Le risque budgétaire et électoral des républicains

Vu le contexte économique et social difficile, les républicains sont sur le point d'achever un projet de budget 2013 osé. RyanEchafaudé sous l'impulsion du président de la Commission du budget, Paul Ryan (photo Reuters/Jose Luis Magaua lors d'une conférence de presse au Capitole mardi 20 mars 2012), le plan prévoit de réduire les dépenses de 5300 milliards de dollars d'ici à 2022. Medicare, l'assurance maladie pour les Américains âgés de plus de 65 ans, subirait une coupe de 205 milliards, Medicaid, l'assurance maladie pour les plus pauvres, ainsi que d'autres prestations en matière de santé verraient leurs dépenses réduites de 770 milliards. Autre coupe drastique de 2000 milliards: les subventions à l'agriculture, les bons alimentaires très prisés actuellement, les dépenses dans le domaine des transports. Le projet de budget prévoit aussi des baisses d'impôts substantielles provoquées par un abaissement du taux d'imposition.

Mitt Romney, qui devrait être l'adversaire de Barack Obama le 6 novembre prochain lors de l'élection présidentielle, s'est félicité de "ce pas audacieux vers un assainissement budgétaire de (la) nation". Il a aussi estimé que la réforme de Medicare allait renforcer le système pour des générations à venir. En résumé, les républicains comptent transformer l'assurance maladie publique Medicare, une réforme majeure de la Great Society des années 1960, par un système d'assurances privées. L'élu républicain de l'Oklahoma Tom Cole juge la mesure "très risqué politiquement". Ce d'autant que les retraités sont peut-être critiques à l'égard de Washington qui a laissé la dette exploser à plus de 15 000 milliards de dollars, mais ils ne sont pas prêts à faire de vraies concessions sur Medicare. Pour les républicains, qui devraient adopter ce budget la semaine prochaine, il faudra une grande force de persuasion pour ne pas perdre l'électorat des anciens.

Ce qui m'a toujours frappé dans le discours des représentants du Tea Party qui voient en Paul Ryan un allié, c'est cette volonté de transférer davantage de compétences, notamment budgétaires, aux Etats pour réduire les déficits fédéraux. Le projet de budget des républicains vise aussi ce type de mesures. Or de nombreux Etats connaissent de très graves difficultés budgétaires. Il n'est pas sûr qu'un transfert de charges de Washington les arrange.

 

Après quoi court Rick Santorum?

Bon analyste du système politique américain, le présentateur de CNN John King s'est livré à une belle démonstration mardi soir. En attribuant généreusement plusieurs Etats à Rick Santorum lors des prochaines primaires, il a montré qu'il était impossible que l'ex-sénateur de Pennsylvanie atteigne les 1144 délégués dont il aurait besoin pour décrocher l'investiture. Grâce à des cartes interactives, il a aussi démontré qu'il serait très improbable que Rick Santorum parvienne à empêcher l'ex-gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, de décrocher le Graal.

En ce sens, John King prend le contre-pied de plusieurs articles de presse annonçant déjà une possible brokered convention, où aucun candidat ne serait désigné à l'avance faute de délégués suffisants. Dès lors que vise Rick Santorum? Soyons clairs: désormais, les primaires républicaines ont plutôt tendance à lasser l'électorat qui n'a plus grand-chose à apprendre des candidats. Son combat, comme celui de Newt Gingrich et de Ron Paul, a sans doute pour but de se mettre dans une position plus influente lors de la convention républicaine de Tampa à la fin août. Mais tout ce temps "perdu" dans les primaires fait le jeu de l'adversaire démocrate Barack Obama.

Romney sauve l’essentiel en Illinois

D'un point de vue républicain, Mitt Romney avait beaucoup à perdre mardi lors de la primaire de l'Illinois. Cet Etat est celui du premier président républicain des Etats-Unis, Abraham Lincoln. Il fut un bastion du Grand Vieux Parti de 1850 à 1920, puis de 1972 à 1988. C'est aussi en Illinois que sont nés les républicains Ronald Reagan et Donald Rumsfeld. Et c'est aussi là que fut élu, en 1928, le premier Afro-Américain au Congrès, le républicain Oscar Stanton de Priest. Romney Illinois

En remportant une victoire facile face à son rival Rick Santorum, Mitt Romney (photo: Chip Somodevilla/Getty Images/AFP) a sauvé l'essentiel dans la perspective de l'élection présidentielle de novembre. Il creuse désormais l'écart, ayant 540 délégués à son actif contre 239 pour son plus sérieux rival Santorum. Pour le favori à l'investiture, il aurait été mal venu de perdre l'Etat de Lincoln.

Ce d'autant que les choses ont changé. L'Illinois n'est plus très républicain. Aux Etats-Unis, c'est le septième Etat le plus démocrate. Cela s'explique. Deux tiers de la population de cet Etat se concentrent aux alentours de Chicago et tendent à voter démocrate. Barack Obama, l'ex-sénateur de l'Illinois et ex-travailleur communautaire de la banlieue de Chicago, ne s'y est pas trompé. Dans de nombreux discours, dont celui qu'il prononça le jour où il prit ses fonctions de président en janvier 2009, il fit référence à Abraham Lincoln. Vendredi dernier, lors d'une collecte de fonds en Illinois, le président américain rappela l'usage dont fit le 16e président des Etats-Unis de son pouvoir: il l'utilisa pour promouvoir les transports, l'éducation et les projets scientifiques.

Le déclin de la presse écrite américaine

Selon une étude de l'Annenberg School de l'Université de South California, dans cinq ans, la plupart des quotidiens américains en version papier auront disparu. La vision est sans doute un peu alarmiste, mais elle indique une tendance qui paraît irréversible. Les journaux (papier) constituent "l'industrie qui rétrécit le plus aux Etats-Unis" en termes d'emplois perdus. La raison en est simple. La publicité dans les quotidiens a été divisée par deux depuis 2005. Selon le Pew Research Center cité dans le FT, les journaux perdent 7 dollars de pub pour la version papier pour 1 dollar gagné par la pub sur NYT buildingleur site internet. Les rédactions vont dès lors rétrécir à leur tour, et la distribution des journaux pourrait se limiter à quelques jours par semaine.

Face à ce déclin inexorable de la presse écrite, les journaux échafaudent des stratégies pour survivre. Cela passe par un développement beaucoup plus agressif des moyens numériques, des tablettes, des applications pour téléphone, etc. Mais aussi par une nouvelle conception de la publicité online. Le New York Times (photo: Gary Hershorn/Reuters) est payant depuis un peu plus d'un an. A la fin 2011, il comptait 390 000 abonnés numériques. A l'avenir, il pourrait ajouter 100 millions de dollars de pub internet supplémentaire à son budget, une somme qui compenserait largement les 50 à 60 millions de dollars de diminution de la pub dans la version papier.

Les chiffres sont implacables. Le volume de publicités internet aux Etats-Unis va dépasser cette année celui des pubs consolidées des journaux et magazines papier. La messe est dite.

Saint-Patrick: le mouvement vert d’Amérique

Dans l'inconscient collectif américain, il y a des nations qui sont beaucoup plus cotées que d'autres. En dépit de ses graves difficultés Obama pubéconomiques qui pourraient la rapprocher de "l'Europe socialiste", l'Irlande a une place de choix dans le coeur des Américains. Samedi 17 mars, les rues de Manhattan s'étaient toutes drapées de vert. A Washington, même la fontaine devant la Maison-Blanche crachait de l'eau verte. Sur la Cinquième Avenue de Manhattan, des milliers d'Américains revendiquant des origines irlandaises ont défilé lors de la 251e parade organisée dans la ville. La manifestation a attiré deux millions de personnes et aurait rapporté à la ville de New York plus de 250 millions de dollars.

Cette frénésie verte m'est apparue étrange. Mais à y regarder de plus près, les liens entre les deux pays sont symboliquement très étroits. Le président JFK, et tout le clan Kennedy, a des origines irlandaises. L'actuel vice-président Joe Biden aussi et il n'a pas manqué de faire de l'ironie à ce propos lors de la visite cette semaine du premier ministre britannique David Cameron. Et puis il y a Barack Obama. En 2011, il se rendait à Moneygall en Irlande pour rencontrer des petits-cousins. Samedi, le président américain s'est rendu au pub irlandais The Dubliner à Washington pour y boire une Guinness avec son cousin Henry Healy (photo BRENDAN SMIALOWSKI / AFP). Mardi prochain, Barack Obama recevra le premier ministre Enda Kenny. Comme le dit la Maison-Blanche, "les Etats-Unis et l'Irlande partagent des relations bilatérales solides, des liens culturels très forts et l'engagement pour un changement positif du monde".

De leur côté, les Irlandais rendent bien cette amitié à leurs cousins américains. La présente vidéo en est une illustration:

 

Dans une opinion publiée dans le "New York Times", un Américain d'origine irlandaise met toutefois un bémol à la fête de la Saint-Patrick. Pour beaucoup, dit-il, c'est l'occasion de fêter, de beaucoup boire et de se vêtir des couleurs de l'Irlande. Mais ce jour devrait évoquer davantage l'immigration que la seule origine irlandaise. Car il ne faut pas oublier les souffrances, les luttes que les Irlandais ont dû endurer quand ils quittèrent leur pays natal en raison de la grande famine ou de la précarité pour se rendre en Amérique. L'éditorialiste Peter Behrens tire un coup de gueule contre ces "Américains prospères du XXIe siècle aux noms irlandais" qui décrivent aujourd'hui les immigrants mexicains ou d'Amérique centrale comme des gens "sales, violents et ignorants". Des qualificatifs qui étaient à l'époque attribués aux Irlandais venus s'installer outre-Atlantique.

La Maison-Blanche est plus transparente. Elle déclassifie des documents de Ben Laden

Dans un post précédent, je relevais le manque de transparence de l'administration Obama. Critiquée par plusieurs médias pour son opacité, elle vient toutefois de déclassifier des documents qui furent saisis lors de l'attaque contre le repaire d'Oussama ben Laden le 2 mai 2011 à Abbottabad au Pakistan (photo AAMIR QURESHI / AFP). C'est le Washington Post qui a pu le premier lire ce document de 48 pages. Qu'y apprend-on? Que Oussama ben Laden avait mis sur pied une cellule au Pakistan et en Afghanistan pour attaquer l'avion de Barack Obama et pour tuer le général David Petraeus. L'ex-leader d'Al-Qaida aurait demandé au terroriste pakistanais Ilyas Kashmiri d'effectuer le travail. Oussama ben Laden exhorte tous ses "frères" à concentrer leurs forces pour attaquer l'Amérique. Ben Laden

L'ex-leader d'Al-Qaida était pourtant isolé dans son "bunker" d'Abbottabad, mais les Etats-Unis restaient son ennemi numéro un. Selon des analystes américains, aucun complot de ce type ne s'est jamais matérialisé et les notes auraient vraisemblablement été prises par les épouses d'OBL. Les 48 pages révèlent qu'Oussama ben Laden craignait au plus haut point "l'insignifiance". Il redoutait aussi que son organisation terroriste ait subi de trop sérieux dégâts d'image. Il déplorait que des membres de son organisation aient tué des musulmans en Irak, même dans des mosquées. Il voulait dès lors qu'Al-Qaida change de nom. Sa première proposition était "Taifat al-tawhid wal-jihad", soit "Monothéisme et Groupe djihadiste".

Pour le dixième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, l'ex-leader d'Al-Qaida prévoyait de diffuser une vidéo sur l'une des chaînes américaines suivantes: ABC, CBS, NBC, et CNN voire PBS et Voice of America. Mais en aucun cas Fox News…

Les femmes au cœur de la bataille électorale

Après les échographies transvaginales imposées au Texas et que le gouverneur de Virginie voulait également imposer aux femmes Lisa Murkowskide son Etat voulant avorter, après la réduction drastique de l'aide étatique à l'organisation Planned Parenthood offrant des scanners de prévention contre le cancer du sein, après les violents échanges entre républicains et démocrates au sujet de la contraception, la "guerre contre les femmes" connaît un nouvel épisode. Le Congrès est en train de s'écharper au sujet d'une loi contre la violence domestique contre les femmes.

La loi, en vigueur depuis 1994, a expiré en septembre 2011. Le Congrès doit la reconduire. Mais les républicains s'y opposent. Sénatrice de l'Alaska, Lisa Murkowski (photo: John Moore/Getty Images/AFP) est républicaine. Mais elle a rejoint six sénatrices démocrates pour soutenir le nouveau projet de loi. Elle craint que le Parti républicain ne subisse un dégât d'image irréversible auprès des femmes dans la perspective de l'élection présidentielle de novembre.

Les démocrates ont compris l'avantage qu'ils peuvent tirer d'une telle situation. Ils sont prêts à s'adonner à une politique politicienne dont la finalité première n'est pas nécessairement le bien des femmes. Dans le nouveau projet de loi, ils ont ajouté des clauses en faveur des Indiens, des mariés homosexuels et des immigrants illégaux. Une manière de forcer un refus des républicains qui ne peuvent pas imaginer accorder aux clandestins la protection de la loi alors qu'ils pourraient y recourir pour obtenir un visa temporaire.

Le gouverneur républicain de Pennsylvanie, Tom Corbett, tend lui à donner raison à Lisa Murkowski. Répondant en public à une question concernant ces mêmes échographies et les images que la femme doit regarder sur l'écran du médecin avant de décider d'avorter, l'élu a tenté de couper court à la polémique: "Elles n'ont qu'à fermer les yeux."

La Maison-Blanche n’est pas transparente

Oussama ben Laden est-il bien mort? La question est volontairement provocatrice. Mais il sera difficile d'y apporter une réponse claire avant longtemps. Malgré la vingtaine de demandes posées par Associated Press pour obtenir des documents liés à l'intervention des Navy Seals à Abbottabad au Pakistan pour capturer puis tuer l'ex-leader d'Al-Qaida, l'administration américaine se refuse à révéler les détails de l'opération. Ceci, malgré l'existence du Freedom of Information Act, une loi imposant au gouvernement américain une transparence de l'information.

Le Pentagone a ainsi expliqué qu'il ne pouvait trouver ni certificat de décès, ni rapport d'autopsie, ni tests ADN, encore moins des documents expliquant la manière dont les Etats-Unis disposeraient du corps de Ben Laden s'il devait être tué dans l'aventure. Ce black-out de l'information est d'autant plus regrettable que l'opération "Geronimo" est, aujourd'hui encore, entourée d'un halot de mystère. Les premières déclarations de la Maison-Blanche furent très confuses et contradictoires.

Barack Obama a certes innové en publiant plus de 2 millions de données sur les personnalités qui sont venues en visite à la Maison-Blanche. Mais plus globalement, l'administration Obama "est la pire des six dernières administrations concerrnées par le Freedom of Information Act", relève l'avocate Katherine Meyer qui s'appuie sur la loi sur la transparence de l'information pour exiger des documents de l'administration américaine. Fait aggravant: sous Barack Obama, l'administration a engagé des procédures judiciaires contre un nombre inégalé de dénonciateurs ("whistleblowers").

Or Barack Obama souhaitait être un "game changer", un réformiste. Peu après son discours d'investiture, il affirmait que son administration serait "la plus ouverte et la plus transparente dans l'histoire" des Etats-Unis. Il a encore moins d'une année pour prouver que ce n'était pas une promesse en l'air.

New York: réflexions onusiennes sur la Syrie

Grand ballet diplomatique lundi 12 mars à l'ONU à New York avec les ministres des Affaires étrangères de quatre membres permanents du Conseil de sécurité, Hillary Clinton, Sergueï Lavrov, William Hague et Alain Juppé. La Chine, qui a sa propre médiation sur le terrain, a envoyé un second violon. Au Conseil de sécurité, les vues russes et occidentales demeurent très éloignées les unes des autres, même si désormais tout le monde semble s'accorder sur la nécessité de garantir l'aide humanitaire et d'engager un processus politique. Mais lequel?

Trois interventions filmées en marge du Conseil de sécurité illustrent les visions des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la Russie:

Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américaine

 

 

William Hague, ministre britannique des Affaires étrangères, assurant la présidence tournante du Conseil de sécurité

 

 

Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères

 

 

Rousseau, star de la New York Public Library

 

 

Pensait-il un jour qu'il allait être le premier sujet de conversation à la Cinquième Avenue et 33e Rue de Manhattan un certain 9 mars 2012? Vendredi soir, Jean-Jacques Rousseau le Genevois a été au coeur d'un débat de haut vol animé par le professeur émérite et spécialiste de l'auteur Benjamin Barber. Les participants? De grands intellectuels américains: Nannerl Keohane, professeure à Princeton, Victor Gourevitch, professeur émérite de la Wesleyan University, Simon Sharma, professeur d'histoire à la Columbia University, l'ancien directeur de la TSR Guillaume Chenevière, puis le représentant d'Occupy Wall Street Amin Husain, Laura Flanders, auteure de "Bushwomen: Tales of a Cynical Species" et de "At the Tea Party". Des politiques américains, les ex-gouverneurs du New Jersey et de New York, le républicain Tom Kean et le démocrate Eliot Spitzer, et un politique suisse avec Pascal Couchepin, ex-conseiller fédéral. (voir www.thinkswiss.org)

 

Dans une salle bondée de la New York Public Library, les débateurs ont tenté d'analyser la pertinence de Rousseau à la lumière des difficultés que connaissent les démocraties aujourd'hui. Ils ont bien sûr abordé l'importance question des inégalités sociales en se référant au Discours sur l'inégalité de Rousseau, mais aussi l'absence de communauté et de capacité d'écoute de l'autre pour aboutir à un compromis.

Voici plusieurs extraits sonores:

L'importance de l'éducation (Tom Keane)

Le débat sur la croissance et la durabilité de la planète (Laura Flanders)

L'ami du service militaire  (Pascal Couchepin)

La chosification des êtres humains (Simon Sharma)