Barack Obama n’est pas rancunier

Old post officeLe milliardaire et républicain Donald Trump avait mené une campagne féroce pour remettre en question "l'américanité" de Barack Obama en exigeant du président qu'il présente son certificat de naissance. Avant de renoncer à se porter candidat à l'investiture républicaine, il avait traité Barack Obama de tous les noms. Ce dernier ne lui en a pas tenu rigueur. L'administration Obama vient d'attribuer au promoteur un projet visant à transformer le mythique bâtiment de la poste, the Old Post Office Building de Washington, en un hôtel de luxe de 250 chambres avec restaurants et spas. 

Actuellement, 370 employés fédéraux y travaillent dans plusieurs agences gouvernementales, The National Endowment for the Humanities et National Endowment for the Arts, ainsi que plusieurs commissions présidentielles. Les républicains de la Chambre des représentants avaient cité le Old Post Office Building comme un exemple de gaspillage des deniers publics.Une condition est toutefois posée à Donald Trump: celui-ci ne pourra pas altérer l'aspect extérieur de ce repère architectural de la capitale américaine.

Le Congrès miné par les conflits d’intérêts

Le sénateur républicain Richard Shelby, d'Alabama, est peut-être critique de la manière dont les finances fédérales sont gérées. Mais il sait aussi bénéficier des largesses de Washington. En une décennie, il a réussi à convaincre le Capitole d'allouer plus de 100 millions de subventions pour transformer un quartier de la petite ville de Tuscaloosa en Alabama. Ces subsides ont profité à plusieurs habitants du quartier, mais aussi au sénateur texan qui possède dans le secteur des bureaux qu'il a achetés 175 000 dollars en 1989. Il a entrepris des rénovations pour 180 000 dollars, puis a acheté pour 116 000 dollars, en 2006, une parcelle de terrain pour un parking. En 2010, Richard Shelby estimait, dans sa déclaration fiscale, la valeur de ces mêmes bureaux à un montant oscillant entre un demi-million et un million de dollars. Les travaux subventionnés par Washington avait manifestement accru la valeur de son bien.
Shelby-richard-senator-r-al

Ce cas de conflits d'intérêts a été relevé dans unevaste enquête en plusieurs volets publiée ces jours dans le "Washington Post". Le quotidien américain a analysé les projets subventionnés approuvés par le Congrès et regardé si les 535 membres du Congrès en ont profité directement ou indirectement alors qu'ils en étaient les promoteurs. Les résultats sont édifiants et un enjeu important. Le Congrès a alloué en 2010 pour 32 milliards de dollars de subventions pour des projets ou programmes.

L'enquête du "Washington Post" révèle une multitude de conflits d'intérêts qui ne sont pas perçus en tant que tels, les règles du Congrès étant beaucoup plus permissives en la matière que vis-à-vis du secteur privé ou des agences fédérales. Parmi les exemples les plus parlants, il y a ce sénateur démocrate du South Dakota, Tim Johnson, qui fait partie de la Commission sénatoriale dénommée The Senate Appropriations Committee. Il a soutenu pendant des années un programme du Pentagone, "Starbase", qui offre des cours de sciences, de maths et d'ingéniérie à des enfants aux quatre coins des Etats-Unis. Avec sept autres sénateurs, il est parvenu, en 2008, à accroître de 4 millions de dollars l'enveloppe destinée à "Starbase". Or, à ce moment, son épouse était payée 80 000 dollars en tant que consultante indépendante pour évaluer ce même programme. Dans un autre cas, une représentante démocrate de Washington s'efforça de faire augmenter le budget alloué à une organisation environnementale gérée par… son fils.

Les pratiques dénoncées par l'enquête ne sont pas forcément illégales. Mais elles sont éthiquement très discutables. Aujourd'hui, le terme "earmark" pour désigner ces subventions est un gros mot que les membres du Congrès évitent de prononcer. Ces révélations ne sont toutefois pas de nature à améliorer la cote de popularité du Congrès qui n'a historiquement jamais été aussi basse. En un sens, le Tea Party se frotte les mains.

Etats-Unis – Chine: la pub qui dérape

La protagoniste de la publicité est une actrice asiatique qui parle volontairement l'anglais avec un accent quand elle pastiche une Chinoise qui vanterait les mérites de son pays. Elle explique sans prendre de gants comment la Chine vole les emplois à l'Amérique. "Votre économie s'affaiblit, la nôtre se renforce", dit-elle. La publicité, qui a été diffusée pour la première fois durant le Super Bowl, mais qui va passer durant deux semaines sur les écrans, est l'oeuvre du républicain Peter Hoekstra, ancien élu de la Chambre des représentants et candidat au Sénat en novembre prochain pour le Michigan. Elle vise l'actuelle sénatrice démocrate Debbie Stabenow, qui aurait contribué à la perte de puissance de l'Amérique au profit de la Chine par des dépenses inconsidérées.

La communauté asiatique du Michigan s'est dite choquée par une publicité jugée raciste et dressant un portrait caricatural de la Chine. Les médias s'y sont aussi mis, appelant tout acteur à refuser de participer à des publicités à connotation raciste. C'est le buzz de ce début de semaine.

Clint Eastwood fait le jeu d’Obama

C'était plutôt inattendu de la part du réalisateur de J. Edgar (Hoover). Dans une publicité de deux minutes diffusée durant le Super Bowl de dimanche soir et intitulée "It's half time in America", Clint Eastwood salue la nouvelle montée en puissance de l'industrie automobile de Detroit, en particulier de Chrysler. Ce faisant, il appuie, involontairement selon lui, le message du président américain Barack Obama lors de son discours sur l'état de l'Union où il montre que General Motors est désormais à nouveau le constructeur automobilile numéro un dans le monde grâce au sauvetage entrepris par le gouvernement américain se chiffrant à des milliards de dollars.

Le sang des républicains n'a fait qu'un tour. De mémoire d'Américains, Clint Eastwood a toujours voté républicain. Il avait hésité une fois, en 1992, à voter pour le candidat indépendant Ross Perot. L'ex-stratège de George W. Bush Karl Rove estime que l'industrie automobile culpabilise et se sent obligée de payer tribut à Barack Obama.

Le Super Bowl est finalement plus politique qu'on le pensait.

Le Super Bowl, l’événement extra-sportif

Ce dimanche, les New York Giants ont fini par remporter le Super Bowl 2012 en battant, dans la dernière minute de jeu, les New England Patriots par 21 à 17. Sportivement, l'événement le plus médiatique (plus de 100 millions de téléspectateurs) aux Etats-Unis est une démonstration de puissance et de débauche d'énergie.

D'un point de vue non sportif, l'événement est tout aussi intéressant. Durant le Super Bowl, les téléspectateurs ont l'occasion de voir les pubs les plus élaborées de l'année dont le coût avoisine les 3 millions de dollars pour trente seconde de diffusion. Ce grand rendez-vous est aussi une vaste fête populaire qui se propage même dans la rédaction de la chaîne de télévision NBC qui possède les droits de transmission. Les stars télévisuelles de la chaîne, de Jay Leno à Brian Williams, ont pris le temps de s'adonner à une comédie musicale sur mesure pour le Super Bowl qui en dit long sur la portée de l'événement.

 

Economie: le casse-tête narratif

Bonne nouvelle annoncée vendredi par le Département américain du travail: le taux de chômage a baissé, passant de 8,5 à 8,3%, soit 243000 emplois créés. Pour le président Barack Obama, c'est une évolution opportune. Au cours de l'année écoulée, l'économie américaine a créé au total près de deux millions d'emplois, le meilleur bilan de ces cinq dernières années. Pour le président Barack Obama, c'est une bonne nouvelle, mais c'est aussi un piège. En 2010, il avait annoncé un peu tôt une reprise avant que l'économie ne ralentisse à nouveau. Son discours de campagne électorale doit désormais intégrer deux composantes a priori contradictoires. D'un côté, la Maison-Blanche doit montrer à l'électorat que les attaques des républicains sont injustifiées. De l'autre, avec un taux de chômage qui reste le plus élevé jamais enregistré en année d'élection présidentielle depuis les années 1930, il doit prouver qu'il est capable de créer au plus vite des places de travail pour les 12 millions d'Américains sans emploi.

Pour le favori à l'investiture républicaine Mitt Romney, la donne n'est pas moins compliquée. L'ex-gouverneur du Massachusetts se présente comme le spécialiste capable de redresser l'économie américaine. Il ne cesse de fustiger, dans ses discours électoraux, le mauvais bilan de Barack Obama. Avec l'amélioration des chiffres du chômage, cette stratégie est toutefois risquée. Elle pourrait laisser croire que Mitt Romney est déconnecté de la réalité. Dans le Nevada, où le chômage avoisine les 13%, le candidat républicain, qui a remporté samedi une victoire facile lors de la primaire, a reconnu que l'économie se portait un peu mieux, mais qu'elle se porterait beaucoup mieux s'il était à la Maison-Blanche à la place de Barack Obama. L'emploi sera dans tous les cas un facteur essentiel de la présidentielle. A cet égard, les Etats clés (swing states) qui peuvent basculer dans le camp républicain ou démocrate en fonction de l'humeur du moment sont plus touchés par le chômage que d'autres Etats. C'est le cas de la Floride, mais aussi du Michigan ou du Nevada.

La reprise américaine est manifeste. Mais plusieurs facteurs extérieurs pourraient l'interrompre. Un éclatement de l'euro aurait un impact important sur les Etats-Unis et serait de nature à assurer une élection de Mitt Romney. Une attaque par Israël de la République islamique d'Iran pour détruire les installations nucléaires iraniennes pourrait entraîner la fermeture du détroit d'Ormuz et embraser la région. Le prix du pétrole pourrait s'envoler et réduire à néant les espoirs d'une reprise soutenue.

 

Miami: une lueur d’espoir dans le tunnel de la détresse

La Lotus House à Overtown, Miami. Planté à un jet de pierre de gratte-ciels de plusieurs millions, ce foyer pour femmes en détresse est un lieu où se croisent des destins tragiques: jeunes femmes en rupture avec leurs parents, avec les institutions, femmes battues, femmes toxicomanes, femmes condamnées pour tel ou tel crime, puis libérées. Elles ont toutes hérité du qualificatif de "sans-abri". La responsable de cette maison, Constance Collins Margulies, la responsable, tient un discours plein d'espoir: "La fin est notre objectif." Dit plus explicitement, les femmes hébergées pour une année à la Lotus House y sont pour une année afin de retrouver les repères, l'énergie et la confiance pour prendre un nouveau départ. Il y a des règles, mais il y a aussi une technique qui a déjà fait du chemin aux Etats-Unis: l'empowerment.

Constance Collins Margulies  est à la retraite. Elle travaillait dans l'immobilier et se consacre désormais pleinement à la Lotus House comme volontaire. Pourquoi un tel engagement? A 13 ans, à New York, elle tombe sur un sans-abri, dans le froid de l'hiver, qui fouille dans les poubelles de la ville. Cette vision lui glace le sang: "Comment peut-on être heureux en voyant de telles scènes?" se dit-elle. "Quelles que soient les raisons pour lesquelles ces femmes viennent ici, qu'elles aient vécu des situations dégradantes ou traumatisantes, il y a toujours une possibilité de se reconstruire. On leur donne, pour certaines, non pas une deuxième, mais une première chance."

Dans le quartier d'Overtown, à majorité afro-américaine, la Lotus House est un îlot à l'abri de l'agitation de la ville. Augusta est une ancienne pensionnaire . Elle livre un témoignage bouleversant: "Je suis très reconnaissante. La Lotus House m'a sauvé la vie. Mon identité était détruite. Maintenant je suis dans la phase de transition entre ici et un logement que j'occupe. J'ai 35 ans. Ce n'est que maintenant que j'apprends à me détendre. Ma mère est décédée quand j'avais 17 ans. J'ai appris à lutter, mais au fil du temps, j'ai perdu cette faculté. La porte de la Lotus House s'est ouverte. C'était comme si j'avais la mère dont j'avais besoin."

Photos Miami 006Sierra Jones, 35 ans (en photo), en bisbille avec ses parents, a été trimbalée d'un foyer pour enfants à l'autre. Elle a atterri ici à Overtown en état de détresse. Aujourd'hui, elle revit et a même été engagée par la Lotus House.