La responsabilité civique de Coca-Cola

CocaCertains appelleront cela la responsabilité civique d'une grande multinationale, d'autres les effets du village global. Coca-Cola (photo Reuters/Beawiharta Beawiharta) vient de couper les ponts avec l'American Legislative Exchange Council (ALEC), une organisation conservatrice à but non lucratif composée d'élus parlementaires et de représentants des entreprises du secteur privé.

Motif de ce geste fort: l'ALEC exerce un lobbying intense auprès des élus et s'engage intensivement pour promouvoir de nouvelles lois au niveau des Etats qui posent des conditions beaucoup plus draconiennes aux citoyens pour avoir le droit de voter (cartes d'identité, etc). Les responsables des droits civiques estiment que ces lois portent préjudice à la démocratie américaine. Elles limitent l'accès aux urnes des Afro-Américains, Latinos, étudiants et personnes âgées.

L'ALEC a surtout été active pour promouvoir la loi "Stand your Ground" en Floride, qui fait l'objet d'une vive polémique en raison de la mort du jeune Noir Trayvon Martin tué par une jeune homme qui estime avoir agi en légitime défense telle qu'elle est définie dans cette loi.

Parmi les grands contributeurs de l'ALEC figurent les milliardaires Charles et David Koch, connus pour financer le Tea Party et des campagnes de publicité contre l'actuel président Barack Obama.

Coca-Cola, qui avait adhéré à l'ALEC afin de combattre des impôts "discriminatoires" sur les boissons, ne se reconnaît pas dans les actions de l'ALEC liées au droit de vote et à la légitime défense tous azimuts. La multinationale n'a pas pris cette décision sur la seule question des droits civiques, ne soyons pas naïfs. Mais elle s'est sans doute rendu compte qu'elle avait plus à gagner en se profilant comme une entreprise responsable auprès d'une frange de la population très friande de Coca-Cola.

D'autres multinationales, poussées par les réseaux sociaux qui se déchaînent sur ce sujet, sont prêtes à emboîter le pas à Coca-Cola et à quitter ALEC.

Dramatique débat sur la peine capitale

La petite ville de Cheshire, dans le Connecticut, fut le théâtre d'un crime odieux le 23 juillet 2007. Une famille entière, ou presque, fut décimée par deux criminels. William Petit, 50 ans, un endocrinologue réputé dans la région, survécut, mais sa femme, 48 ans, et ses deux filles, 17 et 11 ans, furent tuées dans la maison familiale. L'épouse et l'une des deux filles furent abusées sexuellement. Avant de quitter la villa des Petit, les deux criminels boutèrent le feu à la maison. William Petit, blessé, réussit néanmoins à s'en sortir.

Aujourd'hui, le Connecticut, qui n'a exécuté qu'une personne en quarante ans, est en émoi. Un vaste débat s'est amorcé sur la peine de mort qui a été infligée aux deux criminels. L'un d'eux devrait être exécuté cet été. Mais les démocrates du Sénat du Connecticut, soutenus par une centaine de proches de victimes de meurtres, ont déposé un projet de loi visant à remplacer la peine de mort par une condamnation à vie sans remise de peine. Le projet abolirait la peine de mort, mais la maintiendrait pour les 11 détenus qui croupissent aujourd'hui dans les couloirs de la mort dans cet Etat de Nouvelle-Angleterre. Une lettre rédigée par ces proches relève que la peine de mort, "plutôt que de prévenir la violence, ne fait que la perpétuer. […] La peine de mort est une fausse promesse qui ne tient pas."

Il n'est pas sûr que la loi passe au parlement du Connecticut. Si elle est adoptée, le gouverneur démocrate du Connecticut, Dannel Malloy, a promis qu'il signerait la loi et abolirait la peine de mort. Le Connecticut rejoindrait ainsi le New Jersey, le Nouveau-Mexique et l'Illinois qui ont tous trois aboli la peine capitale ces dernières années.

William Petit, qui essaie désormais de reconstruire péniblement sa vie dévastée par ce drame, ne peut pas pardonner. Rongé par la douleur, il l'admet: "La seule justice possible, c'est la peine de mort." Il a aussi le soutien de plusieurs familles de victimes. Voici son témoignage:

 

La vengeance de Sarah Palin

Palin Couric
La vengeance est un plat qui se mange froid. Sarah Palin était la coanimatrice mardi du "Today Show" sur la chaîne de télévision NBC. La chaîne publique a perdu beaucoup d'audience ces dernières années. Inviter la controversée Sarah Palin, qui figurait, en 2008, sur le ticket de John McCain comme potentielle vice-présidente des Etats-Unis, est une manière d'augmenter l'audience. Et manifestement, la recette a marché. NBC a attiré 23'000 téléspectateurs de plus grâce à Sarah Palin. Au lieu d'avoir 333'000 téléspectateurs de plus que l'émission concurrente "Good Morning America" sur ABC, le "Today Show" a accru l'écart qui s'est chiffré à 356'000 téléspectateurs.

Or qui anime l'émission d'ABC? Katie Couric (photo Keystone/Sarah Palin à gauche, Katie Couric à droite), la journaliste qui avait fait sensation en interviewant Sarah Palin sur CBS en 2008. En laissant parler l'ex-gouverneure d'Alaska tout en posant ici et là des questions pertinentes pour relancer la discussion, Katie Couric avait montré aux yeux de toute l'Amérique l'inexpérience totale de la candidate à la vice-présidence des Etats-Unis en matière de politique étrangère. Ce faisant, elle avait mis dans l'embarras tout l'establishment républicain. L'ex-gouverneure d'Alaska racontait comment le fait d'habiter à côté de la Russie lui avait permis de renforcer son expérience de politique extérieure.

Il va sans dire que NBC n'a pas choisi Sarah Palin par hasard. La chaîne souhaitait une confrontation directe entre l'ex-égérie du Tea Party et l'animatrice d'ABC Katie Couric.

 

Voici ci-dessous la fameuse interview de 2008:

 

Le cri d’alarme du “New York Times”

Les négociations entre le personnel du New York Times et la direction se poursuivent. Cette dernière a fait quelques concessions en renonçant à imposer la semaine de 40 heures (au lieu de 35) aux non-journalistes. Mais elle prévoit toujours de geler les pensions et de revoir à la baisse les conditions de travail.

Dans une vidéo, la "corporation" des journalistes lance un cri d'alarme. Plusieurs journalistes de renom ont déjà quitté le prestigieux quotidien new-yorkais. Elle rappelle que les journalistes du New York Times ont gagné plus de 30 prix prestigieux depuis 2008, dont 10 Pulitzer. Selon elle, sans les meilleurs journalistes du monde, le New York Times ne sera qu'une page blanche. Elle lance une vaste campagne Saveourtimes à suivre sur Twitter.

 

L’austérité à la hussarde selon Paul Ryan

La semaine dernière, sous l'impulsion de Paul Ryan, l'un des chefs de file du Tea Party, la Chambre des représentants a adopté un budget d'austérité qui tranche à la hache dans Medicare, Medicaid et autres prestations sociales. Pour Medicaid, l'assurance pour les plus démunis, les coupes se montent à 810 milliards de dollars d'ici à 2022. Les Etats américains risquent de devoir priver entre 14 et 28 millions d'Américains de cette couverture santé. Le plan prévoit aussi de retrancher 133 milliards de dollars en une décennie du budget alloué aux bons alimentaires pour les plus démunis. L'une des manières d'y arriver est de supprimer les bons alimentaires de 8 des 47 millions d'Américains qui en bénéficient.

Dans sa chronique du 1er avril, l'éditorialiste Paul Krugman tire un coup de gueule: le budget de Paul Ryan est "le plus frauduleux dans l'Histoire américaine". Frauduleux parce qu'il fixe les fausses priorités. Frauduleux aussi parce qu'il imagine 700 milliards de revenus supplémentaires par an, un objectif illusoire.

Paul Ryan explique les raisons de ce budget:

 

 

Mardi, le président démocrate Barack Obama lui a répliqué lors du déjeuner annuel de l'agence Associated Press. Parlant du budget Ryan, il a déploré le virage à droite des républicains. Se référant au programme d'austérité "Contract with America" promu en 1994 notamment par Newt Gingrich, connu pour ses positions conservatrices proches du Tea Party, Barack Obama a ironisé: si on compare ce programme au budget Ryan, "Contract with America" apparaît comme le "New Deal" de Franklin Roosevelt…

 

 

Des fous volants, ces Américains

Finis les bouchons du Beltway à Washington ou du pont de Brooklyn à New York. Lundi, la société Terrafugia, dans l'Etat du Voiture volanteMassachusetts, a fait du rêve de tout automobiliste une réalité. Elle a testé avec succès une voiture volante pendant huit minutes. Dénommé "Transition", le petit avion (photo HO/TERRAFUGIA/AFP), raconte l'AFP, peut circuler sur route avec les ailes repliées et se garer normalement dans un garage classique. Mais l'engin a tout de même besoin d'une piste de 762 mètres pour s'envoler. Coûtant 279 000 dollars, "Transition" pourrait être commercialisé en 2013 déjà. Le vice-président de l'Association internationale de la voiture volante, ça ne s'invente pas, est convaincu que dans une décennie ou plus, "les personnes qui posséderont et piloteront de tels engins seront des gens comme vous et moi".

Le fondateur de la société Terrafugia, Carl Dietrich, jubile: "Avec ce vol, nos équipes ont montré leur capacité à rendre réel ce qui était jusqu'à maintenant considéré comme un rêve impossible à réaliser." Ceux qui devraient avant tout en profiter sont ceux qui souhaitent voler, mais ne pas devoir s'encombrer de stationner leur avion. A quand la trottinette à réaction?

La guerre de Sécession plus meurtrière

SécessionLe compteur est resté bloqué 110 ans sur le chiffre de 618 222 morts, soit 360 222 pour les nordistes et 258 000 pour les sudistes. Un historien spécialiste des questions démographiques et professeur à l'Université de Binghamton de New York, J. David Hacker, s'est appliqué toutefois à recompter le nombre exact de victimes. Il le révèle dans le New York Times: la boucherie fut encore plus effroyable qu'on ne le pensait. Le nombre de personnes tombées lors de la guerre civile est 20% supérieur aux prévisions faites jusqu'ici. Le professeur parle désormais de 750 000 morts. Et ce constat ne prend pas en compte les civils. (Photo: Gettysburg, juillet 1863/US National Archives / Roger-V / ROGER_VIOLLET). L'étude du professeur est déjà soutenue par de nombreux chercheurs et historiens.

Le bilan de la guerre civile américaine étant revu à la hausse, on peut se demander, dans une centaine d'années, s'il ne faudra pas revoir les statistiques des soldats américains morts en Irak et en Afghanistan.

Les Américaines se mobilisent

Le 28 avril prochain, les Américaines organisent une grande marche nationale dans les grandes villes des Etats-Unis pour dénoncer la "Guerre contre les femmes". Le mouvement Unite in the War against Women a été lancé le 19 février dernier pour réaffirmer le droit des femmes en matière d'avortement, de contraception et dans d'autres domaines où des discriminations perdurent.

Le mouvement fait suite aux attaques virulentes de républicains contre ces droits qui paraissaient pourtant acquis. Au Texas, les femmes doivent subir une échographie "transvaginale" pour qu'elles puissent décider "en connaissance de cause" d'avorter ou non. Certains rêvent de faire abroger l'arrêt de la Cour suprême Roe vs Wade, qui légalisa l'avortement. La contraception a aussi fait l'objet d'une très vive polémique.

Vice-président des Etats-Unis, Joe Biden s'étonne qu'on puisse encore débattre de cela au XXIe siècle. Il le dit dans l'émission "Face the Nation":

 

 

A l'échelle du Congrès, les femmes se mobilisent, car le nombre d'élues a reculé ces dernières années. Quant à la campagne électorale, Barack Obama a largement profité des errements républicains. Dans un sondage publié ce week-end par USA Today, 6 femmes sur dix âgées de moins de 50 ans sont favorables au démocrate. 30% d'entre elles voteraient pour Mitt Romney. Ce dernier a déjà prévu la riposte en sollicitant davantage son épouse Ann. 

Dîner avec Barack et Michelle Obama

Lors d'un dîner avec des Américains qui ont versé un petit don pour financer sa campagne, Barack Obama l'a confessé. L'un des moments les plus difficiles et anxiogènes de sa vie ne fut pas l'annonce d'une bavure de l'OTAN en Afghanistan, de la marée noire dans le golfe du Mexique ou l'incapacité du Congrès de trouver un accord sur le plafond de la dette. Non, ce fut sa fille, Sasha, qui, à trois mois, contracta une méningite et dut subir une ponction lombaire. Pour Barack Obama, l'Iran aurait pu fermer le détroit d'Ormuz, rien n'y aurait fait. Il n'avait qu'une préoccupation: sa fille.

Comme le rapporte Politico, le dîner a eu lieu en mars dans un restaurant de Washington avec de modestes contributeurs à la campagne de Barack Obama. Ils furent sélectionnés lors d'un concours.

Dans la vidéo, les invités sont reconnaissants au président et à la First Lady d'avoir pris le temps de rencontrer des gens ordinaires. Le document visuel a été mis à disposition par l'équipe de campagne du président. Ce dernier y apparaît à son avantage, loin de la froideur qu'on lui attribue souvent. L'un des invités remercie Barack Obama d'avoir mené une réforme du système de santé et d'avoir interdit aux assureurs maladie d'exclure une couverture de soins à un patient en raison de son histoire médicale.

 

Journalisme d’ego(ut) sur CNN

La mort de Trayvon Martin, le jeune Noir tué en Floride à la fin février par un jeune Blanc, fait une nouvelle victime: le journalisme. Vendredi soir, l'animateur de CNN Piers Morgan invitait Touré, critique de musique, accessoirement journaliste et intervenant de la chaîne MSNBC. D'emblée, l'invité fustige la manière dont Piers Morgan a interviewé, un jour plus tôt, le frère de George Zimmerman, le tueur. Il ne l'a pas suffisamment mis à la question, selon Touré.

Piers Morgan n'a pas aimé. Il n'a pas du tout aimé. Piqué dans son orgueil, il a complètement perdu le contrôle de lui-même, livrant sans doute l'un des pires exemples de journalisme qu'on puisse imaginer, insultant son interviewé et étalant un ego sans limites.Touré n'était pas en reste non plus. Il a accusé Piers Morgan, le Britannique, de ne rien comprendre à l'Amérique, aux enjeux du cas Trayvon Martin, à l'humour des Noirs et aux codes sociaux.

Voici la vidéo, à présenter dans toutes les écoles de journalisme contre le parfait exemple à ne jamais suivre: