TSA…

Se demander en quoi l’immigration jouerait un rôle dans les troubles du spectre autistique (TSA) et leur prise en charge n’aurait jamais traversé mon esprit, si je n’avais pas demandé à Lidia D’Orlando de me parler de son engagement professionnel auprès d’enfants autistes. Sirotant un thé oriental à la menthe (sans sucre !), Lidia évoque, dans un premier temps, sa formation en intervention phoniatrique intégrée auprès du Professeur Massimo Borghese, médecin chirurgien italien, spécialisé en oto-rhino-laryngologie et en phoniatrie, quelques-unes de ses expériences et anecdotes, mais aussi parfois des remises en question personnelles. « Comment ça ?! Mais tu viens de me dire que des parents ont même fait le trajet depuis la Belgique pour permettre à leur enfant de suivre des séances avec toi ! » : pendant que mes yeux s’écarquillent, Lidia confirme. Après tout, qui dit remise en question, dit aussi besoin de constamment évoluer. Elle précise avoir fait sa formation pratique en Italie dans les centres du Professeur Borghese et tous les cours théoriques à Genève. C’est ainsi que je découvre une diversité dans l’approche thérapeutique et des particularités intéressantes.

Quelques jours plus tard, alors que je navigue sur le net, je visionne par hasard un témoignage-vidéo d’un couple avec deux enfants jumeaux ayant un TSA. Fidèle à lui-même, mon cerveau me mitraille de questions qui ne me permettent toutefois pas d’aborder le sujet en profondeur. En superficie, je me demande alors :

  • Ce couple qui a des enfants jumeaux fait preuve d’un courage à toute épreuve et peut heureusement compter sur le soutien de plusieurs professionnels. Mais qu’en est-il des parents dépourvus de moyens financiers pour recourir à de telles aides, notamment dans un contexte migratoire ?
  • La maman des jumeaux raconte la difficulté du regard extérieur : « on pense que ce sont des enfants mal élevés, parce que [leurs troubles] ne se voient pas physiquement ». Quelles sont donc les aides pour permettre aux familles d’établir un diagnostic précoce et quel rôle jouent les différences culturelles ainsi que le parcours migratoire dans l’acceptation du TSA ?
  • Qu’est-ce que la « norme » dans un contexte de diversité sociale, ethnique, religieuse et que veut dire « avoir un enfant normal » ?
  • De manière plus générale, comment la culture et les origines peuvent-elles modifier le prisme de compréhension de situations particulières et les approches thérapeutiques dans un domaine ou un autre ?

Après avoir visionné les vidéos, la décision d’évoquer ce sujet dans ce blog n’aurait pas été prise, si je n’avais pas allumé la radio et entendu : « autisme ». Tapant ensuite dans un moteur de recherche « autisme et immigration », le premier résultat me présente une étude de 2013 publiée dans une revue de l’Université de Montréal qui s’intitule « Autisme et soutien social dans des familles d’immigration récente : l’expérience de parents originaires du Maghreb ».

Définitivement convaincue qu’il existe une nécessité d’évoquer ce double sujet de l’autisme et de l’immigration, j’écris à Lidia D’Orlando et lui demande si elle est d’accord que je la mentionne pour aborder ce sujet. Elle donne son accord et m’écrit : « Un lien direct entre familles dont un enfant a été diagnostiqué autiste est essentiel, c’est une alliance qui soutient. La maman d’un petit, avec lequel je travaille, a créé ici à Genève une association car elle a bien senti que le besoin était là. Au départ, des parents de même origine ont adhéré à ce groupe, puis celui-ci s’est vite ouvert et accueille un bel éventail d’origines et de cultures différentes qui permet des échanges particulièrement bénéfiques.» Elle précise, en ce qui concerne sa pratique, l’importance « d’avoir du recul face à ce que l’on a appris, afin d’avoir une vision bien plus ample. ». Sa volonté est de « mettre en place des outils pour permettre à l’enfant d’être compris, afin qu’il retrouve ses habiletés » et d’éviter « le « piège » de vouloir traiter en surface, c’est-à-dire d’avoir pour but de supprimer les symptômes « gênants » uniquement. ». Elle finit aussi par souligner la complexité de l’autisme « dont les racines sont multiples et soulèvent encore beaucoup de discussions et de recherches. »

Lidia est passionnée et impliquée dans son métier. Pour ma part, même s’il y a encore beaucoup de discussions et de recherches en cours, j’ai entrouvert une nouvelle porte qui me montre de nouveaux horizons sur la compréhension de nos différences et la manière dont nous les vivons en société.

 

Contact et références :

Site internet de Lidia D’Orlando : http://www.audiopsychophono.com/

Vidéo youtube

Article : Ben-Cheikh, I. & Rousseau, C. (2013). Autisme et soutien social dans des familles d’immigration récente : l’expérience de parents originaires du Maghreb. Santé mentale au Québec, 38 (1), 189–205.

Hélène Agbémégnah

Juriste de formation, ses expériences professionnelles et personnelles lui ont permis, entre autres, de côtoyer des problématiques liées à la migration et à la diversité. Elle a été membre de la Commission fédérale des migrations (CFM) pendant quatre ans et s’intéresse, dans ce blog, à partager ses vues et réflexions multiples.

2 réponses à “TSA…

  1. J’ai travaillé dans le canton de Vaud dans une institution qui accueillait des enfants “atteints de troubles” dont notamment du TSA. La quasi majorité de ses enfants diagnostiqués TSA étaient des enfants issus de l’immigration, dont les parents venaient parfois d’assez loin (Afrique, Asie, Europe de l’Est…). Ce qui m’a souvent interpellé, c’est que la relation avec les parents n’étaient pas toujours évidente, entre autre parce qu’ils étaient souvent eux-mêmes concernés par des “troubles” ou “difficultés sociales”. Bien sûr, on peut vite vouloir faire des raccourcis et je ne suis pas apte à étoffer le sujet. C’est une porte ouverte, une réflexion : quel lien entre un potentiel traumatisme dû à l’immigration et le “trouble” psychique ?
    Bonne journée et merci pour le sujet

    1. Cher Philippe, merci pour ton témoignage. Oui certes, les parcours migratoires peuvent être associés à des traumatismes psychiques, notamment lorsqu’il s’agit de fuites liées à des persécutions (cas de l’asile). Bien entendu, chaque situation reste singulière et est influencée par des facteurs culturels et personnels divers…Maintenant pour ce qui est du TSA en particulier, je crois que l’étude mentionnée dans les références apporte des éléments empiriques intéressants, à voir !

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