New York, ville high-tech, vraiment?

RTR3A17NEn accueillant des branches de Google et Facebook et en prévoyant de construire un vaste campus technologique à Roosevelt Island, New York se présente comme la ville technologique de demain. Les primaires de mardi pour la mairie de New York dans l'optique de l'élection du 5 décembre (photo Reuters) censée désigner un successeur à Michael Bloomberg ont pourtant véhiculé une autre image. Malgré une faible participation, les autorités ont jugé bon de remettre en service 5100 machines de vote manuelles pour seconder les lecteurs numériques. Sorties d'un dépôt de Brooklyn, les machines ont été huilées, mais mardi, elles ont montré qu'elles dataient bien des années 1960. Plusieurs d'entre elles sont tombées en panne. Le favori républicain Joe Lhota a ainsi dû voter avec un crayon et un papier.

On imagine mal ce type de machines dans le cadre d'une élection présidentielle très serrée comme celle de 2000 en Floride où il a fallu s'adresser à la Cour suprême des Etats-Unis pour déterminer le vainqueur.

Le choix douteux de Susan Rice pour “vendre” des frappes en Syrie

RTX13813Face à un profond scepticisme du Congrès, l'administration de Barack Obama a redoublé d'efforts pour convaincre le Capitole de la nécessité de mener une action militaire contre la Syrie. C'était bien sûr avant la proposition russe de mettre sous contrôle international les armes chimiques syriennes. Parmi les hauts responsables, Susan Rice (photo Kevin Lamarque/Reuters) a été choisie pour défendre devant les caméras à Washington (à la New American Foundation lundi) la position de l'administration démocrate. Elle a aussi avancé les renseignements qui doivent pousser l'Amérique à sévir militairement.

Comme le souligne l'éditorialiste du Washington Post Dana Milbank, le choix de Susan Rice fut pour le moins maladroit, même si cette dernière officie dans le centre nerveux de l'administration en tant que conseillère à la sécurité nationale du président Obama. Pourtant, un an plus tôt, presque jour pour jour, elle donnait sur cinq plateaux de télévision les raisons qui expliquaient l'attaque du consulat américain de Benghazi le 11 septembre 2012 où quatre diplomates furent tués. Or les raisons qu'elle présenta était fausses. Ce n'était certes pas à elle qu'en incombait la première responsabilité. Ce que l'ambassadrice des Etats-Unis auprès de l'ONU de l'époque raconta était simplement le plus petit dénominateur commun entre les différences agences gouvernementales (CIA, Pentagone, etc). Mais sa crédibilité au Congrès a chuté de façon dramatique.

Aujourd'hui, alors que la question des renseignements disponibles au sujet de l'attaque chimique du 21 août dernier dans la Ghouta, près de Damas, est ultra-sensible, Susan Rice n'était de toute évidence pas la meilleure personne pour véhiculer un message sûr aux membres du Congrès, en particulier les républicains.

Bachmann au Caire: un éléphant dans un magasin de porcelaine

Que devient Michele Bachmann, (photo Gary Cameron/Reuters) l'égérie du Tea Party qui fut une candidate éphémère à l'investiture républicaine au début de
RTX10TUIl'automne 2012? Membre de la Chambre des représentants pour le Minnesota, elle a promis de ne pas se représenter en 2014. Elle est par ailleurs sous enquête, soupçonnée d'avoir utilisé illégalement certains fonds lors de sa campagne présidentielle.

Ce week-end, Michele Bachmann s'est toutefois assurée de ne pas tomber dans un anonymat complet. Elle s'est rendue, avec deux autres républicains de la Chambre des représentants au Caire. Elle y a d'emblée salué, lors d'une conférence de presse tenue dans la capitale égyptienne, le travail du général Abdul-Fattah el-Sisi. La conférence de presse fut diffusée sur plusieurs chaînes de télévision dans le pays. Elle a salué la manière dont le gouvernement combat le terrorisme, ou plus précisément les Frères musulmans. Comme le raconte le New York Times, elle a tenu des propos pour le moins surprenants: "Nous avons vu la menace que représentent les Frères musulmans dans le monde. Nous résistons à ce grand mal. (…) Nous nous rappelons qui a causé les attentats du 11 septembre 2001. Nous nous rappelons qui a tué 3000 braves Américains."

Les analystes se sont inquiétés de constater qu'une élue du Congrès n'était pas au courant des faits basiques de la tragédie du 11 septembre 2001. Les Frères musulmans n'avaient rien à voir avec les attentats attribués à Al-Qaida. Michele Bachmann était accompagné d'un autre représentant, Louie Gohmert, du Texas qui a comparé le général el-Sisi à …George Washington, oubliant au passage qu'il a ordonné le massacre de centaines de manifestants pour la plupart non armés. Il a plaidé pour le maintien de l'aide américaine de 1,3 milliard de dollars pour aider l'armée égyptienne à vaincre les "Frères musulmans assoiffés de sang". Politologue à l'Université d'Oklahoma et spécialiste des Frères musulmans, Samer Shehata, cité par le New York Times, relève l'inquiétante convergence entre les auteurs du coup d'Etat militaire et les islamophobes du Congrès. Les propos des trois membres du Congrès "sont totalement absurdes, (…) voire comiques s'ils n'étaient pas aussi à côté de la plaque."

Michele Bachmann n'en est pas à son premier essaie au sujet des Frères musulmans. Elle avait contribué, l'an dernier, à répondre la rumeur selon laquelle les Frères musulmans avaient infiltré l'administration Obama. Elle pensait à la conseillère personnelle de la secrétaire d'Etat de l'époque Hillary Clinton, Huma Abedin, dont les parents sont musulmans. Le républicain John McCain était intervenu au Congrès pour couper court à une rumeur "ridicule".

Syrie: les efforts de communication de l’administration Obama

Dans l'optique d'un vote du Congrès visant à autoriser ou non des frappes militaires contre la Syrie, le président américain Barack Obama ne compte pas ses efforts pour promouvoir sa cause. Samedi, dans son intervention hebdomadaire sur Internet, il explique que l'absence de réponse à l'usage présumé d'armes chimiques par le régime syrien risque d'accroître les risques que de telles armes soient utilisées par d'autres pays. Mais il le reconnaît: décider de l'usage de la force est l'une des décisions les plus solennelles qu'un pays peut prendre.

 

Durant le week-end, l'administration de Barack Obama a aussi fait circuler au sein des médias dont CNN les vidéos de victimes de l'attaque chimique du 21 août dernier qui semblent effectivement souffrir des symptômes des effets du sarin. Les images sont terribles et seront présentées aux membres du Congrès cette semaine encore. 13 vidéos terrifiantes ont été mises en ligne sur le site de la Commission des renseignements du Sénat américain.

 Ci-après l'une des vidéos diffusées par CNN:

 

 

Comme la NSA, les Européens sont friands des données de Google, Microsoft et Twitter

RTX10JURSelon des documents fournis par le lanceur d'alerte Edward Snowden, la NSA (photo du site de Bluffdale, en Utah/Reuters), l'Agence de sécurité nationale américaine et son équivalent britannique GCHQ (Governement Communications Headquarters) sont capables de décoder les systèmes de cryptage sur internet. Tout courriel ou transaction bancaire voir tout transfert de données médicales peuvent être lus par les deux agences de renseignement. La révélation faite par le Guardian, le New York Times et ProPublica ne manque pas de préoccuper ceux qui avaient encore le moindre espoir de conserver une partie de leur sphère privée sur internet. Le scandale Snowden est en train de prendre une ampleur sans précédent.

Dans le même temps, les gouvernements d'Europe et d'Asie, qui se sont offusqués du pouvoir inquisitoire de la NSA par rapport à des données privées de citoyens européens, ont un double discours. Selon de récents rapports publiés par des sociétés de technologie, ils ne se privent pas d'exiger de ces dernières qu'elles divulguent des informations dont ils auraient besoin. De façon légale. Facebook par exemple, explique l'éditorialiste du Washington Post David Ignatius, a reçu des demandes de données de 74 pays au sujet de 38 000 utilisateurs au cours du premier semestre de 2013. Cela n'a certes rien à voir avec les 21000 comptes d'utilisateurs de Facebook ayant fait l'objet de requêtes des autorités américaines. Mais quand même.

L'Allemagne par exemple, poursuit le quotidien de Washington, a demandé des informations sur 2068 comptes Facebook depuis le début de l'année, la France à propos de 1598 comptes et la Grande-Bretagne au sujet de 2338 comptes. L'Inde n'est pas en reste. New Dehli a exigé des données sur 4144 comptes Facebook. Microsoft, Google et Twitter ont fait l'objet des mêmes requêtes de la part de pays à travers la planète. Microsoft a ainsi été sollicitée respectivement par les Américains, les Français, les Britanniques, les Turcs et les Allemands pour fournir des informations sur 24 565 comptes, 17973 comptes, 14301 comptes, 14077 comptes et 13 226 comptes.

Quant à Google, elle a fourni des données à la suite de 21389 demandes issues de 31 pays (dont l'Allemagne, la France et la Russie) lors du second semestre de 2012. Twitter dit avoir reçu 1700 requêtes en provenance de 36 pays au cours des six premiers mois de 2013. Selon un spécialiste juridique de la surveillance cité par le Washington Post, Stewart Baker, les Etats-Unis et le Japon imposent des limites beaucoup plus sévères à la transmission de données privées par ces sociétés internet sans une vraie procédure juridique. En Europe, on est moins sourcilleux. Stewart Baker cite d'ailleurs une étude de 2003 de l'Institut Max Planck en Allemagne. Selon des chercheurs de cet institut, "un Italien ou un Néerlandais a au moins 100 fois plus de chances de faire l'objet d'écoutes décrétées par son gouvernement qu'un Américain".

Stewart Baker ajoute que si les Européens en savent en réalité beaucoup plus sur les programmes de renseignement américains que sur leurs propres programmes. "Il est donc facile pour les politiques européens de persuader leurs opinions publiques que les Etats-Unis sont plus intrusifs… En réalité, l'inverse est vrai." Le ministre allemand de l'Intérieur Hans-Peter Friedrich a ainsi mis en garde ceux qui auraient peur de voir leurs communications interceptées: "Arrêtez d'utiliser des services qui passent par des serveurs américains." De telles craintes, estiment certaines études, pourraient coûter à l'industrie du Cloud ou de l'hébergement aux Etats-Unis entre 22 et 35 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.

 

“The Flag”, la nouvelle narration pour raconter le 11 septembre 2001

RTR2G0E (photo Peter Morgan-Files/Reuters)

CNN a diffusé pour la première fois mercredi soir un documentaire intitulé "The Flag (le drapeau)" réalisé par Michael Tucker and Petra Epperlein. Incroyable histoire d'un drapeau, hissé à 17 heures le 11 septembre 2001, sur le site de Ground Zero quelques heures seulement après les attentats du World Trade Center.

Face à la dévastation, l'Amérique est à genoux. Trois pompiers accomplissent toutefois un geste incroyable. Ils s'emparent d'un drapeau américain sur un yacht, "Star of America" dans un petit port à proximité du World Trade Center. Ils le hissent sur un mât de fortune. Le moment est immortalisé par un photographe du journal The Record basé dans le New Jersey, Tom Franklin. Ce dernier a réalisé plusieurs clichés. Mais une photo ressort du lot. C'est la photo iconique de l'Amérique résiliente qui tente déjà de se relever. C'est déjà l'expression d'un patriotisme nouveau qui naît face à la tragédie. L'image en rappelle une autre, celle réalisée par le photographe de guerre Joe Rosenthal à Iwo Jima au Japon, où six GI dressent un mât et un drapeau sur le mont Suribachi en février 1944.

La photo de Tom Franklin va faire la couverture d'innombrables journaux et magazines. Il fera l'objet de sculptures, de timbres postes, de tatouages. Des artistes de New York se lancent même dans un projet d'immense sculpture tant l'image est inspirante. Ils ont toutefois la mauvaise idée de changer quelque chose dans la composition. Pour être politiquement corrects, ils décident de sculpter un pompier hispanique, un blanc et un afro-américain pour rendre hommage à la diversité de New York et du FDNY, du Département des pompiers de New York. L'idée fait scandale. On a usurpé la réalité d'une image devenue sacrée.

Le drapeau sera prêté à la Marine. Il sera hissé sur l'USS Roosevelt, le bâtiment à partir duquel seront lancées les premières frappes en Afghanistan. Mais aussi sur six autres navires. Un an après les attentats, les propriétaires du yacht souhaitent pouvoir "emprunter" leur drapeau l'espace d'une soirée. Quand la mairie de New York le leur donne, ils constatent que ce n'est pas le bon drapeau. Il est trop grand. Drame sur Manhattan. L'icone a disparu.

Le document de CNN montre plusieurs photographes qui ont dans leur cliché le fameux drapeau, mais sous un angle moins iconique. Il diffuse aussi une vidéo réalisée le soir même du 11 septembre, vers 23 heures, dans laquelle son auteur fait soudain un constat effarant: le drapeau n'est plus sur son mât. Celui-ci n'avait donc pas été subtilisé sur un bateau de la Navy, mais à Ground Zero, quelques heures après avoir été hissé.

Le photographe Tom Franklin a été mal à l'aise face à l'incroyable succès de son image iconique. Il n'a pas souhaité parler dans le documentaire. Quant aux trois pompiers auteurs de ce geste révélateur, George Johnson, Dan McWilliams et Billy Eisengrein,ils travaillent toujours pour les pompiers de New York.

Intervention en Syrie: l’incroyable confusion des Américains

Difficile d'avoir un avis tranché sur la nécessité ou non d'intervenir en Syrie. Le bourbier syrien est d'une telle complexité que
RTX137DIpersonne ne semble être en mesure d'articuler une stratégie qui tienne la route. Dans le concert cacophonique des opinions sur la question, le paysage politique américain est plutôt déconcertant. Le président Barack Obama a construit sa candidature en 2008 sur son opposition à la guerre en Irak et a axé son premier mandat sur le retrait d'Irak et prochainement d'Afghanistan. Aujourd'hui, c'est lui qui souhaite mener des frappes contre la Syrie pour punir le régime qui aurait utilisé massivement des armes chimiques lors d'une attaque meurtrière le 21 août dernier après avoir déjà lancé plusieurs attaques plus limitées au cours du printemps. John Kerry et Chuck Hagel (photo Jason Reed/Reuters), les secrétaires d'Etat et à la Défense, deux anciens combattants du Vietnam, ont été recruté notamment en raison de leurs réserves quant il s'agit de s'engager dans une guerre. Aujourd'hui, John Kerry ne voit plus d'alternative. L'Amérique doit frapper la Syrie sans quoi le régime d'interdiction des armes de destruction massive ne sera plus crédible. Même Nancy Pelosi, leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, réputée pour s'opposer aux aventures guerrières, soutient la Maison-Blanche. Le général Martin Dempsey, qui déclarait avant l'été qu'armer les rebelles pourrait être contre-productif, a toujours été sceptique quant à une opération militaire. Désormais, il semble se rallier aux arguments de la Maison-Blanche.

De l'autre côté du spectre, Marco Rubio, le républicain proche du Tea Party et possible candidat à la présidentielle 2016, n'a cessé de tergiverser. Mercredi, il a finalement refusé de soutenir l'administration démocrate qu'il n'a pourtant cessé de critiquer pour être trop pacifique vis-à-vis des ennemis de l'Amérique. Liz Cheney, la fille de l'ex-vice-président de George W. Bush, qui n'a rien à envier à son père quand il s'agit de montrer la force de l'Amérique, a elle aussi surpris tout le monde en déclarant qu'elle s'opposait à toute intervention. Elle est, il est vrai, candidate au Sénat en 2014 et compte sur le Tea Party pour battre un autre républicain pourtant proche de la famille Cheney…

La confusion des rôles n'est pas qu'américaine. Le Royaume-Uni a basculé dans le camp des "pacifistes" la semaine dernière quand le parlement a refusé de soutenir le premier ministre David Cameron. Or durant la campagne guerrière d'Irak, son premier ministre Tony Blair fut considéré comme le "caniche" de George W. Bush pour suivre sans esprit critique la politique de l'administration républicaine. La France, qui en 2003 s'était distinguée par son refus d'appuyer une résolution américaine à l'ONU pour combattre dans l'Irak de Saddam Hussein, est aujourd'hui le seul allié a priori prêt à en soutenir l'Amérique.

Cette situation révèle une chose. La situation en Syrie est si grave qu'aucune solution ne semble adaptée. Tout le monde débat désormais de la "moins mauvaise option", de celle qui auront les conséquences les moins désastreuses. Un scénario pour le moins pessismiste.

 

A New York, les anti-guerre (Syrie) se manifestent

A l'heure où le Congrès débat pour savoir s'il doit autoriser le président américain à mener une opération militaire contre le régime syrien, le mouvement anti-guerre commence à se faire de plus en plus visible. Samedi, alors que Barack Obama annonçait que l'Amérique devait punir Damas en raison de l'utilisation, le 21 août dernier, d'armes chimiques qui auraient fait plus de 1400 morts dont 400 enfants selon Washington, des centaines de manifestants scandaient "non à la guerre" en Syrie en face de la Maison-Blanche.

Mardi après-midi, à la 42e rue près de Grand Central, des dizaines d'activistes, en majorité des étudiants, brandissaient des banderoles dénonçant les velléités "impérialistes" des Etats-Unis. Ils critiquaient surtout l'engagement, par la City University of New York (CUNY), de l'ancien patron de la CIA, le général David Petraeus pour dispenser un cours intitulé "Are we on the threshold of the Nord American Decade?" Un tract distribué dans la rue est explicite: "Ce meurtrier de masse ne doit pas être autorisé à enseigner à CUNY", ce d'autant que bon nombre d'étudiants de l'université en question proviennent de "pays qui ont été visés par l'armée américaine et dominés par l'impérialisme américain". Les manifestants refusent la "militarisation croissante" de leur institution universitaire.

Voici une vidéo de la manifestation:

 

 

Les leçons de Tony Blair sur la Syrie

RTXZ6ZADans le Sunday Times de Londres, l'ancien premier ministre britannique Tony Blair (photo Rus Guelas/Reuters) livre ses réflexions sur une éventuelle intervention américaine en Syrie. L'homme a de l'expérience. Aux côtés de George W. Bush, il avait jugé indispensable d'intervenir en Irak en mars 2003 pour empêcher Saddam Hussein d'utiliser des armes de destruction massive. Après coup, il s'est avéré qu'aucune de ces armes n'existait dans l'Irak de Saddam. Lors d'audiences menées dans le cadre d'une vaste enquête du parlement britannique voici quelque trois ans, Tony Blair n'avait pas jugé utile de s'excuser. Or sa décision de suivre simplement les néoconservateurs américains dans leur campagne de démocratisation du Moyen-Orient lui avait valu le surnom de "poodle" de George W. Bush, de caniche. Jeudi dernier, si la Chambre des Communes a refusé d'autoriser le premier ministre David Cameron à épauler l'Amérique lors de frappes contre la Syrie, c'est sans doute en grande partie dû à l'attitude de Tony Blair lors de la guerre en Irak.

Ses conseils butent dès lors sur un scepticisme pour le moins compréhensible. "Les Occidentaux sont à un carrefour: faut-il commenter ou agir, façonner les événements ou se contenter de réagir?", se demande Tony Blair. L'ex-premier ministre britannique n'avait pas réagi. Il avait participé, avec les Américains à une attaque préventive de l'Irak. Cela n'a cependant pas amélioré la situation de l'Irak où aucun des problèmes existant à l'époque du dictateur Saddam Hussein n'a été résolu. Pour Tony Blair, des frappes aériennes limitées en ampleur et en durée ne feraient de fait qu'alléger la conscience de politiques conscients de leur impuissance et ne changeraient rien sur le terrain. Elles ne permettraient sans doute pas, estime–t-il, à la Syrie de se stabiliser et de retrouver la paix.

La situation syrienne est sérieuse et personne ne semble avoir une solution au chaos et à la tragédie humaine. Dans ce contexte de forte incertitude, il n'est pas sûr que les conseils de Tony Blair soient particulièrement éclairants.

Quand l’Amérique fermait les yeux face à l’usage d’armes chimiques

RTR2KSY2C'est le magazine Foreign Policy de lundi qui le révèle. Les Etats-Unis étaient au courant de l'utilisation par le dictateur irakien Saddam Hussein d'armes chimiques contre les troupes iraniennes (photo montrant des restes de soldats iraniens échangés en 2011/Ataf Hassan/Reuters) lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988) qui fit près d'un million de morts. Des documents de la CIA dont Foreign Policy rend compte, montrent que les Américains ont été complices de l'Irak de Saddam Hussein en l'aidant à contrer des offensives iraniennes grâce aux renseignements de la CIA. Ils montrent aussi que l'administration du président Ronald Reagan était au courant de la volonté du tyran irakien de recourir aux armes chimiques.

Dans un rapport intitulé "Aux portes de Bassorah", le président Reagan affirme qu'une "victoire iranienne (est) inacceptable". Il a donc accepté le fait que Saddam Hussein recourt à des gaz toxiques pour faire basculer le conflit en faveur de l'Irak. Les documents de la CIA sont explicites: des agents chimiques, dont du gaz sarin, ont été utilisés à quatre reprises, tuant des centaines voire des milliers d'Iraniens. "Les Irakiens, relève l'AFP, ne nous ont jamais dit qu'ils comptaient utiliser des gaz
neurotoxiques. Ils n'ont pas eu à le faire, on le savait déjà", a
expliqué à Foreign Policy l'attaché militaire américain à Bagdad à
l'époque, Rick Francona.

Les experts se demandent d'ailleurs si la moralité à géométrie variable des Etats-Unis en matière d'armes chimiques n'a pas conforté plus tard l'administration de George W. Bush dans sa croyance, erronnée, que l'Irak possédait en 2003, des armes (chimiques) de destruction massive. Cet épisode irakien rend plus difficile aujourd'hui à l'administration de Barack Obama la lutte contre les armes de destruction massive, en particulier en Syrie. Faut-il aussi s'étonner du fait que Saddam Hussein se soit senti libre de gazer près de 5000 Kurdes à Halabja en 1988?