Nate Silver, le statisticien sorcier

NateLe statisticien Nate Silver, qui sévit sur le blog Fivethirtyeight du New York Times, a réussi l'incroyable performance de prévoir le résultat correct dans les 50 Etats lors de la présidentielle américaine. C'est même mieux qu'en 2008 (49 Etats sur 50). Récemment, contre l'avis de la plupart des sondeurs et de plusieurs journalistes, il prédisait à hauteur de 83% une victoire de Barack Obama. Le jeune homme utilise le modèle statistique de Bayes et le combine avec des données de différents sondages.

L'impact de ses prévisions a été immédiat. Les ventes de son livre The Signal and the Noise: Why So Many Predictions Fail-but Some Don't ont bondi de 850% sur Amazon.

La jeunesse retrouvée de Charles Adams

Charles AdamsCoprésident des Americans Abroad for Obama, l'avocat américano-genevois Charles Adams (photo le montrant avec George Clooney à Genève/Fabrice Coffrini/AFP) était bien sûr à Chicago pour assister au discours (de la victoire) de Barack Obama. Important contributeur de la campagne démocrate, il a ses entrées dans les hautes sphères du parti. Mardi soir, je l'ai rencontré dans les coulisses du quartier général de la campagne Obama. Les résultats venaient de tomber. Charles Adams avait l'enthousiasme d'un jeune homme qui vote pour la première fois et voit son candidat l'emporter dans une élection très disputée.

Son téléphone portable ne cesse de vibrer. L'un des messages est de l'acteur George Clooney qui se dit prêt à boire à la santé d'Obama les bouteilles millésimées de 1961 offertes par Charles Adams. Le coprésident des Americans Abroad for Obama connaît bien l'acteur qu'il a invité en 2008 et en 2012 à Genève pour une collecte de fonds en faveur de Barack Obama.

Au quartier général de la campagne Obama, la réaction de Charles Adams à la victoire du démocrate de Chicago est catégorique: "Les Américains ont jugé inconcevable de changer de cheval au milieu du gué pour restaurer la santé de l'économie." Et Charles Adams de lancer une pique en direction des républicains: "J'espère que la majorité républicaine de la Chambre des représentants se rendra compte que la stratégie de l'obstructionnisme tous azimuts va droit dans le mur. Si elle poursuit sur cette voie, le Parti républicain va être éradiqué de la carte."

L’équipe de la Maison-Blanche si Romney gagne

Jennifer Rubin est chroniqueuse au Washington Post, un quotidien qui soutient Barack Obama. Quand elle écrit au sujet de White housel'administration Obama, elle tend à ne pas oublier de plonger sa plume dans le vitriol le plus caustique. Ses prises de position ont suscité de virulentes réactions au sein du monde médiatique où certains se sont émus de voir la vénérable institution qu'est le Washington Post donner un espace hebdomadaire à une "porte-parole" de Mitt Romney.

Quels que soient les griefs, Jennifer Rubin semble bien informée quand il s'agit de savoir quelle sera l'équipe de la Maison-Blanche (photo Karen Bleier/AFP) si le républicain est élu à la Maison-Blanche. L'ex-gouverneur de l'Utah Mike Leavitt serait, selon elle, un candidat sérieux au poste de chef de cabinet de Mitt Romney. Mais avec un bémol. L'homme est favorable au mandat individuel (qui sous-tend la réforme de la santé d'Obama) et pourrait crisper d'emblée les conservateurs. Le sénateur de l'Ohio Rob Portman, qui a été l'homme à tout faire de Romney durant cette campagne, est aussi pressenti en raison de sa grande expérience du Congrès.

Les rumeurs qu’a entendues Jennifer Rubin au sujet de la politique étrangère semblent indiquer que Mitt Romney opterait plutôt pour une ligne dure, notamment envers l’Iran. Le nouveau président ferait en sorte de nommer des personnes sur la même longueur d’onde à la Défense, au Département d’Etat et au poste de conseiller à la sécurité nationale. Le trio que Jennifer Rubin envisage serait formé de Joe Lieberman, l’indépendant, aux Affaires étrangères, du sénateur d’Arizona John Kyl au Pentagone et du faucon néoconservateur Richard Williamson au poste de conseiller à la sécurité nationale.

 Quant à Paul Ryan, il serait un vice-président actif qui pourrait jouer le rôle de go-between entre le président et le Congrès.

Une machine de vote sélective…

C'est arrivé à un électeur américain dans un bureau de vote de Pennsylvanie. Développeur de logiciels, ce dernier a eu la surprise de constater que la machine électronique présélectionnait le nom de Mitt Romney, mais ne permettait pas de sélectionner le nom de Barack Obama. Inquiet, l'électeur a filmé la défaillance de la machine.

Les autorités ont reconnu que la machine avait mal été calibrée et celle-ci a été retirée du bureau de vote. Au vu des possibles contestations juridiques que risque de provoquer l'élection, l'épisode ne va pas manquer d'alimenter les théories du complot.

 

Ohio, Ohio et encore Ohio

Tous les regards de la présidentielle américaine se portent désormais sur l'Ohio, l'Etat indécis (swing state) le plus disputé. Mardi matin, à Cleveland, l'aéroport donnait une belle illustration de la bataille. L'avion du candidat républicain Mitt Romney était déjà garé sur le tarmarc. Peu après, c'est l'avion du vice-président démocrate Joe Biden, Air Force Two, qui a atterri à quelques centaines de mètres. Et enfin le candidat à la vice-présidence et colistier de Mitt Romney Paul Ryan, a lui aussi décidé de se poser à Cleveland pour un dernier arrêt.

Barack Obama, lui, a prévu de passer la journée différemment. Il va aller jouer au basket avec des amis. La présence de Mitt Romney et de Paul Ryan en Ohio aujourd'hui suscite plusieurs interprétations. Pour les uns, cela traduit la peur de perdre cet Etat essentiel. Aucun républicain n'a remporté la présidence sans gagner l'Ohio. Pour d'autres, c'est plutôt une manière d'assurer la victoire républicaine dans cet Etat du Midwest.

A partir de 19h sur la côte Est, les premiers sondages à la sortie des urnes (exit polls) pourraient donner une première indication sur un résultat extrêmement attendu.

Les larmes de Barack Obama

LarmeMoments émouvants à Des Moines, en Iowa (photo Carolyn Kaster/AP/Keystone). C'est dans cet Etat indécis que le président américain a tenu son dernier meeting électoral lundi soir. Dans un discours de 29 minutes, il n'a pas mentionné une seule fois son rival Mitt Romney, mais a surtout souligné les bons souvenirs qu'il avait gardés de la campagne 2008.

Avec une voix fatiguée par une campagne éreintante, Barack Obama a adopté un ton très optimiste en appelant les habitants de l'Iowa à aller voter pour changer l'Iowa, la nation, le monde. Au cours de son discours, la pression de tenir le dernier discours de campagne dans sa carrière politique a eu raison de la capacité du président de contenir ses émotions. Une larme a perlé le long de sa joue gauche.

Après ce dernier discours, Barack et Michelle Obama s'envolaient pour Chicago pour passer deux nuits dans leur maison du South Side. C'est là qu'ils célébreront la victoire ou devront enregistrer tant bien que mal la défaite. Pour le jour J, Barack Obama ne devrait pas rompre avec la tradition. Il ira, comme il y a quatre ans, jouer au basket.

 

Le vote des astronautes de la NASA

Certains électeurs américains ont beaucoup de difficulté à glisser leur bulletin de vote dans les urnes en Floride en raison de Astronautfiles d'attente interminables. D'autres, qui n'habitent même pas sur Terre, ont davantage de chance de pouvoir voter en faveur de Mitt Romney ou de Barack Obama.

Le Mission Control auprès du Johnson Space Center (JSC) de la NASA à Houston peut envoyer un bulletin de vote par correspondance électronique aux astronautes américains résidant dans la Station spatiale internationale (photo AFP/Handout/NASA), à des centaines de kilomètres au-dessus de la Terre. Comme le raconte le Huffington Post, c'est en 1997 que les parlementaires du Texas ont adopté une loi autorisant les astronautes en mission dans l'espace à voter par correspondance. C'est d'ailleurs aux alentours de Houston, Texas, que vivent une bonne partie des astronautes de la NASA.

En 1997, l'astronaute David Wolf fut le premier à bénéficier de cette option de vote. Il en fit usage pour une élection locale alors qu'il était dans la station… russe MIR. Pour ce qui est de l'élection présidentielle, c'est Leroy Chia qui fut le premier à recourir à cette possibilité alors qu'il commandait une mission à la Station spatiale internationale en 2004. La NASA ne dira pas pour qui les astronautes qui résident actuellement dans la SSI voteront. Elle ne dira pas non plus si Leroy Chia a voté ou non pour George W. Bush en 2004.

Les pronostics des commentateurs politiques

A quelques heures de l'élection présidentielle 2012 (photo Jewel Samad/AFP), les commentateurs politiques se lâchent. Ils ont chacun leur idée sur le
Oabamavainqueur. L'ex-stratège de George W. Bush Karl Rove fut l'un des premiers à révéler ses pronostics dans le Wall Street Journal: sans surprise, Mitt Romney, selon lui, va devenir le 45e président des Etats-Unis en remportant 283 grands électeurs contre 253 pour Barack Obama. Dans le camp républicain, il reste toutefois modeste. George Will, commentateur politique conservateur au Washington Post estime que le résultat ne sera pas du tout serré: 321 pour Romney, 217 pour Obama. A ses yeux, le mariage homosexuel auquel le président démocrate est favorable va pousser des millions d'évangéliques à aller voter (pour le républicain).

A contrario, le statisticien Nate Silver continue de penser dans son blog Fivethirtyeight (New York Times) que Barack Obama a près de 83% de chance de l'emporter. Il devrait conquérir 303 grands électeurs et son rival Mitt Romney 325. Jim Cramer, commentateur à CNBC, le pendant à gauche de Fox News, attribue 440 grands électeurs au démocrate et 98 au républicain. Le Washington Post a listé les pronostics des principaux "pundits", commentateurs.

A moins que les problèmes rencontrés par les électeurs en Floride ou en Ohio, où certains ont dû attendre près de six heures sans avoir même pu voter, poussent les démocrates ou les républicains à faire recours.

L’esprit bipartisan, l’arme secrète de la fin de la campagne électorale

ChristieC'était l'espoir de Barack Obama: rassembler l'Amérique rouge (républicaine) et bleue (démocrate). Il s'est fracassé sur la réalité de la politique telle qu'elle est pratiquée "Inside the Beltway", à Washington. En partie en raison de son incapacité de négocier directement avec le Congrès, en partie en raison de la guerre de tranchée engagée d'emblée par les républicains du Congrès sous l'emprise du Tea Party.

L'esprit bipartisan prônant la coopération entre les deux partis n'a pourtant jamais autant soufflé sur la campagne électorale que lors des deux dernières semaines. L'ouragan Sandy en a été l'illustration la plus étonnante. Le gouverneur républicain du New Jersey, Chris Christie (photo Jewel Samad/AFP), n'a cessé de louer l'engagement du président démocrate pour gérer au mieux la catastrophe. Certains y ont vu un geste de sincérité dans une situation d'urgence. D'autres une manière de préparer l'élection présidentielle 2016. Chris Christie, qui était le républicain en tête de liste pour être le candidat à la vice-présidence aux côtés de Mitt Romney, a des ambitions. Si Mitt Romney échoue cette année, la course sera beaucoup plus ouverte dans quatre ans pour les républicains.

On aime ou on n'aime pas Chris Christie dont les discours populistes ne laissent jamais indifférent. Mais en l'occurrence, il a sans doute saisi qu'il y avait un boulevard politique devant lui en jouant la carte bipartisane. La raison? Les Américains sont fatigués par les disputes partisanes stériles.

Lundi, un jour avant l'élection, le candidat républicain Mitt Romney, irrité par la "performance bipartisane" de Chris Christie, a suivi l'exemple: “Les plus beaux succès sont ceux qui sont partagés", a déclaré Mitt Romney à 5000 partisans rassemblés au Patriot Center à l'Université George Mason de Fairfax. “J'ai appris que le respect et la bonne volonté permettent d'aller loin et sont un jour récompensés. C'est ainsi que je vais agir en tant que président. Je vais rassembler les gens. Je ne vais pas seulement représenter un partie, mais une nation."

Quel que soit le nouveau président, celui-ci aura rapidement l'occasion de concrétiser ces promesses bipartisanes. A la fin de l'année, le Congrès est confronté au "fiscal cliff", au précipice budgétaire. S'il ne trouve pas de compromis, les Etats-Unis pourraient plonger dans la récession.

Polémique au sujet des files d’attente en Floride

                                 Floride

Les images du vote par anticipation en Floride ne manquent pas de choquer. A proximité des locaux de vote, notamment à Miami, des files interminables d'électeurs (photo Alan Diaz/Keystone) se sont formées, parfois dès 4 heures du matin. La forte affluence révèle deux phénomènes: jamais la Floride n'avait connu une telle participation lors du early voting, le vote anticipé, prouvant que cet Etat qui offre 29 grands électeurs au vainqueur, revêt une importance majeure dans la présidentielle. Elle est aussi une conséquence des mesures prises par le gouverneur républicain de la Floride, Rick Scott, pour limiter de 14 à 8 le nombre de jours où le vote par anticipation peut avoir lieu.

Le gouverneur de Floride n'a pas voulu revenir sur cette décision malgré les innombrables protestations. Il a supprimé le vote le dimanche avant l'élection alors que c'est un moment privilégié pour les Afro-Américains qui se rendent à l'Eglise ce jour-là pour aller voter. Les démocrates ont déjà engagé une procédure judiciaire contre l'Etat de Floride.

Se confiant au Miami Herald, Myrna Peralta relève qu'elle a dû attendre deux heures avec son petit-fils de 4 ans avant qu'on la renvoie chez elle avant d'avoir pu voter. Elle est très critique: "C'est l'Amérique, ce n'est pas un pays du tiers monde… Ils ne laissent pas les gens voter."