Egalité au sein de l’Université, est-ce demander la lune ?

Il y a exactement 20 ans, je débutais mes études en Sciences de la Terre à l’Université de Neuchâtel. Lors de cette rentrée, chose exceptionnelle, nous étions une quinzaine d’étudiants alors que les moyennes précédentes tournaient autour de quatre à cinq étudiants. Chose encore plus exceptionnelle, dans cette volée, nous étions sept femmes. Quasiment la parité. Notre volée a ainsi marqué le changement de certaines habitudes dans ce monde plutôt stéréotypé masculin. Nous avons mis fin à cette idée que la géologie était un monde essentiellement dominé par les hommes. Durant nos études, nous avons eu l’occasion d’assister à l’engagement de plusieurs femmes comme professeure au sein de la Faculté des Sciences et à la fin de nos études, une femme a même été nommée doyenne de cette faculté et ensuite rectrice de l’Université. Finalement, c’était la suite logique de ce qui se passait dans notre société. C’était la suite logique de la politique menée pour l’accès des femmes à toutes les formations, de toutes les femmes. C’était également le début des considérations sur le développement durable au sein de l’Université.

 

Dans la même logique, en 2016, en tant que députée j’acceptais la nouvelle loi sur l’Université, la LUNE. Dans cette loi, figure que l’Université garantit l’égalité entre femmes et hommes. De plus ce printemps, l’assemblée de cette même institution se dotait de statuts écrits non pas avec un langage épicène, mais au féminin. Une féminisation pour sensibiliser, pour promouvoir les femmes au sein du milieu académique. Je suis attachée à ces notions d’égalité, qu’elles soient inscrites dans les bases règlementaires, mais encore faut-il les suivre. Et aujourd’hui, le sentiment qui m’envahit est surtout un malaise. Un malaise car, comme chaque année, en tant que députée, je reçois la traditionnelle invitation à suivre le Dies academicus de l’Université de Neuchâtel. Y assister m’intéresse, en tant qu’ancienne étudiante, mais aussi comme politicienne, pour suivre les défis auxquels l’institution doit faire face dans un monde académique en constante évolution.

 

Mais malgré cet enthousiasme à m’y rendre, c’est une certaine tristesse mélangée à une grande colère que m’a laissé cet évènement neuchâtelois automnal. Non pas à cause de la qualité des intervenantes et intervenants, mais à cause de l’image qui s’en dégageait : celle d’un monde universitaire masculin et encore masculin. En effet, j’y ai compté un recteur, quatre vice-recteurs, quatre doyens, un président de son conseil, un secrétaire général – soit les onze plus hauts postes décisionnels tous occupés par des hommes. Cerise sur le gâteau : il en allait de même pour la nomination des quatre honoris causa. Je dois l’avouer, j’ai de la peine à reconnaître l’université dans laquelle j’ai suivi ma formation. Tout comme j’ai de la peine à voir les principes contenus dans la loi ou les statuts de l’université traduits dans la réalité de l’institution.

 

Je ne peux que faire le constat que l’UniNe a perdu aujourd’hui en crédibilité sur le volet de l’égalité. Je ne peux que faire le constat qu’il ne suffit pas de changer le nom d’une place, adresse d’une des facultés, par le nom d’une femme pionnière, pour que les choses soient acquises. Je ne peux que faire le constat, qu’au sein du milieu académique, l’égalité entre hommes et femmes est encore bien loin d’être atteinte. Certains me diront que la représentation masculine du moment est le résultat de toute une accumulation de circonstances. Peut-être ! Mais je serai convaincue par ce genre de théories lorsqu’en raison de toutes autres circonstances, la situation sera inversée.

 

Durant son intervention, Anne Geneviève Büttikofer, directrice de H+, intervenante externe du Dies academicus, a évoqué la problématique de tuyau percé dans le domaine de la santé. Plus on avance dans la hiérarchie, moins les femmes y sont présentes, elles sont perdues le long du parcours. L’image véhiculée ce samedi 3 novembre par le corps universitaire n’a rien de différent. Elle n’avait rien de motivant pour les femmes, pour ne pas dire qu’elle était dégradante. Les femmes représentent la moitié de notre société, elles forment environ 60% du corps étudiant au sein de l’UniNE et les exclure des fonctions dirigeantes n’est plus acceptable. Comment peut-on s’identifier au monde académique en tant que femmes lorsqu’il n’est conduit que par des hommes ? Comment peut-on motiver des femmes à continuer le cursus académique lors que les seuls modèles qu’on leur présente sont tous masculins ? A quand une réelle volonté à réparer ce fameux tuyau ?

 

Des discussions agitent le monde politique pour savoir si l’on doit introduire des quotas pour une meilleure représentation des femmes, est-ce que les discussions doivent avoir lieu dans le milieu académique ? Je pense que oui, et ceci, simplement en cohérence avec ses missions par rapport à la société.

 

 

Martine Docourt

Martine Docourt

Députée au Grand Conseil neuchâtelois depuis 2009, Martine Docourt a présidé le groupe socialiste durant la dernière législature. Depuis 2017, elle copréside les Femmes* socialistes suisses. En tant que géologue de l’environnement, elle a eu plusieurs expériences dans l’administration publique cantonale et fédérale. Elle vit à Neuchâtel avec ses deux jeunes enfants et son mari.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *