Le ministre américain de la Justice fustige les lois de légitime défense “Stand your Ground”

Quand il était plus jeune, Eric Holder, premier Afro-Américain à officier en tant que ministre américain de la Justice, s'était fait arrêter à un carrefour par la police du New Jersey qui l'a accusé d'excès de vitesse. Il en est pourtant certain. Il n'avait pas conduit trop vite cette fois-ci. Un soir, ajoute-t-il, il s'est également fait arrêter, relate le Washington Post, à Georgetown, dans la chic banlieue de Washington alors qu'il courait pour aller voir un film au cinéma. Il était à ce moment-là …procureur fédéral. Par ces exemples, Eric Holder a voulu montrer aux délégués de la NAACP réunis à Orlando qu'il avait lui aussi, un peu comme Trayvon Martin, été victime de préjugés.

Aujourd'hui, après la tragédie de la mort du jeune Afro-Américain Trayvon Martin et surtout l'acquittement de son meurtrier George Zimmerman sur la base de la loi "Stand your Ground" en vigueur en Floride depuis 2005, il a fustigé, devant l'assemblée annuelle de la NAACP (L'association nationale pour l'avancement des gens de couleur) ces lois qui sont appliquées dans plus de 30 Etats. "Ces lois tentent de régler un problème qui n'a jamais existé", a-t-il déclaré. Sa critique risque toutefois d'avoir peu d'effets. Les Etats sont libres d'adopter de telles dispositions. Ce que le Département de la justice peut en revanche entreprendre, c'est d'inculper George Zimmerman pour violation des droits civiques tels que le profilage racial s'il dispose d'assez d'éléments soutenant sa thèse.

 

 

La voie est (presque) libre pour Samantha Power

000_Was7612341Au vu de l'extrême polarisation de la vie politique à Washington, on pouvait craindre le pire au sujet de la nomination par Barack Obama de Samantha Power (photo Saul Loeb/AFP) au poste d'ambassadrice des Etats-Unis auprès de l'ONU à New York. Or mardi soir, les sénateurs ont réussi, fait rare, à s'entendre pour ne pas bloquer les nominations de la Maison-Blanche.

De plus, Samantha Power a rassuré Israël et les milieux juifs qui estimaient qu'elle avait tenu des propos peu amènes envers l'Etat hébreu en 2002 sur une chaîne de télévision à Berkeley, critiquant le lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Pour le sénateur républicain John McCain, qui soutient sa candidature, montrant une attitude très différente de celle, agressive, qu'il avait adoptée par rapport à Susan Rice pressentie pour devenir secrétaire d'Etat, Samantha Power a des traits de caractère qui sont compatibles avec sa vision des crises internationales. Au même titre que Susan Rice, elle passe aussi pour une interventionniste humanitaire. Elle aurait été favorable, à un certain moment, à une intervention en Syrie. Aujourd'hui, difficile de savoir si elle et Susan Rice, qui a le même profil et qui occupe le poste de conseillère à la sécurité nationale, influenceront le président, resté jusqu'ici très prudent.

Le sénateur Marco Rubio entend toutefois poser des conditions. Il souhaite rendre volontaire la contribution américaine au budget ordinaire des Nations unies et maintenir une option de retirer sa contribution aux programmes perçus comme étant anti-Israël.

 

Une jurée parle après le verdict du procès Zimmerman

Elle a accepté de parler sur CNN, le visage caché. La jurée décrite comme avec la matricule B37, a expliqué comment elle avait vécu les délibérations du jury populaire qui a acquitté George Zimmerman, le vigile bénévole qui a tué le jeune collégien afro-américain Trayvon Martin en état, selon lui, de légitime défense.

La jurée, qui, fait plutôt surprenant, devrait publier prochainement un livre sur le procès, a décrit comment elle a été persuadée que George Zimmerman disait la vérité et que sa vie était en danger. Son appréciation ne repose pourtant sur aucun fait qui aurait été confirmé au cours du procès. Par rapport à une bande-son sur laquelle est audible un appel à l'aide, les parents de Trayvon Martin sont certains qu'il s'agissait de leur fils. Les parents de George Zimmerman estiment eux aussi qu'il s'agit de leur fils. La défense et l'accusation n'étaient pas capables d'affirmer qu'il s'agissait de l'un ou de l'autre. Mais la jurée B37 qui a témoigné lundi sur CNN était certaine qu'il s'agissait de George Zimmerman, car "c'est lui qui a été battu" en premier, un fait lui aussi qui n'a pas été confirmé au cours des trois semaines de procès. Comme l'accusé avait des blessures, c'est lui qui a été frappé, estime la jurée.

Elle affirme également que les propos de la témoin et amie de Trayvon Martin Rachel Jeantel n'étaient pas crédibles. Elle a admis qu'avant la dernière phase des délibérations, trois jurés étaient en faveur d'un acquittement, deux plaidaient pour une condamnation pour homicide et une troisième pour meurtre de deuxième degré.

A la fin de son témoignage, la jurée B37 a admis que toutes les jurées ont pleuré à la fin des délibérations et qu'elle ne souhaitait plus jamais officié en tant que jurée dans un procès aussi médiatisé.

 

La grande dignité de Rachel Jeantel, amie de Trayvon Martin

 

Elle a été villipendée, décrite comme une personne stupide, sans éducation, incapable de s'exprimer correctement devant la cour. Rachel Jeantel, interviewée lundi soir par Pierce Morgan sur CNN, a livré une magnifique leçon de dignité à tous ceux qui l'ont jugée sans la connaître. La jeune adolescente de 19 ans est apparue mal à l'aise lors du procès de Trayvon Martin, le jeune Afro-Américain de 17 ans qui fut tué par un vigile bénévole en février 2012. Elle s'exprimait difficilement. Sur les réseaux sociaux, les messages la dénigrant se sont multipliés.

Or lundi soir, elle a montré une vraie dignité. Au commentaire d'une jurée qui a témoigné le même soir à visage cachée sur CNN, décrivant Rachel Jeantel comme une personne sans éducation, qui ne sait pas communiquer, l'amie du défunt Trayvon Martin a expliqué qu'elle a eu une déformation de la mâchoire qui l'empêche de parler normalement. Quant à son éducation, elle n'a pas manqué de souligner que son langage était celui de sa génération et de son milieu. Quand Pierce Morgan lui a montré l'interview de la jurée B37, elle n'a pas caché qu'elle était en colère, mais elle a gardé son calme et sa dignité.

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Rachel Jeantel a même réussi à exprimer une douce ironie quand Pierce Morgan lui a présenté une photo montrant l'avocat de la défense Don West mangeant une glace avec ses deux filles. L'une d'elles a publié l'image (photo Keystone) sur Instagram avec le commentaire "Nous battons la stupidité". L'un de ses hashtags est explicite "#dadkilledit" (Dad l'a tué). Don West, qui a lui-même été fortement critiqué pour avoir eu une attitude extrêmement agressive à l'égard de l'adolescente, a défendu la blague de ses filles en maintenant devant la cour qu'elle était "marrante".

Dans un autre registre, le journaliste de CNN lui a demandé ce qu'elle entendait par l'expression "Creepy Ass Cracka". C'est selon elle ce qu'aurait dit Trayvon Martin au téléphone avant qu'il ne meure. Pour elle, il ne s'agit pas d'un commentaire raciste. Pour certains, "cracka" est toutefois utilisé par de jeunes Afro-Américains pour décrire les Blancs. Pour d'autres, ce n'est qu'une expression remontant à l'époque de l'esclavage qui dépeignait celui qui frappait de son fouet ces mêmes esclaves.

Rachel Jeantel a parlé sans phare, sans artifice. Elle ne s'est pas démontée quand Pierce Morgan lui a diffusé le passage où la jurée interviewée sur la même chaine déclare qu'elle ne croyait pas ce que la témoin déclarait. Rachel Jeantel a affirmé avoir dit la vérité et ne voyait pas pourquoi elle inventerait des histoires, n'ayant rien à gagner dans le procès. Elle a même avoué que Trayvon Martin avait l'habitude de fumer de la marijuana deux fois par semaine, mais que cela ne le rendait pas agressif pour autant.

Enfin, à la question de Pierce Morgan de savoir comment elle percevait l'accusé George Zimmerman, Rachel Jeantel l'a trouvé faible. Ce d'autant qu'à 19 ans, elle a osé braver les coups de projecteurs des médias et la cour de Sanford alors que George Zimmerman, 29 ans, n'a pas voulu témoigner lui-même, laissant cette tâche aux avocats de la défense.

George Zimmerman-Marissa Alexander: une honteuse disproportion des verdicts

George Zimmerman, vigile bénévole qui a tué, selon lui et les avocats de la défense, en état de légitime défense un jeune Afro-Américain de 17 ans, non armé, Trayvon Martin, a été acquitté samedi soir par un jury populaire de Sanford. Son acquittement s'est basé sur la loi "Stand Your Ground" (résiste) qui permet à une personne qui se sent menacé de mort ou dans son intégrité corporelle d'utiliser son arme à feu contre l'agresseur. L'acquittement a suscité une vague d'indignation. Mark Geragos, avocat pénaliste qui a défendu des cas comme celui de Michael Jackson, n'a pas caché sa colère dimanche soir sur CNN. A ses yeux, l'accusation a saboté d'emblée le procès en renonçant à prendre en compte devant la cour tout ce qui a précédé la tragédie, à savoir l'appel de George Zimmerman au numéro d'urgence 911, le fait qu'il a suivi Trayvon Martin alors que le 911 lui demandait explicitement de rester dans sa voiture, les appels au secours que certains ont cru venir de Trayvon Martin et d'autres de George Zimmerman. Le pire, explique Mark Geragos, c'est qu'à la fin du procès, l'accusation partait d'emblée du principe que Trayvon Martin était sur George Zimmerman (pour lui frapper la tête sur le pavé) alors que cela demeure un élément qui n'a pas été élucidé.

Marissa Alexander a, elle, moins de chance. En mai 2012, elle a été condamnée à 20 ans de réclusion. A-t-elle, comme George Zimmerman, tué quelqu'un? Non, menacée par son mari Rico Gray, elle est allée vers sa voiture pour y prendre une arme qu'elle possédait légalement. A son retour, elle a tiré contre un mur et la balle a fait ricochet contre le plafond. Ni son mari, ni ses enfants n'ont été touchés. Mais en vertu de la loi "10-20 life", elle a été condamnée à vingt ans de prison.

Or cette détentrice d'un masters a été régulièrement battue et maltraitée par son mari, finissant même un jour à l'hôpital alors qu'elle était enceinte après avoir été jetée dans la baignoire. Le mari a eu cinq femmes différentes et est connu pour être violent envers elle. Marissa Alexander croupit actuellement en prison alors qu'elle a un enfant en bas âge et deux jumeaux de plus de treize ans. L'un des juges fut très clair: la condamnée aurait pu s'enfuir à la place de tirer des coups de pistolets. Un tel commentaire n'a pas été prononcé par la justice dans le cas de George Zimmerman.

Quand on songe au cas de ce dernier, la différence de traitement des deux cas est scandaleuse. Marissa Alexander s'est vu refuser le droit d'invoquer la loi "Stand Your Ground" en vigueur en Floride depuis 2005. Elle était pourtant une femme battue et son mauvais traitement était notifié auprès des autorités de Jacksonville. George Zimmerman, en revanche, a été acquitté sur la base de cette même loi de légitime défense alors que rien ne prouve qu'il n'a pas agressé sa victime Trayvon Martin qui n'était pas armé. Et contrairement à Marissa Alexander, il a estimé agir en légitime défense en un lieu public alors que la jeune femme de Jacksonville était chez elle, menacée par son mari.

La représentante démocrate de Floride, Corinne Brown, a pris la défense de Marissa Alexander à bras-le-corps, outrée par un système pénal biaisé. Elle tire deux leçons: "Si des femmes, victimes de violence domestique essaient de se protéger, la loi "Stand your Ground" ne s'applique pas à elle. Et si vous êtes Noire, le système vous traite différemment." Marissa Alexander n'avait par ailleurs aucun antécédent. Qui était la procureure en charge du dossier Alexander? Angela Corey, la magistrate qui a également supervisé le travail de l'accusation dans le procès de George Zimmerman.

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Un miraculé du 11 septembre 2001 face à son bourreau KSM

Joe Torillo, Américain d'origine italienne, était membre du mythique FDNY, les pompiers de New York. Il était proche du World Trade Center quand un premier avion s'écrasa dans une des deux Twin Towers. Par devoir, il courut donner de l'aide. Il vit le deuxième avion s'encastrer contre la seconde tour. Puis, quand la première s'effondra, il fut emporté par le souffle et enseveli sous les décombres. Il suffoquait et était certain que c'était son dernier jour. "Mais dévoué au FDNY, j'ai fini par accepté cette fatalité", se confie Joe Torillo à deux pas du tribunal militaire où vient de comparaître Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau autoproclamé du 11 septembre.

Très sérieusement blessé à la tête, au thorax et aux jambes, il s'en est sorti miraculeusement. Mais il a dû prendre sa retraite prématurément, la mort dans l'âme. La semaine dernière, il est allé avec plusieurs membres de familles de victimes à Guantanamo pour assister aux audiences du tribunal militaire censé juger les cinq terroriste présumés accusés d'avoir participé à l'organisation des attentats du World Trade Center et de Washington. Ces derniers sont considérés comme des HVD, des détenus de grande valeur. Ils sont enfermés dans le camp le plus sécurisé et le plus secret de Guantanamo, le Camp 7 dont personne ou presque ne connaît le lieu où il a été implanté. De sources de Guantanamo, il semblerait que le Congrès ait débloqué 40 millions de dollars pour le remettre en état…

Joe Torillo était en uniforme des pompiers à Guantanamo la semaine dernière. Il sera appelé à témoigner lors du procès si celui-ci a lieu un jour. Pour l'heure, les avocats de la défense estiment qu'il ne se tiendra pas avant trois voire cinq ans.

 

 

 

 

 

 

Camp X-Ray de Guantanamo en vidéos

Les militaires chargés des relations publiques pour la Joint Task Force Gitmo, sur la base navale de Guantanamo, où croupissent encore 166 détenus dont 104 sont en grève de la faim, ont autorisé un groupe de journalistes américains et étrangers à visiter l'emblématique Camp X-Ray, un centre de détention qui avait fait les titres du monde entier entre janvier et avril 2002 quand il servit à enfermer les terroristes présumés d'Afghanistan au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. C'est au Camp X-Ray que des détenus avaient été photographiés à genoux, en tenue orange, devant ce qu'il convient d'appeler des cages. La semaine dernière, du 17 au 21 juin, ces mêmes journalistes ont pu assisté aux audiences du tribunal militaire de Guantanamo en présence des cinq terroristes présumés accusés d'avoir participé aux attentats du 11 septembre 2001 dont le cerveau autoproclamé des attaques, Khaled Cheikh Mohammed.

La première vidéo donne un aperçu de Camp X-Ray, laissé à l'abandon et envahi par la végétation:

 

 

Cette vidéo montre une cabane où furent menées des interrogatoires avec les terroristes présumés venus d'Afghanistan. Même si les militaires ne prononcent pas le mot, la torture a très probablement été pratiquée dans de tels locaux:

 

 

La vidéo ci-dessous présente une scène étrange qui suscite un certain malaise. Si l'on peut comprendre la diffusion de l'hymne national américain dans les camps de détention en activité et sur les différents sites de la Joint Task Force Gitmo, elle paraît beaucoup moins compréhensible en un lieu comme Camp X-Ray, désaffecté et symbole de la torture perpétrée sous la présidence de George W. Bush.

 

 

Le Camp X-Ray expliqué par le sergent Antonio Archer, rattaché aux relations publiques de la JTF Gitmo:

 

Le sergent Antonio Archer explique comment le Camp X-Ray a servi préalablement à enfermer les criminels haîtiens lors de la crise des réfugiés de 1994-1996:

 

Barack Obama annonce son futur plan climatique

Mardi 25 juin à l'Université de Georgetown à Washington, Barack Obama va tenir un discours très attendu sur sa future politique climatique. Le président démocrate a jusqu'ici pris des mesures ponctuelles qui ont toutefois déçu les environnementalistes et les tenants de la thèse du réchauffement climatique. En décidant de sauver l'industrie automobile américaine de la faillite, son administration avait imposé aux constructeurs de produire des voitures consommant moins de carburant. Aujourd'hui pourtant, alors que le seuil de 400 particules par million (ppm) indiquant une concentration de CO2 dans l'atmosphère jamais enregistrée depuis plusieurs dizaines de milliers d'années a été franchi à l'observatoire d'Hawaï, constatant que 2013 pourrait être une année très active sur le front des ouragans, Barack Obama a jugé nécessaire d'agir. Une manière de tenir une promesse qu'il avait déjà faite lors de son premier mandat et qu'il a répétée lors de son d'investiture et de son discours sur l'état de l'Union en février.

Difficile de dire si la Maison-Blanche donnera déjà à cette occasion la position de l'administration au sujet de l'oléoduc Keystone XL dont la construction devrait permettre de transporter du pétrole extrait des sables bitumineux de l'Alberta au Canada à travers les Etats-Unis jusqu'au Golfe du Mexique. Difficile aussi d'évaluer les conséquences qu'aura la présentation de son plan climatique sur le Congrès. Le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner anticipe déjà: "C'est totalement cinglé!" La confirmation de la nouvelle patronne de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), Gina McCarthy, nommée par Barack Obama, pourrait buter sur le refus d'un Sénat échaudé par le plan d'Obama.

 

Pour les Yéménites, Guantanamo devient une priorité


DSC_0002C'est Letta Tayler qui le déclare au sortir de la salle du tribunal militaire de Guantanamo. La chercheuse de Human Rights Watch relève que depuis deux ans, les Yéménites sont fâchés de constater que leurs compatriotes emprisonnés dans les camps de détention implantés sur la base navale américain, sont les plus touchés par l'impossibilité de transferts vers le Yémen. Une impossibilité que le président Barack Obama a renforcé en imposant un moratoire après qu'un attentat fomenté par un Yéménite en 2009 fut déjoué. "Certains des détenus yéménites sont blanchis depuis 2006", souligne Letta Tayler et sont la majorité des 86 prisonniers jugés transférables par la Joint Task Force Gitmo.

Le Yémen vit la situation comme une discrimination à l'encontre de ses ressortissants. Les braises de la colère sont attisées par les attaques de drones qui avaient repris en 2010 et qui se sont intensifiées en 2011 et 2012. Si des responsables d'Al-Qaida dans la Péninsule arabique ont été tués, les missiles tirés à partir d'avions sans pilote ont aussi anéanti des civils. Enfin, le cas d'Adnan Latif n'a pas arrangé les choses, poursuit la chercheuse de Human Rights Watch. Détenu à Guantanamo, il avait un comportement suicidaire. Il a fini par mettre fin à ses jours, selon les autorités de la prison. Sa dépouille fut envoyée au Yémen. "Ce n'est pas ainsi que les Yéménites souhaitent voir revenir leurs ressortissants", explique Letta Tayler qui soulignent que les Yéménites ont le sentiment que les Etats-Unis se fichent de leurs droits quand il est question de leur sécurité nationale. "Les droits de l'homme sont un pilier des Nations unies au même titre que la sécurité, poursuit Letta Tayler. Or le Yémen est un symbole fort lié à Guantanamo et à la guerre contre le terrorisme. Je ne suis pas surprise que les Yéménites représentent la majorité des grévistes de la faim."

Guantanamo: la valse des chiffres

DSC_0011Dimanche soir, dans la salle de presse du MOC, le centre de presse de la base militaire américaine de Guantanamo, sur l'île de Cuba, le procureur en chef, le général Mark Martins, avait de la peine à articuler des chiffres clairs sur le nombre de détenus contre lesquels ne pèsent aucune charge, ceux qui peuvent être transférés dans leur pays de suite et ceux qui sont considérés comme des HVD, des détenus de "haute valeur". Même les journalistes les plus experts dans le domaine, présents à Guantanamo, peinent à être plus précis.

Pour couper court aux spéculations, le porte-parole du Pentagone présent à Guantanamo, le lieutenant colonel Todd Bresseale a dressé un tableau beaucoup plus clair de la situation. Sur les 166 détenus encore en captivité sur la base de Cuba, 46 sont en détention illimitée. Les Etats-Unis estiment qu'ils sont trop dangereux pour être libérés, mais n'ont pas assez de preuves pour les inculper. 86 peuvent être transférés d'autant qu'aucune charge ne pèse contre eux. C'est le trou noir juridique qui existe depuis plus de trois ans. 34 détenus, selon Todd Breasseale, devraient être poursuivis. Huit d'entre eux ont déjà été inculpés.

Quant aux cinq terroristes présumés du 11 septembre 2001, les Pakistanais Khaled Cheikh Mohammed et Ali
Abd al-Aziz Ali, le Yéménite Ramzi
ben al-Chaïba et les Saoudiens Wallid
ben Attach et Moustapha
al-Houssaoui ont comparu pour la première fois depuis quatre mois devant la Commission militaire de Guantanamo, dans une salle de tribunal ultra-sécurisée. KSM, le cerveau autoproclamé des attentats du 11 septembre 2001, avec sa barbe teintée orange, est arrivé dans la salle, marchant péniblement. Mais au fil des audiences, il est apparu plus alerte. Wallid ben Attach et Moustapha al-Houssaoui semblaient eux très à l'aise, ne cessant de discuter avec l'un de leurs interlocuteurs au sein de la défense. Les débats techniques entre l'ex-patron des tribunaux militaires d'exception, l'amiral Bruce MacDonald et les avocats de la défense leur semblaient lointain. Ils étaient tous deux plongés la plupart du temps dans un livre ou des documents imprimés.