Les vérités fragiles du patron du renseignement américain

Le 12 mars dernier, le patron du Renseignement américain James Clapper était auditionné par le Congrès. Interrogé par le sénateur démocrate Ron Wyden à propos des pratiques de surveillance de la National Security Agency, il avait nié, de façon un peu embrouillé, que la NSA récoltait des informations sur les citoyens américains.

Maintenant que le programme de surveillance de la NSA, dénommé Prism, a été dévoilé par la fuite orchestrée par le lanceur d'alerte ou traître, c'est selon, Edward Snowden, les propos de James Clapper ont été décrits par certains médias américains comme "les moins véridiques possibles". Une manière euphémistique de dire qu'il a clairement menti. Ron Wyden fut pourtant clair: "Pouvez-vous répondre par oui ou non, est-ce que la NSA collecte des données sur des millions d'Américains?" La réponse de James Clapper est catégorique: "Non Monsieur". "Etes-vous sûr?" "Pas de manière volontaire", précise le patron du Renseignement qui admet que cela peut arriver par "inadvertance".

Aujourd'hui on le sait, le programme de surveillance permet une collecte délibérée de données sur des citoyens américains. Lors de l'audition au Sénat, le body language de James Clapper semblait déjà montrer qu'il ne disait pas toute la vérité.

 

Le tour de force de John Oliver

Le défi était considérable. Il consistait à remplacer l'un des commentateurs satiriques les plus populaires des Etats-Unis, le New-Yorkais Jon Stewart dans son Daily Show. L'animateur vedette de Comedy Central a en effet pris un congé sabbatique de 12 semaines pour réaliser son propre film Rosewater, une adaptation du livre du correspondant du New York Times Maziar Bahari qui a écrit "Then They Came for Me: A Family's Story of Love, Captivity and Survival." Il s'agit notamment des péripéties de Bahari lors de la révolution verte de 2009 provoquée par l'élection présidentielle iranienne, des 118 jours d'interrogatoire et de torture qu'il a subis.

Pour une première, le très Britannique John Oliver a réussi magistralement à convaincre son public. Jugez plutôt.

 

Le buzz autour d’Obama surveillant les courriels des jeunes Américains


000_Was7628184Des images postés sur Tumblr montrant le président Obama (photo Jim Watson/AFP) en train de jeter un oeil sur l'ordinateur de plusieurs jeunes élèves américains ont fait le buzz sur les réseaux sociaux. Les photos ironisent à propos du président alors que son administration est accusée d'avoir maintenu voire même étendu un vaste programme de surveillance téléphonique et électronique. Est-ce le nouveau mode de communication de la Maison-Blanche pour désamorcer une crise qui interpelle davantage les médias que l'opinion publique américaine et le Congrès?

 

La cote de George W. Bush remonte…

C'est peut-être l'effet des scandales et des fuites qui ont secoué l'administration du démocrate Barack Obama. Selon un sondage
000_Was7484684 Gallup publié mardi, 49% des Américains voient désormais d'un oeil favorable l'ex-président républicain George W. Bush (photo Brendan Smialowski/AFP) alors qu'ils sont 46% à le voir sous un jour défavorable. C'est la première fois depuis avril 2005 qu'une majorité d'Américains jugent de façon positive l'ex-président Bush.

Selon Gallup cité par Politico, le phénomène est apparemment normal, les Américains ayant tendance à juger de façon plus positive les présidents à la retraite. Que ce soit Ronald Reagan, George Bush père, Jimmy Carter ou Bill Clinton, ils ont tous une cote de popularité supérieure à 60%. Pour George W. Bush, l'annus horibilis fut 2008. En avril de cette année, où la crise commença à faire des ravages et les prix de l'essence à augmenter, seuls 32% des Américains saluaient sa présidence. Quand il quitta la Maison-Blanche, 40% d'avis lui étaient favorables et 59% défavorables.

 Depuis qu'il est à la retraite, l'ex-président Bush junior s'est distingué en publiant sur les réseaux sociaux des photos des peintures et autoportraits qu'il a réalisés. Il a aussi récemment inauguré sa bibliothèque à Dallas, où il présente sa présidence sous un jour très favorable, jugeant la décision d'envahir l'Irak justifie.

Sommet sino-américain: la faute de Michelle Obama

000_169558074Le premier sommet entre les présidents chinois et américain Xi Jinping et Barack Obama débute ce vendredi pour s'achever samedi sur la propriété Annenberg, une espèce de Camp David de la côte Ouest, près de Palm Springs en Californie. Les attentes de part et d'autre sont considérables même si personne n'attend un résultat à court terme. Il s'agit d'instaurer une relation de confiance entre les deux dirigeants des deux premières économies mondiales.

Les deux chefs d'Etat ont choisi le complexe des Sunnylands afin de donner à la réunion un côté plus informel. L'essentiel sera la relation humaine que développeront Xi Jinping et Barack Obama. Or dans ce contexte, l'absence de la First Lady du sommet de Californie apparaît comme une grossière faute politique et de communication. Le président chinois vient en effet aux Etats-Unis accompagné de son épouse Peng Liyuan, une chanteuse très populaire et une générale au sein de l'armée chinoise. Rarement une Première Dame chinoise n'a eu une telle popularité en Chine. Mais elle ne pourra pas rencontrer Michelle Obama (photo Mark Wilson/AFP) qui a annoncé mardi qu'elle préférait rester à Washington étant donné que Sasha et Malia Obama achèvent leur dernière semaine d'école et que l'une des deux filles célèbre son anniversaire lundi.

Les commentateurs politiques n'en croient pas leurs yeux. Comment la Première Dame des Etats-Unis, femme très intelligente qui a montré un sens politique aigu au cours de la campagne électorale de 2012, peut-elle snober un rendez-vous aussi important? La diplomatie de la First Lady, soulignent-ils, revêt aussi une importance essentielle. Ces derniers jours, Michelle Obama n'est d'ailleurs pas apparue à son aise. Lors d'une collecte de fonds chez un privé à Washington, elle a été interrompue dans son discours par une lesbienne qui exprimait diverses revendications. Irritée, la First Lady a menacé de quitter le podium et demandé au public de dire s'il souhaitait qu'elle continue ou s'il souhaitait écouter la perturbatrice.

La NSA récolte les relevés téléphoniques de millions d’Américains

000_Was7612457C'est le nouveau scandale qui secoue l'administration de Barack Obama (photo Saul Loeb/AFP). En avril dernier, la Foreign Intelligence Surveillance Court, une cour très secrète, a autorisé la National Security Agency à récolter les relevés téléphoniques de millions d'Américains clients de l'opérateur de téléphonie mobile Verizon. C'est The Guardian qui révèle l'affaire. Le quotidien britannique a mis la main sur la décision de la cour qui exige de Verizon qu'elle livre quotidiennement des informations sur tous les appels téléphoniques qui entrent dans son système, qu'ils soient internes aux Etats-Unis ou vers l'étranger.

L'opération dure jusqu'au 19 juillet prochain. Sont récoltés les numéros de téléphone de deux interlocuteurs lors d'un appel, le lieu où intervient l'appel, sa durée. Le contenu de la conversation, explique The Guardian, n'est pas dévoilé.

La pratique n'est pas nouvelle. Sous l'administration du républicain George W. Bush, des millions de relevés téléphoniques étaient ainsi rassemblés par la NSA. Mais le document révèle que de telles pratiques de récolte de "métadata" perdurent sous l'administration du démocrate Barack Obama. La nouvelle est d'autant plus gênante qu'elle intervient au milieu d'un scandale de traques de journalistes d'Associated Press et de Fox News qui avaient bénéficié de fuites du gouvernement. Des relevés téléphoniques de plusieurs journalistes ont été saisis. L'ordre de la Cour interdit à Verizon de dévoiler au public l'existence de la demande faite pour obtenir des informations sur les appels de clients ou d'évoquer la décision de la cour elle-même.

L'ordre de la cour aurait été pris sur la base d'une clause (business records) du Patriot Act, la loi antiterroriste adoptée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Deux sénateurs démocrates, Ron Wydenet Mark Udall se sont inquiétés de telles pratiques. Dans une lettre adressée en 2012 au ministre de la Justice Eric Holder, ils déclaraient: "Il y a désormais un décalage important entre ce que les Américains pensent que la loi autorise et ce que le gouvernement estime secrètement que cette même loi autorise."

Pour Barack Obama, qui a toujours promis qu'il allait faire de son administration le gouvernement le plus transparent de l'Histoire, cette nouvelle histoire arrive au mauvais moment. Elle risque de saper encore davantage son discours sur la nécessité de laisser l'Etat intervenir dans la vie des Américains.

 

Le soutien apporté au président de la Fed Ben Bernanke

Objet de vives critiques de la part de certains milieux proches de Wall Street qui estiment que sa politique déstabilise l'économie, le
000_169246253président de la Federal Reserve américaine, Ben Bernanke (photo Alex Wong/AFP), obtient le soutien du chroniqueur économique du Financial Times Martin Wolf.  Ce dernier estime que la politique monétaire expansive de la Fed au cours des six dernières années a au contraire permis d'éviter une Grande Dépression. Martin Wolf pense même que ce qui est défini, dans le jargon des banquiers centraux comme un assouplissement quantifatif a permis de redonner confiance dans l'économie américaine qui peinait à redémarrer et à créer de l'emploi. Et contrairement à ce que craignent les critiques, l'hyperinflation ne menace pas de sévir, l'inflation étant maintenu à un faible 1,7%. Aujoud'hui,l'économie n'a pas encore trouver son rythme de croisière, mais les indicateurs de reprise sont plutôt positifs, le marché immobilier en étant le plus parlant.

Pour Martin Wolf, des crises exceptionnelles exigent des mesures exceptionnelles. Le chroniqueur estime que les critiques de la Fed manquent singulièrement d'imagination ou sont outrageusement indifférents au sort des autres et de l'économie en général. Il admet toutefois que la sortie de cette politique expansive ne sera pas simple. Elle exigera une politique très claire et un bon timing. De plus, ce que ne maîtrise pas la Fed, c'est la politique budgétaire de Washington. Le "séquestre" devrait coûter 1.5 point de croissance en 2013 en raison de l'incapacité du Congrès et de la Maison-Blanche de s'entendre pour faire des économies intelligentes et non à la hussarde.

Avec la mort de Frank Lautenberg, l’expérience militaire au Congrès se perd

Avec la mort du sénateur Frank Lautenberg à l'âge de 89 ans le 3 juin, le Congrès perd son dernier ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale. Le sénateur démocrate était l'un des 115 vétérans ayant servi au Sénat. L'homme, un démocrate du New Jersey, a joué un rôle important dans l'interdiction de la fumée dans les avions. Aujourd'hui, le Sénat ne compte plus que 14 anciens combattants de la Deuxième Guerre mondiale. Leur nombre a aussi chuté au sein de la Chambre des représentants qui compte désormais 19% de ses élus pouvant attester d'un séjour au sein de l'armée américaine. C'est, selon le Washington Post, le plus bas taux de vétérans depuis la dernère guerre mondiale.

 La fin de la conscription obligatoire, dans les années 1970, a fortement contribué à diminuer le nombre d'anciens combattants au Capitole. En 1977 toutefois, 8 membres du Congrès sur 10 avaient accompli une forme de service militaire. Les vétérans d'Afghanistan et d'Irak sont en revanche peu nombreux au Capitole.

L'expérience militaire au Congrès se perd, mais celui-ci n'hésite pas à envoyer "ses" soldats sur la champ de bataille si nécessaire. Il est cependant rare, comme l'avait constaté le trublion et cinéaste Michael Moore, qu'un membre du Congrès est un fils qui serve au sein de l'armée américaine. Joe Biden, le vice-président américain, est un peu l'exception. Son fils Beau a servi sous les drapeaux de l'armée américaine. John McCain est un exemple d'ancien combattant (Vietnam, où il fut blessé et emprisonné). Mais les prises de position de ce sénateur républicain d'Arizona sont peu empreintes de sagesse depuis qu'elles sont en partie calquées sur la rhétorique néoconservatrice. Faucon quand il s'est agi de la guerre russo-géorgienne pour soutenir le régime pourtant autocratique de Mikhaïl Saakachvili, capable de serrer la main du colonel Kadhafi pour défendre les intérêts américains en Libye avant de soutenir l'intervention de l'OTAN pour renverser le leader libyen, John McCain plaide aujourd'hui pour l'armement des rebelles syriens et pour une zone d'exclusion aérienne. Cela ne peut pas continuer ainsi, dit-il après avoir fait une visite surprise à la rébellion en Syrie. Ce qu'il ne dit pas toutefois, c'est ce qu'il envisage après avoir instauré une telle zone… L'expérience militaire de John McCain ne paraît pas de la plus grande aide pour les stratèges de la Maison-Blanche.

Frank Lautenberg, lui, plaidait encore, à la fin de l'année dernière, pour l'interdiction des chargeurs à haute capacité, après la tragédie de Newtowon où 26 personnes dont 20 enfants furent massacrées par un jeune de 20 ans.

 

Chen Guangcheng happé par les “anti-avortement”

000_Was7436817Chen Guangcheng (photo Karen Bleier/AFP) ne s'embête pas aux Etats-Unis. Le dissident chinois à l'origine d'une crise diplomatique entre les Etats-Unis et la Chine qui a pu bénéficier d'un visa de sortie pour aller étudier le droit à la New York University grâce notamment à l'aide du professeur et sinologue américain Jerome Cohen, intéresse les milieux anti-avortement ainsi qu'une université spécialisée notamment dans les droits de l'homme.

Chen Guangcheng, aveugle, s'était fait connaître en défendant des Chinoises contre des avortements de force. Aujourd'hui, révèle le Financial Times, le Witherspoon Institute, un groupe de réflexion conservateur opposé à l'avortement aimerait lui offrir un contrat de trois ans pour venir travailler dans ses murs.  Dans le même temps, il est en négociations avec le Leitner Center, un centre spécialisé dans les droits de l'homme au sein de l'Université Fordham et plus particulièrement au sein de la Faculté de droit. S'il devait accepter ce dernier engagement, il débuterait en juillet déjà comme chargé de cours et écrivain.

Jerome Cohen a lui-même conseillé à Chen Guangcheng de refuser l'offre du think tank anti-avortement. Ce d'autant que le dissident chinois, qui vit à New York avec son épouse et ses deux enfants, juge nécessaire que la femme ait le choix d'avorter ou non. Pour l'heure, le dissident est inquiet. Son frère aîné et son neveu seraient maltraités par les autorités chinoises. Jerome Cohen ne s'en cache pas. Selon lui, de dissident, Chen Guangcheng est devenu un "traître" selon Pékin.  Il devrait d'ailleurs se rendre, d'après le FT, à Taïwan pour une visite personnelle cette semaine.

Assigné à résidence, Chen Guangcheng avait fui sa maison pour se réfugier à l'ambassade américaine de Pékin. Il a été à l'origine d'une crise diplomatique qui aurait pu être très grave si Pékin et Washingon n'avaient réussi à trouver un terrain d'entente sans perdre la face. Jerome Cohen, impliqué dans les négociations de mai 2012, a été l'un des architectes de la solution trouvée. Cet automne, le dissident chinois est déjà supposé publier un ouvrage après un peu plus d'un an passé aux Etats-Unis.

 

 

L’Amérique d’Obama, post-raciale, vraiment?

Cela paraît plutôt improbable dans une Amérique qui a élu son premier président noir en novembre 2008 et qui l'a réélu en novembre 2012. Et pourtant. Une publicité diffusée sur les chaînes de télévision américaines vantant les mérites des céréales Cheerios, très populaires auprès des enfants, a déchaîné l'Amérique et réveillé les instincts les plus bassement racistes. La pub présente une jeune fille, sa mère blanche et son père noir. Cherchant plutôt à lisser le plus possible leurs messages, les départements marketing des sociétés américaines évitent à recourir aux couples mixtes pour leur publicité. Or le nombre de couples interraciaux a augmenté de 28% au cours de la dernière décennie (2000-2010).

La société Cheerios a dû désactiver la possibilité de commenter sa publicité sur YouTube tant les commentaires ont pris une tournure ouvertement raciste. YouTube, Facebook, Reddit et d'autres réseaux sociaux ont été assaillis de remarques dépeignant notamment le mariage mixte (interracial) comme la fin de la civilisation. Cheerios refuse toutefois de céder aux attaques racistes et continue de diffuser la publicité. En fin de compte, la société pourrait en bénéficier…