Une ex-juge de la Cour suprême: ce fut une erreur de déclarer Bush vainqueur face à Gore

000_Was6697430Sandra Day O'Connor (photo Karen Bleier/AFP) fut l'une des neuf juges de la Cour suprême nommée par le président Ronald Reagan en 1981. A la retraite depuis 2006, elle l'avoue douze ans après les faits au Chicago Tribune: "La Cour [suprême] aurait peut-être dû dire: non, nous ne nous saisissons pas de l'affaire, au revoir." L'affaire consistait à trancher l'élection présidentielle de 2000, et en particulier le vote de Floride. Le résultat fut très serré. Il le fut tellement que le démocrate Al Gore demanda un recomptage des votes. Mal organisée, la Floride procéda à plusieurs recomptages, mais aucun d'eux ne donna véritablement satisfaction et ne répondait à des critères clairs. Face à ce chaos démocratique, la Cour suprême s'est finalement emparée du cas et a sans doute pris l'une des décisions les plus controversées de son histoire en attribuant la victoire à George W. Bush.

Aujourd'hui, Sandra Day O'Connor, 83 ans, qui fut la première femme à siéger à la Cour suprême, confie ses regrets au quotidien de Chicago : "De toute évidence, la cour a pris une décision et pensait qu'elle devait le faire. Mais il s'est avéré que les autorités électorales de Floride n'avaient pas fait du bon travail et se sont emmêlé les pinceaux.  La cour, en fin de compte, a sans doute aggravé le problème." L'ex-juge admet que l'affaire a terni la réputation de la Cour suprême. Mais elle a de fait voté en faveur de l'élection de George W. Bush dans ce qui fut, selon les observateurs, un vote fortement partisan.

Que savait Katherine Russell?

169519960Katherine Russell (photo Katie Zezima/AP/Keystone) a appris à la télévision, comme la plupart des Américains, que son mari et son beau-frère étaient les auteurs présumés des attentats de Boston. A 24 ans, la jeune Américaine, qui a rencontré Tamerlan Tsarnaev il y a trois ans et qui a eu une fille avec lui aujourd'hui âgée de 3 ans, n'aurait jamais souhaité une telle visibilité. Après un bref passage dans la maison où elle vivait avec le terroriste présumé, elle s'est désormais réfugiée chez ses parents dans la ville de Kingstown, à Rhodes Island.

Selon les médias américains, Katherine Russell a abandonné l'université peu après avoir rencontré Tamerlan Tsarnaev et sa vie semble avoir considérablement changé. Elle et s'est convertie à l'Islam et portait le hijab alors qu'elle n'attachait pas de véritable importance à la religion auparavant. La famille de Katherine Russell a rapidement publié un communiqué après les attentats de Boston relevant qu'elle "n'a jamais vraiment connu Tamerlan Tsarnaev".

La question que les enquêteurs se posent est claire: était-elle au courant des activités de son mari? A priori, elle était rarement à la maison, travaillant entre 70 et 80 heures par semaine, 7 jours sur 7, en tant qu'aide soignante à domicile. Fille de médecin, elle est décrite par son ancien professeur d'art comme une fille intelligente. C'est avant tout Tamerlan qui s'occupait la journée de leur fille. Ce dernier a-t-il préparé ses bombes à la maison? Si oui, Katherine Russell était-elle au courant? Si c'est le cas, elle pourrait être inquiétée par la Justice pour avoir caché une activité illicite.

Djokhar Tsarnaev coopère avec la Justice

Djokhar Tsarnaev, l'un des deux auteurs présumés des attentats de Boston, coopère avec la Justice. Gravement blessé à la nuque et
169542514 à une jambe, il était inconscient jusqu'à dimanche, soumis à de puissants sédatifs. Mais à son réveil (à l'hôpital Beth Israel Deaconess Medical Center de Boston/photo Michael Reynolds/EPA/Keystone), des agents du FBI ont commencé à l'interroger. Il a rapidement admis qu'il avait posé les bombes lors du marathon de Boston avec son frère qui était le "cerveau" de l'opération. L'Américain d'origine tchétchène, naturalisé en septembre 2012, a avant tout répondu en hochant la tête. Mais il néanmoins pu dire "non" quand un représentant de la Justice lui a demandé s'il pouvait se permettre les services d'un avocat. (voir la transcription de l'audience menée par les représentants de la Justice au chevet du suspect).

Le jeune Tsarnaev, 19 ans, a précisé qu'il n'avait aucun lien avec des organisations terroristes étrangères et qu'avec son frère, il s'était radicalisé par le biais d'Internet. La réponse de Djokhar Tsarnaev a en quelque sorte rassuré ceux qui voyaient déjà la patte d'Al-Qaida. Mais rien de garantit toutefois qu'il s'agisse de la vérité. Selon Robert Baer, ex-agent de la CIA, on n'apprend pas à fabriquer des bombes artisanales telles que celles qui ont explosé à Boston simplement en s'inspirant de manuels publiés sur Internet. "Il faut suivre un cours de plusieurs semaines au moins", souligne Robert Baer. Le spectre d'Al-Qaida n'est d'ailleurs pas loin. Les autorités canadiennes viennent de déjouer une tentative d'attentat dans un train de Toronto à destination de New York dont les auteurs présumés pourraient avoir le soutien de l'organisation terroriste.

L'un des chefs d'inculpation de jeune Américain relève de l'utilisation d'armes de destruction massive. La définition des ADM est toutefois très variable d'une agence à l'autre ou d'un Département à l'autre. Pour le FBI, les ADM peuvent être des bombes, des grenades, des mines, etc. Pour le Pentagone, il s'agit avant tout de moyens nucléaires, biologiques, bactériologiques, radiologiques. A Boston, les armes utilisés, hormis des explosifs et armes à feu, furent des cocottes-minutes remplies d'explosifs et de clous.

 

Donald Trump: “Et si on soumettait le tueur de Boston à la simulation de noyade?”

000_166763117Donald Trump a souvent des déclarations de mauvais goût au plus mauvais moment. Tout le monde se rappelle ses propositions faites à Barack Obama si le président américain présentait son certificat de naissance au public: le milliardaire new-yorkais lui donnerait cinq millions pour l'oeuvre de charité de son choix.On était alors en pleine campagne électorale en 2012.

Mais le magnat de l'immobilier (photo Slaven Vlasic/Getty Images/AFP) a trouvé mieux. Parlant de l'auteur présumé des attentats de Boston qui est toujours en vie, Djokhar Tsarnaev, il a tweeté le message suivant: "Que pensez-vous de soumettre le tueur de Boston à la simulation de noyade avant de permettre aux docteurs d'améliorer son état de santé? Je suppose qu'il parlerait." Humour noir, sérieux. Avec Donald Trump, la frontière entre les deux est souvent ténue.

 

 

L’aîné Tsarnaev, Tamerlan, le meneur

Les vidéos de surveillance de Lord & Taylor, dans la Boylston Street de Boston ont peut-être donné un indice sur le type de relation qu'entretenaient les deux frères. Tamerlan, 26 ans, était devant et Djokhar, 19 ans, derrière. Les amis de Tsarnaev semblent tous l'admettre. Tamerlan avait une vraie influence sur son frère qui s'est même accentuée depuis que leur père, Anzor, a quitté les Etats-Unis en 2012 pour aller habiter dans la capitale du Daguestan. Ses convictions religieuses sont devenues toujours plus ancrées

L'un des amis de Tsarnaev, Luis Vasquez, sortait souvent avec Tamerlan et était aussi ami avec l'une de ses deux soeurs. L'aîné de quatre enfants, il voyait comme un devoir de rappeler les racines tchétchènes à son frère et ses soeurs. Illustration des rapports de force. Un mariage arrangé attendait l'une des des soeurs en Tchétchénie, relève Luis Vasquez sur CNN. Tamerlan voulait s'assurer qu'elle allait s'y conformer. Or celle-ci aimait la liberté qu'offre la société américaine. Selon Vasquez, Tamerland n'aimait pas ça.

La police du Massachusetts vient de publier la vidéo de l'arrestation du jeune Djokhar, gravement blessé à la nuque et à la jambe. Selon des sources proches de l'enquête qui se sont confiées à la presse américaine, il aurait tenté de se suicider. La nature de la blessure le laisse entendre.

 

Attentat de Boston: le second suspect arrêté et sérieusement blessé

169344005Dans les rues de Boston, les habitants du quartier de Watertown, cloîtrés chez eux pendant une bonne partie de la journée, ont fini par laisser exploser leur joie après avoir appris que Djokhar Tsarnaev., 19 ans, a finalement été arrêté après quelque 26 heures de chasse à l'homme menée par des milliers de policiers. "USA, USA, USA". La foule scandait plus qu'un slogan, elle exprimait la fierté d'un pays qui était venu à bout de deux terroristes présumés accusés d'avoir commis les pires attentats terroristes depuis les attaques du 11 septembre 2001.

Djokhar Tsarnaev. a été emmené à l'hôpital en ambulance (photo Robert Ray/AP/Keystone) dans un "état sérieux". Il aurait passé près de 24 heures avec de graves blessures et perdant du sang. Pour le FBI et les responsables de la lutte antiterroriste, il était cependant prioritaire d'arrêter vivant le jeune homme d'origine tchétchène, mais naturalisé Américain en 2011. Ils aimeraient pouvoir comprendre les raisons qui l'ont poussé, lui et son frère Tamerlan, 26 ans, à commettre un attentat qui a coûté la vie à 3 personnes et blessés plus de 170 autres, puis à tuer un autre policier lors d'échanges de coups de feu.

Après la mort de son frère Tamerlan, tué de plusieurs balles lors de violents affrontements avec la police au cours desquels des explosifs ont été utilisés, Djokhar Tsarnaev. était lui aussi blessé. Il a laissé des traces de sang derrière lui avant de se cacher dans un bateau à l'arrière d'une maison de Watertown. Au moyen d'images thermiques prises depuis un hélicoptère, les forces d'intervention ont pu vérifier les informations qu'avait transmises à la police un habitant du quartier qui avait découvert le jeune homme couvert de sang dans ledit bateau couvert d'une bâche.

Les deux jeunes semblent avoir été happés par la rhétorique islamiste si l'on en croit les traces qu'ils ont laissées sur Internet. Pour l'Amérique, il est particulièrement déstabilisant de constater que le plus âgé avait une carte verte. Il était un sportif désireux de vouloir participer aux Jeux olympiques en boxe. Le plus jeune, naturalisé américain voici deux ans, était décrit comme une personne très ouverte. Tous deux sont devenus des terroristes alors qu'ils vivaient aux Etats-Unis depuis près de dix ans. Luis Vasquez, un ancien ami de Tamerlan, ne comprend pas ce qui a pu se passer. Voici deux ans, il était encore en contact régulier avec lui avant que ce dernier disparaisse et passe six mois en Russie. Pour lui, les deux frères étaient tout à fait normaux. Certains témoignages s'interrogent toutefois sur l'attitude de la mère des deux Tsarnaev, qui aurait laissé entendre que les attentats du 11 septembre 2001 n'étaient qu'un complot du gouvernement américain pour s'en prendre aux musulmans. Aujourd'hui, la mère des Tsarnaev est retournée en Russie, au Daguestan.

Dans la soirée, Barack Obama a tenu à exprimer son "extraordinaire gratitude" à toutes les forces de l'ordre et agents du FBI qui ont participé à une traque sans précédent. Le président américain a relevè que les opérations post-attentat ont "montré l'état d'esprit de l'Amérique", une résilience et une solidarité qui lui permettent de rebondir.

Avec l'arrestation de Djokhar Tsarnaev., les questions juridiques commencent à se poser. Les enjeux sont d'ailleurs considérables. Fortement critiqués pour la manière dont ils traitent leurs détenus à Guantanamo, les soumettant à des tribunaux militaires ou les laissant croupir dans leurs geôles sans le moindre procès, les Etats-Unis ont une carte à jouer. Ils peuvent redorer un peu leur blason en soumettant le jeune Américain à une cour civile.

 

Etats-Unis: la semaine de la malédiction

En une semaine, le climat socio-politique aux Etats-Unis a radicalement changé. Les deux objets qui devaient
000_166908562mobiliser l'attention des médias étaient la réforme de l'immigration dont un projet de loi a été présenté mardi et le débat sur le contrôle des armes au Congrès.

Les deux échéances ont été marginalisées par un attentat terroriste, lors du marathon de Boston lundi, qui a fait trois morts (photo Darren Mccollester/Getty Images/AFP) et plus de 170 blessés, puis par une psychose provoquée par l'envoi de lettres apparemment empoisonnées à des sénateurs et au président Barack Obama ainsi que par la présence de paquets suspects dans les bâtiments du Sénat. En 24 heures, le climat sécuritaire aux Etats-Unis a changé. A New York, plusieurs paquets suspects ont provoqué des alertes durant la journée de mardi. A la Penn Station, jeudi matin, les forces de l'ordre étaient très visibles et nombreuses, comme à l'Union Station de Washington.

Pour ne rien arranger, l'usine Western Fertilizer, près de Waco au Texas, a été le théâtre d'une gigantesque explosion dont l'origine n'est pas encore clairement connue. Au même titre de la catastrophe d'AZF en France, peu après le 11 septembre 2001, les pires spéculations ont circulé. Ce d'autant qu'à Waco en 1993, le FBI avait fait un carnage en s'en prenant à une secte qui refusait de remettre les armes dont elle disposait.

Symboliquement, la semaine était marquée par plusieurs dates anniversaires. Le 15 avril, jour de l'attentat de Boston, c'était le Patriot's Day, un jour férié au Massachusetts qui commémore les guerres d'indépendance de 1776 à Lexington et à Concord. C'était aussi le Tax Day, le jour où les citoyens américains accomplissent leur devoir fiscal. Le 18 avril, c'était l'anniversaire de l'attentat contre l'ambassade américaine de Beyrouth en 1983. Le 19 avril correspond à l'anniversaire de l'attentat d'Oklahoma City perpétré par un extrémiste de droite Timothy McVeigh.

Certains parleront de la théorie du complot, d'autres se contenteront de la loi des séries.

Attentat de Boston: la vidéo publiée par le FBI

 

Les autorités américaines et le FBI en particulier sont toujours en train de traquer les auteurs de l'attentat de Boston, qui a fait 3 morts et plus de 170 blessés. Jeudi, le FBI a publié sur son site une vidéo montrant deux suspects, l'un portant une casquette blanche, l'autre une casquette noire. Chacun portait un sac à dos. L'un d'eux a semble-t-il été filmé par une caméra de surveillance au moment où il a déposé son sac contenant la bombe.

Le FBI a diffusé la vidéo afin d'appeler le public à livrer des informations qu'il pourrait détenir à propos des individus apparaissant dans le document. Mais les commentateurs sur les télévisions américaines relevaient que le FBI dispose sans doute d'autres documents et d'autres images livrant des informations plus précises sur les deux suspects. Selon une source proche de l'enquête qui s'est confiée à Fran Townsend, spécialiste de la sécurité à CNN et ex-conseillère à la Sécurité intérieure sous George W. Bush, les deux suspects seraient restés sur les lieux de l'attentat, auraient attendu de voir les effets des deux explosions avant de s'enfuir.

Grâce à des technologies très sophistiquées, les agents fédéraux ont sans doute réussi, estiment certains spécialistes, à obtenir des photos moins floues. La stratégie suivie par le FBI consiste-t-elle à limiter la quête des deux suspects aux familles et proches qui pourraient les reconnaître même si les vidéos publiées restent floues (photo FBI/AFP)? Quoi qu'il en soit, la chasse aux deux hommes est lancée. Mais pour l'heure, le FBI n'est pas en mesure de dire si les auteurs présumés de l'attentat vivent aux Etats-Unis ou viennent de l'étranger, s'ils se réclament d'une obédience (extrême droite ou islamiste ou autre). Ces éléments détermineront la manière dont les autorités américaines vont répondre à la tragédie.

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Le terrible destin de Jeff Bauman

169008705A 27 ans, Jeff Bauman (photo Charles Krupa/AP) respirait la vie. Il était venu encourager sa petite amie Erin Hurley qui courait son premier marathon de Boston. Le jeune homme, explique le New York Times, aime jouer de la guitare et travaille dans un petit traiteur dans la grande surface Costco. Il comptait rembourser sa dette d'étudiant pour reprendre des études à l'Université de Lowell Massachusetts à Boston.

Erin Hurley n'était qu'à 800 mètres de l'arrivée quand une explosion détonna dans l'aire d'arrivée. Jeff Bauman a été sérieusement touché. La photo qui a fait le tour des médias américains ne montre qu'une partie de la réalité. La partie inférieure de la jambe du jeune homme est déchiquetée. Jeff Bauman va perdre énormément de sang. A l'hôpital, les médecins n'ont d'autres choix que de l'amputer des deux jambes au niveau du genou. Il devra être réanimé à plusieurs reprises. Sur les lieux de la tragédie, un homme qui n'a pas compté ses efforts, Carlos Arredondo, 52 ans, qui avait déjà perdu un fils en Irak et un second qui s'était suicidé, a sauvé la vie de Jeff Bauman en lui faisant immédiatement un garrot.

Le père de Jeff Bauman découvre horrifié à la télévision que son fils a été blessé, mais il ne voit que le haut du corps du jeune homme. Il tente de l'appeler sur son téléphone portable. Pas de réponse. Il le retrouvera à l'hôpital à 20 heures. Des tuyaux dans la gorge, Jeff Bauman, abattu par la tragédie, n'aura que deux mots: boum, boum.