Confirmation de John Brennan à la tête de la CIA retardée

La présidente de la Commission du renseignement du Sénat est pourtant démocrate. Dianne Feinstein a 000_160897366cependant repoussé à la fin de février le vote de confirmation de John Brennan (photo Alex Wong/AFP) à la tête de la Central Intelligence Agency pour remplacer Leon Panetta. Elle exige du Département de la justice sept documents en sus des quatre qu'elle a déjà obtenus afin d'avoir une idée plus précise de la politique menée par la Maison-Blanche en matière d'utilisation de drones dans la lutte antiterroriste.

Dans son discours sur l'état de l'Union, Barack Obama a promis d'être plus transparent pour divulguer les listes de personnes à éliminer. Mais de fait, la Maison-Blanche est réticente à une plus grande implication du Congrès dans ce type de programme.

Certains experts du domaine jugent qu'en agissant ainsi, la Commission prend John Brennan en otage. Ce dernier a déclaré lors des auditions devant le Sénat qu'il était pour une publication des frappes effectuées par des avions sans pilote dans la lutte antiterroriste. Le conseiller en chef de Barack Obama dans la lutte antiterroriste s'évertue par ailleurs à faire en sorte que ce soit l'armée, et non la CIA, qui se charge des frappes aériennes au moyen de drones.

Le Congrès n'est toutefois pas dans l'obscurité totale. Dianne Feinstein a déclaré à la presse récemment que les collaborateurs de la Commission du renseignement du Sénat ont eu jusqu'à 35 réunions par mois au siège de la CIA pour visionner notamment des vidéos montrant des frappes perpétrées par des drones.

Ci-après, une BD publié par Daily Kos (Brian McFadden) au sujet des drones, de la poste américaine qui réduit la distribution du courrier en supprimant le samedi et de John Brennan:

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Pour John McCain, des réponses simples à des questions simplistes

Le sénateur John McCain a finalement tranché. Lors du vote de la Commission des services armés du Sénat, mardi, le républicain d'Arizona a refusé de confirmer la nomination de son "ami" et républicain Chuck Hagel au poste de secrétaire à la Défense. S'il est vrai que John McCain ne se distingue en rien des autres républicains de la commission qui ont tous voté contre la confirmation de l'ex-sénateur du Nebraska, son vote négatif a quelque chose de plus personnel.

En 2008, Chuck Hagel avait commis un crime de lèse-majesté en soutenant Barack Obama et non John McCain dans la course à la Maison-Blanche. Aujourd'hui, ce dernier le lui fait payer. Il suffit d'écouter l'audition du nominé par le Sénat pour en avoir un aperçu (voir vidéo). John McCain le harcèle au sujet du surge, le renforcement des troupes en Irak décidé par George W. Bush en 2007, une stratégie à laquelle Chuck Hagel était opposé. Pour John McCain, Chuck Hagel devait répondre par oui ou par non à une question simple: a-t-il pris une mauvaise décision en s'opposant au surge? Maladroit, le nominé s'est mal défendu et a bafouillé. Mais il voulait élaborer sa réponse.

Ce moment de l'audition est à l'image de John McCain, animé parfois par une vision simpliste des rapports de force et de la réalité des relations internationales. John McCain était bien entendu favorable au surge. Après son échec dans les primaires républicaines de 2000, il a viré néo-conservateur alors qu'il était un républicain de compromis capable de nouer des alliances avec les démocrates. Le sénateur d'Arizona avait aussi une vision claire de qui était le démocrate et qui était le tyran entre Mikhaïl Saakachvili, le président géorgien, et Dmitri Medvedev, son homologue russe sous l'influence de Vladimir Poutine. Or la guerre de Géorgie à l'été 2008 a révélé les provocations russes, mais aussi la responsabilité de la Géorgie dans le déclenchement de la guerre. L'après-guerre a surtout montré que Mikhaïl Saakachvili était loin d'être le démocrate tant vanté par John McCain.

En termes d'erreur d'appréciation, il y a toutefois pire pour John McCain, qui déplore que Chuck Hagel se soit opposé à des sanctions unilatérales contre l'Iran. Le sénateur du Nebraska préférait en réalité des sanctions multilatérales et onusiennes. Enfin, le donneur de leçons John McCain avait fait le choix de Sarah Palin comme candidate à la vice-présidence des Etats-Unis en 2008. L'expérience de cette ex-gouverneure d'Alaska en matière de politique étrangère était pourtant limitée à sa vision physique de la Russie depuis sa maison…

Si John McCain avait été élu à la Maison-Blanche en 2008, Sarah Palin aurait été la vice-présidente des Etats-Unis. En cas de force majeure, elle aurait même pu officier en tant que présidente américaine…

Un vote favorable de la plénière du Sénat n'est pas garanti pour Chuck Hagel. Une flibuste contre sa nomination risquerait d'aggraver encore le dialogue de sourds entre républicains et démocrates du Congrès.

 

La CIA reconnaît ses graves erreurs

La scène s'est déroulée à la Bibliothèque Nixon, à Yorba Linda en Californie, il y a quelques jours. La Central Intelligence Agency a déclassifié des documents des renseignements au sujet de la guerre du Kippour de 1973. Il ressort des documents publiés que la CIA a totalement échoué à prevenir Washington de l'imminence de la guerre israélo-arabe.

Principal analyste de la CIA au Moyen-Orient à l'époque, Richard Kovar a rédigé une note à l'intention du secrétaire d'Etat Henry Kissinger qui voulait savoir si Israël risquait d'être attaqué. La réponse de Kovar sera catégorique: il ne pense pas qu'une attaque égyptienne et syrienne de l'Etat hébreu soit possible. Pour la Syrie, dit l'analyste, ce serait du suicide. En rédigeant le rapport pour Kissinger et plusieurs responsables du Département d'Etat, Richard Kovar le déclare à la radio publique NPR: "Ma main n'a pas tremblé."

Or, sur le terrain, des signaux étaient plutôt prémonitoires. Le président égyptien Anouer el-Sadate avait amassé des troupes de l'autre côté du canal de Suez en face du Sinaï. Au nord, le président syrien Hafez el-Assad avait dépêché des chars et plusieurs divisions armés à la frontière du Golan occupé. Un infiltré en Syrie transmettra même à la CIA un plan de guerre élaboré par Damas. Rien n'y fit. Pour l'analyste de la CIA et l'Office of Strategic Research, la guerre était très improbable.

Aujourd'hui, Richard Kovar a 81 ans. Il n'a toujours pas digéré son erreur. Sur NPR, il le dit, en pleurant, que des jeunes soldats sont morts par sa faute.

Le reportage radio de NPR:

 

L’US Postal réduit sa voilure

000_160845336Comme en Europe, la poste américaine, US Postal (photo: Kevork Djansezian/Getty Images/AFP), a souvent joué un rôle important au sein de petits villages ruraux, à l'écart des grandes villes. En 2012, consciente de son rôle social, elle avait décidé de renoncer à la fermeture de milliers de bureaux postaux à travers le pays. En 2012, l'institution a toutefois perdu 16 milliards de dollars. Pour les dirigeants de l'US Postal, c'en était trop. Ils ont jugé indispensable d'arrêter l'hémorragie en réduisant le nombre de jours travaillés.

A partir du 5 août prochain, la poste américaine, qui a sponsorisé le coureur cycliste Lance Armstrong, ne délivrera le courrier que cinq jours par semaine. Elle renoncera à offrir cette prestation le samedi. Les raisons? Les envois de lettres sont en constant recul dans un pays où Internet est omniprésent. Seuls les paquets seront encore distribués le samedi, car les Américains continuent d'en envoyer régulièrement.

En Europe, certains villages se sont mobilisés pour empêcher la disparition d'un bureau de poste, symbole d'une vie sociale qui tend pourtant à beaucoup changer. Aux Etats-Unis, il y a bien sûr quelques résistances. Le Congrès et les syndicats pourraient se mettre en travers des plans de l'US Postal. Mais la population semble résignée. Selon un sondage, 39,12% des personnes interviewées estiment que la distribution du courrier le samedi va leur manquer. 58,33% pensent le contraire.

Le futur secrétaire au Trésor aime les îles Cayman

000_Was7177300Mitt Romney avait dû porter durant toute la campagne le boulet que représentaient ses investissements aux îles Cayman. Le républicain fut constamment accusé d'avoir contourné le fisc américain pour payer moins d'impôt sur son imposante fortune estimée à plus de 250 millions de dollars.

Or il n'est pas le seul à avoir investi dans les îles Cayman. L'ex-chef de cabinet de Barack Obama et secrétaire au Trésor nommé par le président démocrate pour remplacer Timothy Geithner, Jack Lew (photo Mandel Ngan/AFP), a lui aussi placé de l'argent dans ce paradis fiscal de 2007 à 2010. Le cas est toutefois un peu différent de celui de Mitt Romney. L'investissement de Jack Lew dans les îles Cayman était déjà connu du Congrès. Ce dernier l'a d'ailleurs confirmé à trois reprises dans ses fonctions de directeur de l'Office of Management and Budget sous Bill Clinton, puis Barack Obama, mais aussi de sous-secrétaire d'Etat sous le même Obama.

Jack Lew sera auditionné par la Commission des finances du Sénat mercredi 13 février. Les républicains ne vont pas manquer de lui poser quelques questions sur les îles Cayman, mais aussi sur son rôle à Citigroup quand la banque bénéficia des mesures de sauvetage de Washington en pleine crise financière.

Photos et courriels privés de la famille Bush hackés et publiés

Cette semaine, le Guardian révélait que le Washington Post et le New York Times avaient évité de divulguer
000_DV1299578l'information selon laquelle les Etats-Unis avaient une base secrète pour leurs drones en Arabie saoudite. La décision des deux grands quotidiens américains a suscité un vaste débat. Pour les uns, c'est normal, c'est une question de sécurité nationale. Pour d'autres, et j'en fais partie, le fait que l'Amérique a une base aérienne en Arabie saoudite mérite d'être porté à la connaissance du public. Cela montre que malgré de fortes tensions au cours des dernières années, Washington et Riyad maintiennent des relations relativement étroites.

Il en va tout autre au sujet des photos et courriels de la famille Bush (photo Stan Honda/AFP) qui ont été hackés et publiés sur le site Smoking Gun. Les photos montrent par exemple George Bush père subir une injection à l'hôpital. Les courriels révèlent les inquiétudes de Bush fils au sujet de la santé de son père et à propos de l'oraison funèbre qu'il devra un jour prononcer. Des images montrent par ailleurs des autoportraits peints par George W. Bush que ce dernier avait envoyés à sa soeur Dorothy. Pour William Bastone, co-fondateur du site Smoking Gun, ces informations obtenues grâce à un hacker du nom de "Guccifer" doivent être publiées. Or si le piratage lui-même mérite d'être signalé, la publication ne suscitait pas un intérêt public manifeste.Les conséquences ont pourtant été importantes: les photos et contenus des courriels ont fait le tour de Twitter et de la blogosphère.

Droit de tuer avec un drone en cas de “menace imminente”

L'animateur du Daily Show, le très progressiste Jon Stewart, généralement très favorable au président Barack Obama, ne s'est pas privé de fustiger le document confidentiel du Département américain de la justice diffusé lundi soir par NBC confirmant le cadre légal pour les éliminations ciblées de terroristes à l'aide de drones.

L'une des conditions stipulées dans le document et autorisant de telles éliminations relève de la "menace imminente". Mais de fait, il n'est pas nécessaire, pour les autorités américaines, de disposer de preuves concrètes. Il faut surtout, disent les experts, comprendre l'adjectif "imminent" dans un sens "plus large".

Regardez Jon Stewart ironiser sur le vocabulaire du Département de la justice et sur le terme "imminent":

 

Les sénateurs plaisantent au sujet du “waterboarding”

C'est l'une des mesures les plus controversées appliquées par l'administration de George W. Bush dans la lutte contre le terrorisme: le waterboarding ou simulation de noyade. Le cerveau présumé des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Khaled Cheikh Mohamed, a ainsi été soumis à 183 simulations de noyade. Les ONG de défense des droits de l'homme ont toujours fustigé cette technique considérée comme de la torture. Le président Barack Obama a estimé qu'elle était de la torture.

Au Sénat, lors de l'audition de John Brennan, le candidat nommé par la Maison-Blanche pour devenir le patron de la CIA et qu'on disait favorable aux techniques d'interrogation de George W. Bush, le sénateur républicain de Caroline du Nord, Richard Burr, a jugé bon, pour entamer sa série de questions, de plaisanter sur le thème de la simulation de noyade: "Je vais essayer d'être bref, car j'ai remarqué que vous en êtes à votre quatrième verre d'eau et je ne veux pas être accusé de "waterboarding." Comme le relève Politico, le sénateur républicain John McCain, quelques jours avant que John Kerry soit auditionné par le Sénat pour être confirmé au poste de secrétaire d'Etat, a lui aussi fait de l'humour sur le même thème au sujet de Kerry: "Nous allons appliquer à nouveau – pour une seule fois – la simulation de noyade pour obtenir de lui la vérité." 

L'exercice humoristique a été peu apprécié par plusieurs sénateurs démocrates qui ont toujours vertement critiqué le waterboarding. John Brennan lui-même a jugé "répréhensible" une telle technique et a estimé qu'elle ne devait pas être appliquée. Mais il n'a pas dit si elle était assimilable à de la torture.

 

Audition de John Brennan: Code Pink sévit

L'audition jeudi par une commission du Sénat du conseiller de Barack Obama dans la lutte antiterroriste, John Brennan, nommé par la Maison-Blanche pour diriger la CIA, a été digne de l'époque où la politique antiterroriste du président George W. Bush était sur la sellette des milieux des droits de l'homme et progressistes.

Jeudi, le groupe anti-guerre Code Pink a fortement perturbé les débuts de l'audition. Ses militants ont voulu dénoncer l'usage massif des drones par l'administration Obama, une politique dont John Brennan est l'un des principaux architectes. Code Pink Women for Peace est une ONG qui milite pour ne plus financer les guerres et les occupations et qui demande de réallouer ces fonds à l'éducation, à la santé et à l'écologie.

Voici un extrait de l'interruption diffusée par Politico:

 

Base de drones en Arabie saoudite: l’auto-censure du “New York Times” et du “Washington Post”

000_Was7253817Le New York Times et le Washington Post sont accusés de complicité avec l'administration de Barack Obama. Les deux grands quotidiens américains ont apparemment cédé à la pression de la Maison-Blanche les exhortant à ne pas divulguer l'existence d'une base secrète de drones (photo HO/US Army/AFP) en Arabie saoudite. Or la base en question fut le point de départ d'un drone qui a tué l'imam radical américain Anwar al-Alauqi, considéré comme un membre haut placé d'Al-Qaida dans la péninsule Arabique.

L'épisode ranime, souligne The Guardian, un vieux débat au sujet de l'équilibre entre la liberté de l'information et les questions de sécurité nationale. Le New York Times a publié mercredi, après la publication lundi soir par NBC d'un document du Département de la justice sur la justification légale des éliminations ciblées de citoyens américains, un éditorial expliquant pourquoi le journal a décidé de retenir l'information.

Le gouvernement a demandé aux journaux en question de ne pas divulguer le lieu de la base aérienne car cela pourrait remettre en question l'existence même de la base et porter préjudice à la lutte antiterroriste menée par l'Amérique. Une telle démarche pourrait aussi fâcher les Saoudiens.

Dan Baquet, directeur exécutif du New York Times, le dit dans les colonnes du journal: "Nous devons soupeser cette préoccupation et l'information." Dean Baquet a en réalité eu, poursuit The Guardian, une conversation voici un mois avec un responsable de la CIA et a accepté de taire le lieu de la base.

Cité par le quotidien britannique, Jack Lule, professeur de journalisme à l'Université Lehigh de Pennsylvanie, juge l'attitude du New York Times injustifiée: "Cette décision de ne pas publier l'information est une honte." Selon lui, le quotidien a fui sa responsabilité d'informer le public.

L'alignement des deux quotidiens sur les préoccupations de la Maison-Blanche peut se comprendre dans des circonstances exceptionnelles. En l'occurrence, cette retenue d'information rappelle de mauvais souvenirs: la période où la presse américaine s'était alignée derrière l'administration de George W. Bush en 2003 pour justifier la guerre en Irak. Après coup, les journaux concernés, dont le New York Times, avaient présenté leurs excuses.