif et surtout la solidarité doivent primer.

 

Dépassons ce qui a été fait jusqu’ici. Arrêtons d’exempter les entreprises pour ce qui concerne l’énergie et le climat, à l’échelon fédéral ou cantonal. Pourquoi uniquement « récompenser » l’économie pour les efforts fournis ? La tonne de COn’a-t-elle pas le même impact si elle est issue d’une entreprise ou d’un foyer ? Pas sûr ! La transition ne doit pas accentuer le risque de précarisation. Le locataire doit pouvoir être acteur de cette transition et non simplement la subir.

 

Qui dit économie dit également réfléchir aux formations qui permettront d’accompagner la transition. Nous avons un potentiel en matière d’innovation des technologies durables, un secteur qu’il faut continuer de soutenir. Nous devons aussi réfléchir aux moyens d’accompagner les personnes subissant la transition technologique par une approche orientée environnement et social. Avec des conséquences concrètes sur la vie des personnes.

 

L’adaptation que nous devons accomplir est l’occasion de repenser notre façon de vivre, de consommer, de nous alimenter et de nous déplacer. Il faudra donc être vigilants afin que les mesures soient bien réfléchies pour faire face au réchauffement annoncé sans créer plus d’inégalités.

 

Une campagne électorale, ça coûte combien en terme de CO2 ?

L’idée m’est venue alors que je cheminais vers la gare de Neuchâtel, ma ville, et que mon voyage allait me faire emprunter trois moyens différents de déplacement. Combien tout ceci coûte en matière de CO2 ? Combien, le 20 octobre, j’aurais « dépensé » en matière de coût climatique ? L’équivalent d’un Zürich-Saigon par les airs ou carrément plusieurs tours du monde ? L’empreinte carbone, tout le monde en parle, c’est un enjeu politique et sociétal majeur mais pourtant, bien peu sont les personnes qui savent mesurer leur coût personnel.

 

C’est pourtant un débat nécessaire pour ne pas dire vital, renforcé encore par la sortie du dernier rapport du GIEC qui annonçait que, pour atteindre l’objectif de 1,5°C de réchauffement sur notre planète, nous devons à l’échelle mondiale atteindre la neutralité carbone vers 2050. Neutralité carbone qui implique qu’il faille en finir avec le mazout ou le gaz dans nos chauffages, les voitures circulant grâce à des carburants et l’élimination de nos déchets produisant des gaz à effet de serre. C’est cette annonce qui a conduit à la grève du climat, sous l’impulsion des jeunes, soucieux de leur avenir. Ils exigent des décisions claires et ils ont raison : il en va de la survie de notre société et des écosystèmes. Survie qui dépendra de la qualité de notre transition écologique, autrement dit des changements d’habitudes que nous accepterons de tenter… et d’installer dans la durée.

 

Nous savons que chaque habitant-e de Suisse dépense chaque année, en moyenne, 14 tonnes d’équivalents CO2. Cette empreinte dépend de notre façon de vivre, de consommer et de nous déplacer. En 2017, chaque habitant-e de notre pays a directement rejeté, en moyenne, 5,6 tonnes d’équivalents COdans l’atmosphère, sans compter ses déplacements par air ou par mer. Et pourtant : un tiers des émissions sont dues à nos modes de déplacement. C’est dire combien notre manière de nous déplacer deviendra un enjeu incontournable de cette transition.

 

Fort-e-s de toutes ces informations, nous avons décidé, mon mari et moi, de nous séparer de notre voiture, il y a déjà deux ans.  Il a fallu adapter nos vies à cette décision, surtout avec deux jeunes enfants. Pendulaires depuis de nombreuses années (mon mari pour Givisiez et moi pour Berne), nous avons donc continué à voyager en train. C’est surtout pour nos loisirs et les visites familiales (à La Chaux-de-Fonds pour l’un, à Delémont pour l’autre) qu’il a fallu modifier nos habitudes, sans compter mes engagements politiques, souvent en soirée, qui nécessitent beaucoup de doigté et de planification pour assurer tous mes engagements entre les quatre coins du canton de Neuchâtel et de la Berne fédérale. Bien sûr, en programmant des séances, rares sont les personnes qui pensent aux horaires des CFF ou des temps de déplacement d’un lieu à un autre : c’est à moi de slalomer.

 

Entre transports publics, vélo électrique, co-voiturage et adhésion au système de voiture partagée, l’expérience s’avère, à nos yeux, concluante. Bien sûr, le choix d’habiter à proximité de la gare de Neuchâtel contribue à cette réussite.

 

Jeudi prochain aura lieu le Forum des 100 organisé par le Temps à Ecublens, avec pour thème la transition écologique. J’y suis invitée en tant que blogueuse. Je ferai évidemment le déplacement en transport public. J’ai bien sûr calculé le coût climatique nécessaire pour se rendre sur place : ce jour-là, je dépenserai plus d’un kilo de CO2. Si j’y allais en voiture seule, et pas besoin d’un gros 4×4 pour arriver à ce chiffre, j’aurais émis 23 kilos de CO2, soit vingt fois plus. En admirant le paysage sur ce trajet, j’aurai tout loisir de réfléchir à une autre question : l’ensemble des déplacements indispensables à ma campagne électorale des Fédérales de cet automne seront-ils compatibles avec cet engagement écologique ? Je m’engage, ici même, à tenir une comptabilité de mon coût en CO2, mais aussi, si c’est le cas, de pointer les limites de l’exercice. Et si vous m’emboitiez le pas ?

 

Écologie et féminisme, même combat ?

En fin d’année 2018, cette phrase de Françoise d’Eaubonne résonnait dans ma tête « Le rapport de l’homme à la nature est, plus que jamais, celui de l’homme à la femme. Il s’agit d’empêcher que ce rapport de destruction se transforme aujourd’hui en celui d’assassinat »[1]. Pour l’écologie ou pour le féminisme, nous devons mener des combats contre la loi du plus fort, des combats pour un développement durable. Cette phrase de F. d’Eaubonne a beau dater de la fin des années 70, elle a encore tout son sens en 2018.

 

Une année 2018 marquée par la mobilisation féministe, d’abord latente ensuite grandissante. Mois après mois, ça s’active, ça chauffe dans les milieux féministes, dans les collectifs cantonaux, pour une grève des femmes, une grève féministe le 14 juin prochain. Une mobilisation bouillonnante qui fait suite au mouvement planétaire #MeToo, mais pas seulement. En effet, la Suisse n’est pas épargnée par les discriminations envers les femmes. En février de cette année, l’OCDE dévoilait que la Suisse tenait la 26èmeposition au glass-ceiling index, juste devant la Turquie. Insupportable? Oui, totalement pour un pays riche et développé comme le nôtre. Et ceci alors que la Suisse a adhéré à l’Agenda 2030 de l’ONU dont plusieurs des objectifs sont en lien avec l’égalité des sexes[2].

 

En parallèle à ces mobilisations citoyenne, politique et syndicale, un autre sujet brûlant, un autre mouvement citoyen s’enflamme. Face à une atmosphère qui se réchauffe, la population de notre pays, de notre planète, manifeste son mécontentement par rapport à la l’inaction de nos gouvernants. Alors que tous les voyants sont au rouge vif et que les experts scientifiques interviennent à toutes les occasions possibles pour le faire entendre, la population est en effet en droit d’attendre autre chose. Les articles, émissions et reportages s’enchainent à ce propos et depuis peu, on évoque même un mouvement du type « grève du climat » qui germe chez les jeunes, l’avenir de notre pays. Voilà un signal fort envers les politiciens suisses pour qu’ils apportent des réponses claires et rapides, et surtout prennent leurs responsabilités ! A quand une réelle démocratie écologique ?

 

Deux mouvements, deux combats mais une seule manière d’y répondre de la majorité parlementaire. Le camp bourgeois fait fi de la moitié de la population, tout comme de l’avenir de notre planète et donc de notre société. Quelle arrogance ! Cela en devient insupportable !

 

Une arrogance qui ne tient pas compte des revendications des femmes d’un côté et d’une remise en cause de notre façon de consommer de l’autre. Les réponses libérales sont toutefois toujours les mêmes : « cela coûtera trop cher à l’économie » ; « laisser faire le marché, cela va s’autoréguler » ; « cela va prendre du temps, mais… » et pire encore, certains arrivent se convaincre que les mini-réponses apportées seront appropriées. Des postures hautement paternalistes ! Pas de mesures concrètes pour atteindre l’égalité salariale, tout comme pour faire face à la précarité chez les femmes – ceci alors que, rappelons-le, plus de 20’000 personnes défilaient dans les rues de Berne le 22 septembre dernier (une première prise de température pour le 14 juin 2019) – et, in fine, aucune avancée dans la politique climatique.

 

Mais finalement ce sont toujours les plus démunis économiquement qui font les frais de cette politique de l’autruche. Par l’immobilisme qui en découle, les femmes sont toujours discriminées sous nos latitudes et elles subissent de plein fouet la crise climatique dans les pays où des conflits en découlent. Et dans notre pays, les bas revenus devront constater dans un avenir proche que les mesures d’adaptation au climat ne sont accessibles que pour les riches. Quand on sait que les femmes seules avec enfants sont un des groupes à plus haut risque concernant la pauvreté, l’inaction contre la crise climatique ne pourra qu’accroître, une fois de plus, les inégalités. Des inégalités dénoncées en France et qui pourraient expliquer la forte présence des femmes dans le mouvement des gilets jaunes.

 

L’année 2018 restera toutefois marquée par une avancée parlementaire. Le 5 décembre dernier, l’Assemblée fédérale a élu, le même jour, au premier tour, deux femmes Conseillères fédérales. Si l’on peut s’en réjouir pour la représentation des femmes en politique et donc pour une meilleure démocratie, en est-il de même pour la question climatique ? Même si on se souvient de la décision de la sortie du nucléaire, qui avait été prise avec une majorité de femmes au Conseil fédéral, il n’est pas dit qu’il en ira de même pour le défi climatique. Je n’en sais rien, j’attends de voir. La seule chose dont je suis convaincue en ce moment, c’est qu’écologie et féminisme resteront mes combats pour 2019, pour plus d’égalité, pour plus de justice écologique et sociale !

 

 

[1]EAUBONNE, Françoise d’, 1978 Écologie/féminisme. Révolution ou mutation ? Paris, Éditions ATP.

[2] Les indicateurs du développement durable en lien avec l’égalité des sexes sont décrits positivement car une amélioration est visible. Toutefois, si l’on prend la tendance actuelle pour l’égalité salariale par exemple, il faudra attendre 2045 pour l’atteindre.

Loi sur le CO2 : une coquille vide pour le climat ?

Entre épisodes caniculaires répétés, précipitations extrêmes et risques accrus de propagation de maladies, la liste des répercussions négatives du dérèglement climatique ne fait que s’allonger. L’augmentation des températures moyennes et la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes menacent dangereusement notre environnement et la population à l’échelle de la planète. Malgré ces observations alarmantes et surtout une prise de conscience affirmée de la population, la déception ne peut qu’être de la partie à la lecture du projet de loi sur le COdiscuté ces jours aux Chambres fédérales.

 

Après la publication du dernier rapport du GIEC, la population attend ce débat de pied ferme, les évènements climatiques faisant craindre le pire pour notre planète et notre pays. En effet, faire face au réchauffement climatique, ce serait proposer de réelles mesures et non des mesurettes. Déception ! Le projet initial du Conseil fédéral n’a rien d’innovant. Aucune mesure proposée n’excite un peu l’imagination. Le gouvernement se terre bien au chaud et ne pond qu’un projet « majorité compatible », alors même que le projet précédent n’a pas atteint les objectifs souhaités durant sa période d’application.

 

Est-ce ainsi que les enjeux sur le climat deviendront un véritable projet politique ? Que cela soit dans le domaine des transports, alors que les émissions dues au trafic aérien explosent les statistiques ou en encore dans le secteur financier, il n’est prévu aucune réelle mesure pour réduire notre impact écologique. Ceci alors que ce secteur, par le biais des caisses de prévoyances notamment, est alimenté en grande partie par l’argent des travailleuses et des travailleurs suisses. Encore mieux ? Si la majorité de droite est d’accord de fixer un objectif de limitation du réchauffement climatique de 1,5°C dans la loi, elle n’est pas encline à en fixer les objectifs de réduction d’émissions pour y parvenir en Suisse.

 

Et quand la majorité bourgeoise du parlement se sent investie dans ce dossier, ce n’est guère que pour s’inquiéter de l’impact de la politique climatique sur l’économie et les entreprises. Quand il s’agit de faciliter les exonérations de la taxe sur le CO2 pour les entreprises émettant une grande quantité de gaz à effet de serre, la droite déborde d’énergie. Ce mécanisme alors que l’OCDE a demandé à la Suisse de supprimer les exceptions existantes dans la loi actuelle.

 

Les discussions sur le réchauffement climatique devraient être l’occasion d’un réel débat de société, posant des questions essentielles sur notre façon de vivre, de travailler, de nous déplacer et de consommer. Questions que la majorité du parlement balaie du revers de la main leur opposant la sacro-sainte liberté économique. Une fois de plus, les intérêts privés priment sur l’intérêt général. C’est pourquoi je reste convaincue que pour faire face à de tels enjeux, l’État doit s’engager de manière forte. Parce que les moyens doivent être à la hauteur des enjeux, sous peine de voir les effets du climat se répercuter non seulement sur nos vies, mais aussi… sur notre économie !