Une campagne électorale, ça coûte combien en terme de CO2 ?

L’idée m’est venue alors que je cheminais vers la gare de Neuchâtel, ma ville, et que mon voyage allait me faire emprunter trois moyens différents de déplacement. Combien tout ceci coûte en matière de CO2 ? Combien, le 20 octobre, j’aurais « dépensé » en matière de coût climatique ? L’équivalent d’un Zürich-Saigon par les airs ou carrément plusieurs tours du monde ? L’empreinte carbone, tout le monde en parle, c’est un enjeu politique et sociétal majeur mais pourtant, bien peu sont les personnes qui savent mesurer leur coût personnel.

 

C’est pourtant un débat nécessaire pour ne pas dire vital, renforcé encore par la sortie du dernier rapport du GIEC qui annonçait que, pour atteindre l’objectif de 1,5°C de réchauffement sur notre planète, nous devons à l’échelle mondiale atteindre la neutralité carbone vers 2050. Neutralité carbone qui implique qu’il faille en finir avec le mazout ou le gaz dans nos chauffages, les voitures circulant grâce à des carburants et l’élimination de nos déchets produisant des gaz à effet de serre. C’est cette annonce qui a conduit à la grève du climat, sous l’impulsion des jeunes, soucieux de leur avenir. Ils exigent des décisions claires et ils ont raison : il en va de la survie de notre société et des écosystèmes. Survie qui dépendra de la qualité de notre transition écologique, autrement dit des changements d’habitudes que nous accepterons de tenter… et d’installer dans la durée.

 

Nous savons que chaque habitant-e de Suisse dépense chaque année, en moyenne, 14 tonnes d’équivalents CO2. Cette empreinte dépend de notre façon de vivre, de consommer et de nous déplacer. En 2017, chaque habitant-e de notre pays a directement rejeté, en moyenne, 5,6 tonnes d’équivalents COdans l’atmosphère, sans compter ses déplacements par air ou par mer. Et pourtant : un tiers des émissions sont dues à nos modes de déplacement. C’est dire combien notre manière de nous déplacer deviendra un enjeu incontournable de cette transition.

 

Fort-e-s de toutes ces informations, nous avons décidé, mon mari et moi, de nous séparer de notre voiture, il y a déjà deux ans.  Il a fallu adapter nos vies à cette décision, surtout avec deux jeunes enfants. Pendulaires depuis de nombreuses années (mon mari pour Givisiez et moi pour Berne), nous avons donc continué à voyager en train. C’est surtout pour nos loisirs et les visites familiales (à La Chaux-de-Fonds pour l’un, à Delémont pour l’autre) qu’il a fallu modifier nos habitudes, sans compter mes engagements politiques, souvent en soirée, qui nécessitent beaucoup de doigté et de planification pour assurer tous mes engagements entre les quatre coins du canton de Neuchâtel et de la Berne fédérale. Bien sûr, en programmant des séances, rares sont les personnes qui pensent aux horaires des CFF ou des temps de déplacement d’un lieu à un autre : c’est à moi de slalomer.

 

Entre transports publics, vélo électrique, co-voiturage et adhésion au système de voiture partagée, l’expérience s’avère, à nos yeux, concluante. Bien sûr, le choix d’habiter à proximité de la gare de Neuchâtel contribue à cette réussite.

 

Jeudi prochain aura lieu le Forum des 100 organisé par le Temps à Ecublens, avec pour thème la transition écologique. J’y suis invitée en tant que blogueuse. Je ferai évidemment le déplacement en transport public. J’ai bien sûr calculé le coût climatique nécessaire pour se rendre sur place : ce jour-là, je dépenserai plus d’un kilo de CO2. Si j’y allais en voiture seule, et pas besoin d’un gros 4×4 pour arriver à ce chiffre, j’aurais émis 23 kilos de CO2, soit vingt fois plus. En admirant le paysage sur ce trajet, j’aurai tout loisir de réfléchir à une autre question : l’ensemble des déplacements indispensables à ma campagne électorale des Fédérales de cet automne seront-ils compatibles avec cet engagement écologique ? Je m’engage, ici même, à tenir une comptabilité de mon coût en CO2, mais aussi, si c’est le cas, de pointer les limites de l’exercice. Et si vous m’emboitiez le pas ?

 

Santé et environnement : couple maudit ?

Les primes-maladie sont au centre des préoccupations des habitant-e-s de notre pays [1]. Pas étonnant lorsque l’on sait qu’elles augmentent chaque année. Pas étonnant, vu le poids qu’elles ont pris dans le budget des ménages. Parler de la LAMAL n’est pas gage de joie, le système étant bien malade, alors que celui-ci devait être solidaire.

Quel constat pour ce pays qui se dit si riche et qui, de fait, l’est ! Triste résultat d’un démantèlement qu’on doit notamment aux assureurs et au manque de transparence du système.

 

Cela doit changer. Notre regard sur le système de santé doit bouger. Mais également prendre en compte un élément essentiel : l’effet de l’environnement sur la santé. Quoi de plus légitime que de s’occuper de la transition écologique pour éviter l’impact de substances toxiques sur la santé ? On évoque à demi-mot, mais de plus en plus distinctement, l’impact de certaines substances dont on sait qu’elles charrient des cancers, des attaques neurologiques, changements hormonaux et d’autres maux. L’Homme et sa créativité sans borne serait-il un ennemi pour l’homme ? Et pour la femme ?

 

L’inaction des majorités politiques actuelles n’est pas défendable. Pire : elle est honteuse. Elle doit changer. Les majorités politiques doivent changer.

 

En 2016, Philippe Grandjean, professeur à Harvard de médecine environnementale, tirait la sonnette d’alarme à propos des effets de produits chimiques comme le mercure, le plomb ou les pesticides sur le développement du cerveau[2]. Des effets sur les bébés. Sur les fœtus. Ce ne sont pas les mères qui sont coupables, mais bien l’environnement dans lequel elles donnent la vie.

 

Grandjean rappelle : un enfant sur six souffre d’une anomalie du développement neurologique. Une personne sur huit souffre de déficit de l’attention. Des situations qui coûtent à notre société. Des situations qui, bien qu’en augmentation, ne défrisent pas les majorités bourgeoises qui continuent d’appliquer des mesures d’économie présentées comme incontournables.

 

Ceci alors qu’en 2015 déjà, les coûts sanitaires des perturbateurs endocriniens sur la société européenne étaient estimés au minimum à 150 milliards d’euros[3]. A quand en Suisse de réelles études de ce type ? Avons-nous peur des résultats ?

 

Dans ce contexte d’urgence et de solutions existantes, le Conseil fédéral préfère camper sur ses positions : il vient de rejeter les initiatives pour « Une Suisse libre en pesticides de synthèse[4] » et « Pour une eau potable propre et une alimentation saine[5] » sans contre-projet[6][7].

 

Une avancée est toutefois perceptible à la lecture de la révision proposée par le Conseil fédéral qui permettrait d’abaisser les valeurs d’assainissement notamment pour le plomb et les hydrocarbures polycycliques dans les sols en lien avec un site pollué lorsque des enfants jouent régulièrement sur ces surfaces[8].  Une mesure sanitaire pour se mettre au niveau des pays européens et répondre aux évaluations toxicologiques. Mais encore faut-il que les organes consultés fassent une réelle pesée d’intérêts qui tienne compte de la santé des enfants, des coûts engendrés par ces substances sur ces derniers et non pas que des coûts de mise en œuvre technique.

 

Alors à quand une réelle politique qui associe santé et environnement ou coûts pour la préservation de l’environnement et coûts de la santé en lien avec les effets néfastes de l’environnement ? La réponse est simple, lorsque les majorités politiques actuelles basculeront ET que les lobbys de l’industrie chimique perdront leur poids. Mais l’un ne va-t-il pas sans l’autre ?

 

[1]https://www.rts.ch/info/suisse/10221359-verts-et-vert-liberaux-ont-le-vent-en-poupe-selon-le-barometre-ssr.html

[2]https://www.lemonde.fr/sciences/article/2016/03/21/l_4887175_1650684.html

 

[3]https://www.novethic.fr/actualite/environnement/sante-environnementale/isr-rse/perturbateurs-endocriniens-un-cout-d-au-moins-150-milliards-d-euros-pour-l-europe-143135.html

 

[4]https://lebenstattgift.ch/fr

 

[5]https://www.initiative-sauberes-trinkwasser.ch/fr/

 

[6]https://www.tdg.ch/suisse/pesticides-synthese-cf-rejette-initiative/story/20329939

 

[7]https://www.letemps.ch/suisse/conseil-federal-rejette-linterdiction-pesticides-synthese

 

[8]https://www.bafu.admin.ch/bafu/fr/home/themes/sites-contamines/droit/auditions.html

 

Le sol, cette ressource non renouvelable

Avec l’initiative STOP Mitage, un réel débat pouvait s’ouvrir sur la gestion de l’utilisation du sol : un débat plus que nécessaire, non ? Pourtant, une fois de plus, les commentaires des opposants à l’initiative ne se focalisent que sur ce qui pourrait être limité et non pas ce qui devrait être protégé. En somme, la guerre des chiffres a été lancée pour savoir si l’effet de la révision de la LAT (Loi fédérale sur l’aménagement du territoire) a un effet sur les zones à bâtir ou si on doit encore accentuer les mesures. Bien sûr, aucune réelle considération sur ce qu’il va nous manquer, à notre alimentation notamment, si nous ne nous préoccupons pas de protéger le sol en tant que ressource naturelle.

 

Il est clair que notre population augmente et que les besoins en logement s’élèvent en proportion, mais il n’est toutefois pas judicieux de se focaliser seulement sur cet aspect. Il existe des façons de penser le construit autrement. Quant aux sols, une réflexion plus large doit être menée pour aboutir à une gestion intégrée des sols, comme cela se fait pour la ressource « eau ». Une gestion qui implique l’ensemble des acteurs avec une réelle pesée des différents intérêts. Bien que la stratégie « sol » de la Confédération aille dans ce sens, les effets prendront du temps à être visibles. Patience me direz-vous ? Peut-être, mais la dégradation des sols agricoles fertiles se poursuit sans discontinuer. C’est stupéfiant lorsque que l’on sait que le sol est une ressource naturelle qui, en raison d’une formation très lente après un processus complexe, est considérée comme une ressource non renouvelable. Ainsi, lorsqu’il est imperméabilisé (par la construction d’infrastructures ou d’habitat), le sol peut être considéré comme perdu, excepté s’il est déplacé pour être réutilisé – mais les cas sont insuffisants pour être significatifs. Et quand il n’y a plus, il n’y a plus !

 

Espérons que les résultats du programme PNR 68 puissent enfin être pris au sérieux en intégrant un indice de la qualité des sols dans les décisions d’aménagement du territoire. Ayons le bon sens de préserver les bonnes terres au détriment des terres dégradées. Un bon sens qui ne va pas de soi, car l’on se heurte rapidement au fait que le sol est considéré comme un bien privé, à l’inverse de l’eau potable dont le caractère public n’est jamais remis en cause au sein de la population. Le sol doit retrouver une vocation publique, par un soutien d’un agriculture biologique durable qui permette de satisfaire le consommateur par des produits sains et de proximité, en garantissant des conditions de travail adéquates. Un soutien qui permettra également une préservation de la biodiversité, une biodiversité qui, même si certains en doutent encore, est indispensable à l’être humain. Ne pas préserver les sols, par l’effet en cascade qui en découle, c’est simplement ne pas garantir un avenir durable à l’être humain.

 

L’inaction décrite n’a rien de nouveau et surtout, malheureusement, rien d’étonnant ! Malgré les fonctions primordiales de la ressource naturelle « sol » – telles qu’abri pour la biodiversité, support de la production de biomasse (de notre nourriture comme les légumes par exemple), régulateur du régime hydrique (effet éponge) pour la prévention des inondations, purificateur des eaux chargées en pollution ou capteur de COqui permet d’agir sur le changement climatique – celle-ci est souvent le parent pauvre des discussions environnementales.  Cette inaction implique une perte directe de la ressource “sol”, une perte liée à une imperméabilisation sans cesse en augmentation, et dont les effets sont principalement visibles sur le paysage. Le sol est aussi le parent pauvre des budgets cantonaux : les cantons sont censés surveiller la qualité des sols, mais rares sont ceux qui s’appliquent à cette tâche par manque de ressources pour certains et/ou de volonté politique pour d’autres. L’excuse est, dans les deux cas, facile.

 

 

Écologie et féminisme, même combat ?

En fin d’année 2018, cette phrase de Françoise d’Eaubonne résonnait dans ma tête « Le rapport de l’homme à la nature est, plus que jamais, celui de l’homme à la femme. Il s’agit d’empêcher que ce rapport de destruction se transforme aujourd’hui en celui d’assassinat »[1]. Pour l’écologie ou pour le féminisme, nous devons mener des combats contre la loi du plus fort, des combats pour un développement durable. Cette phrase de F. d’Eaubonne a beau dater de la fin des années 70, elle a encore tout son sens en 2018.

 

Une année 2018 marquée par la mobilisation féministe, d’abord latente ensuite grandissante. Mois après mois, ça s’active, ça chauffe dans les milieux féministes, dans les collectifs cantonaux, pour une grève des femmes, une grève féministe le 14 juin prochain. Une mobilisation bouillonnante qui fait suite au mouvement planétaire #MeToo, mais pas seulement. En effet, la Suisse n’est pas épargnée par les discriminations envers les femmes. En février de cette année, l’OCDE dévoilait que la Suisse tenait la 26èmeposition au glass-ceiling index, juste devant la Turquie. Insupportable? Oui, totalement pour un pays riche et développé comme le nôtre. Et ceci alors que la Suisse a adhéré à l’Agenda 2030 de l’ONU dont plusieurs des objectifs sont en lien avec l’égalité des sexes[2].

 

En parallèle à ces mobilisations citoyenne, politique et syndicale, un autre sujet brûlant, un autre mouvement citoyen s’enflamme. Face à une atmosphère qui se réchauffe, la population de notre pays, de notre planète, manifeste son mécontentement par rapport à la l’inaction de nos gouvernants. Alors que tous les voyants sont au rouge vif et que les experts scientifiques interviennent à toutes les occasions possibles pour le faire entendre, la population est en effet en droit d’attendre autre chose. Les articles, émissions et reportages s’enchainent à ce propos et depuis peu, on évoque même un mouvement du type « grève du climat » qui germe chez les jeunes, l’avenir de notre pays. Voilà un signal fort envers les politiciens suisses pour qu’ils apportent des réponses claires et rapides, et surtout prennent leurs responsabilités ! A quand une réelle démocratie écologique ?

 

Deux mouvements, deux combats mais une seule manière d’y répondre de la majorité parlementaire. Le camp bourgeois fait fi de la moitié de la population, tout comme de l’avenir de notre planète et donc de notre société. Quelle arrogance ! Cela en devient insupportable !

 

Une arrogance qui ne tient pas compte des revendications des femmes d’un côté et d’une remise en cause de notre façon de consommer de l’autre. Les réponses libérales sont toutefois toujours les mêmes : « cela coûtera trop cher à l’économie » ; « laisser faire le marché, cela va s’autoréguler » ; « cela va prendre du temps, mais… » et pire encore, certains arrivent se convaincre que les mini-réponses apportées seront appropriées. Des postures hautement paternalistes ! Pas de mesures concrètes pour atteindre l’égalité salariale, tout comme pour faire face à la précarité chez les femmes – ceci alors que, rappelons-le, plus de 20’000 personnes défilaient dans les rues de Berne le 22 septembre dernier (une première prise de température pour le 14 juin 2019) – et, in fine, aucune avancée dans la politique climatique.

 

Mais finalement ce sont toujours les plus démunis économiquement qui font les frais de cette politique de l’autruche. Par l’immobilisme qui en découle, les femmes sont toujours discriminées sous nos latitudes et elles subissent de plein fouet la crise climatique dans les pays où des conflits en découlent. Et dans notre pays, les bas revenus devront constater dans un avenir proche que les mesures d’adaptation au climat ne sont accessibles que pour les riches. Quand on sait que les femmes seules avec enfants sont un des groupes à plus haut risque concernant la pauvreté, l’inaction contre la crise climatique ne pourra qu’accroître, une fois de plus, les inégalités. Des inégalités dénoncées en France et qui pourraient expliquer la forte présence des femmes dans le mouvement des gilets jaunes.

 

L’année 2018 restera toutefois marquée par une avancée parlementaire. Le 5 décembre dernier, l’Assemblée fédérale a élu, le même jour, au premier tour, deux femmes Conseillères fédérales. Si l’on peut s’en réjouir pour la représentation des femmes en politique et donc pour une meilleure démocratie, en est-il de même pour la question climatique ? Même si on se souvient de la décision de la sortie du nucléaire, qui avait été prise avec une majorité de femmes au Conseil fédéral, il n’est pas dit qu’il en ira de même pour le défi climatique. Je n’en sais rien, j’attends de voir. La seule chose dont je suis convaincue en ce moment, c’est qu’écologie et féminisme resteront mes combats pour 2019, pour plus d’égalité, pour plus de justice écologique et sociale !

 

 

[1]EAUBONNE, Françoise d’, 1978 Écologie/féminisme. Révolution ou mutation ? Paris, Éditions ATP.

[2] Les indicateurs du développement durable en lien avec l’égalité des sexes sont décrits positivement car une amélioration est visible. Toutefois, si l’on prend la tendance actuelle pour l’égalité salariale par exemple, il faudra attendre 2045 pour l’atteindre.

Loi sur le CO2 : une coquille vide pour le climat ?

Entre épisodes caniculaires répétés, précipitations extrêmes et risques accrus de propagation de maladies, la liste des répercussions négatives du dérèglement climatique ne fait que s’allonger. L’augmentation des températures moyennes et la multiplication des épisodes météorologiques extrêmes menacent dangereusement notre environnement et la population à l’échelle de la planète. Malgré ces observations alarmantes et surtout une prise de conscience affirmée de la population, la déception ne peut qu’être de la partie à la lecture du projet de loi sur le COdiscuté ces jours aux Chambres fédérales.

 

Après la publication du dernier rapport du GIEC, la population attend ce débat de pied ferme, les évènements climatiques faisant craindre le pire pour notre planète et notre pays. En effet, faire face au réchauffement climatique, ce serait proposer de réelles mesures et non des mesurettes. Déception ! Le projet initial du Conseil fédéral n’a rien d’innovant. Aucune mesure proposée n’excite un peu l’imagination. Le gouvernement se terre bien au chaud et ne pond qu’un projet « majorité compatible », alors même que le projet précédent n’a pas atteint les objectifs souhaités durant sa période d’application.

 

Est-ce ainsi que les enjeux sur le climat deviendront un véritable projet politique ? Que cela soit dans le domaine des transports, alors que les émissions dues au trafic aérien explosent les statistiques ou en encore dans le secteur financier, il n’est prévu aucune réelle mesure pour réduire notre impact écologique. Ceci alors que ce secteur, par le biais des caisses de prévoyances notamment, est alimenté en grande partie par l’argent des travailleuses et des travailleurs suisses. Encore mieux ? Si la majorité de droite est d’accord de fixer un objectif de limitation du réchauffement climatique de 1,5°C dans la loi, elle n’est pas encline à en fixer les objectifs de réduction d’émissions pour y parvenir en Suisse.

 

Et quand la majorité bourgeoise du parlement se sent investie dans ce dossier, ce n’est guère que pour s’inquiéter de l’impact de la politique climatique sur l’économie et les entreprises. Quand il s’agit de faciliter les exonérations de la taxe sur le CO2 pour les entreprises émettant une grande quantité de gaz à effet de serre, la droite déborde d’énergie. Ce mécanisme alors que l’OCDE a demandé à la Suisse de supprimer les exceptions existantes dans la loi actuelle.

 

Les discussions sur le réchauffement climatique devraient être l’occasion d’un réel débat de société, posant des questions essentielles sur notre façon de vivre, de travailler, de nous déplacer et de consommer. Questions que la majorité du parlement balaie du revers de la main leur opposant la sacro-sainte liberté économique. Une fois de plus, les intérêts privés priment sur l’intérêt général. C’est pourquoi je reste convaincue que pour faire face à de tels enjeux, l’État doit s’engager de manière forte. Parce que les moyens doivent être à la hauteur des enjeux, sous peine de voir les effets du climat se répercuter non seulement sur nos vies, mais aussi… sur notre économie !

Egalité au sein de l’Université, est-ce demander la lune ?

Il y a exactement 20 ans, je débutais mes études en Sciences de la Terre à l’Université de Neuchâtel. Lors de cette rentrée, chose exceptionnelle, nous étions une quinzaine d’étudiants alors que les moyennes précédentes tournaient autour de quatre à cinq étudiants. Chose encore plus exceptionnelle, dans cette volée, nous étions sept femmes. Quasiment la parité. Notre volée a ainsi marqué le changement de certaines habitudes dans ce monde plutôt stéréotypé masculin. Nous avons mis fin à cette idée que la géologie était un monde essentiellement dominé par les hommes. Durant nos études, nous avons eu l’occasion d’assister à l’engagement de plusieurs femmes comme professeure au sein de la Faculté des Sciences et à la fin de nos études, une femme a même été nommée doyenne de cette faculté et ensuite rectrice de l’Université. Finalement, c’était la suite logique de ce qui se passait dans notre société. C’était la suite logique de la politique menée pour l’accès des femmes à toutes les formations, de toutes les femmes. C’était également le début des considérations sur le développement durable au sein de l’Université.

 

Dans la même logique, en 2016, en tant que députée j’acceptais la nouvelle loi sur l’Université, la LUNE. Dans cette loi, figure que l’Université garantit l’égalité entre femmes et hommes. De plus ce printemps, l’assemblée de cette même institution se dotait de statuts écrits non pas avec un langage épicène, mais au féminin. Une féminisation pour sensibiliser, pour promouvoir les femmes au sein du milieu académique. Je suis attachée à ces notions d’égalité, qu’elles soient inscrites dans les bases règlementaires, mais encore faut-il les suivre. Et aujourd’hui, le sentiment qui m’envahit est surtout un malaise. Un malaise car, comme chaque année, en tant que députée, je reçois la traditionnelle invitation à suivre le Dies academicus de l’Université de Neuchâtel. Y assister m’intéresse, en tant qu’ancienne étudiante, mais aussi comme politicienne, pour suivre les défis auxquels l’institution doit faire face dans un monde académique en constante évolution.

 

Mais malgré cet enthousiasme à m’y rendre, c’est une certaine tristesse mélangée à une grande colère que m’a laissé cet évènement neuchâtelois automnal. Non pas à cause de la qualité des intervenantes et intervenants, mais à cause de l’image qui s’en dégageait : celle d’un monde universitaire masculin et encore masculin. En effet, j’y ai compté un recteur, quatre vice-recteurs, quatre doyens, un président de son conseil, un secrétaire général – soit les onze plus hauts postes décisionnels tous occupés par des hommes. Cerise sur le gâteau : il en allait de même pour la nomination des quatre honoris causa. Je dois l’avouer, j’ai de la peine à reconnaître l’université dans laquelle j’ai suivi ma formation. Tout comme j’ai de la peine à voir les principes contenus dans la loi ou les statuts de l’université traduits dans la réalité de l’institution.

 

Je ne peux que faire le constat que l’UniNe a perdu aujourd’hui en crédibilité sur le volet de l’égalité. Je ne peux que faire le constat qu’il ne suffit pas de changer le nom d’une place, adresse d’une des facultés, par le nom d’une femme pionnière, pour que les choses soient acquises. Je ne peux que faire le constat, qu’au sein du milieu académique, l’égalité entre hommes et femmes est encore bien loin d’être atteinte. Certains me diront que la représentation masculine du moment est le résultat de toute une accumulation de circonstances. Peut-être ! Mais je serai convaincue par ce genre de théories lorsqu’en raison de toutes autres circonstances, la situation sera inversée.

 

Durant son intervention, Anne Geneviève Büttikofer, directrice de H+, intervenante externe du Dies academicus, a évoqué la problématique de tuyau percé dans le domaine de la santé. Plus on avance dans la hiérarchie, moins les femmes y sont présentes, elles sont perdues le long du parcours. L’image véhiculée ce samedi 3 novembre par le corps universitaire n’a rien de différent. Elle n’avait rien de motivant pour les femmes, pour ne pas dire qu’elle était dégradante. Les femmes représentent la moitié de notre société, elles forment environ 60% du corps étudiant au sein de l’UniNE et les exclure des fonctions dirigeantes n’est plus acceptable. Comment peut-on s’identifier au monde académique en tant que femmes lorsqu’il n’est conduit que par des hommes ? Comment peut-on motiver des femmes à continuer le cursus académique lors que les seuls modèles qu’on leur présente sont tous masculins ? A quand une réelle volonté à réparer ce fameux tuyau ?

 

Des discussions agitent le monde politique pour savoir si l’on doit introduire des quotas pour une meilleure représentation des femmes, est-ce que les discussions doivent avoir lieu dans le milieu académique ? Je pense que oui, et ceci, simplement en cohérence avec ses missions par rapport à la société.

 

 

Le sol, grand absent des discussions concernant notre alimentation ?

Alors que les débats en lien avec les prochaines votations fédérales s’enflamment pour savoir s’il faut manger bio, sans viande, avec quinoa, local ou fait maison, la thématique du sol est souvent oubliée. Et pourtant, le sol, ce substrat sur lequel poussent nos carottes, notre blé, et où paissent nos vaches qui nous fournissent viande et lait aurait sa place au cœur du débat. Les sols ont de nombreuses fonctions, souvent oubliées, comme celle d’être filtrants, notamment pour les eaux souterraines. Une eau qui irriguera nos champs ou que l’on retrouvera à notre robinet. Mais les sols font aussi office de tampons en présence de certaines substances, ils stockent les nutriments et le CO2, ils servent enfin de support pour la production de biomasse, à commencer par les denrées alimentaires au cœur des débats de cette fin d’été.

Malgré ces fonctions essentielles, le sol a subi et subit encore nombre d’attaques, de dégradation, toutes liées à des utilisations peu reluisantes. Ainsi, lorsqu’il se trouve aux abords d’une route, d’un ancien site industriel, ou s’il supporte une agriculture intensive utilisant pesticides et autres produits de synthèse, le sol voit des substances telles que métaux lourds et autres polluants nocifs pour la santé s’accumuler et le dégrader.

Actuellement, lorsqu’une pollution est constatée, la seule solution consiste à purement et simplement retirer le sol touché pour l’éliminer (principalement en décharge) avant finalement de le remplacer par un autre. Un système qui connait des limites car, là où il faut quelques années à anéantir un sol de notre plateau, il a fallu des milliers d’années à le former.

Autant de considérations qui échappent à la majorité de la Commission de l’environnement du Conseil national. Celle-ci, au lieu de prendre des mesures pour limiter voire supprimer tout apport de pollution et ainsi préserver la qualité des sols, n’a rien trouvé de plus ridicule que de se tirer une balle dans le pied et de faire une fleur… aux fusils. La commission a, en effet, choisi de proposer la suppression du délai, fixé actuellement à 2020, à partir duquel les assainissements de sols ne sont plus subventionnés par la manne publique si les sols ont été pollués par des tirs. Ainsi, l’assainissement des sols pollués par le tir en campagne et les tirs historiques sera toujours soutenu par des subventions fédérales. Par cette démarche à la virilité et au courage que je vous laisse apprécier, la commission attribue un permis de polluer sans limite à la pratique du tir en campagne. Le tir en campagne qui, juste en passant, provoque en une journée une pollution équivalente à celle l’activité annuelle d’un stand de tir. La pollution au plomb, dont la toxicité n’est plus à démontrer, perdurera ainsi des milliers d’années dans le sol.

Anecdotique pour certain, cet exemple parmi tant d’autres, témoigne de la non-volonté, pour ne pas dire de l’obstructionnisme, dont fait preuve l’actuelle majorité à mener une politique de réelle protection des sols, de l’environnement et donc de la santé. Alors qu’une densification du territoire devrait encourager à trouver des solutions pour préserver les sols dont la qualité est reconnue, le Conseil fédéral fait la sourde oreille aux interpellations et postulats demandant de tendre à une gestion durable des sols. Il invoque le manque de données à disposition. Soit, mais que fait-il pour dépasser cet écueil. Le manque de données disponibles ne devrait-il pas interpeller pour agir concrètement et rapidement ?

La nécessité de préserver, voire améliorer, la qualité des sols est impérative. Une détérioration continue de leur qualité ne permettra plus de maintenir les fonctions essentielles des sols, cette détérioration étant de surcroît rarement réversible. Quand bien même les surfaces cultivables actuelles permettraient de garantir de vivre en autarcie, moyennant certes des changements dans nos habitudes alimentaires, faudrait-il encore que la qualité du sol le permette. De quoi regretter que le sol, cet essentiel substrat à la vie, soit si peu abordé dans les discussions en cours sur notre alimentation.