À nous de rendre l’avenir possible

Aussi particulière fut cette trêve estivale, la rentrée ne s’est pas fait attendre, avec la reprise des séances de commissions dès la seconde semaine d’août, et les dossiers sur la table n’ont pas manqué de nous rappeler à notre devoir. Des devoirs politiques avant tout car il s’agit de prendre les bonnes décisions pour dessiner l’avenir. Et quel avenir ! La période est si particulière et si imprévisible qu’elle laisse la place à un certain flou lorsqu’il s’agit de prévoir l’avenir. Mais tout reste à faire et c’est Antoine de Saint-Exupéry qui le disait bien « pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible ». En effet, cet avenir est entre nos mains et il nous revient de le rendre possible, entre autres en prenant les bonnes décisions.

 

Empoignons le premier dossier, qui nous concerne toutes et tous et qui au programme de la commission de la santé, dans laquelle je siège : nos retraites. La réforme AVS21 est bel et bien arrivée sur la table des parlementaires et ne manquera pas de provoquer des discussions intenses. Après l’échec de la réforme PV2020 que la majorité des Suisses avait finalement refusée, il s’agit de se remettre au travail, et vite ! Heureusement, nous avons un objectif en commun : garantir le financement de nos retraites. C’est sur les moyens pour atteindre cet objectif que les voix divergent et qu’il va falloir trouver des compromis. Dans les grandes lignes, cette réforme contient 3 grands axes : le même âge de référence de départ à la retraite pour les hommes et les femmes avec des mesures de compensation financière pour les femmes, l’encouragement à un départ à la retraite plus progressif et des incitations à travailler plus longtemps, ainsi qu’une augmentation de la TVA pour financer les rentes. On dit de cette réforme qu’elle est une première étape et selon les mesures prises, elle permettrait d’équilibrer les finances à court terme, jusqu’en 2030.  C’est une première étape, mais une première étape nécessaire qui doit répondre à l’évolution démographique et au déficit annuel du fonds AVS qui dépasse 1.5 milliards de francs par année. Tout l’enjeu sera de garantir un équilibre des efforts entre les genres et entre les générations au travers de cette réforme, afin de retrouver la confiance de la population et de rendre cette réforme acceptable pour toutes et tous.

 

Autre domaine, autre sujet : le message culture qui doit être traité prochainement. C’est un message contenant les différentes mesures d’encouragement à la culture pour les années 2021 à 2024, qui représente tout de même plus de 900 millions de francs. Une grande part du travail est réalisée par les cantons par respect du fédéralisme qui constitue une force, aussi dans ce domaine. La Confédération, quant à elle, se charge principalement des activités ayant un intérêt national.  Dans un monde qui change aussi vite que le nôtre, la culture a sa place toute trouvée pour nous permettre de distinguer et de répertorier tous ces signes qui caractérisent notre société. Pour les années 2021 à 2024, il est notamment prévu d’intensifier les échanges scolaires entre les différentes régions linguistiques et de promouvoir les langues nationales, de soutenir les réalisations culturelles suisses, ainsi que d’améliorer la culture du bâti et de soutenir le Musée national et Pro Helvetia dans leurs activités. Tout un programme dont le coût créera sans aucun doute le débat dans le cadre de la crise actuelle. Une crise qui a pourtant également démontré la fragilité de notre monde culturel et qui inspirera le débat pour renforcer un secteur qui participe aussi à la consolidation de notre identité.

 

Bien sûr, nous parlerons encore et beaucoup du Covid-19 et de ses fâcheuses conséquences sur notre société et notre économie. Ce sera d’ailleurs bientôt l’occasion de faire le bilan sur la gestion de cette crise dans notre pays. Nous devrons notamment connaître toutes les conséquences de cette crise et clarifier le rôle que chacun a joué dans sa gestion, non pas pour trouver des coupables mais pour être prêts dans le cas où ce genre de situation se répéterait. La loi sur les épidémies méritera une attention toute particulière et sa prochaine révision sera l’occasion de tirer les conséquences de cette situation pour nous donner toutes les chances à l’avenir de nous en sortir au mieux.

 

Les sujets sont encore nombreux et feront tous l’objet de débats, de discussions, voire de votations populaires. Ce modèle démocratique prouve encore une fois que l’avenir est bien entre nos mains et il nous revient désormais de prendre les bonnes décisions pour le rendre possible, tant pour nous que pour les générations futures.

Chine, dis-nous tout…

Quand on parle du coronavirus, les regards se tournent rapidement vers la Chine, le pays qui a découvert le Covid-19 et qui a été le premier pays où le virus s’est propagé rapidement dans la population. Mais quelques semaines plus tard, le régime chinois annonçait avoir vaincu l’épidémie ; les données publiées par l’OMS le confirmant. D’abord rassurée par ce qui semblait être une maîtrise de l’épidémie, la Suisse a ensuite été frappée de plein fouet par le virus plongeant notre pays et le monde entier dans la pire crise sanitaire et économique depuis bien longtemps. La malheureuse expérience italienne a fait réagir le gouvernement suisse à la dernière minute et a permis de prendre des mesures d’urgence. Si la Chine avait fait preuve de la même transparence, la préparation et la gestion de cette crise auraient sans doute été bien différentes, tout comme les dégâts sanitaires et économiques.

 

Les chiffres publiés par l’OMS concernant la Chine ont-ils amené les autres pays à sous-estimer la gravité de l’épidémie et à négliger la préparation ? – Une chose est sûre : à fin janvier personne n’a envisagé le scénario catastrophe que nous vivons depuis début mars. Y a-t-il eu un manque de transparence, voire une manipulation des données par certains pays – notamment la Chine ? Si oui, quels sont les chiffres réels ? Cela semble évident à lire les médias, mais il faut à présent le prouver et déterminer comment cela a pu se produire. Transmettre des chiffres manipulés peut être pire que ne pas transmettre de données du tout.

 

Les médias ont aussi largement raconté l’histoire du premier médecin ayant donné l’alerte, apparemment passé sous silence par le régime communiste. Quel sort a été réservé aux médecins ayant découvert le virus ? Et surtout quel sort leur sera réservé dans le futur ? L’accès à ces informations dépasse largement l’intérêt d’un État : il en va de l’intérêt de l’humanité dans son ensemble… Quel contrôle l’OMS fait-elle des informations transmises par les pays ? Quel contrôle faut-il instaurer au futur pour garantir la transmission d’informations non manipulées par un régime politique ? À l’avenir, la transmission d’informations correctes relevant des épidémies doit être garantie quel que soit le régime politique. Cette condition devrait être la base élémentaire pour pouvoir prendre part au système économique mondialisé, dont la Chine bénéficie largement.

 

Les victimes, tant sanitaires qu’économiques, sont trop nombreuses pour simplement prendre acte de la fin de la crise et passer à autre chose. Vu les conséquences pour notre pays et pour le monde entier, ces questions ne peuvent pas rester sans réponse. Il est essentiel de faire rapidement la lumière sur les causes de cette épidémie et prendre toutes les mesures pour être désormais armés face à un tel danger. Une pandémie nécessite un véritable échange d’informations au niveau mondial. Dissimuler des informations ou les minimiser est une véritable bombe à retardement lorsque chaque jour compte pour limiter les infections. Il s’agit de trouver des solutions pour la désamorcer et pour éviter que cet épisode ne puisse se reproduire – qu’il s’agisse de la Chine dans le cas présent, ou d’un autre pays foyer d’une épidémie future.

 

Comprendre ce qui s’est produit est aujourd’hui non seulement nécessaire, mais c’est avant tout notre devoir légitime envers la population suisse et mondiale. De nombreux membres de l’OMS ont d’ailleurs demandé une évaluation globale et indépendante de la riposte globale à la pandémie. C’est une occasion pour la Chine de faire toute la transparence sur cette situation et de confirmer au monde entier qu’elle peut être un partenaire fiable.

 

La vérité sera sans aucun doute bénéfique pour l’ensemble de notre planète.

 

Rétablir l’égalité pour tous les patients

À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Ainsi en a décidé le Conseil fédéral en prenant une multitude de mesures, qui sont d’ailleurs à saluer. La santé est prioritaire et tout est mis en œuvre pour la préserver. La santé, vraiment ?

Afin de garantir les capacités suffisantes dans les hôpitaux pour prendre en charge toutes les personnes touchées par le coronavirus, les établissements de santé sont tenus de renoncer aux examens médicaux, aux traitements et aux thérapies non urgents, selon l’ordonnance édictée par le Conseil fédéral.

Dans l’urgence et pour anticiper la vague de contamination, la décision était compréhensible. Mais aujourd’hui, après la prise de mesures par les hôpitaux et l’augmentation des capacités dans les services concernés, une réévaluation est indispensable. Car la grande majorité des traitements qui ne sont pas urgents restent toutefois nécessaires et leur report cause souvent une prolongation de la douleur, une consommation accrue de médicaments, et généralement une dégradation de la qualité de vie pour la personne touchée. Prenons deux cas simples de non-urgence : la pose d’une prothèse de hanche et les hernies inguinales. La pose d’une prothèse de hanche peut concerner une personne active qui sera dans l’incapacité de reprendre son travail tant qu’elle n’est pas opérée et qui devra prendre des médicaments en « attendant » une prise en charge. Dans le cas d’hernies inguinales dont l’opération n’est pas non plus considérée comme urgente, la situation peut rapidement se détériorer, les hernies pouvant s’incarcérer et devenir plus tard une véritable urgence.

Retarder une intervention est non seulement source de douleur pour la personne concernée, mais aussi de coût pour la société puisque la situation ne s’améliore pas avec le temps. Quant aux examens, ils sont nécessaires pour diagnostiquer certaines maladies et plus tôt sera entrepris le traitement, plus les chances de s’en sortir seront élevées.

Aujourd’hui, l’interdiction a pour effet que les hôpitaux renvoient du personnel à la maison et appliquent eux aussi le chômage partiel puisque certains de leurs services sont entièrement ou partiellement vides. Ces mêmes services vont connaître une surcharge dès la relance et devront sans nul doute compenser le retard cumulé alors que bon nombre de « non-urgences » seront devenues – entretemps – des « urgences ».

Le coronavirus est et reste une priorité mais il n’a pas le monopole de la douleur et d’autres traitements sont aujourd’hui nécessaires. Un rapide retour à une égalité de traitement pour tous les patients s’impose pour éviter la dégradation de leur état. Dans ce sens, autoriser les opérations en ambulatoire dont les risques sont peu élevés est une piste à suivre dans les meilleurs délais. Parce qu’une prise en charge rapide est souvent l’un des alliés de la guérison.

Créateurs d’emplois : un métier dont nous aurons encore besoin

La crise du Covid-19 chamboule nos vies. Au centre de nos préoccupations se trouve la santé : celle de nos proches et la nôtre bien sûr. À raison, car nous pouvons nous passer de beaucoup de choses mais certainement pas de la santé. Elle a aussi été la priorité du Conseil fédéral qui a rapidement pris des mesures sanitaires. Ce même Conseil fédéral n’a pas manqué à sa responsabilité de compenser les dégâts causés par la pandémie. Le plan de 42 milliards de nos francs annoncé la semaine dernière par le Conseil fédéral est à saluer, de même que le train de mesures liées à la simplification des procédures concernant l’accès au chômage partiel et aux emprunts visant à garantir les liquidités. Un plan de mesures à saluer, à quelques exceptions près.

 

Parlons des créateurs d’emplois. Ceux qui se trouvent à l’origine des emplois que nous tentons justement de sauver. Bon nombre d’entre eux sont des dirigeants de PME, également salariés de leur propre entreprise, qui cotisent à hauteur de leur salaire réel à l’assurance-chômage. Mais leur titre de dirigeant leur vaut un statut particulier. Bien particulier puisqu’il leur donne droit, selon la décision du Conseil fédéral du 20 mars et la correction apportée le 25 mars, à un revenu mensuel de 3’320.-. C’est moins qu’un indépendant et c’est moins que le plafond ordinaire prévu par l’assurance-chômage.

 

Ils ne sont pas les seuls. Les indépendants sont aussi durement touchés par les restrictions d’activité imposées dans le cadre de la crise du Covid-19. Certains ont l’autorisation d’exercer leur activité mais se retrouvent sans aucun client et avec l’obligation de payer leur loyer. Étendre l’accès aux APG est alors nécessaire pour les artisans comme les boulangers, chocolatiers, fromagers, bouchers et tous les indépendants de ce pays qui peuvent démontrer que leur activité a été directement impactée par l’éclatement du virus. Travailleurs, ils le sont et si la situation les empêche aujourd’hui de garder la tête hors de l’eau, alors nous devons les soutenir pour les retrouver une fois la crise passée.

 

Le Conseil fédéral fait preuve de professionnalisme et de réactivité dans la gestion de cette crise. Le Parlement doit toutefois avoir un œil attentif sur les mesures prises et la possibilité de corriger le tir lorsqu’il est nécessaire de le faire, comme dans les cas précités. J’espère ainsi pouvoir siéger prochainement, lors d’une session extraordinaire des Chambres, que nous avons appelée de nos voeux, avec une délégation du Conseil des États.

Face au virus, une Suisse prudente, mais forte

Alors qu’une contamination en Suisse paraissait vraisemblable en janvier[1], c’est de plein fouet que notre pays est touché par cette pandémie que nul n’avait osé imaginer. De loin, nous lisions les nouvelles de cette maladie qui semblait appartenir à la Chine. Puis les effets se sont fait ressentir de plus en plus proches : dans les entreprises, auprès des voyageurs puis très vite notre pays tout entier s’incline devant celui qu’on comparait à une bonne grippe : le coronavirus. Avec humilité et solidarité, nous faisons face et la prudence qui a guidé notre pays jusqu’à présent sera sans doute l’une des pierres fondatrices de la Suisse d’après-coronavirus.

 

Face à la maladie, il y a ceux qui paniquent, ceux qui relativisent, ceux qui minimisent. C’est de ceux qui agissent dont nous avons aujourd’hui le plus besoin. Face à une pandémie qui remet en question les décisions de la veille, la prise au sérieux du risque est à saluer, tout comme l’humilité face à un élément que nul ne peut contrôler et mettant en danger ce que nous avons de plus précieux : la santé.

 

La santé est la priorité et les mesures prises visent à protéger la population dans son ensemble – particulièrement les personnes les plus vulnérables. En première ligne, le Conseil fédéral décide des mesures et des compensations qui seront ensuite avalisées par le Parlement. Mais la capacité d’action et de lutte est entre nos mains. Ralentir notre rythme de vie pour freiner la maladie relève de la responsabilité de chacune et chacun : telle est notre mission pour les prochains mois. Ce qui paraît comme un objectif ambitieux pour une société hyperactive est un objectif que nous pourrions bien regretter de ne pas avoir atteint en cas d’augmentation massive des cas entraînant l’implosion de notre système sanitaire. Rester chez soi aujourd’hui est nécessaire pour minimiser les dégâts et maximiser nos chances de sortir le plus rapidement possible de cette crise.

 

Dans ce contexte difficile, la prudence demeure l’une de nos forces. Elle est aujourd’hui l’une des clés pour permettre à notre pays de traverser cette crise en accompagnant autant que possible les personnes touchées. Elle a aussi été la meilleure conseillère durant les années passées pour faire preuve de rigueur financière. Une rigueur qui nous permet aujourd’hui d’envisager une aide de la Confédération pour sauver des places de travail. Espérons que nous nous en souviendrons quand le concours du « comment dépenser les milliards de la Confédération » reprendra.

 

La prudence, l’humilité, la santé et c’est aussi l’optimisme qui doit être cultivé pour traverser cette période car les bêtes sociales que nous sommes vont sans aucun doute avoir des difficultés à vivre sereinement une période durant laquelle la distance sociale nous est imposée. Mais plus nombreux nous serons à respecter ces règles et plus rapide sera la reprise d’une activité « normale ».

[1] https://www.letemps.ch/suisse/suisse-alerte-face-coronavirus

Nos campagnes ne doivent pas devenir le musée des citadins

Nous voterons le 10 février prochain sur l’aménagement de notre territoire. Ce n’est ni le premier passage devant le peuple, ni le dernier d’ailleurs pour cette thématique ô combien essentielle pour notre pays. Ainsi emmanché, l’enthousiasme ne pourrait résister à la simple lecture du texte et c’est la déception qui prend le dessus : la proposition ignore tout le travail initié dans le domaine de l’aménagement du territoire, se moque du droit à la propriété, tout en s’asseyant gaiement sur les principes du fédéralisme.

Les jeunes verts ne sont pas les seuls concernés

Ce sont les jeunes verts qui nous appellent aux urnes pour nous prononcer sur une initiative visant à figer complètement la surface à bâtir en Suisse. Chaque année, notre pays compte environ 60’000 habitants de plus. Mais contrairement aux fausses impressions des initiants, les chiffres montrent que nos autorités cantonales et communales ne les ont pas attendus pour limiter le mitage du territoire : par exemple dans le canton de Fribourg, la population a augmenté de 52.4% depuis 1991 jusqu’à 2017, alors que la surface habitée ne s’est étendue que de 16.5%. Le politique est sensible à cette problématique et fait son travail mais il ne peut pas le faire sans l’aval de la population et si les jeunes verts sont outrés de voir les propriétaires valoriser leur terrain, d’autres sont sidérés de voir l’Etat leur ôter une part de leur fortune.

Cette initiative compliquera la gestion de l’aménagement

Dans l’immédiat, l’initiative compliquerait malheureusement l’application de la dernière révision de la loi sur l’aménagement du territoire – la fameuse « LAT » – et durcirait drastiquement les contraintes que cette dernière nous impose déjà. Pour rappel, la LAT prévoit de limiter le mitage du territoire de manière stricte et offre toute la panoplie d’instruments pour le faire. Elle comporte également de nombreuses obligations contraignantes pour les cantons et les communes. Les difficultés et autres blocages engendrés ces dernières années prouvent d’ailleurs que cette loi n’est pas sans effet, alors même que sa mise en œuvre est en cours. Attendons déjà de connaître les conséquences réelles de la LAT en vigueur avant de nous imposer des mesures aussi extrêmes que le blocage total des surfaces à bâtir.

Figer la société n’est pas la solution

À moyen terme, les conséquences de cette initiative ne se limiteront pas à l’aménagement du territoire. Le blocage total et définitif des zones à bâtir voulu par les initiants ne permettrait plus, à terme, d’absorber la croissance démographique sans créer des tensions sociales et d’importantes nuisances pour la population. Les partisans prétendent vouloir protéger les terres agricoles et privilégier la qualité de vie, mais leur texte vise en réalité à figer la société dans son ensemble, en particulier dans les campagnes et les régions de montagnes où les contraintes qu’imposerait l’initiative seraient simplement insupportables. Ce texte transformerait donc nos campagnes en musées de cire pour citadins qui aiment les regarder de loin. Mais il nous promet en plus bien d’autres surprises peu réjouissantes, telles que la saturation des infrastructures de transport et la hausse des embouteillages, le blocage du développement économique et la perte d’emplois dans les régions périphériques, ou encore l’explosion des loyers et des prix de l’immobilier… Derrière la prétendue défense du paysage se cache en vérité tout un programme reposant sur la décroissance et l’immobilisme auxquels les Verts aspirent malheureusement inlassablement.

Quand routine partisane devient boulet national

Initiative UDC sur les juges étrangers

Nous sommes en 2016. L’UDC dépose son initiative « Le droit suisse au lieu de juges étrangers ». Rien d’étonnant, le contexte est le même qu’en 2014  : un parti à la veille d’échéance électorale, une thématique qui ne peut que diviser et l’ignorance délibérée des réalités. À quelques mois de sortir le gâteau du four, nous pouvons encore espérer éviter l’indigestion que nous a provoquée l’initiative sur l’immigration de masse.

 

Courageux mais pas fous !

Nous sommes courageux, parfois téméraires mais de loin pas fous. Face à une initiative qui laisse derrière elle un véritable champ de bataille juridique, tant le texte est confus puisqu’il ne précise ni quand une dénonciation des accords internationaux devrait survenir, ni qui serait responsable d’actionner le couperet, nous pouvons nous permettre de douter. Et à raison, car politiquement, cette initiative vise les accords sur la libre-circulation des personnes et un éventuel futur accord institutionnel avec l’Union Européenne. Pourtant, l’initiative reconnaît l’immunité aux accords soumis au référendum. Dès lors et contrairement à ce que visent les initiants, la plupart des accords bilatéraux, dont celui limitant le renvoi des criminels étranger, ne sont pas touchés par cette initiative. En revanche, elle remettrait potentiellement en cause plus de 600 traités moins connus et plus techniques, mais pourtant essentiels pour le fonctionnement de notre économie et pour la création de futurs emplois !

 

Notre crédibilité en jeu

Sachant qu’un traité est aux États ce qu’un contrat est aux individus, ils doivent être respectés par les parties signataires, sans quoi ces dernières se décrédibilisent pour les négociations futures. Faire primer le droit national sur le droit international revient à rendre toute négociation extrêmement compliquée puisqu’on peut unilatéralement renoncer à respecter l’accord final. Cette initiative s’attaque aux éléments fondamentaux de la réussite suisse : notre crédibilité, notre fiabilité et notre stabilité juridique. Avec cette initiative, autant dire que même s’ils sont aussi courageux que nous, les prétendants à de nouveaux accords ne seront pas nombreux, aussi jolie soit la mariée.

Qu’en pensent les concernés ?

Eux ! Tous ceux qui exportent chocolat, fromage, montres, machines, médicaments, café… Eux ! Tous ceux qui travaillent pour et avec des entreprises actives au niveau international. Et puis nous ! Nous tous qui avons bénéficié du succès économique de nos entreprises pour atteindre un confort et une qualité de vie que nul ne peut renier, sauf peut-être les adeptes de la décroissance.

Qu’en est-il en réalité ? Ricola, petite exploitation familiale en 1930, est aujourd’hui présente sur plus de 50 marchés étrangers et y génère plus de 90% de son chiffre. Autre exemple, autre produit : la fédération Chocosuisse qui a vu ses exportations augmenter de 1.4%, à 117’031 tonnes, alors que les Suisses mangent de moins en moins de chocolat et que les frontières vers le Japon, Singapour, l’Australie et les Émirats arabes unis lui sont ouvertes.

Sans oublier nos fleurons régionaux que sont Liebherr, Vifor ou encore Meggit qui pour les 2 derniers sont à plus de 90% exportateurs. Décidément, les réalités démontrent que la cible de cette initiative est loin d’être notre ennemi… Ou alors un ennemi qui nous veut de bien.

Un mythe à moitié considéré est un leurre

Cette initiative qui fait appel aux mythes fondateurs du pays et veut rappeler une certaine résistance face à l’étranger ne peut faire oublier que si nous nous sommes battus contre l’envahisseur par le passé, nous avons aujourd’hui affaire non plus à des envahisseurs mais à des partenaires économiques avec lesquels nous commerçons.

Tout comme les fondateurs de notre pays, nous avons la mission de nous battre avant tout pour la Suisse.

 

Casinos exigent, Parlement propose

En février 2013, le Conseil fédéral annonçait les grandes lignes d’une loi que tous attendaient suite à la votation de 2012. La mission était claire : fusionner les 2 lois concernant les jeux d’argent et réserver les bénéfices à des fins d’utilité publique. Le temps des débats terminé, la loi prévoit la censure généralisée des sites de jeux d’argent situés à l’étranger déroulant ainsi un imposant tapis rouge pour les casinos suisses, qui seraient dorénavant exclusifs sur le marché des jeux d’argent en ligne.

 

Une loi forgée sur mesure pour les casinos

En 2012, le peuple votait en faveur de l’utilisation des bénéfices à des fins d’utilité publique, alors qu’actuellement le montant reversé avoisine un milliard de francs par année. Il est important de rappeler que ce montant provient des jeux d’argent traditionnels et qu’il continuera d’être versé en faveur de l’intérêt public, quelle que soit l’issue du vote le 10 juin. En outre, ce principe n’est aucunement remis en question par les référendaires, que ce soit dans la présente loi ou dans une future loi, cette volonté populaire doit être respectée et appliquée.

Ce qui est remis en cause, c’est la censure des sites Internet de jeux d’argent situés à l’étranger. Nous l’avons bien compris, les casinos ont profité de cette mise à jour pour s’imposer en éliminant toute concurrence étrangère, afin de préserver leur secteur d’activité et en ayant pour dernière préoccupation l’intérêt prépondérant des Suisses. Dans un monde idéal, cette mesure protectionniste pour les casinos suisses fonctionne : les casinos physiques proposent des offres en ligne  et tous les joueurs les utilisent. Sauf qu’en réalité, les citoyens ont l’habitude d’être libres et nous pouvons attendre d’eux qu’ils continuent d’utiliser les sites qu’ils connaissent depuis plus de 2 décennies, autorisés ou non en Suisse. Alors nous serons les grands perdants : moins de recettes fiscales pour L’État et perte de contact entre les organismes de prévention et les joueurs à risque.

Dans de telles conditions, un système de licences, ouvert à tous les acteurs de ce marché, aurait dû être proposé au vu de ces avantages : il permet de taxer les bénéfices et de cadrer strictement les acteurs, tout en garantissant que les citoyens jouent dans un cadre protégé, légal et respectueux des lois de notre pays.

 

Prévenir plutôt qu’interdire

Les associations de prévention étaient présentes, sans doute moins visibles que les casinos au vu du résultat au Parlement, mais actives dans les discussions et pro-actives en matière de propositions : elles suggéraient notamment d’augmenter les taxes pour donner plus de moyens aux organes en charge de la prévention, et de créer une commission indépendante pour conseiller les autorités en matière de prévention. Ces deux mesures étaient judicieuses et constructives; elles ont toutefois été rejetées. À la place, le Parlement a choisi l’interdiction, qui est tout sauf efficace en matière de prévention.

Le recours à la censure, combattue par les générations qui nous ont précédés, reviendrait aujourd’hui par la petite porte et serait même défendu par certains qui l’avaient combattue en leur temps, pour motif qu’elle permettrait d’augmenter très légèrement les bénéfices des jeux d’argent reversés à la collectivité… C’est à n’y rien comprendre. L’intérêt matériel des loteries et casinos compte-t-il vraiment plus que certains principes élémentaires ? Plutôt que d’interdire, il aurait mieux valu améliorer la prévention et recourir à la réglementation de sorte à inclure et taxer les offres de sites étrangers.

 

Le protectionnisme n’est pas une solution

La censure sur Internet pourrait être demandée par de nombreux secteurs soumis à la concurrence étrangère, à commencer par l’industrie ou le commerce de détail qui souffrent bien plus que les casinos des offres internationales en ligne. Ce n’est évidemment pas avec des mesures protectionnistes que l’on garantira la prospérité de demain. Au contraire, nous devons miser sur l’innovation et la digitalisation; et pour cela nous avons avant tout besoin d’un accès ouvert à Internet, n’en déplaise au lobby des casinos.

La Suisse est une économie de pointe, interconnectée et tournée vers le monde, qui gagne de la valeur et des emplois grâce à un internet libre et ouvert. Le blocage automatique de sites Internet dont le seul défaut est de se trouver à l’étranger ne fait pas partie de notre programme pour l’avenir. Cette loi réintroduirait la censure comme mesure prioritaire, remettant en question la liberté des citoyens gagnée par les générations précédentes. Les citoyennes et citoyens suisses ont intérêt à voter “Non” le 10 juin, afin de renvoyer ce texte au Parlement. Celui-ci aura alors pour mission de revoir sa copie et de proposer une véritable loi dans l’intérêt public, et non dans l’intérêt des casinos.

Inégalités en tous genres

En Suisse, les femmes gagnent en moyenne 18% de moins que les hommes. 40% de cet écart restent inexpliqués et résultent donc d’une discrimination entre les genres. Est-ce là une injustice ou le résultat d’une politique conservatrice qui se refuse à toute évolution dans la sphère familiale ?

 

L’État impose là où lui-même échoue

L’inégalité salariale est une conséquence de l’absence d’égalité entre les hommes et les femmes au quotidien et si les entreprises ont tout intérêt à traiter sur un pied d’égalité leurs collaboratrices et collaborateurs, le politique a également son rôle à jouer.

À commencer par le congé maternité qui reproduit un modèle archaïque, imposé à une société dans laquelle la femme restait à la maison pour s’occuper des enfants. Aujourd’hui, chacun doit pouvoir choisir son mode de vie et adapter son existence en conséquence. À travers un congé réservé aux femmes, non seulement nous privons les parents du libre-choix, mais en plus, nous inculquons dans l’esprit des générations futures ce modèle et perpétuons l’inégalité des sexes. Un congé parental ouvrirait de meilleures perspectives.

Parlons aussi de l’imposition individuelle. Elle a été balayée par le Parlement, alors qu’elle serait une solution simple pour que chacun soit taxé individuellement en fonction de ses propres revenus. Par ce système, l’État inciterait les 2 époux à rester actifs professionnellement, alors que certains y renoncent à ce jour quand ils comprennent que le cumul des revenus leur coûte davantage.

Moins discutée mais tout aussi importante : la question de l’éducation. Comment expliquer que certaines personnes peinent à défendre leurs intérêts et ne parviennent pas à réclamer ce qui leur est dû, notamment sur le plan salarial ? Doit-on accepter que certaines renoncent à des fonctions, alors qu’elles ont été formées pour avoir les compétences, sous prétexte qu’elles ne s’en sentent pas capables ? C’est aussi et avant tout une question d’éducation qui, aujourd’hui, cantonne les femmes dans des rôles préétablis discrets, quand ils ne sont pas soumis.

 

Au final, nous sommes tous égaux

Un récent article du journal « Le Matin » définissait la question des inégalités salariales comme taboue. La question en soi ne l’est pourtant pas et elle est d’ailleurs largement débattue.

Une autre question est toutefois taboue : celle de l’inégalité générale, car si nous pouvons reconnaître une égalité entre les humains, nous ne pouvons considérer être tous égaux en tout point. Certains sont meilleurs en sport, d’autres en musique, d’autres encore sont des génies en informatique ou en histoire…

« Ne confondez pas égalité et uniformité », c’est un célèbre philosophe indien qui le disait et sans doute est-ce l’une des clés pour ouvrir ce débat, en recherchant les inégalités dans tous les domaines et en permettant de les réduire non seulement pour les femmes mais pour tous les individus de cette société. C’est la mission des entreprises, mais pas seulement.

 

En punissant, l’État renonce au dialogue

En Islande, l’État amende les entreprises de plus de 25 salariés qui ne respectent pas l’égalité salariale. Si la transparence des entreprises vis-à-vis de l’État peut être souhaitable, l’amende est sans doute l’aveu d’échec le plus criant, sans compter qu’elle prouve l’absence de discussions et de compromis entre l’État et le monde économique.

En Allemagne, l’État instaure une nouvelle loi permettant aux employés de demander le salaire de leurs collègues du sexe opposé. Prôner la responsabilité individuelle : voilà qui n’aura pas échappé à l’Allemagne. Pourtant la responsabilité individuelle ne peut être un prétexte pour se décharger sur les collaborateurs, car ces derniers réfléchiront à deux fois avant d’effectuer cette démarche, par crainte d’instaurer un climat de méfiance et de se retrouver dans une situation pour le moins délicate vis-à-vis de l’employeur.

La Suisse reste fidèle à elle-même et promeut le dialogue, avant la sanction. En ligne de mire, des contrôles réguliers dans les entreprises de plus de 50 employés pour garantir que l’égalité est respectée. Si les syndicats dénoncent l’inefficacité de la mesure, celle-ci aura pourtant le mérite de mettre en lumière les entreprises qui respectent cette égalité et nul n’ignore l’importance qu’à aujourd’hui cet aspect pour l’image de l’entreprise, vis-à-vis des clients, mais aussi des différents partenaires commerciaux.

 

Hier, nos grands-mères gagnaient le droit de vote

La bataille se veut positive. Elle est de celles dont le résultat renforcera la société plutôt que l’affaiblira et nous avons maintenant la responsabilité de la mener avec un esprit créatif pour trouver les mesures à même de nous mener vers cette société qui donne aux hommes et aux femmes les mêmes chances, en respectant le choix de chacun.

Hier, nos grands-mères gagnaient le droit de vote et nous transmettaient un bel héritage. À présent, il nous reste à faire valoir nos compétences pour devenir les grands-mères qui ont gagné l’égalité salariale.

Le fédéralisme, c’est quoi ?

La Conférence nationale sur le fédéralisme se déroule ces jours à Montreux. Deux jours pour repenser le fédéralisme, à travers des débats, des analyses, des points de vue. La course vers la centralisation arrange certains, dérange d’autres et en laisse très peu indifférents.

Le fédéralisme, c’est quoi ?

  • Le fédéralisme c’est un mythe suisse, 75% des Suisses disent y être attachés… mais seulement 35% des gens en ont une idée assez vague
  • Le fédéralisme c’est une force, qui a grandement aidé la Suisse à conserver son unité, en préservant sa diversité.
  • Le fédéralisme c’est le principe du power sharing qui caractérise la Suisse, avec la séparation assez stricte des pouvoirs
  • Le fédéralisme c’est un frein aux réformes, puisqu’il y a plus de gens à convaincre, ce qui crée des blocages dans la mise en oeuvre
  • Le fédéralisme c’est un gage de qualité des réformes. Il permet l’expérimentation et une adaptation des solutions proposées aux réalités de chacun.

Au cœur du fédéralisme, il y a encore la subsidiarité. Ce fameux concept inventé d’abord par l’Église catholique pour répartir les tâches entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. La subsidiarité fonctionne selon 2 principes : on n’a pas la possibilité de le faire à un niveau donc c’est le niveau supérieur qui s’en charge. Ou alors un niveau supérieur est mieux à même de réaliser la tâche. C’est une considération bien souvent purement politique et subjective. Une région ou une commune sera d’ailleurs capable de le faire alors qu’une autre sera dans l’incapacité de le faire et pourtant l’uniformisation, la standardisation est imposée à tous. Sommes-nous face à la dictature de la médiocrité ?

Et pourtant, celui que nous rêvons n’est pas celui que nous avons

Nous avons idéalisé notre fédéralisme et pour retrouver la formule gagnante, c’est de réalisme dont nous avons besoin. Le statut de fédéralisme de coopération qu’on nous prêtait est bien loin de coller à la réalité. Concrètement, la Suisse est un pays très décentralisé, où certaines choses se réalisent au niveau local, mais le fédéralisme qui s’applique chez nous est un fédéralisme d’exécution, là où les décisions viennent du haut- comprenez par là la confédération – sans plus grande prise en compte des besoins exprimés par le bas du système – que sont les communes.

Nous l’avons voulu

De par l’évolution sociétale, nos changements de mode de vie, notre désintérêt face à une identité locale… Nous laissons, peu à peu, le consommateur qui est en nous prendre le dessus sur le citoyen que nous étions. Nous voulons des prestations de qualité, nous voulons un standard. Nous avons pu le constater avec l’exemple de l’harmonisation scolaire. Pourquoi ? Et bien parce que les gens déménagent et retrouver ce même programme de formation partout en Suisse est dans l’intérêt de nos petits, bien évidemment. Mais finalement, cet argument s’applique à tous les domaines. C’est un phénomène sociologique assez simple : on compense la mise de côté de nos traditions, de nos spécificités locales, qui sont finalement d’une légitimité populaire par une légitimité “de rationalité”, censée venir de la loi et de la technique scientifique. Le résultat est sans appel: plus on éloigne le pouvoir, plus il devient complexe, plus la bureaucratie nous éloigne du bon sens. A première vue, il n’y a aucun moyen mais surtout aucune volonté populaire d’en sortir.

La fin du fédéralisme ?

Se passer du fédéralisme est inimaginable. Le fédéralisme a toute son utilité d’un point de vue fiscal pour le prélèvement des impôts. Il prend aussi tout son sens dans la réalité politique puisque les cantons servent de base à la répartition des parlementaires au niveau fédéral. Sanas oublier la réalité administrative qui permet à la confédération de déléguer des tâches, gérées ensuite par les cantons et de soulager, ainsi, l’appareil administratif fédéral.

Si nous devions dessiner un idéal : la confédération poserait le cadre, les cantons dessineraient les contours, les communes rempliraient les formes. Mais pour que ce système fonctionne parfaitement, chaque commune et chaque canton devraient avoir les mêmes capacités, ce qui n’est pas le cas à ce jour et ce qui rend parfois la centralisation évidente.

Anticiper est politique

Si le fédéralisme d’exécution est une réalité, l’engagement aux niveaux communal et cantonal est pourtant nécessaire pour comprendre l’évolution et faire gagner le fédéralisme sur la centralisation, quand bien même cette dernière est parfois source de simplicité à court terme.

Chacun à son niveau est à même d’influencer les décisions fédérales, afin d’appliquer ensuite des lois et des règlements qui laissent suffisamment de marge de manœuvre pour tenir compte des spécificités locales. Se résigner à être figés par la loi et les règlements est un choix lourd de conséquences pour la société, que nul responsable politique ne pourra assumer.