Écologie et féminisme, même combat ?

En fin d’année 2018, cette phrase de Françoise d’Eaubonne résonnait dans ma tête « Le rapport de l’homme à la nature est, plus que jamais, celui de l’homme à la femme. Il s’agit d’empêcher que ce rapport de destruction se transforme aujourd’hui en celui d’assassinat »[1]. Pour l’écologie ou pour le féminisme, nous devons mener des combats contre la loi du plus fort, des combats pour un développement durable. Cette phrase de F. d’Eaubonne a beau dater de la fin des années 70, elle a encore tout son sens en 2018.

 

Une année 2018 marquée par la mobilisation féministe, d’abord latente ensuite grandissante. Mois après mois, ça s’active, ça chauffe dans les milieux féministes, dans les collectifs cantonaux, pour une grève des femmes, une grève féministe le 14 juin prochain. Une mobilisation bouillonnante qui fait suite au mouvement planétaire #MeToo, mais pas seulement. En effet, la Suisse n’est pas épargnée par les discriminations envers les femmes. En février de cette année, l’OCDE dévoilait que la Suisse tenait la 26èmeposition au glass-ceiling index, juste devant la Turquie. Insupportable? Oui, totalement pour un pays riche et développé comme le nôtre. Et ceci alors que la Suisse a adhéré à l’Agenda 2030 de l’ONU dont plusieurs des objectifs sont en lien avec l’égalité des sexes[2].

 

En parallèle à ces mobilisations citoyenne, politique et syndicale, un autre sujet brûlant, un autre mouvement citoyen s’enflamme. Face à une atmosphère qui se réchauffe, la population de notre pays, de notre planète, manifeste son mécontentement par rapport à la l’inaction de nos gouvernants. Alors que tous les voyants sont au rouge vif et que les experts scientifiques interviennent à toutes les occasions possibles pour le faire entendre, la population est en effet en droit d’attendre autre chose. Les articles, émissions et reportages s’enchainent à ce propos et depuis peu, on évoque même un mouvement du type « grève du climat » qui germe chez les jeunes, l’avenir de notre pays. Voilà un signal fort envers les politiciens suisses pour qu’ils apportent des réponses claires et rapides, et surtout prennent leurs responsabilités ! A quand une réelle démocratie écologique ?

 

Deux mouvements, deux combats mais une seule manière d’y répondre de la majorité parlementaire. Le camp bourgeois fait fi de la moitié de la population, tout comme de l’avenir de notre planète et donc de notre société. Quelle arrogance ! Cela en devient insupportable !

 

Une arrogance qui ne tient pas compte des revendications des femmes d’un côté et d’une remise en cause de notre façon de consommer de l’autre. Les réponses libérales sont toutefois toujours les mêmes : « cela coûtera trop cher à l’économie » ; « laisser faire le marché, cela va s’autoréguler » ; « cela va prendre du temps, mais… » et pire encore, certains arrivent se convaincre que les mini-réponses apportées seront appropriées. Des postures hautement paternalistes ! Pas de mesures concrètes pour atteindre l’égalité salariale, tout comme pour faire face à la précarité chez les femmes – ceci alors que, rappelons-le, plus de 20’000 personnes défilaient dans les rues de Berne le 22 septembre dernier (une première prise de température pour le 14 juin 2019) – et, in fine, aucune avancée dans la politique climatique.

 

Mais finalement ce sont toujours les plus démunis économiquement qui font les frais de cette politique de l’autruche. Par l’immobilisme qui en découle, les femmes sont toujours discriminées sous nos latitudes et elles subissent de plein fouet la crise climatique dans les pays où des conflits en découlent. Et dans notre pays, les bas revenus devront constater dans un avenir proche que les mesures d’adaptation au climat ne sont accessibles que pour les riches. Quand on sait que les femmes seules avec enfants sont un des groupes à plus haut risque concernant la pauvreté, l’inaction contre la crise climatique ne pourra qu’accroître, une fois de plus, les inégalités. Des inégalités dénoncées en France et qui pourraient expliquer la forte présence des femmes dans le mouvement des gilets jaunes.

 

L’année 2018 restera toutefois marquée par une avancée parlementaire. Le 5 décembre dernier, l’Assemblée fédérale a élu, le même jour, au premier tour, deux femmes Conseillères fédérales. Si l’on peut s’en réjouir pour la représentation des femmes en politique et donc pour une meilleure démocratie, en est-il de même pour la question climatique ? Même si on se souvient de la décision de la sortie du nucléaire, qui avait été prise avec une majorité de femmes au Conseil fédéral, il n’est pas dit qu’il en ira de même pour le défi climatique. Je n’en sais rien, j’attends de voir. La seule chose dont je suis convaincue en ce moment, c’est qu’écologie et féminisme resteront mes combats pour 2019, pour plus d’égalité, pour plus de justice écologique et sociale !

 

 

[1]EAUBONNE, Françoise d’, 1978 Écologie/féminisme. Révolution ou mutation ? Paris, Éditions ATP.

[2] Les indicateurs du développement durable en lien avec l’égalité des sexes sont décrits positivement car une amélioration est visible. Toutefois, si l’on prend la tendance actuelle pour l’égalité salariale par exemple, il faudra attendre 2045 pour l’atteindre.

Egalité au sein de l’Université, est-ce demander la lune ?

Il y a exactement 20 ans, je débutais mes études en Sciences de la Terre à l’Université de Neuchâtel. Lors de cette rentrée, chose exceptionnelle, nous étions une quinzaine d’étudiants alors que les moyennes précédentes tournaient autour de quatre à cinq étudiants. Chose encore plus exceptionnelle, dans cette volée, nous étions sept femmes. Quasiment la parité. Notre volée a ainsi marqué le changement de certaines habitudes dans ce monde plutôt stéréotypé masculin. Nous avons mis fin à cette idée que la géologie était un monde essentiellement dominé par les hommes. Durant nos études, nous avons eu l’occasion d’assister à l’engagement de plusieurs femmes comme professeure au sein de la Faculté des Sciences et à la fin de nos études, une femme a même été nommée doyenne de cette faculté et ensuite rectrice de l’Université. Finalement, c’était la suite logique de ce qui se passait dans notre société. C’était la suite logique de la politique menée pour l’accès des femmes à toutes les formations, de toutes les femmes. C’était également le début des considérations sur le développement durable au sein de l’Université.

 

Dans la même logique, en 2016, en tant que députée j’acceptais la nouvelle loi sur l’Université, la LUNE. Dans cette loi, figure que l’Université garantit l’égalité entre femmes et hommes. De plus ce printemps, l’assemblée de cette même institution se dotait de statuts écrits non pas avec un langage épicène, mais au féminin. Une féminisation pour sensibiliser, pour promouvoir les femmes au sein du milieu académique. Je suis attachée à ces notions d’égalité, qu’elles soient inscrites dans les bases règlementaires, mais encore faut-il les suivre. Et aujourd’hui, le sentiment qui m’envahit est surtout un malaise. Un malaise car, comme chaque année, en tant que députée, je reçois la traditionnelle invitation à suivre le Dies academicus de l’Université de Neuchâtel. Y assister m’intéresse, en tant qu’ancienne étudiante, mais aussi comme politicienne, pour suivre les défis auxquels l’institution doit faire face dans un monde académique en constante évolution.

 

Mais malgré cet enthousiasme à m’y rendre, c’est une certaine tristesse mélangée à une grande colère que m’a laissé cet évènement neuchâtelois automnal. Non pas à cause de la qualité des intervenantes et intervenants, mais à cause de l’image qui s’en dégageait : celle d’un monde universitaire masculin et encore masculin. En effet, j’y ai compté un recteur, quatre vice-recteurs, quatre doyens, un président de son conseil, un secrétaire général – soit les onze plus hauts postes décisionnels tous occupés par des hommes. Cerise sur le gâteau : il en allait de même pour la nomination des quatre honoris causa. Je dois l’avouer, j’ai de la peine à reconnaître l’université dans laquelle j’ai suivi ma formation. Tout comme j’ai de la peine à voir les principes contenus dans la loi ou les statuts de l’université traduits dans la réalité de l’institution.

 

Je ne peux que faire le constat que l’UniNe a perdu aujourd’hui en crédibilité sur le volet de l’égalité. Je ne peux que faire le constat qu’il ne suffit pas de changer le nom d’une place, adresse d’une des facultés, par le nom d’une femme pionnière, pour que les choses soient acquises. Je ne peux que faire le constat, qu’au sein du milieu académique, l’égalité entre hommes et femmes est encore bien loin d’être atteinte. Certains me diront que la représentation masculine du moment est le résultat de toute une accumulation de circonstances. Peut-être ! Mais je serai convaincue par ce genre de théories lorsqu’en raison de toutes autres circonstances, la situation sera inversée.

 

Durant son intervention, Anne Geneviève Büttikofer, directrice de H+, intervenante externe du Dies academicus, a évoqué la problématique de tuyau percé dans le domaine de la santé. Plus on avance dans la hiérarchie, moins les femmes y sont présentes, elles sont perdues le long du parcours. L’image véhiculée ce samedi 3 novembre par le corps universitaire n’a rien de différent. Elle n’avait rien de motivant pour les femmes, pour ne pas dire qu’elle était dégradante. Les femmes représentent la moitié de notre société, elles forment environ 60% du corps étudiant au sein de l’UniNE et les exclure des fonctions dirigeantes n’est plus acceptable. Comment peut-on s’identifier au monde académique en tant que femmes lorsqu’il n’est conduit que par des hommes ? Comment peut-on motiver des femmes à continuer le cursus académique lors que les seuls modèles qu’on leur présente sont tous masculins ? A quand une réelle volonté à réparer ce fameux tuyau ?

 

Des discussions agitent le monde politique pour savoir si l’on doit introduire des quotas pour une meilleure représentation des femmes, est-ce que les discussions doivent avoir lieu dans le milieu académique ? Je pense que oui, et ceci, simplement en cohérence avec ses missions par rapport à la société.