Maintenir la flamme des Kennedy au Congrès

Après la mort de Ted Kennedy en 2009 et le retrait de son fils Patrick en 2010, le Congrès s'est trouvé orphelin de l'une des plus grandes dynasties d'Amérique. Ce pourrait être une parenthèse qui se refermera le 6 novembre prochain. Joe Kennedy III, petit-fils de Robert et fils de Joe Kennedy II, a annoncé sa candidature pour la Chambre des représentants afin de tenter de reprendre le siège du très libéral (gauche) Barney Frank qui se retirera à la fin de la législature.

Joe Kennedy III, 31 ans, a tout pour plaire. Il est avocat, il a le pedigree des Kennedy que le tout-Washington adore: bachelor en droit de Harvard, stage au Peace Corps. Il s'est battu contre la corruption en tant que procureur dans le Massachusetts. A peine sa campagne lancée, il a déjà le soutien de tous ceux attirés par cette famille hors du commun et de quelques groupes de pression de Washington.

Barney Frank, qui a donné son nom avec l'ex-sénateur Chris Dodd à la loi Dodd-Frank de régulation de Wall Street, en est persuadé: Joe Kennedy III sera un excellent successeur. Un premier sondage révèle qu'il battrait le républicain Sean Bielat, candidat contre Barney Frank en 2010, par 60% des voix contre 28.

 

Le Michigan, l’heure de vérité pour Mitt Romney

La primaire républicaine du 28 février dans le Michigan sera un test crucial pour Mitt Romney, le candidat qu'on décrit toujours comme le favori à l'investiture même s'il a perdu de façon douloureuse trois scrutins de suite dans le Minnesota, Missouri et Colorado.

Actuellement à la traîne dans les sondages derrière le chrétien ultra-conservateur de Pennsylvanie Rick Santorum, Mitt Romney est pourtant presque à la maison dans le Michigan. C'est là qu'il est né, à Détroit, le 12 mars 1947. C'est aussi là que son père, George, fut gouverneur durant deux mandats de 1963 à 1969 et dirigea l'American Motors Corporation. Mais l'ex-gouverneur du Massachusetts a un vrai problème. En 2008, peu après l'élection de Barack Obama à la Maison-Blanche, il publia une tribune libre dans le "New York Times" intitulée "Let Detroit go bankrupt" ("Laissez Detroit faire faillite").

Aujourd'hui, il essaie par tous les moyens de récupérer le coup. Le sauvetage de l'industrie automobile, et en particulier General Motors et Chrysler, grâce au plan de relance de l'administration démocrate, a permis à GM de redevenir le numéro un mondial devant Toyota. Marquant un retard certain sur Rick Santorum, Mitt Romney prévoit, comme il l'avait fait contre Newt Gingrich en Iowa, de diffuser une avalanche de pubs négatives à la radio et à la télévision. Rick Santorum anticipe déjà la manœuvre en publiant, non sans humour, une publicité annonçant le déluge… 

L’argent nerf de la guerre aux USA? Dickens le disait déjà en 1842…

Ceux qui ont l'impression qu'avec les super-PAC (groupes à but non lucratif politiquement actifs), qui soutiennent Mitt Romney ou Barack Obama, la campagne électorale pour la présidentielle 2012 révèle un amour immodéré des Américains pour l'argent, devraient remonter à 1842 pour constater que ce n'est pas une caractéristique vraiment nouvelle. Dickens

A cette époque, Charles Dickens, 30 ans, est déjà une célébrité mondiale. Il est reçu au Park Theatre de New York par plus de 3000 invités. Comme le raconte la BBC, l'écrivain anglais est tout d'abord séduit par l'Amérique, par Boston où il débarque. Son but, en tant que réformateur social engagé, c'est de voir si les Etats-Unis sont une démocratie plus avancée que l'Angleterre victorienne, une société de classes.

Pourtant, petit à petit, Charles Dickens deviendra hostile à la manière qu'ont les Américains de tenter de faire de l'argent sur le dos de sa célébrité. Il reproche ainsi à son coiffeur américain d'avoir tenté de faire de l'argent en vendant des cheveux de l'auteur anglais. Même à Washington où il visite les institutions politiques, le Capitole et la Maison-Blanche de John Tyler, il fait le même constat: les Américains sont motivés davantage par l'argent que par les idéaux.

Il y a aussi les manières des habitants du Midwest à table qui l'horripilent. "Ce sont comme des animaux", dit-il. En bref, les Américains ne sont pas assez british. Ces divergences seront à l'origine de la "Quarrel with America", de la dispute avec l'Amérique.

Les choses s'arrangeront grâce à la popularité durable des ouvrages de Dickens qui réconcilieront des Américains irrités avec l'auteur anglais. Plus tard, bien plus tard, Etats-Unis et Grande-Bretagne iront jusqu'à développer une "relation spéciale" avec Winston Churchill et Franklin D. Roosevelt, puis Margaret Thatcher et Ronald Reagan, et enfin Tony Blair et George W. Bush.

Stylisme: l’effet Michelle Obama

En pleine semaine de la mode à New York, on peut se demander quel est le meilleur moyen de se faire remarquer pour vendre sa Michelle-obama-jason-wucollection. Se balader dans les travées du Lincoln Center de Manhattan où se déroule la New York Fashion Week? Non, le meilleur moyen, c'est Michelle Obama. 

L'épouse du président qui est, pour le New York Times la First Lady la plus stylée et la plus audacieuse qu'ait connue l'Amérique, s'est distinguée, depuis qu'elle vit à la Maison-Blanche, par des robes inattendues, risquées même. Pour des dizaines de jeunes stylistes encore peu connus, le must, c'est que Michelle Obama porte un jour l'une de leurs créations. C'est arrivé, raconte le quotidien new-yorkais, à Jason Wu, un petit designer qui travaillait avec trois autres collègues dans un petit studio de Manhattan. Quand Michelle Obama porta une robe de soie couleur ivoire (photo ci-contre) lors du bal d'investiture en 2009, son entreprise a soudain pris un essor mondial.

Plusieurs autres stylistes ont profité de l'effet "Michelle Obama", ce d'autant que la First Lady ne se cantonne pas dans un style unique ou une marque. Elle aime le changement et aime surprendre. Elle n'hésite pas à faire confiance à de nouveaux jeunes stylistes méconnus. Le designer Prabal Gurung a bénéficié d'une reconnaissance nouvelle après que Michelle Obama eut porté plusieurs de ses créations. Quand il rentre dans son pays d'origine, le Népal, tout le monde sait qu'il a habillé la First Lady de la première puissance mondiale. Ce n'est pas rien.

Whitney Houston conquit l’Amérique patriote

Star du soul et du R & B, Whitney Houston, décédée samedi à Beverly Hills, avait déjà vendu des millions de disques. Elle avait été lauréate des Grammy Awards et conquis des millions de fans. Son interprétation de l'hymne national américain, lors de la finale du Super Bowl le 27 janvier 1991, lui fera franchir un nouveau seuil. Elle conquerra l'Amérique entière. Index

Le jour où elle entonne the Star Spangled Banner, les Etats-Unis sont en pleine guerre du Golfe entammée dix jours plus tôt. Les responsables de la National Footfall League craignent toutefois que la manière dont Whitney Houston entend chanter le chant patriotique ne convienne pas à ces temps de guerre. Ils appellent le père de la chanteuse pour tenter de la dissuader. En vain.

L'interprétation de la diva du pop fait un tabac. La chanteuse arrache même des larmes aux GI qui l'écoutent à la radio en plein désert du Koweït. Sa maison de disques sort d'emblée un album quelques jours plus tard. L'écho est très favorable, même si certains critiques estiment qu'on tend à glorifier l'acte de guerre.

Le disque sera réédité après les attentats du 11 septembre 2001 et Whitney Houston fera don de la recette de cette réédition aux familles des pompiers et des policiers de New York morts lors des opérations de sauvetage aux pieds des tours jumelles. L'hymne national américain façon soul chantée par Whitney Houston entrera dans le top ten du hit-parade aux Etats-Unis.

L’Eglise catholique refuse tout compromis avec Obama

La Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis refuse tout compromis sur la contraception. Le président Barack Obama avait imposé à des établissements gérés par des institutions religieuses (hôpitaux, universités) qu'ils remboursent aux employées les frais de contraception qu'elles pourraient devoir assumer. Cette décision découle de la loi adoptée dans le cadre de la réforme de la Santé appelée péjorativement Obamacare. Vendredi, après une levée de boucliers des milieux catholiques, mais aussi religieux conservateurs, il avait proposé un compromis: ce ne seraient plus les établissements eux-mêmes qui rembourseraient ces frais, mais les assureurs maladie eux-mêmes.

Cela n'a pas suffi. Pour le président de la Conférence des évêques, le moment était mal choisi pour faire preuve d'un esprit de conciliation avec la Maison-Blanche. Si dans un premier temps il reconnaissait que le président avait fait un pas dans la bonne direction, il changeait d'avis peu après. Il faut dire que samedi, Timothy Michael Dolan, évêque de New York, s'envolait pour Rome où il allait être nommé cardinal par le souverain pontife. Benoît XVI ne passe pas pour un pape très libéral en matière de contraception…

La guerre de religion pourrait donc bien avoir lieu. Les candidats républicains à la Maison-Blanche, qui promettent d'abroger la réforme de la Santé d'Obama s'ils sont élus à la présidence des Etats-Unis, ne vont pas manquer de saisir cette opportunité pour affaiblir le vote catholique en faveur de Barack Obama.

La face cachée de JFK, figure iconique de l’Amérique

JFK imageL'interview diffusée mercredi soir sur NBC aurait pu égratigner le mythe de John Fitzgerald Kennedy. Stagiaire à la Maison-Blanche en 1962, à l'époque où JFK était président, Mimi Alford a confirmé de façon poignante sa relation de 18 mois avec le président des Etats-Unis. Elle a surtout livré à la journaliste Meredith Vieira de NBC des détails sur leur relation qui s'est développée à l'insu de la First Lady, Jackie Kennedy. Des détails qui sont racontés dans des Mémoires que Mimi Alford publie ces jours aux Etats-Unis. 

Agée de 19 ans en 1962 (JFK avait 45 ans), Mimi Alford dit n'avoir jamais ressenti un sentiment de culpabilité. Elle dit être convaincue que Kennedy l'appréciait beaucoup sans nécessairement l'aimer. Elle perdra sa virginité à la Maison-Blanche. JFK la fera régulièrement venir dans l'espace privé de la Maison-Blanche. Il se rendra même dans le campus de l'Université de Wheaton dans le Massachusetts, où elle retourna après son stage à la Maison-Blanche, pour la retrouver. Il se faisait passer pour un certain "Michael Carter".

De l'avis de beaucoup, John Fitzgerald Kennedy avait impressionné Washington par sa rigueur en politique et sa capacité à prendre des décisions difficiles. Mais par rapport à sa vie privée, estime-t-on, il a pris des risques "inconsidérés". Une manière de décompresser, disent les spécialistes, au vu des fortes tensions auxquelles était soumis le président à l'époque. Il agissait en privé "comme s'il était une autre personne", souligne Mimi Alford. Même en pleine crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, il fera attendre sa jeune stagiaire à la Maison-Blanche.

L'interview de Meredith Vieira  se termine sur des confessions scabreuses. Mimi Alford confesse avoir été un soir avec JFK et Dave Powers, l'un des conseillers du président. Alors que JFK jouait avec sa stagiaire dans la piscine de la Maison-Blanche, il lui demanda si elle pouvait "s'occuper de Dave Powers". Le président des Etats-Unis l'invitait à faire une fellation à son conseiller. Elle s'exécuta devant lui. Dans l'interview de NBC, Mimi Alford, mal à l'aise, estime avoir été abusée et ne cache pas sa colère, qui l'habite encore. Elle relève que le président lui fera une demande similaire pour son frère Ted Kennedy. JFKx-large

Ces épisodes racontés par Mimi Alford ne sont pas corroborés par d'autres sources, la plupart des gens de l'époque qui auraient pu en parler étant morts. Mais de l'avis des experts de JFK, ils ne vont pas détruire le mythe Kennedy. Le journaliste Chris Matthew, auteur d'un livre sur JFK, relève que Kennedy a transformé la politique américaine, la faisant passer du noir et blanc à la couleur. Et cela va rester, dit-il. Pour l'historienne Doris Kearns Goodwin, les Américains ont déjà "absorbé" les multiples relations extraconjugales de JFK. Les révélations de Mimi Alford ne vont pas détériorer l'image très positive qu'a l'opinion publique américaine de JFK. Richard Reeves, auteur de "President Kennedy: Profile of Power", ajoute que JFK et Jackie Kennedy sont devenus des "figures culturelles qui vont vivre bien au-delà de leur époque", car elles représentaient un certain universalisme.

 

Occupy Wall Street prépare la riposte

Voici quelques jours, la police est intervenue à la place McPherson, à Washington, pour déloger les protestataires du mouvement Occupy DC. Ce faisant, elle a ainsi quasiment mis un point final à l'occupation de places publiques dans les villes américaines qui a marqué l'automne 2011. Images

S'il a perdu en visibilité médiatique, le mouvement Occupy n'est pas mort. Il prévoit déjà, dans une trentaine de villes du pays, de mener une action non violente contre "Corporate America" le 29 février prochain. Une grève générale est par ailleurs agendée le 1er mai. L'idée est de thématiser le "1%-99%", soit le 1% de riches privilégiés et les 99% d'Américains appartenant à la classe défavorisée ou à la classe moyenne. Le 1er mai, les instigateurs de la mobilisation entendent organiser un jour "sans les 99%". A New York, foyer du mouvement Occupy Wall Street, on travaille d'arrache-pied pour imaginer la suite à donner aux occupations de 2011.

En cette année électorale 2012, le mouvement Occupy pourrait très vite retrouver une visibilité. Il estime avoir déjà gagné une première victoire. Dans les discours du président Barack Obama, il est désormais beaucoup plus question d'injustice sociale et économique. Et il est aussi question de fixer un taux d'imposition minimal de 30% aux fortunes de plus de 1 million de dollars.

Guerre de religion autour de la contraception

La contraception et la religion ne font pas bon ménage aux Etats-Unis. Le président Barack Obama s'est vu contraint d'édulcorer une décision qu'il a prise dans le cadre de la réforme de la santé promulguée en 2010. Il avait initialement imposé à des institutions religieuses comme des universités ou des hôpitaux de rembourser, à partir d'août 2013 aux femmes employées par ces mêmes organisations les frais de contraception.

Certains catholiques, dont la Conférence des évêques, sont tout de suite montés au créneau pour dénoncer cette mesure qui violerait la liberté de conscience des établissements religieux. Les évangéliques et d'autres mouvements religieux se sont aussi insurgés contre la réforme. Vendredi, la Maison-Blanche a atténué son plan en laissant libres ces institutions religieuses de rembourser ou non les mesures de contraception. Mais elle exige des assureurs maladie qu'ils remboursent ces mêmes frais à leur place. Le compromis devrait satisfaire une partie de l'Eglise catholique.

Les milieux conservateurs et le Parti républicain ont saisi la balle au bond. Ils accusent Barack Obama de violer le 1er Amendement et de déclarer une "guerre de religion". Fox News y a consacré une bonne partie du vendredi soir pour dénoncer le sécularisme de l'Administration Obama qui fait fi de la liberté de religion. Les réactions sont aujourd'hui même plus vives qu'au moment de la publication de l'arrêt de la Cour suprême intitulé Roe vs Wade en 1973 légalisant l'avortement.

Des femmes catholiques ou évangéliques se sont associées à ce combat contre Barack Obama. Mais elles sont minoritaires. Une grande majorité de femmes approuvent les mesures contraceptives et sont favorables à la réforme d'Obama. Selon diverses études, 98% des femmes catholiques ont recouru un jour ou l'autre à la contraception.

L'enjeu de cette bataille médico-religieuse est très politique. Pour l'élection présidentielle américaine de novembre 2012, le vote hispanique sera capital et la communauté hispanique tend à être plutôt catholique et plutôt conservatrice en matière d'avortement et de contraception. La levée de boucliers contre la décision de l'administration Obama est d'autant plus étonnante que 28 Etats sur 50 imposent déjà le remboursement des moyens de contraception pour les femmes.

Des GI en Afghanistan utilisent sans le comprendre le sigle SS

La scène avait été prise en 2010 dans la ville de Sangin en Afghanistan. Des GI de l'armée américaine posaient en treillis, avec leur arme personnelle, devant un drapeau américain et un autre drapeau avec le sigle SS. Malgré le tollé provoqué par cette image, les soldats ne seront pas punis. Le commandant du corps des Marines, le général James Amos, s'en explique. Selon une enquête menée à l'interne, les militaires incriminés ne faisaient pas le lien entre le sigle SS, l'Holocauste et l'Allemagne nazie. Pour eux, cela signifiait plutôt Scout Sniper, une expression utilisée pour qualifier des Marines ayant suivi une formation spéciale de terrain. Nazi_tx700

Pour parer à ce type de dérapage, le secrétaire d'Etat à la Défense Leon Panetta a jugé nécessaire de dire à quel point ce type de sigles ne doit pas être toléré dans l'armée américaine. Mais il a aussi estimé indispensable de mettre sur pied une formation pour que les soldats comprennent les signes qu'ils utilisent.

Des questions se posent aussi sur la compréhension qu'ont les Marines des questions religieuses ou ethniques. Il y a peu, des soldats américains sont apparus sur une vidéo les montrant en train d'uriner sur les corps de combattants talibans tués. Une scène vécue par certains comme une humiliation. Vu la complexité des théâtres de guerre d'aujourd'hui, une armée mieux formée à ces aspects qui ne sont pas directement militaires est de nature à créer moins de crispations et de scandales dans une ère où l'utilisation des symboles est ultra-médiatisée.