Bill Clinton reste une “bête de scène”

L'amitié entre Bono, le chanteur de U2 et l'ex-président Bill Clinton est durable. Mardi, lors de la réunion annuelle de la Global Clinton Initiative à New York, le chanteur a imité l'ex-président démocrate sur scène alors que la foule attendait Bill Clinton. L'exercice de l'Irlandais fut très convaincant. Pour lui rendre la pareille, Bill Clinton, interviewé par Piers Morgan sur CNN mercredi soir, a lui aussi imité son imitateur, chaussant des lunettes colorées caractéristiques de Bono. "Je suis Irlandais, vous savez, et nous Irlandais pouvons imiter n'importe qui", a-t-il déclaré.

 

Pour Piers Morgan, l'accent américain de Bono fut meilleur que l'accent irlandais de Bill Clinton. Mais manifestement l'essentiel n'est pas là. Bill Clinton reste une "bête de scène", un politique toujours capable de captiver son audience. Récemment, à Little Rock en Arkansas, il a parlé pendant une heure de l'Affordable Care Act, la réforme de la santé de Barack Obama. Il va continuer à arpenter le pays pour "vendre" la réforme, un exercice dans lequel Barack Obama n'excelle pas. A la Convention démocrate de Charlotte en septembre 2012, il a tenu le discours le plus retentissant de la réunion, donnant un sérieux coup de main à la campagne de Barack Obama qui fut pourtant le rival de son épouse Hillary Clinton lors des primaires de 2008.

La performance de Bono:

 

 

La performance de Bill Clinton sur CNN rappelle l'aisance avec laquelle il s'adresse à Middle America. En pleine campagne électorale, il s'était mis à jouer du saxophone:

 

 

 

A l’ONU, un mythe fondateur de l’Iran n’a pas volé en éclats

C'était le moment le plus attendu de toute cette semaine très onusienne: une possible poignée de mains entre les présidents iranien et américain Hassan Rohani et Barack Obama. Il n'a pas eu lieu. Hassan Rohani a préféré renoncer au déjeuner organisé par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon pour ne pas risquer de devoir serrer la main de Barack Obama. Pour certains, c'est une occasion ratée de briser la glace ou même plus que cela: un mythe fondateur de la révolution iranienne: l'anti-américanisme souvent exprimé par le vocable du Grand Satan. Pour d'autres, le président de la République islamique aurait eu déjà trop de problèmes à gérer au sein du régime iranien.

Pour Barack Obama, c'est une petite douche froide, car c'est la Maison-Blanche qui s'était le plus avancée pour proposer une rencontre informelle entre les deux dirigeants. C'est aussi une occasion ratée de donner un élan supplémentaire à un embryon d'initiative diplomatique visant à résoudre la crise du nucléaire iranien et par ricochet la crise syrienne grâce à l'aide de Téhéran qui apparaît comme un soutien important du régime de Bachar el-Assad.

Les plus optimistes se consoleront en se rappelant que le président Bill Clinton avait tenté la même initiative diplomatique en 2000 en essayant de rencontrer le président iranien réformiste Mohammad Khatami. Mais rien n'est perdu. Américains et Français (François Hollande a insisté sur ce point à New York) espèrent pouvoir accompagner l'accord de Genève sur les armes chimiques par une conférence de la paix dite de Genève 2. Avec les Iraniens.

Quant au discours d'Hassan Rohani à la tribune de l'ONU mardi après-midi, il a été plutôt décevant, le président se contentant de mentionner de grands thèmes liés à la paix et à la coopération sans entrer dans des détails plus spécifiques.

Une bombe 260 fois plus puissante que celle d’Hiroshima larguée en Caroline du Nord

000_Was4366163C'était le 24 janvier 1961, au-dessus de Goldsboro en Caroline du Nord. Un bombardier américain B-52 s'est disloqué en plein ciel. Il était équipé de deux bombes H à hydrogène qui n'étaient toutefois pas adaptées pour ce type de vol. Samedi, le quotidien The Guardian révèle l'histoire racontée dans un livre intitulé "Command and Control" d'Eric Schlosser, le responsable du Département de la sécurité des armes nucléaires aux laboratoires nationaux Sandia. L'auteur a obtenu les documents par le biais du Freedom of Information Act, une loi autorisant le citoyen à demander de consulter des documents déclassifiés.

S'inspirant d'un document américain déclassifié, Eric Schlosser relève que lors de la panne du B-52, les deux bombes furent larguées. L'une d'elles a agi correctement, le processus de mise à feu s'est enclenché. Seul un petit interrupteur fonctionnant à l'aide d'une dynamo a permis d'éviter un cataclysme (photo AFP). Trois autres dispositifs de sécurité n'ont en revanche pas fonctionné. Aux laboratoires Sandia, l'expert Parker F Jones avait rédigé un rapport intitulé: "Goldsboro revisité, ou comment j'ai appris à me méfier de la bombe H".

Selon les experts, si la bombe MK 39 Mod 2 avait explosé, elle aurait pu causer des millions de victimes à Washington, Baltimore, Philadelphie et même New York. Mais les autorités américaines de l'époque s'étaient bien gardées d'en parler. Selon Eric Schlosser, au moins 700 accidents et incidents impliquant des armes nucléaires ont été enregistrés entre 1950 et 1968.

“Le président préfère négocier avec Poutine qu’avec le Congrès”

C'est la dernière déclaration du président républicain de la Chambre des représentants John Boehner, qui, cédant à la branche radicale du parti, le Tea Party, est aussi prêt à jouer de la question du plafond de la dette pour tenter de priver la mise en oeuvre de la réforme de la santé (Affordable Care Act) du financement nécessaire. Quant Barack Obama affirme qu'il refusera toute négocation à ce sujet, John Boehner, un président de la Chambre qui erre en fonction des humeurs du Tea Party pour garder son poste, a trouvé une formule qui sied bien avec l'air du temps: "Barack Obama est davantage prêt à négocier avec Vladimir Poutine qu'avec le Congrès."

 

La réponse du porte-parole de la Maison-Blanche Jay Carney:

 

Nancy Pelosi, le bras droit de Barack Obama au Congrès

Le président Barack Obama fait l'objet de multiples commentaires, les uns positifs, les autres très critiques. Dans le dossier syrien, le journaliste Andrew Sullivan est persuadé que Barack Obama a manoeuvré de façon subtile pour arriver à l'accord de Genève et à la possibilité de percée diplomatique pour débarrasser la Syrie de ses armes chimiques. D'autres pensent qu'il navigue à vue.

Au plan intérieur, il est attaqué en permanence par les républicains et en particulier le Tea Party qui a poussé à un vote pour priver la réforme de la Santé d'Obama, l'Affordable Care Act, des fonds dont elle a besoin pour être mise en oeuvre. La plupart des démocrates et quelques républicains jugent l'aile d'extrême droite du Parti républicain irresponsable de menacer de laisser l'Etat américain d'être en défaut de paiement à partir du 1er octobre si la Maison-Blanche et le Sénat n'acceptent pas d'ôter le financement de l'Obamacare.

Nanci Pelosi, leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants et extraordinaire stratège agissant dans les coulisses du Capitole, livre son analyse de la situation dans laquelle se trouve le président Barack Obama:

 

Chicago, la ville la plus dangereuse des Etats-Unis

On a beaucoup parlé des tueries d'Aurora, de Newton ou plus récemment du Washington Naval Yard. On parle en revanche beaucoup
RTR3DCUYmoins des centaines de personnes tuées chaque année à Chicago (photo d'un jeune garçon de Chicago dont le père a été tué en février dernier lors de ses funérailles/John Gress/Reuters) dans le cadre de règlements de compte entre gangs dont le nombre est estimé à quelque 600. Jeudi soir, 13 personnes ont été blessées par balle alors qu'elles étaient rassemblées près d'un terrain de basketball dans le South Side de Chicago. Parmi les blessés, un jeune de trois ans, touché à la tête, qui reste dans un état critique. Cet enfant a lui-même perdu son père le 2 septembre dernier, lui aussi abattu par une arme à feu.

Les meurtres par armes à feu à Chicago (500 en 2012) sont les plus nombreux de tout le pays. Même New York, dont la population est trois fois plus importante, en enregistre moins. La situation sécuritaire de la ville n'est pas encore alarmante. Les gens semblent s'en accomoder. L'an dernier, j'ai rendu visite à un ami dans le South Side. Il a deux enfants et me racontait que quelques jours plus tôt, un homme a été trouvé à une centaine de mètres de chez lui, criblé de treize balles. Mais la vie, me disait-il, continue.

Les Sciortino, un père du Tea Party et un fils gay et démocrate de gauche

La vidéo fait un tabac dans tout le pays. Carl Sciortino, un candidat du Massachusetts à la Chambre des représentants à Washington de l'aile progressiste du Parti démocrate, pose avec son père dans une publicité d'une minute. Homosexuel, Carl Sciortino, 35 ans, explique dans la vidéo qu'il avait la dure tâche d'annoncer son coming-out en tant que …démocrate progressiste (liberal democrat). Or son père, Carl Sciortino senior, 73 ans, est un membre du Tea Party et a toujours été un républicain. Un histoire de famille. Le père admet une seule incartade par rapport à sa loyauté républicaine: il a voté pour John F. Kennedy en 1960.

Les télévisions s'arrachent les deux Sciortino. Le plus jeune espère pouvoir remplacer à Washington Ed Markey qui a lui-même remplacé John Kerry au Sénat. Le Denver Post ne s'est pas privé de superlatif: la campagne des Sciortino "est adorable".

 

La pauvreté progresse aux Etats-Unis

RTR3EPDSLes Etats-Unis continuent d'être accablés par un taux de pauvreté (photo Lucy Nicholson/Los Angeles/Reuters) élevé pour un pays développé. Selon le dernier recensement, 46,5 millions d'Américains sont sous le seuil de pauvreté. Ils étaient 46,2 millions dans cette situation un an plus tôt. Le taux national de pauvreté reste à 15% de la population, Un Américain sur 7 est pauvre. Le constat est paradoxal. L'économie continue de croître, même si c'est à un rythme lent et la bourse atteint de nouveaux records. Mais les déshérités ne profitent manifestement pas de cette embellie et souffrent encore des conséquences de la crise économique de 2009-2010.

Pour être considéré comme étant pauvre, un ménage de quatre personnes doit gagner 23 492 dollars par an. Le salaire médian des ménages a même baissé, passant de 51 100 dollars en 2011 à  51 017 dollars un an plus tard.Parmi les Etats les plus touchés par le phénomène: le Mississipi qui compte pas moins de 22% de pauvres. La Louisiane, le Nouveau-Mexique et l'Arkansas. Le New Hampshire, en Nouvelle-Angleterre est beaucoup mieux loti avec seulement 8,1 % de pauvres, le taux le plus bas du pays.

Parmi les catégories les plus touchés, les enfants qui sont 16,1 millions à vivre en état de pauvreté ainsi que les personnes âgées de plus de 65 ans (3,9 millions).

Le nombre d'Américains non couverts par une assurance-maladie a lui légèrement baissé, mais culmine toujours à plus de 48 millions. La réforme de la Santé menée par le président Barack Obama devrait aider à réduire le nombre de non-assurés.

Réactions outrées des Américains à la tribune de Poutine dans le New York Times

RTX139P9Difficile de savoir qu'elle a été l'intention du président russe Vladimir Poutine (photo Alexander Demianchuk/Reuters) en rédigeant une tribune qui a paru jeudi dans le New York Times intitulé "Un appel à la prudence en provenance de la Russie". Si son objectif était d'irriter les Américains, l'exercice est pleinement réussi. Jeudi, démocrates et républicains du Congrès ont manifesté leur dégoût face aux "leçons de démocratie" que le maître du Kremlin semble donner dans son texte. Le président de la Commission des affaires étrangères du Sénat, Bob Menendez a déclaré que la tribune l'a presque fait vomir. Le républicain John McCain estime qu'elle "insulte l'intelligence de tout Américain". Leon Panetta, ex-patron du Pentagone, l'a aussi déclaré: Poutine "est la dernière personne à nous faire la leçon".

Le dirigeant russe avance certes des affirmations qu'il n'hésite pas à contredire dans sa propre action politique en Syrie ou en Russie. Mais il a manifestement touché une corde sensible. L'un des passages qui paraît avoir le plus irrité outre-Atlantique a trait à l'exceptionnalisme de l'Amérique. Le maître du Kremlin se réfère au dernier discours du président Barack Obama et dit être en désaccord avec la notion d'exceptionnalisme américain. "Il est très dangereux d'encourager les gens à se voir eux-mêmes comme étant exceptionnels, quelle que soit la motivation. Il y a des grands pays, des petits pays, des pays riches, d'autres pauvres, certains avec une longue tradition démocratique, d'autres qui cherchent encore le chemin vers la démocratie. (…) Nous sommes tous différents, mais quand nous demandons la bénédiction du Seigneur, nous ne devons pas oublier que Dieu nous a créés égaux."

Dans un pays où l'on entend presque tous les jours à la télévision que les Etats-Unis "sont le plus grand pays  sur terre", la remarque de Vladimir Poutine passe forcément mal. Certains politiques ou commentateurs à la télévision n'ont pas manqué de rappeler que le président russe "a éliminé des milliers de concitoyens dans le Caucase". Il est vrai qu'il a un très mauvais bilan en matière de droits de l'homme en Russie et que sa politique envers la Syrie est jugée scandaleuse par ceux qui voient dans le régime de Bachar el-Assad une dictature qui a contribué à tuer plus de 100 000 Syriens. La Tchétchénie reste un épisode noire dans l'histoire de la Russie et la république du Caucase garde un semblant de stabilité uniquement sous la main de fer de Ramzan Kadyrov, à la botte de Moscou. Mais le chef d'Etat russe le souligne. Les Etats-Unis devraient respecter le droit international ancré dans la Charte des Nations unies (la Russie n'est pas un modèle en la matière). L'argument est pertinent. Il rappelle les aventures désastreuses d'Irak et d'Afghanistan et relève que mener des actions militaires contre d'autres pays ne peut qu'aggraver la situation voire alimenter le terrorisme.

Pour étayer son argument par rapport à l'exceptionnalisme américain, Vladimir Poutine est néanmoins resté sobre. Il n'a pas cité l'exemple de la prison de Guantanamo où 86 détenus vivent dans un vide juridique kafkaïen. Aucune charge ne pèse contre eux, mais ils sont dans l'impossibilité pour l'heure d'être transférés dans leur pays respectif ou un pays tiers. Non coupables, mais pas libres. Il n'a pas mentionné non plus la torture pratiquée sous l'administration de George W. Bush et l'infâme épisode de la prison d'Abu Ghraib en Irak. Le président Barack Obama lui-même avait relativisé, lors d'une conférence de presse en 2009, l'exceptionnalisme américain par ces mots: "Je crois en l'exceptionnalisme américain tout comme je crois que les Britanniques croient en l'exceptionnalisme britannique et les Grecs en l'exceptionnalisme grec." Ces propos lui avaient toutefois été jetés à la figure en pleine campagne électorale en 2012, où son adversaire républicain Mitt Romney affirmait que Barack Obama ne cessait de s'excuser à travers le monde d'être la première puissance mondiale.

Tous les clichés sur la Russie ont été utilisés jeudi. Poutine est un ancien membre du KGB, puis du FSB; il est animé par la même attitude rétrograde que des Brezhnev ou autre dirigeant soviétique. Il a l'attitude d'un tsar et ne connaît pas ce qu'est la démocratie. Il utilise le premier amendement de la Constitution américaine (liberté d'expression) pour faire passer son message alors qu'il réprime les journalistes en Russie. Tout Russe habitant aux Etats-Unis, même s'il est très critique de la présidence Poutine, ne pouvait qu'être offusqué par un tel déversement de clichés qui font peu cas de l'histoire russe.

Dans la blogosphère et sur les réseaux sociaux, Vladimir Poutine a eu droit à des éloges. Certains estiment qu'il a rédigé une tribune de façon "magistrale", même si elle est parfois de mauvaise foi.

 

 

 

Les inattendus du 11 septembre

RTX13HU1Les Etats-Unis ont commémoré mercredi le 12e anniversaire (photo Reuters) des attentats du 11 septembre 2001 qui ont coûté la vie à près de 3000 personnes. Le président et le vice-président, acompagnés de leur épouse, ont participé à une cérémonie solennelle devant la Maison-Blanche.

La journée n'a toutefois pas été qu'un moment de recueillement. L'ex-candidat républicain et libertarien Ron Paul a déclaré sur sa page Facebook refuser l'idée que les terroristes du 11 septembre 2001 ont attaqué l'Amérique parce qu'ils détestaient la liberté et la bonté des Etats-Unis. Ils ont frappé les Etats-Unis, a-t-il poursuivi, pour lui faire payer des "décennies d'interventionnisme américain au Moyen-Orient". Le politique du Texas a estimé du coup que la dernière chose dont le pays a besoin ce sont davantage de guerres, un Etat policier et fouineur et des drones." Une référence manifeste à l'intention de la Maison-Blanche de mener une opération militaire en Syrie.

Devant le Congrès à Washington, des conservateurs se sont réunis sur la pelouse ouest du Capitole, brandissant des pancartes "Destituez Obama". Le représentant républicain du Texas Louie Gohmert, qui a récemment comparé le général égyptien Abdul Fattah al-Sisi à …George Washington, s'est fendu d'un discours autour du Capitole où il souhaitait rendre hommage aux quatre Américains tués lors d'un raid d'islamistes sur le consulat américain de Benghazi en Libye le 11 septembre 2012. Une manière de demander une nouvelle enquête sur ce qu'il perçoit comme un scandale couvert par l'administration Obama. Même le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, n'a pas eu la délicatesse de retenir ses critiques à l'encontre du président le jour du 11 septembre. Il a promis que les républicains n'allaient pas lever la pression avant d'avoir la vérité sur Benghazi. Comme l'explique Dana Milbank dans le Washington Post, le même Louie Gohmert a jugé d'ailleurs regrettable que Mouammar Kadhafi ne soit pas resté au pouvoir. "Sans l'effondrement de la Libye, dit-il, notre quatre héros seraient toujours vivants."