Quand JFK fait vomir Rick Santorum

C'est sans doute l'attaque inutile, contre-productive. L'attaque de trop. Dimanche sur la chaîne ABC, le candidat à l'investiture  républicaine Rick Santorum, tentant de gagner le vote des conservateurs lors des primaires d'Arizona et du Michigan du 28 février, a utilisé les grands moyens. Le catholique ultraconservateur de Pennsylvanie s'en est pris au discours que John Fitzgerald Kennedy avait tenu en 1960 à Houston, Texas, devant des responsables de l'Eglise baptiste, alors qu'il était candidat démocrate à la Maison-Blanche.

 

Rick Santorum a voulu faire dire à JFK que les Américains étant rattachés à une religion n'ont rien à faire dans la sphère publique. "Cela me fait vomir", a-t-il déclaré. Or le discours de JFK avait une tout autre portée. Le démocrate et catholique Kennedy voulait montrer que le fait d'être catholique n'allait pas influer sur la manière dont il dirigerait les Etats-Unis et qu'il n'était pas prêt à accepter des ordres du pape. Il jugeait indispensable une séparation de l'Eglise et de l'Etat.

En 1984, candidat à sa réélection, le républicain Ronald Reagan abondait dans le sens de Kennedy: "We establish no religion in this country, we command no worship, we mandate no belief, nor will we ever. Church and state are, and must remain, separate."

Voici les vrais propos du seul président catholique que l'Amérique ait connu: "I believe in an America where the separation of church and state is absolute, where no Catholic prelate would tell the president (should he be Catholic) how to act, and no Protestant minister would tell his parishioners for whom to vote; where no church or church school is granted any public funds or political preference; and where no man is denied public office merely because his religion differs from the president who might appoint him or the people who might elect him.

I believe in an America that is officially neither Catholic, Protestant nor Jewish; where no public official either requests or accepts instructions on public policy from the Pope, the National Council of Churches or any other ecclesiastical source; where no religious body seeks to impose its will directly or indirectly upon the general populace or the public acts of its officials; and where religious liberty is so indivisible that an act against one church is treated as an act against all.

For while this year it may be a Catholic against whom the finger of suspicion is pointed, in other years it has been, and may someday be again, a Jew— or a Quaker or a Unitarian or a Baptist. It was Virginia’s harassment of Baptist preachers, for example, that helped lead to Jefferson’s statute of religious freedom. Today I may be the victim, but tomorrow it may be you — until the whole fabric of our harmonious society is ripped at a time of great national peril."

Si Rick Santorum devait décrocher l'investiture républicaine, les catholiques d'Ohio et d'ailleurs qui avaient fortement soutenu JFK à l'époque se souviendront.

Les (médiocres) retours d’ascenseur d’Obama

Barack Obama (photo AFP), un président qui transforme l'Amérique? Cela dépend de quoi l'on parle. S'il s'agit de nominations d'ambassadeurs, BObamail est loin du compte. Il avait pourtant promis, lors de sa campagne électorale 2008, de mettre fin à cette pratique américaine consistant à récompenser de gros donateurs en leur offrant un poste d'ambassadeur quelque part sur le globe. Il a pourtant bien nommé plus d'une dizaines d'ambassadeurs non pas sur la base de leurs compétences diplomatiques, mais de leur portefeuille.

Comme nous le signale Josh Rogin dans son blog "The Cable (Foreign Policy)", un rapport de l'inspecteur général du Département d'Etat révèle que Nicole Avant, ancienne coresponsable des finances de la campagne électorale d'Obama en Californie du Sud, a géré l'ambassade des Bahamas où elle fut nommée en 2009 de façon catastrophique. Entre septembre 2009 et novembre 2011, elle fut absente 276 jours de l'ambassade, dont 102 jours pour des raisons personnelles et 77 jours en raison de voyages aux Etats-Unis dont seuls 23 étaient professionnels. Il en a résulté une gestion "médiocre" de l'ambassade qui emploie tout de même 154 citoyens américains et 61 personnes recrutées localement. La sécurité fut négligée et un bureau loué par l'ambassade resta vide pendant deux ans. Nicole Avant n'était quasiment jamais en contact avec le Département d'Etat.

Les inspecteurs du Département d'Etat visitèrent l'ambassade en septembre et octobre 2011. Un mois plus tard, l'ambassadrice démissionnait. Depuis, elle rejoint Michelle et Barack Obama lors de grands dîners de gala pour récolter des fonds pour la campagne 2012. Elle n'est pas la seule à avoir bénéficié des faveurs du président pour service (financier) rendu. Parmi d'importants donateurs, on trouve aussi l'ambassadrice Cynthia Stroum, au Luxembourg, qui quitta l'ambassade un peu dans les mêmes conditions. Il y a aussi l'ambassadeur Howard Gutman en Belgique qui se fait lui aussi régulièrement remarquer.

Cette pratique me rappelle un certain Warren Tichenor, ambassadeur américain auprès des Nations unies à Genève sous George W. Bush. Grand magnat texan des médias, il avait reçu une belle récompense en étant nommé dans la Cité de Calvin. Il a failli réussir à torpiller la création du Conseil des droits de l'homme avec lesquels il était visiblement peu familier. Pour Barack Obama, les choses seront-elles différentes s'il est élu pour un deuxième mandat? Entre espoir et illusion, laissons-nous du temps avant de trancher.

Romney et l’angoisse du stade vide

L'image a fait le tour de la blogosphère et a passé en boucle sur les chaînes de télévision. A quatre jours de la primaire du Michigan, Romney11Mitt Romney a prononcé un discours sur l'économie à Detroit, dans l'immense Ford Field Stadium (photo AFP), un stade de 65 000 places, où seuls quelque 1200 sympathisans, en costume-cravate pour la plupart, sont venus l'écouter. 

L'équipe de campagne assure qu'elle n'est pas responsable de cette déconvenue. C'est le Club économique de Detroit, organisateur du meeting électoral, qui jugea nécessaire de déplacer l'événement dans un espace plus grand. Trop grand. Mitt Romney, longtemps à la traîne dans les sondages derrière Rick Santorum, est malgré tout à nouveau le favori du scrutin du 28 février. Mais en termes de communication, l'épisode relève un peu du scénario catastrophe. Le message sous-jacent? Soit Mitt Romney est trop sûr de lui, soit son message n'intéresse que peu de monde.

De la difficulté d’être un “social conservative”

Avec un Parti républicain tiré vers sa droite par le Tea Party, les quatre candidats à l'investiture républicaine s'écharpent en public pour savoir qui est le plus conservateur des quatre. Au niveau budgétaire, la palme revient incontestablement à Ron Paul, prêt à supprimer au moins trois départements fédéraux et à opérer des coupes de 1000 milliards de dollars dès la première année à la Maison-Blanche. Au niveau social, difficile de faire mieux que Rick Santorum qui est contre l'avortement et la contraception, contre le mariage homosexuel. Newt Gingrich erre entre les deux positions et le favori Mitt Romney, qui a tourné sa veste à plusieurs reprises, ne convaincra sans doute pas les conservateurs jusqu'à la convention de Tampa à la fin d'août.

Etre conservateur aux Etats-Unis n'est toutefois pas chose facile aujourd'hui. Surtout dans le domaine sociétal. Prenez le mariage homosexuel. Les élus du Maryland ont approuvé jeudi soir un projet de loi visant à légaliser le mariage entre personnes de même sexe. Cet Etat s'ajoute à la capitale Washington et à sept autres Etats (Connecticut, Iowa, Massachusetts, New Hampshire, Vermont, New York et l'Etat de Washington) qui ont adopté des lois similaires.

Où cela se complique pour les "socio-conservateurs", c'est au niveau du mariage tout court. Selon Child Trends, un groupe de recherche de Washington, plus de 50% des naissances, chez les femmes âgées de moins de 30 ans, ont lieu hors mariage. Il fut une époque où ces enfants étaient affublés de qualificatifs peu amènes (batards, illégitimes). Aujourd'hui, c'est devenu la norme, même si 59% des naissances enregistrées auprès de mères de tous âges confondus se produisent encore dans le cadre d'un couple marié. Rick Santorum et Mitt Romney se sont inquiétés de ce phénomène.

Quant à la contraception, qui suscite un débat enflammé en raison de la volonté de l'administration Obama de garantir un remboursement de contraceptifs aux femmes employées par exemple dans des hôpitaux dits religieux, plus de 98% des Américaines y ont recouru une fois ou l'autre.

Oubliés l’Irak et l’Afghanistan, attaquons l’Iran

Nuclear plant iranLe débat diffusé mercredi soir sur CNN organisé en Arizona pour les primaires républicaines fut en syntonie avec la vision qu'a une partie de l'Amérique de la question iranienne. Des quatre candidats, trois sont prêts à attaquer l'Iran ou à donner le feu vert à l'allié des Etats-Unis dans la région, Israël. Il n'y a pas pire menace, relèvent-ils, qu'un Iran doté de la bombe. A travers le Hezbollah, il pourrait diffuser des bombes sales sur le continent américain et directement menacer les Etats-Unis. L'argument est simple et forcément accrocheur. Il fait toutefois fi de la complexité du dossier nucléaire iranien et surtout du contexte régional. Attaquer l'Iran, c'est prendre le risque d'embraser toute la région. Une perspective qui ne serait pas davantage favorable à l'Etat hébreu et qui pourrait au contraire renforcer le régime iranien très affaibli par des luttes fratricides au sein même du camp conservateur. Il n'y a pas, à ce stade, de bonne solution. Les négociations avec l'Iran ont traîné pendant des années et n'ont rien donné. Les sanctions américaines et européennes ont, si on leur donne le temps de produire des effets, une chance d'acculer Téhéran.

Aujourd'hui toutefois, c'est l'escalade verbale. La rhétorique belliqueuse est de rigueur. A cet égard, même les quotidiens The Washington Post et le New York Times ont subi les foudres de leur médiateur interne qui estime qu'ils ont tous deux exagéré l'existence d'éventuelles preuves établissant que l'Iran construit la bombe. (Photo: centre de recherche nucléaire au nord de Téhéran/Keystone.)

La machine paraît inarrêtable et rappelle de façon inquiétante la phase précédant la guerre d'Irak en 2003. Selon un sondage du Pew Research Center réalisé récemment, 58% des Américains approuveraient l'usage de la force par les Etats-Unis pour empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. C'est étonnant. Car dans le même temps, ils sont 75% à penser que Barack Obama a raison de retirer les troupes américaines d'Afghanistan et qu'il devrait même le faire plus rapidement. A ce propos, le candidat républicain libertarien Ron Paul, qui sait ses chances limitées pour décrocher l'investiture, a eu les propos les plus raisonnables lors du débat CNN en Arizona. Se rendant compte que l'argument constitutionnel contre la guerre ne prenait pas, il a sorti l'argument économique. Les guerres d'Irak et d'Afghanistan ont coûté aux Etats-Unis plus de 3000 milliards de dollars, tué 6300 soldats et blessé 46000 GI. Avec une dette de plus de 15000 milliards de dollars, ajoute Ron Paul, le pays ne peut pas, contrairement à ce qu'avancent Rick Santorum, Mitt Romney et Newt Gingrich, se lancer dans une nouvelle guerre. "C'est ainsi que l'Union soviétique s'est effondrée", rappelle-t-il. "De l'intérieur."

 

Bill Clinton, une présidence tourmentée

PBS, la chaîne de télévision publique, a rouvert un chapitre tourmenté de l'histoire des Etats-Unis. Elle a diffusé lundi et mardi, Clinton_film_landing-pre dans sa série "American Experience" un documentaire sur Bill Clinton et ses années (1992-2000) à la Maison-Blanche. Celui-ci remet notamment en perspective les tenants de l'affaire Monica Lewinsky.

Le document met en lumière l'énorme déception qu'avait causée Bill Clinton à son staff, à ses amis et surtout à sa famille qui avaient dénoncé les accusations "mensongères" des ennemis du président démocrate, le procureur indépendant Kennneth Starr et les républicains en tête. Ils sont tous assommés quand le président annonce, dans une formulation désormais célèbre, qu'il a eu une relation "inappropriée" avec la stagiaire de la Maison-Blanche. Pour la First Lady Hillary Clinton, qui était venue publiquement défendre son mari, ce fut l'humiliation.

Bill Clinton aurait pu, comme le précise l'un des témoins de l'époque, abandonner la partie comme l'avait fait Richard Nixon en 1974 en décidant de démissionner avant de subir une éventuelle destitution. "La grande différence entre Nixon et Clinton, c'est que le premier se croyait inférieur à ses ennemis alors que le second était persuadé de leur être supérieur", relève un témoin. Bill Clinton n'abandonnera donc pas. La Chambre des représentants votera la destitution du président pour parjure, mais le Sénat ne confirmera pas cette décision.

L'opinion publique aurait pu crucifier Bill Clinton en raison de ses mensonges et du scandale sexuel. Or elle finit par pardonner au président qui reconnaît avoir "péché". Elle sanctionne surtout la guerre de tranchées lancée par le procureur Starr et les républicains contre un président qu'ils exècrent.

Le président Clinton, souligne le documentaire, a adoré siéger à la Maison-Blanche. Le 20 janvier 2001, il est resté jusqu'à la dernière minute dans l'auguste bâtisse au point que les déménageurs durent vider des tiroirs directement dans des cartons de déménagement pour pouvoir faire de la place à temps au successeur de Clinton, George W. Bush. Elu en 1992, Bill Clinton a achevé sa présidence en 2000 en laissant le pays en meilleur état qu'il ne l'avait trouvé en arrivant au pouvoir. Avec plus de 200 milliards d'excédents budgétaires. "L'un des meilleurs présidents qu'ait jamais connu l'Amérique", disent certains, "un président qui aurait pu en faire beaucoup plus au vu de son talent", disent d'autres.

 

Avez-vous le même palais qu’Obama?

Barack Obama aime se mêler au commun des mortels. Ou plutôt aime révéler les endroits où il casse la croûte. Une manière de créer un buzz culinaire inédit. Pour Presidents Day, le jour férié consacré aux présidents 000_Was3215557américains, le Washington Post a dressé une liste d'une trentaine de restaurants de la capitale et des environs où il aime dîner, avec son équipe économique, avec des présidents étrangers en visite d'Etat ou avec son épouse Michelle.

Cela va du Ray's Hell Burger, où il a déjeuné avec le maître du Kremlin Dmitri Medvedev (photo ci-contre/AFP) au Woo Lae Oak où il a eu l'honneur de tester des mets asiatiques avec son homologue sud-coréen Lee Myung-bak.

Pour les Washingtoniens, jouer les Sherlock Holmes afin de traquer la sensibilité du "palais présidentiel" est devenu un sport quasi national. Fiers d'avoir accueilli le patron de la Maison-Blanche, les chefs desdits établissements ne révèlent toutefois jamais ce que Barack Obama a mangé. Mais un critique gastronomique commente chaque restaurant figurant sur la liste des endroits privilégiés par les Obama. Il s'étonne parfois des goûts culinaires de la Maison-Blanche.

2012, l’élection la plus cruciale de toutes?

Les candidats républicains à la présidentielle américaine le répètent sans cesse aux électeurs: l'élection du 6 novembre 2012 sera la plus importante "de toute votre vie". Le démocrate Barack Obama en faisait de même lors de sa campagne de 2008 et bien d'autres candidats avant eux ont tenté ainsi de dramatiser les enjeux de la présidentielle.

Mais qu'en est-il vraiment? Le politologue David Mayhew, professeur de sciences politiques à l'Université de Yale, s'est fendu d'une belle analyse à ce sujet dans le Washington Post. A ses yeux, tout dépend du contexte, de la manière dont l'électorat est mobilisé, des candidats en présence, de la situation économique. Même si les Etats-Unis sont minés par une crise de la dette et par un chômage élevé à l'échelle américaine, le professeur ne voit pas 2012 comme une année électorale exceptionnelle.

L'importance rétrospective d'une élection est aussi tributaire des changements durables que celle-ci a pu induire. David Mayhew estime à cet égard que l'élection d'Abraham Lincoln en 1860 fut particulièrement cruciale. Les Etats-Unis étaient au bord de la guerre de Sécession à l'issue de laquelle il sera assassiné. Mais la présidence d'Abraham Lincoln débouche sur la fin de l'esclavage. 1932 fut aussi une année exceptionnelle, le pays étant plongé dans la dépression. Préférant Franklin Delano Roosevelt à Herbert Hoover, les Américains font un choix qui marque les quatre décennies suivantes. FDR est l'artisan du New Deal, politique keynésienne de relance de l'économie.

Si on mesure aussi leur importance en fonction des changements qu'elles produiront, les élections de 1964 et de 1980 sont aussi déterminantes. Face au très conservateur Barry Goldwater, Lyndon B. Johnson est déclaré vainqueur et donne lieu, dans les années 1960, à "the Great Society", la Grande Société, un programme de réformes sociales allant de la loi sur les droits civiques et de la loi sur le droit de vote (accordé en 1965 aux Afro-Américians) à Medicare, une assurance maladie pour les retraités. En 1980, c'est la révolution conservatrice de Ronald Reagan dont l'impact est visible aujourd'hui encore. Quant à l'élection de Barack Obama en 2008, difficile encore d'en mesurer les conséquences à long terme. Mais l'arrivée du premier Noir à la Maison-Blanche dans l'histoire des Etats-Unis fut un événement considérable.

La peur des “little brothers” dans le ciel

Il y a un peu plus d'une semaine, le Sénat a adopté une loi que beaucoup attendaient dans le secteur de l'aviation. Signée par le président Barack Obama mardi dernier, elle alloue plus de 60 milliards de dollars sur quatre ans pour remplacer le système de contrôle du trafic aérien, aujourd'hui totalement dépassé, par la technologie GPS. Cette modernisation devrait avoir des conséquences importantes et positives dans le ciel très encombré des Etats-Unis et dans les aéroports. Plus d'efficacité, moins de kérosène brûlé: les réductions de coûts du trafic aérien devraient se répercuter sur le prix des billets.

La loi toutefois oblige aussi l'Administration fédérale de l'aviation (FAA) à ouvrir le ciel aux drones à des fins de surveillance, mais aussi commerciales. Dans certains cas, l'utilisation d'un avion sans pilote peut s'avérer très bénéfique. Un agriculteur pourra ainsi localiser immédiatement la partie d'un champ mal irrigué. En cas de grave accident de la circulation, un drone peut aussi aider la police à réguler le trafic.

L'ouverture tous azimuts du ciel américain aux drones pose néanmoins des questions liées à la protection de la sphère privée. Les avions sans pilote peuvent être dotés d'instruments très sophistiqués de collecte d'informations. Un sénateur américain qui fumerait de la marijuana dans son jardin pourrait être facilement démasqué. La multiplication des "little brothers" dans le ciel américain à des fins commerciales peut constituer une vraie menace pour la sphère privée. Ce d'autant que le marché est estimé à près de 6 milliards de dollars et devrait doubler dans les dix ans à venir.

Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont déjà altéré la liberté des individus, notamment à travers le Patriot Act, décrié par les organisations de défense des droits civiques. Mal utilisés, les drones pourraient constituer un nouveau coup de canif dans les libertés fondamentales.

 

La fin probable de Sharaa Simsim

Les républicains américains mesurent-ils toujours la portée de leur acte? Pour sanctionner la requête palestinienne de reconnaissance d'un Etat par l'ONU, la présidente de la Commission des relations extérieures de la Chambre des représentants, Lleana Ros-Lehtinen, une Américaine d'origine cubaine, a eu la bonne idée, en décembre dernier, de geler 192 millions de dollars d'aide alloués normalement aux programmes d'USAID. Comme le rapporte un chercheur de la Brookings Institution à Doha, ces fonds étaient destinés en priorité aux hôpitaux, à l'éducation et aux institutions gouvernementales palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie. 043_dpa_7362532

Parmi les programmes éducatifs devrait être abandonnée l'émission Sharaa Simsim, la version palestinienne de Sesame Street (deux protagonistes, Ernie et Bert en photo (AFP) ci-contre), un must éducatif et de divertissement pour tout petit Américain depuis des années. Selon Ibrahim Sharqieh de la Brookings, Sharaa Simsim, créé en 1996, diffusait un message de paix, de tolérance et de diversité et la production employait 80 personnes.

L'acte de la fauconne Ros-Lehtinen sape en réalité un travail de plusieurs années de "soft power" des Etats-Unis dans les territoires palestiniens. Pour des raisons de politique politicienne. Malgré le gel de cette aide "humanitaire", l'Amérique finance encore les forces de sécurité palestiniennes afin de protéger Israël.

Dans le même temps, le Département d'Etat américain continue de financer la version israélienne de Sesame Street à hauteur de 750 000 dollars. Danny Labin, un responsable de la Télévision israélienne qui produit l'émission pour enfants, le reconnaît. C'est une situation "extrêmement malheureuse".