Sergio Marchionne remet Romney dans le rang

L'industrie automobile et la Chine sont deux thèmes ultra-sensibles de la campagne électorale américaine. Récemment, pour répondre aux multiples attaques des démocrates qui accusent l'ex-gouverneur du Massachusetts d'avoir délocalisé des emplois en Chine, le camp de Mitt Romney a riposté. Le candidat républicain s'est emparé d'une nouvelle de l'agence Bloomberg pour lui faire dire que le constructeur automobile Chrysler entendait délocaliser sa production de jeeps en Chine.

Le sang du patron de Chrysler, l'Italien et ex-Genevois Sergio Marchionne, n'a fait qu'un tour. Dans un courriel adressé à ses employés, le PDG de la société américaine, laquelle a été sauvée de la faillite par l'administration Obama, nie toute volonté de délocaliser la production de jeeps.

Pour Mitt Romney, cette remise à l'ordre intervient à un moment où le républicain tente le tout pour le tout pour rattraper son rival Barack Obama, toujours très légèrement en tête dans les sondages en Ohio. L'Etat est crucial. Aucun républicain n'est devenu président des Etats-Unis sans gagner l'Ohio.

La publicité de la campagne de Romney diffusée à la radio:

 

Romney critiqué pour avoir tenu un meeting en Ohio malgré “Sandy”

Les deux candidats avaient pourtant suspendu leur campagne électorale au vu des scènes de dévastation qu'a créées l'ouragan Sandy dans le New Jersey, à New York et dans d'autres Etats. Mais le républicain Mitt Romney a néanmoins maintenu un meeting mardi matin en Ohio, l'Etat indécis sans doute le plus convoité par les deux prétendants à la Maison-Blanche; toutefois, il en a fait un rassemblement humanitaire pour apporter une aide aux sinistrés de Sandy qui a fait plusieurs dizaines de morts sur son passage.

A Kettering, près de Dayton, l'ex-gouverneur du Massachusetts a tenu un discours soulignant l'importance que l'aide de chacun peut revêtir dans des cas de catastrophes naturelles comme l'ouragan Sandy. Hors de la salle où s'est tenu le rassemblement, des signaux indiquaient pourtant que celle-ci était fermée en raison d'un "meeting électoral républicain". Des militants scandaient: "Nous voulons Mitt". Qui plus est, certains participants portaient des t-shirts "Obama, vous êtes viré".

Avant que Mitt Romney n'arrive sur scène, une vidéo montrant ses qualités de chef d'entreprise a été diffusée. Ce fut la même qui avait déjà été présentée à de nombreux autres meetings électoraux. Pour le stratège de la campagne de Mitt Romney, Stuart Stevens, la diffusion de cette vidéo est un mystère. Se confiant aux journalistes, il a avoué que la diffusion du document estompait la frontière entre un événement humanitaire et un meeting politique. "Je ne sais pas comment cela s'est passé", avoue-t-il au Financial Times.

Voici la vidéo de son discours qui fait l'objet désormais de vives critiques:

 

Les prévisions de “Fivethirtyeight”

Nate Silver est devenu la star des chiffres depuis qu'il a réussi à prédire le résultat de 49 des 50 Etats lors de l'élection présidentielle américaine de 2008. Aujourd'hui, ce statisticien sévit quotidiennement sur son blog du New York Times, "Fivethirtyeight".

Nate Silver vient de sortir un livre intitulé "The Signal and the Noise, why so many predictions fail -but some don't ". Il a eu droit à une visibilité exceptionnelle en passant récemment au Daily Show de Jon Stewart. Le succès qu'il connaît actuellement ne convainc cependant pas tout le monde. Blogueur à Politico, Dylan Byers s'étonne qu'un statisticien qui prédit que Barack Obama a actuellement 74,6% de chances de gagner l'élection le 6 novembre soit aussi populaire. Aux yeux de Nate Silver, Mitt Romney n'a jamais dépassé le seuil des 41% de chances de l'emporter. Pour Dylan Byers, la réputation du blogueur du New York Times est surfaite. De fait, la course à la Maison-Blanche est extrêmement serrée et personne n'oserait avancer des pourcentages aussi favorables.

Nate Silver, invité du "Daily Show" de Jon Stewart:

La Floride semble promise à Romney

La Floride est l'un des Etats indécis (swing states) les plus convoités. Et pour cause. Elle dispose de 29 grands électeurs et permet au candidat qui l'emporte de faire un bond en avant pour l'obtention des 270 grands électeurs nécessaire pour être élu à la présidence des Etats-Unis. En 2000, la Floride avait été l'objet d'un psychodrame. Le démocrate Al Gore et le républicain George W. Bush étaient dans un mouchoir de poche. Après recomptage, la situation ne fut pas plus claire et l'affaire fut confiée à la Cour suprême qui prit, par cinq voix conservatrices contre quatre voix progressistes, la décision d'attribuer la victoire au républicain.

Récemment, Politico a mené un sondage auprès de 120 spécialistes de la politique en Floride (politologues, consultants, lobbyistes, personnes chargées de collectes de fonds, etc). 73% d'entre eux estiment que Mitt Romney va gagner la Floride. Si les républicains sont davantage représentés dans le panel, 60% des démocrates sondés sont du même avis. Selon ce panel, Barack Obama ne rééditera pas sa victoire d'il y a quatre ans face à John McCain dans le Sunshine State. Stratégiquement, cela signifie que les démocrates pourraient concentrer toutes leurs forces sur l'Ohio, la Virginie voir le New Hampshire.

Romney a-t-il voulu abolir la FEMA

La FEMA, c'est l'Agence fédérale des situations d'urgence créée sous Carter en 1979. C'est elle qui a notamment organisé les secours lors des attentats du 11 septembre 2001. Elle fut critiquée en raison de son inaction lors de l'ouragan Katrina en 2005.

Avec l'arrivée de Sandy sur la côte est des Etats-Unis, démocrates et républicains n'ont pas pour autant déposé les armes. Les premiers ont laissé entendre que Mitt Romney avait déclaré vouloir abolir la FEMA lors d'un débat présenté sur CNN. Or le candidat républicain jugeait nécessaire de transférer des compétences de l'Etat fédéral aux Etats voire au secteur privé. Si implicitement c'est ce qu'on pourrait déduire de ses propos, Mitt Romney n'a pas explicitement déclaré vouloir abolir la FEMA. A l'heure où Sandy a inondé de vastes surfaces du New Jersey et de New York, exigeant l'intervention de la FEMA, la question est forcément sensible. Et la précision de rigueur.

 

Le “New York Times” trouve un accord

Après 18 mois de négociations qui ont été momentanément rompues avant de reprendre, la direction du New York Times et la Guild (corporation des journalistes) ont trouvé un accord pour échafauder un contrat de cinq ans tenant compte des revendications du personnel qui craignait de subir une grave détérioration de ses conditions de travail: gel des pensions, augmentation du temps de travail, détérioration de la couverture santé, etc.

Les journalistes du NYT sont mobilisés depuis des mois pour sauver ce qu'ils considèrent, à juste titre, comme l'un des meilleurs journaux du monde. Leur opération "Save our Times" a eu passablement d'écho. Lors de rassemblements dans le hall de la rédaction, au coeur de Manhattan, les employés du NYT ont fait circuler des listes de revendications qu'ils remettront au futur patron du New York Times en provenance de la BBC, Mark Thompson.

Un Mark Thompson qui n'aura d'ailleurs pas la tâche facile. Au sein du New York Times, certains sont déjà très critiques à son égard en raison de l'affaire d'un journaliste de la BBC, Sir Jimmy Savile, accusé de pédophilie et au sujet duquel un documentaire révélant ces pratiques avait finalement été déprogrammé en 2011. Mark Thompson était à l'époque le patron de la BBC. "Nous voulons un leader avec une éthique", clame-t-on au New York Times.

Ci-après une photo du collaborateur du New York Times Steve Berman prise à l'entrée du quotidien (cliquez sur la photo pour l'agrandir):

NYT

Mitt Romney président et Joe Biden vice-président?

RomneyC'est le scénario un peu fou dont parlent ces jours les médias américains. Les sondages révèlent une course à la Maison-Blanche extrêmement serrée au point que nombreux sont les experts à penser que le candidat qui gagnera le vote populaire ne sera pas nécessairement le même que celui qui gagnera le vote du collège électoral. Pour l'heure, le républicain Mitt Romney (photo Emmanuel Dunand/AFP) semble avoir les faveurs de la cote au plan national, et d'aucuns lui prédisent une victoire à l'échelle du vote populaire. Le démocrate Barack Obama, lui, a un chemin un peu plus aisé dans les Etats indécis (swing states) qui pourraient s'avérer déterminant dans l'obtention des 270 grands électeurs. Biden

La compétition est si disputée que beaucoup se demandent s'il n'y aura pas une égalité (269 contre 269 grands électeurs) au niveau du collège électoral. Un tel cas de figure s'est déjà présenté en 1800 quand Thomas Jefferson et Aaron furent à égalité parfaite. C'est la Chambre des représentants qui trancha en faveur du premier. Comme il est très probable que les républicains conservent leur majorité à la Chambre basse, celle-ci désignerait Mitt Romney vainqueur de l'élection. Au Sénat, ce serait une autre histoire s'il reste à majorité démocrate. Il incomberait à l'actuel vice-président démocrate Joe Biden (photo Mandel Ngan/AFP) de voter… pour lui-même. On pourrait donc avoir en théorie un président républicain et un vice-président démocrate, une sorte de cohabitation à l'américaine…

Le scénario où le vainqueur du vote populaire n'est pas le vainqueur du collège électoral et donc de la présidentielle s'est déjà présenté. En 2000, le démocrate Al Gore remporta le vote populaire et perdit le vote des grands électeurs sur décision de la Cour suprême au profit de George W. Bush.

L’impact de l’ouragan “Sandy”

La Grande Pomme a connu un dimanche hors de l'ordinaire. Répondant aux annonces alarmistes des télévisions au sujet de Sandyl'arrivée de l'ouragan Sandy (photo Bruce Bennett/Getty Images/AFP), les New-Yorkais se sont précipités dans les supermarchés, dépanneurs et autres épiceries pour faire le plein de nourriture. A Fairway, surBroadway, de nombreuses étagères de cette surface commerciale ont vite été vidées après le passage de milliers de personnes inquiètes des retombées possibles de l'ouragan. Certains magasins se sont barricadés. La mairie de New York a décidé de fermer le métro à partir de 19h et d'évacuer plusieurs zones inondables le long de l'East River et de l'Hudson River. L'ONU et les écoles seront fermées lundi.

A l'approche d'Halloween, le 31 octobre, les commentaires sont parfois alarmistes, mais aussi humoristiques. Tout le monde parle désormais de Frankenstorm pour qualifier l'ouragan Sandy. Couvrant une surface considérable en mer, ce dernier risque d'apporter énormément de précipitations et de provoquer d'importantes inondations. Il va surtout rencontrerles jet streams, des vents plus froids, et personne ne sait à ce stade ce que produira cette rencontre improbable. Les spécialistes avancent déjà que Sandy pourrait provoquer des milliards de dégâts le long de la côte Est des Etats-Unis.

Sandy, c'est manifestement un scénario que les deux candidats à la Maison-Blanche, qui entrent dans leur dernière semaine avant le jour J, n'avaient pas intégré dans leur plan de bataille. Le républicain Mitt Romney et le démocrate Barack Obama ont dû annuler certains meetings électoraux dans des Etats aussi cruciaux que la Virginie. Pour le président démocrate, la difficulté consistera à endosser avec le bon dosage la casquette de président qui se soucie de la population et celle de candidat. Tout dérapage pourrait se payer comptant, mais, bien gérée, la crise peut lui être bénéfique. Barack Obama ne sera sans doute pas George W. Bush,qui commit la faute politique la plus retentissante de ces dernières décennies en omettant de considérer l'ouragan Katrinaà sa juste valeur. Mitt Romney n'a pas ce problème. Il restera candidat tout en montrant son empathie le cas échéant. Les deux campagnes craignent aussi l'impact de l'ouragan sur le vote par anticipation qui se déroule actuellement et qui compte pour un tiers du total des votes.

Colin Powell soutient Barack Obama

En mai dernier, Colin Powell (photo: Justin Sullivan/Getty Images/AFP) soufflait le chaud et le froid et n'entendait pas dire s'il allait soutenir le candidat démocrate ou Powellcelui républicain à la Maison-Blanche. Comme il avait appuyé la candidature d'Obama en 2008, cela laissait présager un revirement. Or, jeudi sur CBS, l'ex-secrétaire d'Etat républicain de George W. Bush et ancien chef de l'état-major interarmées a apporté son soutien ferme au président Barack Obama. Motif? Ce dernier a une vision cohérente de la politique étrangère qui mérite d'être mise en oeuvre pour 4 ans supplémentaires. Lors du troisième et dernier débat présidentiel, l'ex-secrétaire d'Etat était sur la même longueur d'onde que Barack Obama sur la plupart des questions abordées.

Pour Colin Powell, la vision de politique étrangère défendue par le républicain Mitt Romney est beaucoup trop fluctuante. Un jour, l'ex-gouverneur du Massachusetts annonce qu'il faudra rester en Afghanistan, le lendemain, il estime qu'il faut quitter dans tous les cas de figure d'ici à la fin de 2014.

"Ma préoccupation, que j'ai déjà exprimée publiquement, est que j'ai parfois le sentiment qu'il [Romney] n'a pas réfléchi à ces questions de façon suffisamment approfondie et qu'il se fait conseiller par son équipe de campagne avant de devoir corriger le tir en cours de route." Et le général à la retraite d'ajouter: certains des conseillers de Mitt Romney ont des "vues très très très néoconservatrices“.

Républicain toujours respecté en Amérique malgré son triste épisode des armes de destruction massive dont il avait présenté des preuves (qui se révéleront inexistantes) devant l'Assemblée générale de l'ONU en 2003, Colin Powell apporte une crédibilité à Barack Obama qui va sans doute lui servir. Mais ce n'est pas forcément là que va se jouer l'élection 2012. Elle se jouera au niveau de 7 Etats indécis, en particulier l'Ohio, la Virginie et la Floride.