Guantanamo: un détenu ayant une maladie mentale sévère pourra être libéré

Ibrahim Idris, un ressortissant du Soudan, croupit dans la prison de Guantanamo (photo Brennan Lisley/AP) depuis plus de onze
186174485ans. Il a jusqu'ici été considéré comme un combattant ennemi. Or peu après son arrivée sur la base navale de Guantanamo, qui sert de camp de détention dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les autorités américaines ont diagnostiqué chez lui une maladie mentale sévère.

Dans des documents publiés mercredi, des avocats du Département américain de la justice ont révélé que le gouvernement des Etats-Unis ne s'opposait plus à la libération d'Ibrahim Idris, admettant que le détenu soudanais est beaucoup trop malade pour rester en détention à Guantanamo. Selon AP, un juge fédéral doit encore formuler l'ordre de libération et le détenu ne pourra quitter la prison sur l'île de Cuba qu'après une période de notification de 30 jours auprès du Congrès.

Cette libération future contraste avec les inquiétudes que les autorités américaines ont depuis que deux détenus ouïghours, libérés de Guantanamo depuis dix-sept mois et transférés au Salvador, ont quitté le pays d'Amérique centrale. Elles ont littéralement perdu la trace de ces deux ex-détenus qui se seraient toutefois rendus en Turquie. Aujourd'hui, trois Ouïghours sont encore détenus à Guantanamo sans charge pesant contre eux. 19 autres ont déjà été libérés.

Shutdown: il fait économiser un milliard à l’Etat fédéral qui le met au chômage technique

000_Par7672661Kevin Geiss se souviendra de ce mois d'octobre 2013. Expert en énergie auprès de l'Air Force, il a dirigé une équipe qui a réussi à faire économiser aux forces aériennes une somme d'un milliard de dollars en utilisant des carburants alternatifs et en réduisant la consommation d'avions cargo (photo Alain Jocard/AFP). Le gel du gouvernement fédéral, qui est privé d'un budget pour la prochaine année fiscale en raison de l'incapacité de Washington de s'entendre, lui vaut d'être mis au chômage technique.

Selon le Washington Post, la mesure intervient alors que Kevin Geiss, 46 ans, est censé recevoir une "Sammie award", une récompense, jeudi lors d'une soirée de gala organisée par le Partnership for Public Service, une organisation à but non lucratif qui rend hommage à des fonctionnaires d'Etat particulièrement méritants. Il fait partie de quatre lauréats sur seize qui sont priés de rester à la maison en raison du "government shutdown". L'expert de l'Air Force n'en est pas à sa première surprise. Lors du séquestre, des coupes automatiques dans le budget fédéral en 2011, il a dû accepter de travailler six jours de moins par an.

Kevin Geiss ne cache pas sa colère: "Ma frustration principale est d'être empêché de servir mon pays. C'est la raison pour laquelle je suis devenu un employé de l'Etat et c'est pourquoi je me réjouis de retourner à mon poste."

Pour Rick Perry, Obamacare est un “acte criminel”

Dans la guerre menée par les républicains contre la réforme de la santé du président Barack Obama, les diatribes ont augmenté de façon exponentielle voici une semaine et continuent d'alimenter les chroniques des médias américains depuis la fermeture de certains services de l'Etat fédéral. Dans la litanie de critiques, le gouverneur ultraconservateur du Texas, Rick Perry, a sans doute remporté la palme. De passage dans le New Jersey, l'ex-candidat à l'investiture républicaine, qui avait annoncé, lors d'un débat des primaires vouloir supprimer trois agences gouvernementales sans se rappeler qu'elle était la troisième, a décrit l'Affordable Care Act comme étant un "acte criminel" et un fardeau pour les générations futures.

Mercredi sur MSNBC, le professeur Zeke Emanuel, frère de l'ex-chef de cabinet de Barack Obama Rahm Emanuel, a démonté les arguments du gouverneur du Texas. Etant l'un des architectes de la loi, il a forcément un intérêt à ce que l'Obamacare soit un succès. Mais il l'a souligné: en Californie, un jeune homme de 30 ans, gagnant moins de 18 000 dollars par an, pourra contracter une assurance-maladie pour 39 dollars par mois et dont la couverture est tout à fait correcte.

Voici les commentaires du Huffpost sur les propos de Rick Perry:

 

Les “arguments” du Tea Party contre l’Obamacare

Mardi 1er octobre, les Américains ne bénéficiant pas d'une assurance-maladie ont pu se rendre sur le site HealthCare.gov pour choisir une police d'assurance-maladie qu'ils pourront acquérir grâce à l'aide de l'Etat fédéral si leur revenu est insuffisant. De nombreux problèmes informatiques ont empêché beaucoup d'internautes à accéder au site ou aux informations pertinentes. Apparemment, l'administration de Barack Obama ne s'attendait pas à autant de visites (près de 3 millions). Est-ce un problème de surcharge du site ou de qualité du logiciel?

La réforme de la santé est en tout cas à un tournant. Pourtant, le Tea Party qui est grandement responsable du gel du gouvernement en raison de l'absence de budget pour la prochaine année fiscale, n'en démord pas. "Defund Obamacare" est son leitmotiv. Il faut retirer le financement de la réforme, dit-il. Rien n'illustre mieux le charabia des membres du Tea Party pour défendre leur position que l'interview de l'égérie du Tea Party Michele Bachmann, représentante républicaine du Minnesota:

 

Situer la France sur la carte? Pas important

Grover Norquist est connu à Washington pour mener des croisades contre l'Etat fédéral pour faire baisser les impôts des Américains. L'homme, qui n'est pas un élu, a une influence considérable à Washington. Mais ce conservateur, fondateur du lobby Americans for Tax Reforms s'est distingué voici quelques jours lors d'une soirée de célébrités censées financer un fonds d'oeuvres d'entraide. Selon lui, un quart des étudiants du collège (high-school) aux Etats-Unis sont incapables de situer la France sur une carte. "Je veux pourtant rassurer ces jeunes gens qu'être capable de localiser la France sur une carte n'est pas une aptitude importante dans la vie." Le conservateur ajoute par ailleurs que peu d'amis lui ont demandé de s'adonner à l'exercice et que finalement, les employés d'American Airlines qu'il connaît savent le faire à sa place…

 

Coup de fil historique entre Obama et Rohani

Directeur exécutif de l'American Iranian Council et chercheur à la  Woodrow Wilson Schoolf of Public International Affairs, Emad Kiyaei (photo American Iranian Council) était très occupé cette semaine à suivre les pérégrinations du président iranien Hassan Rohani à New York. Logeant dans le même hôtel que ce dernier, au UN Plaza, près des Nations unies, il raconte au Temps comment le président américain Barack Obama en est venu à appeler son homologue iranien Hassan Rohani.
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"J'étais avec le président et son entourage quand cela s'est passé. Hassan Rohani était prêt à partir à l'aéroport pour rentrer en Iran quand il a dû retourner dans sa chambre. Un appel de la onzième heure du président américain. Certains ont avancé que l'appel a eu lieu dans la voiture du président iranien qui l'emmenait à l'aéroport. En réalité, c'est bien dans sa chambre d'hôtel que cela s'est passé. J'étais derrière la porte. Ils ont parlé un peu moins de quinze minutes. La conversation bénéficiait d'une interprétation simultanée", relève Emad Kiyaei. L'événement est sans précédent depuis la révolution iranienne où aucun dialogue de ce niveau n'a jamais eu lieu. Depuis 1980, les relations diplomatiques entre Téhéran et Washington sont rompues et c'est la Suisse qui représente les intérêts américains dans la République islamique. Certains médias laissent entendre que c'est le président iranien qui aurait pris l'initiative d'appeler.

A l'issue de la conversation, Hassan Rohani a dit à Barack Obama en anglais "have a good day". Quant à Barack Obama, il a conclu son appel par un "Khodahafez", la manière de dire au revoir en persan. "Ils ont parlé de questions bilatérales, de la Syrie et du dossier nucléaire avec la volonté d'aller de l'avant", précise Emad Kiyaei qui ajoute: "Pour moi, si l'on ajoute à cela le tête à tête de 25 minutes qu'ont eu les chefs de la diplomatie des deux pays John Kerry et Mohammad Javad Zarif, c'est un tournant." Selon le directeur exécutif de l'American Iranian Council, les deux présidents ont manifesté leur intention d'aller de l'avant rapidement sans toutefois résoudre immédiatement le problème du nucléaire. Il y aura déjà une première étape avec les négociations de Genève les 15 et 16 octobre.

Emad Kiyaei, qui s'est beaucoup penché sur le dossier nucléaire iranien, pense que les puissances négociatrices (5+1) vont tenter de fixer un niveau d'enrichissement en deça de 5% et permettre la recherche à la centrale nucléaire de Buchehr.

Un vote historique du Conseil de sécurité sur la Syrie

Cela faisait longtemps qu'il n'y avait plus eu une telle effervescence à l'ONU à New York un vendredi soir. Le Conseil de sécurité a voté hier soir à l'unanimité une résolution imposant à la Syrie de mettre sous contrôle international son arsenal d'armes chimiques qui devront être détruites. Le moment est historique, car c'est la première fois que le Conseil de sécurité se place dans l'obligation d'agir quand de telles armes sont utilisés. Pour l'ambassadrice américaine Samantha Power, il s'agit là d'une nouvelle norme internationale.
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Pour le ministre français des Affaires étrangères, le Conseil de sécurité a enfin mérité son nom. Pour Laurrent Fabius, qui salut l'adoption de la première résolution concernant la Syrie en 17 mois de conflit, si on en est arrrivé là, c'est que "nous considérons que la fermeté manifestée par la France, les Etats-Unis, et par d’autres a payé". Les propos de Laurent Fabius n'ont toutefois pas plus à l'ambassadeur de Syrie Bachar Jaafari qui a dénoncé avec virulence l'organisation d'un événement sous l'égide de la France avec la Coalition syrienne dans le cadre des Nations unies.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui avait déclaré voici quelques jours que son organisation avait "collectivement échoué" dans la tragédie syrienne est revenu à de meilleurs sentiments après ce vote historique: "Ce soir, la communauté internationale a rempli sa mission. C'est le premier signe d'espoir en Syrie
depuis longtemps." Le président américain lui-même a qualifié le vote positif du Conseil de sécurité "d'énorme victoire pour la communauté internationale". Le secrétaire d'Etat américain John Kerry n'a pas souhaité s'exprimer devant la presse, se contentant d'un bref passage (photo AFP). Son homologue russe Sergueï Lavrov ne s'est pas non plus arrêté au stakeout du Conseil de sécurité pour parler aux médias.

La Chine, qui est longtemps restée en retrait dans le dossier syrien, a jugé essentiel de s'occuper de la tragédie des civils. Voici l'intervention du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi filmée par Le Temps à la sortie de la réunion du Conseil de sécurité:

 

 

 

 

Marissa Alexander: un nouveau procès pour corriger une injustice

 

Rien ne mit autant en lumière l'injustice dont a été l'objet Marissa Alexander que l'acquittement de George Zimmerman, un Blanc de mère péruvienne, qui tua, en février 2012, un jeune Afro-Américain Trayvon Martin dans un quartier de Sandford en Floride. La jeune femme de 32 ans fut condamnée, en 2010, à 20 ans de prison pour avoir tiré avec une arme à feu dans le plafond de sa maison. La jeune Afro-Américaine se sentait menacée par son mari, Rico Gray, un Afro-Américain réputé pour la battre et avoir battu d'autres femmes avant ce dernier mariage. Un jour, alors qu'elle était enceinte, elle fut même jetée dans une baignoire et dut être hospitalisée. L'événement, qui intervint une semaine après qu'elle eut accouché, fut inscrit dans le casier judiciaire de son mari. Mais Marissa Alexander fut condamnée à 20 ans de prison par un jury qui délibéra pendant … 12 minutes. Il fut instruit par la même procureure en chef que lors du procès de Trayvon Martin, Angela Corey. Or la jeune Afro-Américaine, diplômée universitaire, n'avait blessé personne, ni son mari qui avait essayé de l'étrangler à une occasion, ni ses enfants.

En 2010, la loi "Stand your ground" était déjà en vigueur en Floride. Elle permet à une personne se sentant menacée dans son intégrité corporelle ou de mort d'utiliser son arme à feu pour se défendre. Cette loi absurde n'excluant pas la subjectivité de celui qui en fait usage, n'a cependant pas permis à Marissa Alexander d'échapper à une condamnation extrêmement lourde. Celle-ci est d'autant plus choquante que c'est précisément cette loi que George Zimmerman et ses avocats ont invoqué pour justifier la mort de Trayvon Martin. George Zimmerman était un vigile volontaire dans le quartier de Sandford et avait jugé suspect l'attitude de Trayvon Martin qui venait pourtant d'aller acheter des friandises dans un kiosque du coin avant de rentrer dans l'appartement de son père. Il a toujours affirmé avoir été agressé par Trayvon Martin. Or quand il appela le numéro d'urgence 911, George Zimmerman reçut l'ordre de ne pas quitter sa voiture et de ne pas suivre le jeune Afro-Américain qui portait une capuche lors d'une soirée pluvieuse. Aujourd'hui, George Zimmerman, acquitté, refait parler de lui. Il est en instance de divorce avec sa femme et a eu une violente dispute familiale. Il aurait même menacé d'utiliser son arme. Mais là encore, la police de Floride dément qu'il avait une arme alors que l'avocat de George Zimmerman le confirme…

Le nouveau procès de Marissa Alexander devrait corriger une injustice, ce d'autant que la pression médiatique, au vu du système judiciaire parfois arbitraire des Etats-Unis, devrait être maximale. Mais cela ne semble pas perturber la procureure en chef Angela Corey. Dans le Washington Post, rappelle MSNBC, elle réfute l'argument selon lequel  loi "Stand your ground" serait appliquée avec un biais racial: "IJe pense que les médias sociaux vont détruire ce pays."

 

Didier Burkhalter se félicite du changement de ton de Téhéran

RTX141CTA New York, en marge de la 68e Assemblée générale des Nations unies, nombreux furent les hauts dignitaires d'Etats membres à avoir eu le privilège de rencontrer le nouveau président iranien Hassan Rohani. Jeudi, dans une rencontre historique, le secrétaire d'Etat John Kerry et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif (photo Reuters) se sont parlés en tête à tête à l'issue de la réunion des six puissances négociatrices chargées de traiter avec Téhéran sur le dossier nucléaire iranien. Autour du Conseil de sécurité, des centaines de journalistes attendaient le moment avec impatience. Jamais une rencontre entre de hauts représentants américains et iraniens n'avaient été aussi "intime". Aujourd'hui, beaucoup nourrissent de vrais espoirs quant à une percée dans les négociations sur le nucléaire. 
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Conseiller fédéral en charge des Affaires étrangères, le ministre suisse Didier Burkhalter (photo Reuters) s'est lui aussi félicité du changement de ton de Téhéran lors de sa rencontre avec Mohammad Javad Zarif. Il se félicite aussi de la tenue, le 15 octobre prochain à Genève, d'une réunion des six puissances négociatrices et de l'Iran. Voici ses propos recueillis dans la East Lounge du Palais de verre de l'ONU à New York jeudi après-midi:

L'interview de Didier Burkhalter (1)

L'interview de Didier Burkhalter (2)

Ted Cruz, le nouveau héros du Tea Party

000_Was7943170Il avait promis de parler jusqu'à l'épuisement. Ted Cruz (photo Jim Watson/AFP) a tenu sa promesse. Il a parlé pendant 21 heures avec un objectif en tête: retirer le financement de l'Obamacare, la réforme de la santé que le président Barack Obama a fait aboutir en 2010 et qui produit très concrètement ses effets à partir du 1er octobre quand les Américains qui n'ont pas d'assurance-maladie peuvent aller acheter en ligne une assurance-maladie à un coût réduit grâce à des subventions de l'Etat fédéral.

L'exercice de Ted Cruz, appelé flibuste dans le langage du Sénat, n'avait pourtant aucune chance d'aboutir à un résultat tangible. Le Sénat étant dominé par les démocrates, ceux-ci ne vont jamais procéder à l'abrogation de l'Affordable Care Act en privant la réforme du financement dont elle a besoin. Manifestement, cet avocat diplômé d'Harvard, qui ne siège au Sénat que depuis neuf mois, n'a pas peur de bousculer les habitudes. S'il a irrité au plus au point les démocrates, il a provoqué une guerre civile au sein de son propre camp, le Parti républicain. Certains ne lui pardonnent pas cet exercice qui pourrait mener à la fermeture de services essentiels de l'Etat si aucun budget n'est approuvé. Or Ted Cruz conditionne l'approbation d'un budget au refus de financer l'Obamacare. Les conséquences d'un "shutdown" serait incalculable pour l'économie américaine, l'emploi et la valeur du dollar comme devise de référence.

Ted Cruz, le nouveau "Sarah Palin avec un diplôme d'Harvard", c'est un peu la manière dont on dépeint ce sénateur du Texas qu'on accuse de ne vouloir qu'accroître sa propre visibilité nationale dans l'optique d'élections à venir. Il s'était déjà distingué lors des auditions du républicain Chuck Hagel quand ce dernier devait être confirmé par le Sénat au poste de patron du Pentagone. Il avait proposé de retarder sa nomination, laissant entendre que Chuck Hagel était financé par des gouvernements étrangers. Il avait également rué dans les brancards en admonestant la secrétaire d'Etat sortante Hillary Clinton dans l'affaire de Benghazi.

Même le stratège républicain Karl Rove craint le pire: que ce type d'exercice coûte aux républicains la conquête du Sénat, toujours dominé par les démocrates, lors des élections de mi-mandat en novembre 2014.