Une reprise pourra-t-elle être sociale, solidaire et écologique ? Elle le devra !

Vendredi 15 mai. En temps « normal », nous serions des dizaines de milliers à croiser les bras et / ou à descendre dans la rue pour sauver le climat. La Grève pour l’Avenir était annoncée de longue date, et les mobilisations amorcées en 2019, autant par la grève féministe que par les mouvements pour la défense de l’environnement, étaient plus que motivées pour remettre l’ouvrage sur le métier.

 

Las ! Au lieu de ça, depuis mars, nous sommes donc confiné-e-s, puis déconfiné-es, et ceci même dans un pays où le libéralisme économique a si bonne presse. Reste donc une question : comment va-t-on relancer notre pays ? Comment réussir à repartir sans foncer droit dans le mur en oubliant les questions sociales, migratoires et environnementales, sacrifiées sur l’autel de l’économie ?

 

Comment construire un avenir durable sur le plan écologique et social ?

 

Même si les émissions de CO2 ont tendance à baisser en période de crise, l’histoire a montré qu’elles remontent dès que l’économie reprend. Un fait qui persistera si nous ne revoyons pas notre modèle économique et notre façon de vivre, de consommer, de nous nous nourrir ou encore de nous déplacer. La crise sanitaire que nous vivons actuellement est le fruit de notre politique en matière environnementale. Alors certes, des mesures ont été prises, parfois avec retard, mais comment faire confiance aux scientifiques qui sont souvent annonciateurs de mauvaises nouvelles ? Devrons-nous attendre que les répercussions sur la santé soient réellement visibles et encore plus concrètes pour changer de cap ? Je ne l’espère pas.

 

Les projections sont claires : si nous ne le changeons pas de cap, dès 2030, ce seront 250’000 décès par an qui seront dûs à des causes environnementales : stress thermique, malnutrition, paludisme et dysenterie, sans compter tous les impacts économiques qui y seront liés. Bien sûr, l’Europe ne sera pas le continent le plus concerné, mais agir à tous les niveaux reste primordial sous peine de voir ces maux s’étendre à la planète entière. Après le colibri, le pangolin nous a montré comment un geste semblant anodin pouvait avoir un effet décuplé sur l’ensemble de la société.

 

La crise que nous traversons a démontré que nous pouvons réagir vite, voire très vite quand il y a urgence sanitaire. Qui aurait pensé qu’il était possible d’arrêter le trafic aérien ? Profitons donc de cette crise pour en tirer des opportunités : réfléchir à notre manière de consommer, de voyager, de vivre et d’évoluer. De construire ce fameux monde « d’après ». A ce prix, et seulement à ce prix, une transition écologique réussie serait possible… Cette crise sera-t-elle un détonateur suffisamment puissant ? Rien n’est moins sûr. Il faudrait des décisions politiques claires, des remises en question en profondeur de notre économie. Mais les croyances ont la peau dure : les dernières revendications de l’USAM en sont la preuve. Chiffres, profits, dividendes, aucune recherche d’équilibre, de notion de durabilité et surtout de solidarité. Avec si peu de considération pour les êtres humains, difficile de se mettre à se préoccuper des ressources naturelles, du climat et donc des générations futures.

 

Le temps est pourtant venu de bouter les visions mercantilistes et conservatrices hors de notre système de pensée. Place à «Grève pour l’Avenir – le Manifeste» ou encore au « Manifeste d’après », pour ne citer que ceux-ci. Place à une relance qui garantit une répartition des richesses, la justice sociale, la solidarité, une économie de proximité et les circuits courts ou la formation continue pour toutes celles et ceux subissant la transition technologique.

 

P.S. : Et non, mille fois non : l’aviation ne deviendra pas climato-compatible.

 

Martine Docourt

Martine Docourt

Députée au Grand Conseil neuchâtelois depuis 2009, Martine Docourt a présidé le groupe socialiste durant la dernière législature. Depuis 2017, elle copréside les Femmes* socialistes suisses. En tant que géologue de l’environnement, elle a eu plusieurs expériences dans l’administration publique cantonale et fédérale. Elle vit à Neuchâtel avec ses deux jeunes enfants et son mari.

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