Les débuts difficiles de Chuck Hagel

Chuck Hagel, le noueau secrétaire américain à la Défense, a déjà dû souffrir un processus de nomination douloureux. Une bonne partie des sénateurs républicains ont fait obstruction à sa nomination, arguant que le républicain du Nebraska avait une vision erronée des questions sécuritaires du pays. Ils lui reprochaient notamment de s'être opposé à des sanctions contre l'Iran. Or il s'était opposé à des sanctions unilatérales de Washington, mais soutenait totalement les sanctions onusiennes contre le régime iranien.

Pour son premier grand déplacement à l'étranger, à Kaboul, le nouveau patron du Pentagone a subi la colère du président afghan Hamid Karzaï. Ce dernier a fustigé le fait que les Etats-Unis négocieraient dans son dos avec les talibans pour maintenir une présence en Afghanistan plus longue que prévue.

Dans une conférence de presse, Chuck Hagel a tenté de désamorcer cette grenade dégoupillée qui n'a pas manqué de créer un climat de crise au sein de la coalition des forces de l'OTAN:

 

Moi, enseignant du Dakota du Sud, armé pour assurer la sécurité des élèves

RTR3EEQVLes Etats-Unis sont le théâtre depuis la fusillade de Newtown, où 20 enfants âgés de 6 et  7 ans furent massacrés par un jeune de 20 ans armé d'un fusil semi-automatique AR-15, d'un débat passionnel au sujet des armes et de leur contrôle. Le président Barack Obama a présenté, voici quelques semaines, une quarantaine de mesures pour durcir le ton et promis qu'en l'absence de lois approuvées par le Congrès, il userait de décrets présidentiels pour faire avancer les choses. Le Congrès, pris en otage par la National Rifle Association (lobby des armes) et l'idéologie de l'auto-défense, a déjà passé en commission des mesures minimales et ne semble pas prêt à renforcer le contrôle des armes (photo: manifestation contre le durcissement du contrôle des armes promu par le gouverneur de New York Andrew Cuomo. Hans Pennink/Reuters)

Le Dakota du Sud n'a visiblement pas attendu que les choses évoluent à Washington. Le gouverneur de l'Etat, Dennis Daugaard, vient de promulguer, ce vendredi, une loi autorisant les enseignants à s'armer pour protéger leurs élèves après avoir suivi une formation similaire à celle dispensée aux forces de l'ordre locales. Un bachelor en éducation pour les enseignants ne sera donc pas suffisant. Ceux-ci devront désormais se former au maniement des armes.

La devise semble celle de la NRA: plus d'armes = plus de sécurité. Ce qui ne semble pas clair, c'est le type d'armes que le personnel éducatif pourra porter. Difficile d'imaginer un enseignant avec une arme automatique en train de contrer un tueur du type Newtown en tirant en rafale.

Samira Ibrahim, l’activiste égyptienne que le Département d’Etat ne veut plus honorer

Samira Ibrahim (photo Khaled Desouki/AFP), 26 ans, spécialiste de marketing, est une activiste égyptienne 000_Nic6086995adulée pour avoir porter plainte contre l'armée qui l'a maltraitée lors de sa détention. Elle avait été arrrêtée en mars 2011 près de la place Tahrir, puis molestée et forcée de subir un test de virginité.

Son courage avait été salué internationalement. Le magazine Time classait l'activiste parmi les 100 personnes les plus influentes de 2012. Il écrivait à son propos: "Samira représente un modèle de résistance à la peur et son impact va bien au-delà de l'Egypte. Il suffit qu'une femme parle et des milliers d'autres dans le monde vont écouter et se sentir poussées à agir."

Vendredi, Samira Ibrahim aurait dû être l'une des femmes que le Département d'Etat américain devait honorer pour leurs combats. C'était toutefois avant que les Américains découvrent, sur son compte Tweeter, des messages saluant par exemple les attentats anti-israéliens en Bulgarie. Dans un des tweets publiés sur son compte le jour même de l'attentat en Bulgarie, il est écrit: "Une explosion dans un bus transportant des Israéliens à l'aéroport Burgas en Bulgarie sur la mer Noire. Aujourd'hui est une journée très douce avec un tas de nouvelles très douces." Un blogueur égyptien, dont le pseudonyme sur Twitter est Science Pyramid, dit avoir lu sur le compte Twitter de Samira Ibrahim le commentaire suivant: "Aujourd'hui, c'est le jour de l'anniversaire du 11-Septembre. Que l'Amérique brûle chaque année."

Info ou intox? Le tweet sur l'attentat en Bulgarie a été mentionné au Département d'Etat par le journaliste de l'Atlantic Monthly Jeffrey Goldberg, par ailleurs employé au Musée de l'Holocauste à Washington. Samira Ibrahim conteste ces messages dans un tweet: "Mon compte a été piraté plus d'une fois et toute note raciste ou haineuse ne relève pas de moi." Le Département d'Etat se demande pourquoi l'Egyptienne n'en a pas fait mention plus tôt.

Rand Paul ou l’art de la flibuste…

John Brennan et Barack Obama ne s'attendaient sans doute pas à un tel bras de fer. Mercredi, le sénateur libertarien Rand Paul a parlé pendant 11 heures d'affilée en guise de "flibuste" contre la nomination de Brennan au poste de directeur général de la CIA. C'est l'une des plus longues flibustes jamais enregistrées au Sénat.

Le sénateur républicain du Kentucky justifie son acte de flibuste par le fait que le Département de la justice ne lui a pas donné une réponse satisfaisante à une question au sujet de citoyens américains non-combattants pouvant être la cible d'attaques de drones sur sol américain. Le ministre de la Justice Eric Holder n'a pas exclu une telle possibilité en cas d'événement extraordinaire assimilable à Pearl Harbour ou aux attentats du 11 septembre 2001.

Pour l'administration Obama, c'est un nouveau revers après la difficile confirmation de Chuck Hagel à la tête du Pentagone. Le vote de confirmation de John Brennan est repoussé à plus tard.

Le début de l'intervention de Rand Paul:

 

Jeb Bush a-t-il déjà sapé ses chances pour la présidentielle 2016?

Jusqu'ici, l'ex-gouverneur de Floride Jeb Bush était très populaire au sein de la communauté hispanique. Marié à une Latino, le frère de George W. Bush a montré souvent une flexibilité en matière d'immigration qui a fortement manqué aux républicains lors de la dernière campagne présidentielle. Mitt Romney a été largement snobé par les Hispaniques au profit de Barack Obama. L'ex-gouverneur du Massachusetts avait tenu des propos radicaux en matière d'immigration, invitant tout clandestin à "s'expulser" du pays volontairement. Jeb Bush avait d'ailleurs fustigé la rigidé de Mitt Romney.

Mais c'était avant que Jeb Bush publie, avec Clint Bolick, l'ouvrage "Immigration Wars, Forging An American Solution". Dans l'ouvrage, l'ex-gouverneur de Floride estime qu'il "est absolument vital pour l'intégrité de notre système d'immigration que les actions aient des conséquences -dans ce cas, que ceux qui ont violé la loi puissent rester, mais ne puissent pas récolter les fruits tant désirés de la citoyenneté. Agir différemment indiquerait que les gens qui contournent le système peuvent toujours obtenir tous les bénéfices de la nationalité."

Ses propos font l'effet d'une bombe. Depuis qu'il a pris sa retraite politique de gouverneur de Floride en 2007, Jeb Bush avait montré un visage plus ouvert par rapport aux Hispaniques et à l'immigration. Cette semaine, lors de la présentation de son livre, constatant le tollé provoqué par le livre, il corrige toutefois le tir. Il n'est finalement pas contre offrir un chemin vers la nationalité aux immigrés clandestins, mais il n'est pas non plus vraiment pour. Perçu comme un politique solide et cohérent jusqu'ici, ce candidat potentiel à la présidentielle 2016 donne tout à coup une image qui rappelle étonnamment celle de Mitt Romney: celle de flip-flopper, de girouette.

Cette controverse a porté préjudice à l'image de Jeb Bush et arrive à un moment particulièrement mal choisi. Plusieurs républicains du Congrès travaillent à un projet de réforme globale de l'immigration pour couper l'herbe sous les pieds du président Barack Obama qui a déjà présenté son projet. Après la cuisante défaite de Mitt Romney, ils ont pris conscience que la question de l'immigration est une condition sine qua non pour reprendre pied avec l'électorat. La volte-face de Jeb Bush paraît d'autant plus incompréhensible qu'il faisait déjà figure d'autorité naturelle au sein du Parti républicain. Or, en adoptant une position beaucoup plus dure que par le passé, il semble vouloir acquérir les faveurs des plus conservateurs. Certains observateurs avancent que c'est une manière de se distinguer du sénateur Marco Rubio, un conservateur qui fait pourtant partie du groupe de républicains souhaitant réformer à fond l'immigration.

A-t-il déjà sapé ses chances s'il entend se porter candidat à la Maison-Blanche en 2016? L'épisode a montré une facette méconnue de Jeb Bush: une relative incohérence. Mais dans trois ans, beaucoup d'eau aura encore coulé sous les ponts du Potomac.

 

Keystone XL: le Département d’Etat prépare le terrain pour un “oui” d’Obama

RTR3DX94Le Département d'Etat américain a donné vendredi une indication sur ce que va sans doute être la future décision du président Barack Obama au sujet de l'oléoduc Keystone XL (photo: manifestants à Washington/Richard Clement/Reuters), un projet qui devrait permettre de transporter 700 000 barils de pétrole extraits des sables bitumineux de l'Alberta au Canada jusqu'aux raffineries du golfe du Mexique. Le pipeline long de 3200 kilomètres, dont une partie existe déjà en Louisiane, n'a pas encore obtenu l'aval de la Maison-Blanche depuis près de deux ans.

Or vendredi, le Département d'Etat a publié un rapport relevant que l'impact environnemental du pipeline Keystone serait minimal et qu'il serait plus important si le pétrole était transporté par d'autres moyens, notamment par le rail. Le rapport de Foggy Bottom souligne qu'un refus de l'oléoduc ne profiterait en rien à la lutte contre le réchauffement climatique, car l'exploitation des sables bitumineux de l'Alberta allait se développer quoi qu'il arrive. Le Département d'Etat ne recommande pas une approbation du projet, mais il libère la voie pour Barack Obama.

Or le président américain a fait de la lutte contre le réchauffement climatique l'une des priorités de son second mandat. Il a martelé la nécessité d'agir lors de son discours d'investiture le 21 janvier dernier et lors du discours sur l'état de l'Union le 12 février.  35 000 opposants à la construction du pipeline s'étaient réunis en février sur le National Mall à Washington pour exhorter la Maison-Blanche à ne pas donner le feu vert au projet. Les milieux environnementaux ont d'ailleurs contribué à la réélection de Barack Obama en novembre 2012.

Des représentants de Sierra Club, l'un des groupes de pression les plus vieux des Etats-Unis dans le domaine environnemental, ont fustigé le rapport du Département d'Etat, estimant qu'il est "rempli de lacunes". Directeur de l'association Oil Change International, Stephen Kretzmann est catégorique: "Le Département d'Etat omet de signaler que l'oléoduc va sans doute générer une exploitation supplémentaire de 450 000 barils de pétrole issus des sables bitumineux." Or l'extraction de ce type de pétrole est très énergivore et produit beaucoup plus de gaz à effet de serre que l'or noir obtenu à partir de champs pétroliers traditionnels. Professeur à la Columbia University cité par le Guardian, James Hansen, l'un des experts mondiaux parmi les plus respectés en matière de changement climatique, a lui aussi publié un commentaire au sujet du rapport: "Dire que les sables bitumineux ont peu d'impact sur le climat est une absurdité."

Du côté des républicains, on jubile. Le président de la Chambre des représentants, John Boehner ,l'a déclaré dès vendredi: "Le rapport montre clairement qu'il n'y a aucune raison de bloquer un jour de plus la construction de ce pipeline essentiel." Ambassadeur canadien à Washington, Gary Doer a lui aussi voulu montrer le caractère inéluctable de l'exploitation accrue des sables bitumineux de l'Alberta. Ceux-ci donnent au gouvernement de Stephen Harper, lequel s'est délié des obligations découlant du Protocole de Kyoto, un levier de pouvoir considérable à Ottawa, car ils représentent la source principale de revenus du pays. "Le pétrole canadien et par conséquent celui du Dakota du Nord et du Montana, accéderont d'une manière ou d'une autre au marché." Dans un éditorial publié lundi, le Wall Street Journal enfonce le clou: "La Maison-Blanche est à court d'excuses pour continuer à retarder l'approbation de cet investissement de 5,3 milliards de dollars qui créerait 16 000 emplois, voire plus."

Le Département d'Etat a, sous Hillary Clinton, regardé le projet Keystone XL plutôt d'un bon oeil. Certains se sont même demandé s'il n'y avait pas un relent de conflits d'intérêts. Le lobbyiste en chef de TransCanada (société en charge du projet) à Washington se nomme Paul Elliott. Il était l’un des responsables de la campagne électorale d’Hillary Clinton en 2008. Quant à l’ambassadrice à l’ONU Susan Rice, elle a, avec son mari, des actions dans TransCanada pour une somme oscillant entre 300 000 et 600 000 dollars ainsi que pour 1,25 million dans des sociétés exploitant le pétrole canadien.

En approuvant la construction du Keystone XL, Barack Obama pourra désamorcer l'opposition des républicains et celle de ceux qui estiment qu'il n'en fait pas assez pour lutter contre le chômage de millions d'Américains. Mais il risque de fâcher pour longtemps les milieux environnementaux et de brouiller son message en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Mitt Romney aimerait être à la Maison-Blanche

L'ex-candidat républicain à la Maison-Blanche Mitt Romney a accordé sa première interview à Fox News dimanche. Il a fustigé la manière dont le président Barack Obama a géré le "séquestre", le couperet budgétaire qui est tombé le 1er mars faute d'un accord entre républicains et démocrates pour limiter la brutalité des coupes budgétaires. Mitt Romney n'a pas du tout apprécié la manière dont son ex-adversaire démocrate "fait campagne" à travers l'Amérique pour mettre la responsabilité de l'échec des négociations entre Congrès et Maison-Blanche sur les épaules des républicains. L'ex-gouverneur du Massachusetts, qui juge très dur de ne pas être à la Maison-Blanche pour diriger le pays dans la bonne direction, nourrit des regrets.

Mitt Romney reconnaît dans l'interview qu'il est désormais mal placé pour donner des leçons de stratégie à son parti. Mais il n'exclut pas de jouer un rôle pour tenter d'influencer certains débats. Il admet que la vidéo réalisée secrètement lors d'une collecte de fonds en Floride au cours de laquelle il avait déclaré que 47% des Américains étaient des "assistés" qui allaient de toute façon voter pour Barack Obama, lui a porté préjudice lors de la campagne. L'ex-gouverneur du Massachusetts n'en veut toutefois pas au gouverneur républicain du New Jersey Chris Christie qui, en pleine campagne électorale, avait félicité Barack Obama pour son leadership lors de l'ouragan "Sandy". "C'est moi qui ai perdu l'élection", a-t-il précisé.

Voici l'interview accordée à Mike Huckabee de Fox New:

 

Watch the latest video at video.foxnews.com

Bradley Manning voulait améliorer le sort du monde

Le soldat Bradley Manning (photo à son arrivée au tribunal/Mark Wilson/AFP) a avoué jeudi, devant un juge militaire à Fort Meade, dans le Maryland, qu'il avait bien
000_162871596 transmis des archives militaires et diplomatiques à WikiLeaks. Motivé notamment par un ouvrage qu'il a lu sur "la diplomatie ouverte" pratiquée après la Première Guerre mondiale et par l'idée que la diplomatie secrète n'amène rien de bon, l'Américain de 25 ans l'a confié au juge. En transmettant près de 260 000 cables diplomatiques et 90 000 rapports des renseignements, il voulait améliorer le sort du monde.

Bradley Manning a déclaré assumer toute la responsabilité de ses actes et précisé qu'il n'avait subi aucune pression de la part de WikiLeaks. Jeudi, il a plaidé coupable pour dix chefs d'inculpation liés à la divulgation d'informations classifiées, de rapports secrets, de vidéos d'attaques perpétrées par des avions ou hélicoptères en Irak et en Afghanistan ou encore de dossiers de détenus de Guantanamo. Il encourt 20 ans d'emprisonnement. Mais sa peine pourrait être même plus sévère s'il est prouvé qu'il a aidé les ennemis de l'Amérique et qu'il s'est rendu coupable de violations en vertu de l'Espionage Act.

Bradley Manning pensait que la publication de ces informations pourraient embarrasser les Etats-Unis, mais il ne pensait pas qu'elle pouvait leur porter préjudice. Le soldat affirme avoir d'abord voulu remettre les documents à des médias, Bloomberg et le New York Times, mais aucun ne confirme avoir reçu un message de la part du soldat. Il se décida finalement à envoyer les documents à WikiLeaks au moyen du wifi de la librairie-café Barnes & Noble, car la maison de sa tante du Maryland, où il séjourna durant son congé militaire, venait de subir des coupures d'électricité en raison d'une tempête de neige.

Son sort n'est pas encore scellé. Mais il est peu probable qu'il recouvre la liberté de sitôt.

Van Cliburn, le Texan qui conquit la Russie

1958. La Guerre froide bat son plein. L'insurrection hongroise de 1956, réprimée par les chars soviétiques, est encore fraîche. Dans ce contexte tendu, Van Cliburn, un Texan de 23 ans, se rend à Moscou en avril 1958. Pianiste de talent, il participe à la Tchaikovsky International Piano Competition pour y éxécuter le Concerto numéro 1 du compositeur russe. La manifestation est censée promouvoir la "supériorité culturelle russe".

Van Cliburn, qui vient de décéder à l'âge de 78 ans à Fort Worth au Texas, y fait sensation. Son doigté est exceptionnel. A l'issue de sa prestation, il a droit à une standing ovation de huit minutes. Un pianiste russe, Andreï Gavrilov lui tressera tout de suite des louanges: "Van avait l'air d'un ange et jouait comme un ange." Dans la salle, des femmes s'évanouissent tant elle admire le pianiste texan. Le jury, explique le Washington Post, est emprunté et demande l'avis du leader soviétique de l'époque Nikita Kroutchev. "C'est le meilleur?", demanda le premier secrétaire du Parti communiste soviétique. "Alors donnez-lui le prix", répliqua-t-il.

Aux Etats-Unis, Van Cliburn deviendra une star adulée, qui aura droit à une somptueuse parade à New York. En 1958, le magazine Time titra en Une: "Le Texan qui conquit la Russie." Les journaux du monde entier en feront leurs titres.

Quelques mois plus tard, l'épisode Van Cliburn n'aura pas permis de réduire les tensions entre Moscou et Washington. Le 10 novembre, Nikita Kroutchev lance un ultimatum aux Américains et exige que Berlin devienne "une ville libre unifiée, démilitarisée et sous contrôle international, dans un délai de six mois". L'URSS souhaite ainsi endiguer l'exode des Allemands de l'Est. Washington refuse l'ultimatum.

Le Concerto numéro un de Tchaikovsky fera l'objet d'un disque qui sera le plus vendu pendant une décennie. Selon le quotidien de Washington, une biographie lui sera consacré sous le titre "The Van Cliburn Legend".

Par la suite, Van Cliburn ne répond pas aux attentes de son immense talent. Sa manière de jouer n'est plus la même, même s'il donne des concerts ici et là. Il crée néanmoins un festival à l'image de celui qui l'a rendu célèbre à Moscou: le Van Cliburn International Piano Competition à Fort Worth. L'événement est l'un des plus prestigieux des Etats-Unis.

En vidéo, Van Cliburn à Moscou en 1962, quatre ans après sa prestation exceptionnelle:

 

La “présidence Reagan” moins révolutionnaire que prévue

Ronald Reagan est souvent présenté aux Etats-Unis comme la figure présidentielle par excellence. L'an dernier,
000_DV1300376lors des primaires républicaines, tous les candidats ont une fois ou l'autre fait référence au "grand Reagan" (photo Stan Honda/AFP) et à son optimisme symbolisé par la parole biblique "shiny city on the hill".

Aujourd'hui, un documentaire réalisé par Chip Duncan pour la chaîne de télévision publique PBS, intitulé "The Reagan Presidency" s'est intéressé au personnage en allant au-delà des conventions. Chip Duncan écorne en partie la figure révolutionnaire de Ronald Reagan et démythifie le grand orchestrateur de la révolution conservatrice. "“Il y a beaucoup de mythologie autour de la présidence Reagan. Mais notre but n'était pas de prendre partie ou d'exprimer une opinion, mais de simplement regarder ce qui s'est passé et dans un certain sens de le démystifier", souligne Chip Duncan dans Politico.

Chip Duncan s'est intéressé à un aspect plus méconnue de la présidence Reagan: la politique étrangère de son administration au Moyen-Orient. Selon le réalisateur, une bonne partie des problèmes d'aujourd'hui sont nés à l'époque au Moyen-Orient. Il suffit de se rappeler le soutien de l'Amérique à l'Irak de Saddam Hussein dans la guerre contre l'Iran ou la politique américaine au Liban.

L'un des mythes les plus persistants au sujet de Ronald Reagan est toutefois lié à la Guerre froide. Beaucoup d'Américains sont convaincus que le facteur déterminant de la fin de la Guerre froide fut l'intransigeance de Ronald Reagan à l'égard de la Russie. Le président américain avait exhorté son homologue soviétique Mikhaïl Gorbatchev à abattre le Mur de Berlin ("tear down this Wall"). L'attitude de l'Amérique de Reagan a sans doute joué un rôle dans l'éclatement de l'Union soviétique et du bloc soviétique. Mais ce ne fut de loin pas le seul facteur.

Un film sur Ronald Reagan déjà diffusé par PBS en 2011:

 

Watch The Presidents: Reagan on PBS. See more from American Experience.