AVS21: la droite au royaume de la mauvaise foi

Après nous avoir sorti l’argument bullshit par excellence que cette réforme permettrait d’atteindre l’égalité, place maintenant au catastrophisme quant à la situation financière du fonds AVS21 ! Jugez plutôt: « Sacrifier les générations futures », « La montagne de dettes de l’AVS augmente d’année en année » ou encore « l’AVS est au bord de la faillite »… il ne manque que les nuages de sauterelles dans ces prédictions calamiteuses.

Alors, la caisse de l’AVS est-elle vraiment en si piteux état ? Sûr que non. Les chiffres le démontrent. D’après compenswiss, L’AVS clôt son exercice 2021 sur un résultat de répartition positif de 880 millions. Si on regarde les chiffres en comparaison avec les années précédentes, on observe une hausse depuis 2019. Ces chiffres pour le résultat de répartition sont la différence entre les cotisations encaissées et les rentes versées. Elles ne tiennent pas compte des placements. Cette évolution positive est principalement due à la réforme fiscale et de l’AVS (RFFA) acceptée en votation populaire. La réforme a fait augmenter les cotisations à l’AVS de 0,3%. Grâce à cette hausse, il y a un excédent de 570 millions de francs. Ce résultat positif s’est confirmé en 2021.

Ainsi, fin 2021, la fortune de l’AVS est proche des 50 milliards. Et elle augmentra encore les prochaines années. On est donc très loin des scénarios apocalyptiques que le Conseil fédéral et la droite prédisent depuis de nombreuses années pour justifier leurs réformes anti-sociales.

Vous me direz: mais alors que fait-on du vieillissement de la population ? Il est vrai que l’arrivée des baby-boomers à la retraite remet ce sujet sur la table – alors qu’il n’a rien de neuf. Le système de répartition fait que le nombre de retraités doit être mis en relation avec celui des actifs. L’argument brandi par la droite « les jeunes vont payer pour les seniors » est absurde, en ce sens que c’est ainsi qu’a été constituée l’AVS : les actifs cotisent pour les retraités. C’est donc sur le nombre d’actifs qu’il faut agir, notamment en partageant le temps de travail, ce qui permettrait de créer des emplois. Une baisse du temps de travail à salaire égal ne serait d’ailleurs que justice, attendu que la productivité des des travailleuses et travailleurs ne cesse d’augmenter depuis la création de l’AVS.

Et s’il est vrai que les actives et les actifs sont important-e-s pour alimenter le fonds, une chose est certaine: ce n’est pas en augmentant l’âge de la retraite des femmes, et de tout le monde, que l’on peut s’attendre à une amélioration. Au contraire. En effet, c’est augmenter artificiellement l’activité de personnes qui, dans leur tranche d’âge, connaissent un chômage 68% plus élevé que la moyenne. On comprend donc qu’augmenter l’âge de la retraite, c’est tout bonnement augmenter le chômage et le recours à l’aide sociale. Repousser le problème ailleurs, et tant pis pour celles qui finiront ainsi leur parcours professionnel.

Pour la bonne mesure, un petit rappel salutaire: la droite nous dit que l’égalité salariale est un autre sujet et qu’il ne faut pas le lier à l’AVS. Or, rien ne saurait être plus faux. Aujourd’hui, l’écart salarial est tel que le seul fait d’atteindre enfin l’égalité permettrait un apport de 825 millions au fonds AVS. Étonnant donc que ceux qui jouent les Cassandres sur les rentrées de l’AVS soient les mêmes qui refusent toute mesure concrète pour parvenir à cette égalité salariale. Étonnant… ou pas.

Alors oui, il y a urgence, urgence d’agir réellement pour l’égalité et surtout urgence d’augmenter les rentes, mais il n’y a aucune urgence à renforcer le financement de l’AVS par l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes ou par l’augmentation de la TVA – encore moins en cette période d’inflation galopante !

La réduction du temps de travail avec le même salaire : UNE solution à bien des maux !

Les femmes qui gagnent en moyenne 20% de moins que les hommes, une productivité du travail qui ne cesse d’augmenter, des inégalités qui se creusent toujours plus, un jour du Dépassement de la Terre qui avance année après année sont autant d’exemples qui démontrent que l’économie actuelle met sous pression notre société, la santé des travailleuses et travailleurs et notre environnement. 

Même s’il y a des mesures ciblées pour chacun de ces exemples, une solution commune existe: Il s’agit de la réduction du temps de travail à salaire égal !

 

Depuis plus d’un siècle, la revendication de réduction du temps de travail revient dans les discussions politiques et syndicales. Déjà en 1886, une manifestation pour la journée de huit heures tournait au massacre à Haymarket Square à Chicago. Trois ans plus tard, en souvenir, la Deuxième internationale proclamait le 1er mai “journée de lutte du mouvement des ouvriers et ouvrières”. En 1918, la réduction du temps de travail fait partie des revendications principales de la Grève générale menée en Suisse. Le mouvement féministe a contribué à ces luttes. Les féministes voulaient et veulent encore aujourd’hui obtenir également que le travail de reproduction soit aussi reconnu comme un travail socialement nécessaire et que le travail, rémunéré comme non rémunéré, soit réparti plus équitablement. Cette revendication figure d’ailleurs dans le manifeste de 2017 « Pour un socialisme pleinement féministe » des Femmes socialistes suisses repris par le Parti socialiste suisse et dans le manifeste de la grève des femmes du 14 juin 2019. Depuis, une motion de Tamara Funiciello a été déposée au Conseil national et sera prochainement débattue.

Une revendication syndicale, politique et féministe qui se révèle également écologiste. En effet, le mouvement de la Grève pour l’Avenir en fait son thème principal de la journée de mobilisation du 9 avril prochain.

Une solution résolument féministe

 

Aujourd’hui encore, le travail rémunéré et le travail reproductif non rémunéré sont répartis de manière très inégale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, les femmes participent de plus en plus à l’activité professionnelle et travaillent plus que les hommes si l’on fait l’addition du travail non rémunéré et rémunéré. Ainsi, 9,2 milliards d’heures de travail non rémunéré ont été effectuées en 2016, pour une valeur de 408 milliards de francs, dont deux tiers par des femmes. Malgré cela, elles gagnent toujours environ 20% de salaire en moins. Cette répartition inégalitaire ne désavantage pas seulement les femmes dans leur vie professionnelle. En effet, en cas de divorce et séparation ou lorsqu’elles partent à la retraite, elles ne parviennent guère à se constituer un capital suffisant dans le deuxième ou le troisième pilier. Un tiers des femmes n’ont pas de deuxième pilier et elles disposent en moyenne d’une retraite inférieure d’un peu moins de 37 % à celle des hommes. Une situation qui augmente le risque pour les femmes de se retrouver dans une situation précaire et qui s’observe également par le fait que les femmes sont plus tributaires que les hommes  de prestations complémentaires. Ce sont là quelques unes des raisons pour lesquelles les féministes de gauche disent non à AVS21.

 

La réduction du temps de travail à salaire égal est une réelle opportunité pour davantage d’égalité. Réduire le temps de travail offre plus de temps pour le travail reproductif et permettra ainsi de tendre vers une meilleure répartition à la fois du travail rémunéré et du travail reproductif au sein d’un couple, et donc d’améliorer la conciliation entre travail et vie privée. Cette solution permet ainsi de réaliser deux avancées: une répartition plus juste des revenus et de la fortune et une meilleure reconnaissance du travail de care.

 

Une proposition qui profitera aux travailleuses et travailleurs

 

La santé psychique et physique des travailleuses et travailleurs est mise à mal. Les résultats de récentes études démontrent que le Job Stress Index moyen des personnes actives en Suisse s’est encore détérioré en 2020 et cette détérioration est considérée comme étant significative par rapport aux indicateurs des enquêtes de 2014 et 2016.

Bien que la productivité ce cesse d’augmenter, nous en sommes toujours à des cadences de plus de 40 heures de travail hebdomadaire. De plus, les salaires réels stagnent. Une croissance importante du montant total des grandes fortunes durant ces dernières années, ainsi qu’une répartition de la richesse toujours plus inégale sont observées. Le système actuel se fonde sur la maximisation du profit individuel. De plus, les grandes entreprises n’ont eu aucun scrupule à reverser des dividendes et de maintenir des écarts salariaux moyen allant jusqu’à 1 :137. Sur la base de ce constat, les gains de productivité doivent être mieux redistribués et il n’est que justice que les travailleuses et les travailleurs qui génèrent ces gains puissent également en profiter. Et la réduction du temps de travail à salaire égal permet cette redistribution plus juste.

Qui plus est, introduire une telle mesure ne retire pas un volume de travail du marché du travail, mais le répartit sur davantage de personnes. La réduction du temps de travail à salaire égal permet ainsi de créer des emplois par le partage, tout en œuvrant à une répartition plus juste des revenus et de la fortune, voie royale vers une plus grande justice sociale. Ceci est d’autant plus important dans un monde du travail, où le travail manuel est remplacé par l’automatisation. Il en va de même pour la numérisation croissante.

Les fruits des progrès technologiques doivent profiter à toutes et tous et non uniquement servir à augmenter les profits des plus riches. De plus, l’Islande donne l’exemple: la semaine de quatre jours y a été expérimentée pendant 4 ans avec des résultats positifs. La productivité de l’économie n’a pas diminué, au contraire, et le bien-être au travail a augmenté.

 

Une mesure pour permettre un avenir sur notre planète

 

“Il n’y aura de véritable protection du climat que si le capitalisme est fondamentalement modifié”, affirme l’écrivaine et activiste canadienne Naomi Klein. En effet, le système actuel se fonde sur la maximisation du profit individuel et beaucoup y sont perdantes et perdants dans le monde. Pour une meilleure qualité de vie pour toutes et tous, le besoin de structures collectives qui favorisent le bien commun, l’équilibre et la justice semblent évidents. De même, un changement des circuits d’échanges commerciaux est nécessaire, pour miser sur la proximité.

La réduction du temps de travail est également bénéfique pour le climat car elle permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre et l’exploitation des ressources naturelles par une baisse substantielle des rythmes de travail. Quand on sait que les 1 % les plus riches de la planète émettent 30 fois plus que les 50 % les plus pauvres (et 175 fois plus que les 10 % les plus pauvres, on comprend l’importance d’une meilleure répartition des gains de productivités et la réduction du temps du travail à salaire égal y contribuerait.

La consommation fait partie des enjeux de la reconversion écosociale de l’économie mais les choix de production le sont encore plus. La production ou plutôt la surproduction est aussi génératrice de gaspillage. Un gaspillage qui doit cesser et qui peut être atténué par une réduction du temps de travail.

 

Appauvrir l’Etat c’est nous appauvrir toutes et tous

L’activation et la simplification des indemnités RHT, la possibilité de solliciter des cautionnements ou des aides financières ciblées sont autant d’exemples de mesures dont les entreprises de notre pays ont pu bénéficier pour faire face à la situation plus que particulière qui a suivi l’arrivée dans notre société et dans nos vies du virus COVID-19. Ces mesures ont démontré l’importance de l’État en de telles circonstances, au point qu’il serait de mauvaise foi de nier le rôle essentiel que l’État et les services publiques ont joué pour nous permettre de traverser cette crise.

Pour pouvoir jouer ce rôle, l’État a besoin de ressources, qui proviennent forcément de la fiscalité ou de la parafiscalité. Mais malgré cette évidence, la droite bourgeoise de notre pays ne cesse de diminuer les revenus de l’État et ceci depuis les années 1990 : abolition de l’impôt fédéral sur le capital, la RIE 2 qui fit baisser l’imposition des capitaux et RFFA qui a diminué les impôts pour les banques et les assurances par exemple.

Malgré ces baisses répétées, pudiquement appelées « réformes », la droite n’en reste pas là. Elle a le cynisme d’aller encore plus loin, alors même que les effets économiques de la pandémies se font toujours ressentir, en proposant la suppression du droit de timbre (droit d’émission). Cette suppression priverait ainsi l’État de 250 millions de francs chaque année.

Une fois de plus les partis bourgeois essaient de nous faire croire qu’ils se la jouent bon prince envers les PME de notre pays, alors que cette hypocrisie cache la volonté d’avantager une toute petite minorité d’entreprises, les plus grosses. En effet, 99,7% des entreprises ne sont pas concernées par cette suppression. Elle ne fera que permettre à des multinationales de ne rien payer quand elles émettront de nouvelles actions, alors que la finance n’est même pas soumise à la TVA. De plus, c’est faire le jeu de grandes entreprises qui, malgré la crise et en dépit d’avoir touché des aides étatiques, n’ont eu aucun scrupule à reverser des dividendes et de maintenir des écarts salariaux moyen allant jusqu’à 1 :137.

Et pendant que la droite accorde de nouveaux privilèges aux entreprises les plus puissantes de notre pays, qui affichent des bénéfices mirobolants, pour la population ce sont les loyers et les primes maladies qui augmentent et les salaires qui stagnent. Le pouvoir d’achat n’augmentant pas, la précarité continue à progresser dans notre pays.
En 2019, 735’000 personnes étaient touchées par la pauvreté dont 155’000 d’entre elles occupaient un emploi. Des inégalités sociales qui ne devraient pas exister dans un pays riche comme le nôtre.

Qui plus est, réduire davantage les impôts des personnes morales, c’est faire peser de plus en plus fortement le poids de la fiscalité sur les personnes physiques. La taxation des salaires, des rentes et de la consommation deviendront les seuls sources de revenu substantielles pour l’État. Et ne nous leurrons pas: même si la crise COVID-19 semble arriver à son terme, ce dont tout le monde se réjouira, une autre crise attend: le dérèglement climatique. Et pour y faire face, là aussi, des moyens seront nécessaires et c’est vers l’Etat qu’il faudra se tourner pour les engager.

Alors si nous voulons pouvoir investir pour les enjeux de demain, commençons par nous en garder les moyens en disant NON à cette inacceptable suppression.

Pollution des sols urbains : une surveillance nécessaire

Dioxines et furanes. Seveso, sinistre mémoire. Des mots qui font frissonner tant ils évoquent des catastrophes lourdes en pertes humaines. Pourtant, dioxines et furanes font l’actualité de la ville de Lausanne, qui en a retrouvé dans l’analyse récente de ses sols. Bien trop. Comment est-ce possible qu’une telle pollution n’ait pas été perçue avant cette année ? Est-ce un cas isolé ? Pour l’instant, les autorités peinent à répondre car, disons-le clairement, elles ne s’en sont que peu soucié jusqu’à maintenant, surtout dans les cantons romands. La qualité des sols est le parent pauvre de la politique environnementale et ceci malgré le fait que, dans ce cas précis, nous parlons avant tout de notre santé.

Des places de jeu contaminées ? Des légumes cultivés localement bons à jeter ? Ces exemples sont devenus réalité à Lausanne, mais pourraient bien l’être aussi dans d’autres cantons romands. Car si l’article 4 de l’Ordonnance sur les atteintes portées aux sols (OSol) demande en effet une surveillance des sols de la part des cantons, en Suisse romande, seul le canton de Fribourg a réellement initié la démarche.

Le Canton de Neuchâtel devra lui emboîter le pas pour donner suite à une motion acceptée récemment par le Grand Conseil. Le chef du Service de l’environnement et de l’énergie du canton de Neuchâtel semble peu inquiet des résultats des analyses lausannoises, ceci bien que le sol neuchâtelois n’ait pas encore été investigué. Son optimisme sera-t-il confirmé ? Entre un passé industriel et une usine d’incinération présente depuis de nombreuses années sur son territoire, la ville de la Chaux-de-Fonds pourrait bien ne pas être épargnée. D’autres communes pourraient également présenter des surfaces polluées. Les résultats du canton de Fribourg le confirment: l’âge des jardins joue un rôle quant à la qualité des sols. Alors dioxines et furanes à Neuchâtel ou uniquement métaux lourds et hydrocarbures ? On a hâte de le savoir.

Actuellement, les pollutions de sol sont gérées essentiellement par deux ordonnances : l’ordonnance sur les sites contaminés (OSites) qui traite des pollutions en lien avec une activité industrielle alors que l’ordonnance sur les atteintes portées au sol (OSol) traite des pollutions diffuses. Toutes deux découlent de la loi sur la protection de l’environnement (LPE). Dès son introduction, l’OSites avait des objectifs clairs et elle a vite été accompagnée de moyens financiers pour inciter les cantons à prendre la thématique en main. Ainsi l’OSites a réussi à faire avancer de manière générale la question de la gestion des sites pollués en Suisse, mais le constat n’est pas le même quand des sols sont touchés.

Jusqu’à maintenant, la problématique des sites pollués s’est concentrée principalement sur les eaux souterraines. Un choix délibéré ? Pas vraiment. C’est surtout par manque d’intérêt, de moyens, de ressources humaines, ou peut-être parfois par manque de connaissances, que la problématique peine à avancer. Même constat quand on se tourne vers le bilan de la mise en œuvre de l’OSol: un cadre légal existant, mais dont un grand nombre de cantons de Suisse romande fait tout simplement fi.

Une révision de la LPE est en cours de consultation, mais telle que proposée et même si elle va dans le bon sens, j’affirme qu’elle ne va pas assez loin. Certes, on compte assainir les places de jeux pour jeunes enfants grâce à des moyens tout spécialement débloqués pour l’occasion. Un premier pas. Pourtant, des inégalités de traitement persisteront, ou même s’accentueront, si cette révision devait entrer en vigueur. L’incitation à assainir serait plus grande sur les parcelles publiques. Les propriétaires privés pourraient bénéficier d’aides, mais vont-ils faire les démarches s’ils n’habitent pas sur les parcelles concernées ? Questions importantes quand le but de ces analyses est de connaître l’état de la pollution, pour ensuite prendre les mesures qui s’imposent.

Les mesures, de manière générale, diffèrent malgré tout d’une ordonnance à une autre. En effet, un dépassement des valeurs limite – pourtant les mêmes – n’a pas les mêmes conséquences si la pollution est considérée comme étant diffuse ou en lien avec un site pollué. La source de la pollution influe ainsi sur les mesures à prendre, alors que la pollution elle-même aura un impact identique sur la santé des enfants ou sur la qualité des aliments dans notre assiette. Actuellement, si une pollution dépasse les valeurs limites et qu’elle provient d’une pollution diffuse, elle ne nécessitera pas d’assainissement alors que si elle provient d’un site pollué, cela sera exigé. Une incohérence crasse qui n’encourage pas à détecter les pollutions diffuses.

Et dernier élément problématique, et non des moindres: les valeurs limites de certaines substances sont trop élevées. Sur la base de réflexions du Centre Suisse de Toxicologie Humaine Appliquée (CSTHA), une révision de l’OSites avait été initiée avec comme objectif d’abaisser les valeurs limites du plomb et des hydrocarbures aromatiques polycycliques pour les surfaces de sols où les enfants jouent régulièrement. Les valeurs limites proposées permettaient d’être au niveau des valeurs utilisées en comparaison internationale et d’ainsi de permettre une meilleure protection de la santé chez les jeunes enfants notamment. Mais actuellement la consultation de la révision LPE ne les mentionne pas et ne garantit pas une suite à ce dossier. Ceci malgré un engagement pris sur cette thématique par le Conseil fédéral à plusieurs reprises, lors d’interventions parlementaires.

Il est temps que les autorités prennent leurs responsabilités, que cela soit au niveau fédéral ou cantonal, et qu’elles examinent de manière approfondie l’état de la qualité des sols. La population est en droit de savoir sur quel sol grandissent les enfants et sont cultivés une partie des aliments qu’elle consomme.

Voter oui à l’initiative 99%, c’est agir pour le climat

Intenses feux de forêts en Grèce, chaleurs extrêmes au Canada, et, plus près de chez nous, inondations dans la région des trois lacs sont des exemples de ce que nous avons pu observer ce seul été. Pas besoin d’être scientifique pour faire le lien avec le réchauffement climatique global, qui engendre toujours plus d’évènements météorologiques exceptionnels. Les conclusions du rapport du GIEC confirment cet état de fait. Une planète en surchauffe. Une société en mal de solutions.

En Suisse, 24% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l’industrie et 19% de l’agriculture et du traitement des déchets. Il n’y a pas de chiffre disponible pour le transport international de marchandises, mais sachant que près de la moitié de nos exportations vont en Asie et en Amérique, on peut imaginer que la facture est salée en termes de rejets carbone. Pareil pour les importations, dont 44% sont extra-européennes. D’où le constat qu’au-delà des gestes quotidiens de chacune et chacun, c’est bien le système économique qui est central. D’où l’impérieuse question : comment sortir de la logique néolibérale mondialiste, qui pousse à la surconsommation et au gaspillage ?

Pour donner réponse, il faut dire le nom du mal: l’idéologie du libre marche, qui nous a conduit à augmenter, en la globalisant, l’exploitation des ressources naturelles, jusqu’à vivre au crédit de notre planète au bout d’un trimestre.

Cette surexploitation existe dans un but et un seul but, qui n’est pas de répondre aux besoins de la population, mais d’assurer des profits toujours plus élevés aux hyper-riches. Selon une étude d’Oxfam en 2018, 42 milliardaires détiennent autant de richesses que 3,7 milliards de personnes. Quand on sait qu’en 2020, la fortune des milliardaires de la planète a progressé de 30% (étude de l’UBS, qu’on ne suspectera pas de gauchisme),que les 1 % les plus riches pourraient émettre 30 fois plus que les 50 % les plus pauvres et 175 fois plus que les 10 % les plus pauvres, on voit la corrélation entre exploitation des ressources naturelles, exploitation des travailleuses et travailleurs et accaparement des richesses.

Pire, ne se contentant pas d’accaparer, le système néolibéral globalisé conduit aussi à un gaspillage éhonté de marchandises, l’offre dépassant très souvent la demande pour entretenir le mythe d’une société d’abondance. Il en va ainsi du gaspillage alimentaire et son faramineux milliard de tonnes de déchets produits chaque année. Rien qu’en Suisse, ce sont 2,8 millions de tonnes de denrées jetées chaque année, soit le quart des gaz à effet de serre engendrés par notre alimentation!

La réponse à la question passe donc indéniablement par un changement de système au profit de la solidarité et d’une véritable redistribution des richesses.

En ce sens, l’initiative 99% est clairement l’occasion d’un vote écologique car elle s’attaque précisément à cet enrichissement d’une infime minorité au détriment de l’ensemble de la planète.

Dire cela ne fera bien sûr pas plaisir aux partisans du libre marché, mais tant pis ! On leur rappellera ici une évidence qui leur échappe grassement: sans planète viable, pas de marché !

Pour le climat, pour la justice sociale, OUI à l’initiative 99% !

Cataclysme et désolation

Aube du 23 juin 2021. Cataclysme et désolation. Presque 2 ans jour pour jour après les inondations du Val-de-Ruz à Dombresson, c’est Cressier qui paie son lot à la sauvagerie des éléments, avec son si joli petit Ruhaut, devenu torrent dévastateur en quelques minutes durant la soirée précédente. Ce n’est pas la première fois que le ruisseau du village fait des siennes, mais ici, l’accumulation des phénomènes a rendu l’évènement d’une terrible violence. Un alignement de planètes en quelque sorte. Si ce n’était pas tant lié à d’autres enjeux bien plus graves, je serais tout simplement fascinée. Nous le sommes toutes et tous : quand la nature se déchaîne, l’humain se fait tout petit. Malaise. Colère. Lien évident avec le réchauffement climatique. Ici, heureusement pas de décès, mais que ce serait-il passé à l’heure des trajets scolaires ? Je ne veux pas l’imaginer.

 

23 juin 2021. Collision des faits : le dernier rapport provisoire du GIEC confirme ce qui est prédit par de nombreux scientifiques. Les impacts dévastateurs du réchauffement climatique sur notre environnement et sur notre société vont s’accélérer. Le ton est alarmiste, voire apocalyptique : les scientifiques veulent que leur voix soit enfin entendue. Combien de versions de rapports, toujours plus alarmistes, faudra-t-il pour une réelle prise de conscience ? Combien d’évènements extrêmes, comme celui de Cressier, pour qu’on intègre que si nous ne faisons rien, la crise climatique engendrera une crise sociale et qu’elle durera ?

 

Des questions auxquelles je ne vois toujours pas de réponse suffisamment percutantes. C’est finalement, la communication de l’USAM qui m’aura fait esquisser un sourire cette même journée. Sourire d’espoir ? Que nenni : sourire jaune. Car, la bouche en cœur, elle demande de « maintenir » les instruments de politique climatique « qui ont fait leur preuve ». Preuve de quoi ? Preuve de leur inefficacité ? Quelle naïveté, que dis-je, quelle indécence ! Sont-ils réellement convaincus de ce qu’ils écrivent ? Prise de position incompréhensible, qui fait l’inventaire du vocabulaire du bon néolibéral et nappée de bonne conscience, ou plutôt d’inconscience. Odeur de naphtaline surtout. La même odeur qui se dégage de la tribune de Philippe Nantermod qui accuse les grévistes du climat du refus populaire de la Loi sur le CO2. Tellement facile de trouver des coupables alors que, disons-le clairement, c’est bien le PLR qui n’a pas fait son job dans ce cadre précis alors qu’il a participé au compromis.

 

Alors, pointons les vrais coupables ! Visons les industries de notre pays qui peinent à réduire leurs émissions et sont surtout actives dans leur travail de lobby pour que cela ne leur coûte rien. Comble de l’ironie, les plus grands pollueurs en Suisse sont liés au raffinage et à la production de ciment, deux industries bien présentes de la région de Cressier. C’est bien à nous, citoyens et citoyennes, de prendre de décisions pour ne plus être dépendant-e-s de ces industries. Cela aura certes un coût, à moyen terme. Ne rien faire coûtera bien plus cher, à long terme. Ceci est d’autant vrai pour l’environnement que pour le volet social. On doit renforcer le rôle de l’Etat, une tendance qui semble à contre-courant des majorités bourgeoises qui s’efforce de diminuer toujours plus les revenus de l’Etat. Le combat sera rude pour que la solidarité ne soit pas que présente après les catastrophes.

 

Et aujourd’hui, je pense à Cressier. A toutes les autres communes touchées par les intempéries de ce début d’été. Nous sommes ensembles face à ce défi, nous devrons le relever ensembles.

 

Ce n’est pas bien de se défausser, Monsieur le Conseiller fédéral !

« Ce n’est pas moi, c’est lui ! » Je m’attendais à une autre réponse du Conseiller fédéral Parmelin au débat d’Infrarouge de la RTS du 12 mai quant à la question « comment fera-t-on pour assainir les sols pollués aux pesticides de synthèse ? ». On s’attendait à une réponse claire de la part du Président de la Confédération, mais au lieu de proposer des solutions à cette situation, il a préféré trouver un autre coupable, l’industrie. Une posture peu digne d’un Conseiller fédéral, même s’il n’est pas faux qu’une des sources de pollution des sols sont les anciennes activités industrielles. La réponse correcte aurait été « avant de définir les méthodes d’assainissement, nous devons connaître l’état de pollution des sols, et l’impact de l’ensemble des substances présentes dans celui-ci….».

 

La position fuyante du Conseiller fédéral démontre le manque d’intérêt pour la problématique des sols de la part du Chef de l’Agriculture et de l’Économie. Durant ce débat, les opposants aux initiatives pesticides déroulent leurs arguments pour tenter de nous convaincre de ce qui est bon pour l’agriculture et surtout pour notre assiette. Aucun n’est prêt à admettre que l’utilisation de pesticides de synthèse représente un souci de santé au travail, ceci alors que d’autres pays ont classé la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle pour le milieu agricole. La Suisse est hélas assez forte dans ce domaine : fermer les yeux sur l’impact de substances nocives, produites par une industrie nationale agressivement lobbyiste. Souvenez-vous du combat acharné pour faire admettre que l’amiante peut être mortelle !

 

Ces substances nocives, si elles s’accumulent dans nos organismes, s’accumulent de façon évidente aussi dans nos sols, induisant des dégâts tout aussi graves. Rappelons que la fonction première d’un pesticide de synthèse est de lutter contre les organismes vivants. Nous ne connaissons pas grand-chose sur leur écotoxicité, sur leur biodégradabilité et donc leur persistance. C’est seulement récemment que nous avons eu une première indication sur la présence de ces substances dans les sols agricoles. Ces substances ne font même pas partie de la liste à analyser systématiquement dans le diagnostic de pollution des sols. Depuis les années 1990, nous nous concentrons principalement sur les métaux lourds et certains hydrocarbures, des reliquats de l’industrie et du trafic routier. Alors qu’on arrête de me dire que dans cette discussion, on se soucie de la ressource qu’est le sol. L’homologation de ces produits ne tient pas assez compte du principe de précaution. Ce que j’observe c’est que tout va lentement, trop lentement, et qu’on joue aux apprentis sorciers en répandant ces substances dans notre environnement sans aucun suivi.

 

Tout comme l’eau, le sol est indispensable à notre survie. C’est le cas pour notre alimentation, mais le sol est aussi l’interface entre le monde minéral et biologique, le support pour la faune et la flore. Il participe à la préservation de la biodiversité. Ne pas préserver le sol, c’est détruire la biodiversité, la vie. Ne pas protéger la vie du sol, c’est réduire le volume de matière organique qui participe à la fertilité du sol. Une matière organique dont le monde scientifique s’accorde à dire qu’il est plus que nécessaire de l’augmenter pour faire face au réchauffement climatique, puisqu’elle permet de capter le CO2 et in fine de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

 

Alors, Monsieur le Conseiller fédéral, il est trop facile de trouver d’autres coupables à l’état préoccupant de la santé des sols. En tant que pédologue, je ne peux pas me contenter de telles réponses à court terme ou passéistes quant à l’origine de la pollution des sols. Les pollutions liées directement à l’industrie font partie du passé, même si leur assainissement n’est pas du tout résolu. J’aimerais qu’on se concentre sur l’avenir. En tant que politicienne, j’attends que le Conseil fédéral ose prendre des décisions sans céder à la pression des lobbys agricoles et agro-chimiques. Travaillant dans un syndicat, j’attends que le Ministre de l’Économie prenne ses responsabilités pour garantir des conditions de travail sans risque, notamment dans le milieu agricole. Et en tant que maman, j’aimerais qu’un Conseiller fédéral ait une vision à long terme de la gestion des ressources naturelles, et s’engage pour les générations futures. J’espère toutefois que vous assumerez la responsabilité d’expliquer un jour à mes enfants que l’infertilité ou les problèmes neurologiques, en augmentation, sont dus à votre inaction politique !

 

Une chose est sûre, même si les initiatives du 13 juin ne sont pas parfaites, je voterai deux fois oui ! Il est temps qu’on ait une vision à long terme et qu’on dépasse la seule logique du profit économique. Ceci pour permettre un avenir plus durable, par un réel soutien à l’agriculture en menant à bien cette reconversion nécessaire !

Un accord trompeur

Les affirmations voulant que l’accord de libre-échange avec l’Indonésie « pose les bases d’une économie plus durable et équitable »[1] ou « l’accord de libre-échange renforce le développement durable »[2] ne manquent pas ces temps-ci. En effet, l’économie et certaines personnalités politiques soutenant cet accord se veulent depuis quelques semaines être de grandes promotrices de la durabilité. La droite et les milieux économiques auraient-ils enfin intégré que nous n’avons une seule planète ? J’ai bien peur que nous en soyons une fois de plus encore très loin…

Le 7 mars prochain, le peuple suisse devra se déterminer sur cet accord commercial avec l’Indonésie. Un nouvel accord de libre-échange car la Suisse n’en est pas à son premier. Mais pour la première fois, le peuple pourra donner son avis. Une disposition nouvelle qui permet un réel débat dans notre pays en actionnant le référendum.

Même s’il est vrai que cet accord a un chapitre dédié à la durabilité et qu’il a été renforcé par le Parlement, il reste insuffisant. Il n’y a aucune garantie de l’application de sanctions en cas d’infraction lors de la production d’huile de Palme. La certification RSPO n’a rien de convaincant et la formulation dans l’accord reste très vague[3]. Pas besoin de vous faire le dessin que sans contrainte, il n’y aura pas d’avancées avec cet accord.

De plus, alors que la Suisse développe son Agenda 2030 (agenda pour le développement durable), nous pouvons nous demander si un tel accord est compatible avec les objectifs fixés ? L’augmentation de la production l’huile de palme entrainera inévitablement des violations de normes dans le domaine social et environnemental pour garantir une maximisation des profits[4]. Des profits dont seule une minorité profitera. Encore une façon d’un peu plus creuser le fossé entre les pays du Nord et du Sud, au contraire de ce que vise l’Agenda 2030.

Une maximisation des profits qui détruit la planète mais qui a aussi des conséquences sociales : travail forcé ou avec des salaires indécents notamment. L’huile de palme est un triste exemple. Cette activité agricole est accélératrice de la déforestation de notre planète. Une déforestation de la forêt tropicale qui touche directement la biodiversité et le climat, en asséchant des zones comme des tourbières.

Il est temps que nous agissons pour une réelle prise de conscience de la nécessité de la préservation de la nature et de sa biodiversité, et ceci aussi de manière globale. A force de détruire la biodiversité, de diminuer nos ressources naturelles, nous impactons également négativement des populations et accentuons davantage les inégalités. Le vote sur cet accord est l’occasion de nous opposer à ces échanges économiques qui n’ont plus d’avenir si nous voulons réellement vivre dans un monde durable.

[1] https://www.swissinfo.ch/fre/votations-du-7-mars_simone-de-montmollin—cet-accord-de-libre-échange-pose-les-bases-d-une-économie-plus-durable-et-équitable-/46300222

 

[2] https://www.economiesuisse.ch/fr/articles/libre-echange-avec-lindonesie-des-opportunites-pour-les-deux-pays

 

[3] https://www.publiceye.ch/fr/thematiques/politique-commerciale/politique-commerciale-bilaterale/indonesie/votation-ale-indonesie

 

[4] https://www.pronatura.ch/fr/2018/pas-de-libre-echange-pour-lhuile-de-palme

 

La lutte continue !

Les cinquante ans du suffrage féminin au niveau national, voilà ce que nous fêterons le 7 février. Il aura fallu attendre le début des années 1970, alors que les femmes s’engageaient et se mobilisaient dans les mouvements de gauche depuis la fin du 19e siècle.

 

En 1918, Rosa Bloch-Bollag, présidente de la commission de l’agitation des femmes du PSS et seule femme du Comité d’Olten, fit intégrer la revendication du droit de vote des femmes à l’appel à la Grève générale. Même si ce ne fut pas la revendication la plus soutenue à l’époque, cela a toutefois permis de déclencher un débat politique sur les droits des femmes. Plusieurs propositions ont ensuite été faites au Parlement fédéral, mais il a fallu attendre 1959 pour que des femmes suisses puissent s’aventurer dans un bureau de vote. C’était en Valais, à Unterbäch, où le Conseil municipal avait décidé que les femmes de la commune devaient participer à la votation fédérale sur l’introduction d’un service obligatoire pour les femmes. Verdict du scrutin national ? 51,9 % de non.

 

Cette votation et surtout les débats qui l’accompagnèrent ont convaincu le Conseil fédéral de proposer un vote sur le suffrage féminin. Ainsi, en 1959, après un processus parlementaire quelque peu étonnant (les opposants ont accepté, pour ensuite encourager les citoyens à refuser), les deux tiers des hommes suisses qui ont voté ont dit non au suffrage féminin. Ils refusaient tout simplement aux femmes de faire entendre leur voix. De nombreux autres pays avaient pourtant introduit le suffrage féminin depuis le début du 20e siècle.

 

Ce revers ne reflétait toutefois pas la volonté de tous les cantons, puisque à Neuchâtel tout comme dans le canton de Vaud, le suffrage féminin a été accepté en 1959. C’est ainsi que la socialiste Hélène Chollet-Dubied est devenue la première conseillère générale élue en Suisse, à Colombier. Ce fut ensuite au tour de Raymonde Schweizer d’être la première députée. Notre canton, pionnier, a rendu audible la voix des Neuchâteloises en 1960.

 

Il fallut attendre le vote positif des hommes suisses, le 7 février 1971, après plusieurs mobilisations – des femmes mais aussi des mouvements de jeunesse ou étudiants –, pour que les Suissesses aient enfin le droit de vote et d’éligibilité à l’échelon national. Une victoire pour la démocratie, les droits humains et surtout pour la moitié des personnes du pays. Enfin, notre voix pouvait être entendue !

 

Cinquante ans. Un constat s’impose : tous les droits ont été obtenus après de longs combats. Le combat pour une société plus féministe n’est pas encore arrivé à son terme, nous le savons. Ce jubilé est néanmoins l’occasion de rendre hommage à Rosa Bloch-Bollag, Emilie Liberherr, Hélène Chollet-Dubied, Raymonde Schweizer et encore à toutes les femmes qui se sont battues, chacune à son niveau, durant cette longue lutte.

 

 

QUI A PEUR DU GRAND MÉCHANT LOUP ?

Le retour du loup n’a pas laissé les politiciennes et politiciens indifférent∙e∙s. Interpellations, questions, motions… le Parlement fédéral s’est fait le lieu de nombreuses interventions ces dernières années. Doris Leuthard, ancienne ministre en charge de l’environnement, était contrainte d’aborder la question à presque toutes les sessions. En effet, le loup est réapparu sur le sol suisse au début des années 1990. Un loup qui fait peur, un loup pour lequel une révision du cadre réglementaire s’avérait nécessaire.

Alors que la révision de la loi sur la chasse devait être modérée et permettre de renforcer la coexistence entre l’humain et les animaux sauvages, le texte sorti des débats parlementaires en 2019 n’est pas acceptable. Disons-le clairement : la loi sur la chasse sur laquelle nous allons voter n’est en aucun cas un projet abouti. Au contraire, elle met en péril le dispositif existant de protection des espèces chez les mammifères et les oiseaux sauvages. Ces espèces seraient soumises à une pression plus forte encore.

Mais de quelles espèces, mis à part le loup, parle-t-on ? Des espèces protégées comme le lynx, le castor ou le cygne tuberculé, qui pourraient être ajoutés à la liste des animaux pouvant être régulés, aux côtés du bouquetin et du loup. « Régulés », cela veut dire : tirés et abattus lorsque leur présence dérange. Avec la nouvelle loi, ils pourraient être abattus avant même d’avoir causé des dommages ou d’être considérés comme un danger, sans même que des mesures de protection raisonnables aient été prises au préalable.

La peur du loup n’a rien de nouveau. Pour faire face aux problèmes que pourraient provoquer les loups, des solutions efficaces existent déjà, par exemple la protection des moutons et autres animaux d’élevage. Il est déjà possible de décimer sélectivement des meutes.

Cette peur n’est pourtant pas justifiée, car rappelons-le : le retour du loup n’a jamais été une menace pour les habitantes et les habitants de notre pays.

Au contraire, le retour d’espèces animales indigènes a de réels effets positifs sur notre nature, nos écosystèmes. Les aménagements des castors créent de nouveaux habitats pour la faune locale (poissons et oiseaux, par exemple). La présence de lynx et de loups permet de réduire la multiplication incontrôlée des ongulés tels que cerfs et sangliers, dont les dégâts dans les forêts ou les champs et pâturages sont bien connus. Ces espèces participent en fait à l’équilibre naturel. C’est pourquoi toutes les organisations environnementales et de protection des animaux, la société forestière suisse ainsi que de nombreux forestiers, chasseurs et professionnels de la faune sauvage disent clairement Non à cette loi.

De plus, par cette loi révisée, les cantons pourraient ordonner eux-mêmes de décimer des animaux protégés alors qu’actuellement il faut l’assentiment de la Confédération. Ainsi, l’existence de ces animaux dépendrait de leur localisation et des politiques cantonales : comme si les animaux connaissaient les frontières cantonales !

Le référendum a abouti très rapidement : plus de 70 000 signatures ont été recueillies au cours des sept premières semaines de collecte. Alors direz-vous non le 27 septembre prochain ? Si la majorité du peuple suisse va dans ce sens, cela permettra d’ouvrir la discussion pour une nouvelle loi qui devra être moderne et, surtout, qui respectera notre nature et nos animaux sauvages.