Swing states: le déferlement de pubs

Alors que le vote anticipé a déjà commencé dans plusieurs Etats indécis (swing states) qui vont sans doute décider de l'élection du futur président des Etats-Unis, les deux équipes de campagne électorale jouent désormais le tout pour le tout. L'équipe de Barack Obama ainsi que ses soutiens externes ont déjà dépensé, explique NBC, 352 millions de dollars en publicités, souvent négatives. Le camp républicain de Mitt Romney et ses bailleurs de fonds externes ont déjà acquis pour 455 millions de publicités à la télévision et sur les ondes des radios locales. La somme totale dépensée pour des publicités lors de cette campagne électorale 2012 pourrait atteindre le milliard de dollars.

Parmi les principaux contributeurs, on trouve l'American Crossroads and Crossroads GPS soutenues par l'ex-stratège de George W. Bush Karl Rove qui ont ensemble déjà injecté 124 millions, le super-PAC (groupement politiquement actif né de la décision de la Cour suprême intitulée Citizens United) Restore our Future qui soutient Mitt Romney (69 millions), Priorities USA (48 millions) qui promeut la candidature de Barack Obama, Americans for Prosperity (46 millions) financée par les frères milliardaires Charles et David Koch.

Un peu plus de la moitié des 800 milliions (452 millions) déjà dépensés l'ont été dans les trois Etats de Floride (166 millions), Ohio (160 millions) et Virginie (126 millions)

Ci-dessous un exemple de publicité diffusée par Mitt Romney en Ohio:

 

Les républicains ne s’avouent pas vaincus

Après le débat présidentiel de mardi, à l'Université d'Hofstra à Hempstead, les républicains ne reconnaissaient pas la défaite. Pour eux, Mitt Romney n'a pas perdu le débat et n'a pas été irrespectueux envers le président. Leur attitude contraste avec celle des démocrates qui, à Denvers, devaient admettre que leur candidat était passé complètement à côté de son débat.

CandyMardi, les pontes républicains ont également dénoncé l'attitude de la modératrice Candy Crowley (CNN). Dans le débat sur la Libye, Mitt Romney a cru un instant que Barack Obama avait commis "LA" bourde de la soirée en précisant qu'il avait parlé "d'acte terroriste" dans la roseraie de la Maison-Blanche le jour après le raid islamiste qui a coûté la vie à quatre américains dont l'ambassadeur Christopher Stevens.  Interpellant le président, Mitt Romney a lâché: "Vous n'avez jamais parlé d'acte terroriste". Forte d'une mémoire impressionnante, la journaliste Candy Crowley (photo Michael Reynolds/Pools/AFP) intervient: "Je confirme, il l'a dit". Barack Obama lui demande de le répéter plus fort. Les confrères journalistes de Candy Crowley sont admiratifs devant l'intervention de leur collègue et admettent qu'elle a pris un risque considérable. 

Les républicains estiment qu'elle a outrepassé son mandat. Avec le recul, on peut en effet admettre qu'elle a contribué à aider le président démocrate à porter le coup le plus assassin à son rival MItt Romney. Ce n'est sans doute pas le rôle du modérateur. Il reste que Candy Crowley a été soumise à des pressions énormes de la part des deux partis qui insistaient, quelques heures avant le débat, pour qu'elle ne pose pas de questions de suivi (follow-up).

Le débat présidentiel en photos

Le second débat présidentiel, qui s'est enu à Hempstead mardi soir, a donné lieu à une passe d'armes musclée entre le candidat républicain Mitt Romney et le démocrate Barack Obama.

Tour d'horizon en photos (Saul Loeb/AFP/ John Moore/Getty Images/AFP/ Mano Tama/AFP):

 

Le combat de coqs:

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La déception perceptible sur le visage d'Ann Romney

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Mardi soir, Mitt Romney semblait irritable. La photo semble le confirmer.

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Le format du town hall meeting, réunion d'un politique qui débat avec le public, a mieux convenu à Barack Obama qu'à son rival républicain.

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Nobel de la paix à l’UE: la vision critique d’un Américain

L'Américain en question n'est pas n'importe qui. Ce n'est pas non plus le plus modéré. Chercheur à l'American Enterprise
BoltonInstitute, un groupe de réflexion conservateur et ex-ambassadeur américain à l'ONU, John Bolton (photo Stan Honda/AFP) fustige dans une tribune libre publiée dans le Washington Times la décision d'attribuer le Prix Nobel de la Paix à l'Union européenne.

L'homme, on le connaît. Il n'aime pas ces grandes enceintes multilatérales qui font de la coopération la pierre angulaire de leur travail. Très affable (je l'ai interviewé à deux reprises à Washington), il est cependant capable d'asséner ses vérités avec une véhémence telle qu'elle en devient suspecte. La décision du Nobel est pour lui la preuve du biais idéologique du Comité du Prix Nobel. A ses yeux pourtant, celui-ci se fourvoie complètement dans sa lecture de l'Histoire européenne contemporaine. Pour John Bolton, le nationalisme n'est pas le facteur qui a mené l'Europe à la guerre et l'UE est précisément à ses yeux une manière d'éliminer ce nationalisme par le biais d'une organisation supra-nationale. Ce sont davantage la religion, l'ethnicité ou le fondamentalisme (islamique) qui provoquent des guerres.

Qui plus est, John Bolton estime que le Comité du Nobel traverstit l'Histoire de l'après-Deuxième Guerre mondiale. "Ce n'est pas en premier lieu l'intégration économique et politique  européenne qui a maintenu la paix en Europe occidentale depuis 1945, mais la puissance brute américaine et l'OTAN. (…) Sans le baton de Washington, l'Europe occidentale aurait probablement été soumise à Moscou ou renversée militairement, (les Etats) devenant l'un après l'autre des satellites soviétiques ou finlandisés."

L'ex-fer de lance des néo-conservateurs soulève qu'il ne viendrait à l'idée de personne d'attribuer le Nobel aux Etats-Unis parce qu'ils ont défendu la liberté, se sont opposés au fascisme et au communisme et ont préservé la paix en Europe jusqu'à la chute de l'Empire du Mal." John Bolton ajoute une touche d'ironie: "Maintenant, il y aura même une bataille indécente consistant à savoir quels seront les leaders ou les organisations qui vont représenter l'UE pour toucher le prix à Oslo. C'est embarrassant pour l'Union européenne et une banalisation du Prix."

 

Renvoyer Obama à Chicago ou …au Kenya

Dans le Wisconsin, les démocrates ont en principe une longueur d'avance. Toutefois, le choix de Paul Ryan comme candidat républicain à la vice-présidence des Etats-Unis a donné au ticket républicain un attrait supplémentaire. Paul Ryan est né à Janesville, Wisconsin, et y vit toujours.

Dans cette bataille disputée, le fils du candidat républicain au Sénat Tommy Thompson, Jason Thomson, s'est fait l'auteur d'un dérapage verbal qui a fait le tour de la blogosphère. L'élection du 6 novembre est, selon lui, l'occasion de "renvoyer Barack Obama à Chicago (où il vivait avant de déménager à la Maison-Blanche) ou …au Kenya (la patrie de son père qu'il n'a quasiment pas connu). Tentant de limiter les dégâts, Tommy Thompson a présenté ses excuses.

 

 

Et puis il y a cette vidéo répugnante qui dépeint la mère de Barack Obama, Ann Dunnham, comme une prostituée et qui laisse entendre que le vrai père du président démocrate est un communiste du nom de Frank Marshall Davis.

 

Paul Ryan lave de la vaisselle déjà propre

L'Ohio, dans le Midwest, est l'un des trois Etats, avec la Floride et la Virginie, qui pourrait faire la différence lors de l'élection présidentielle du 6 novembre. Actuellement, Mitt Romney et Barack Obama sont dans un mouchoir de poche dans les sondages. Les deux campagnes démocrate et républicaine y dépensent actuellement des sommes colossales pour influencer l'électeur dans un sens ou dans l'autre. Pour les républicains, l'enjeu est majeur: aucun républicain n'est devenu président sans gagner l'Ohio.

Conscient de la tâche, le colistier de Mitt Romney, Paul Ryan, 42 ans, a tenu samedi un town hall meeting avec le public. Puis peu après, il a jugé utile, avant de se rendre à l'aéroport, de visiter une oeuvre d'entraide, Mahoning County St. Vincent De Paul Society à Youngstown, qui s'occupe de sans-abri. Pour montrer qu'il est proche des gens et qu'il est prêt à s'acquitter de tâches banales, quotidiennes, il a endossé un tablier, son épouse et ses enfants également, pour faire un peu de vaisselle. Or tout était déjà propre. Le président de l'oeuvre d'entraide, Brian J. Antag a déclaré lundi que Paul Ryan n'avait strictement rien fait et qu'il avait rendu visite sans en avoir préalablement demandé l'autorisation. Or, explique Brian J. Antag, son organisation a une charte basée sur la foi et est apolitique. La venue de Paul Ryan, a-t-il ajouté, pourrait porter préjudice à des dons futurs.

Preuve que la démarche était maladroite, les journalistes américains qui suivaient le candidat sur les lieux n'ont pas pu écouter Paul Ryan parler aux sans-abri. Ils ont été poliment escortés vers le bus de la presse. Voici la vidéo de Paul Ryan en train de faire la vaisselle:

 

Floride, une lutte à couteaux tirés

Selon les derniers sondages, le candidat républicain Mitt Romney est en tête en Floride, un Etat clé fort de 29 grands électeurs. Il a un point d'avance sur le démocrate Barack Obama et convainc davantage chez les hommes, les plus de 65 ans et les indécis. La Floride a également un électorat juif important qui pourrait être décisif.

A cet égard, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui va devoir affronter de nouvelles élections anticipées, est l'objet d'une vidéo du camp de Mitt Romney critiquant l'attitude du président américain face à l'Iran et à son programme nucléaire soupçonné d'être de nature militaire. Le document se réfère à une intervention du premier ministre israélien faite en septembre par laquelle il pose un ultimatum à l'administration Obama l'exhortant à fixer des lignes rouges que le régime iranien ne doit pas dépasser.

La vidéo diffuse un message de Benyamin Netanyahou qui date. Désormais, ce dernier a accepté de repousser toute attaque potentielle des installations nucléaires iraniennes au printemps 2013… Par ailleurs, elle reprend le thème des républicains laissant entendre que Barack Obama ne cesse de s'excuser à travers le monde au nom de l'Amérique.

 

Les élections américaines faussées par l’argent de l’étranger?

Depuis la décision Citizens United prise par la Cour suprême des Etats-Unis en janvier 2010, l'argent déversé dans la campagne électorale américaine par le biais de super-PAC (groupements politiquement actifs soutenant des candidats à la Maison-Blanche ou au Congrès) est d'une rare opacité. Des syndicats ou des sociétés multinationales peuvent contribuer à soutenir ces super-PAC sans compter et de façon anonyme.

Aujourd'hui, personne ne peut vraiment savoir qui finance "Restore our Future", le super-PAC soutenant Mitt Romney (le super-PAC et le candidat n'ont pas le droit de coordonner leur action, mais tout le monde considère cette clause comme un voeu pieux de la part du législateur). Ni qui contribue au super-PAC appuyant la candidature de Barack Obama, Priorities USA.

Cet anonymat des bailleurs de fonds de la campagne électorale rendu possible grâce à la Cour suprême pose une vraie menace: le déversement de fonds étrangers dans l'élection déjà considérée comme la plus onéreuse de tous les temps. Une pratique totalement illégale. Mais elle est possible. Meredith McGehee, Policy Director auprès de l'organisation "The Campaign Legal Center", explique:

 

Romney et Google

Le candidatrépublicain à la Maison-Blanche Mitt Romney a avoué, lorsde l'émission de Sean Hannity surFox New voici quelques jours qu'il avait "totalement tort" par rapport aux 47% d'Américains qu'il avait accusés d'être des assistés de l'Etat et qui allaient forcément voterpour le démocrate Barack Obama. Lors d'une collecte de fonds en Floride en mai dernier, le républicain relevait qu'il ne servait à rien de s'occuper de cette frange de l'électorat.

Son retournement de veste par rapport aux 47% d'assistés a manifestement marqué certains électeurs, mais aussi le moteurde recherche de Google images. En faisant une recherche avecla phrase "completely wrong (totalement tort)" avecGoogle images, l'internaute a la surprise de tomber sur une multitude de photos de… Mitt Romney…