Le message subliminal d’Hillary Clinton à Cuba

Au sommet des Amériques à Carthagène en Colombie, le président Barack Obama n'a pas donné suite à la demande des Etats d'Amérique latine d'inviter enfin Cuba à la réunion de l'Organisation des Etats américains. Le régime castriste est banni de ce rendez-vous annuel depuis la révolution de 1959. Difficile de s'en étonner. Barack Obama est en pleine campagne électorale et il paraît difficile pour lui de lâcher du lest par rapport à Cuba alors que ses adversaires républicains demandent une attitude plus dure encore contre Cuba. ClintonH

Le soft power américain est là pour venir adoucir l'apparente intransigeance de la Maison-Blanche. Et à Carthagène, il s'est exprimé de la plus inhabituelle des manières. Samedi soir, la patronne de la diplomatie américaine Hillary Clinton est allée fêter l'anniversaire de Roberta Jacobson, la sous-secrétaire d'Etat adjointe des Etats-Unis pour l'Amérique latine, dans un bar de Carthagène dénommé le Havana Bar (photo Reuters). Ceci quelques heures seulement après que le président bolivien Evo Morales lui demanda, en marge du Sommet des Amériques, de faire un geste envers Cuba. Au Havana Bar, Hillary Clinton présente un visage dont on n'a pas l'habitude, mais qui révèle son côté bonne vivante. Une autre facette du soft power…

Hillary Clinton est sans doute la patronne du Département d'Etat ayant le plus voyagé. Lors de certaines étapes de ses périples, elle sait se montrer sous un jour décontracté. Le Washington Post nous propose une galerie de photos qui l'illustre.

 

 

Le nouveau coeur de Dick Cheney

On l'avait un peu oublié. Un peu seulement. L'ancien vice-président des Etats-Unis Dick Cheney va bien, ou plutôt mieux. Il a subi voici trois semaines une transplantation du coeur qu'il attendait depuis plus de vingt mois. Et samedi dernier, ses médecins l'ont autorisé à tenir une allocution publique (photo: Reuters: Dick Cheney de retour à la maison après la transplantation du 24 mars).
Cheney

Preuve que le changement d'organe n'a pas altéré le vrai Cheney, ce dernier s'en est rapidement pris à Barack Obama lors de la convention républicaine dans l'Etat du Wyoming, samedi dernier. Parlant du président américain, il a tenu ces propos: "Il a été un désastre absolu pour ce pays." Son discours a duré une heure et quart et Dick Cheney n'a pas montré de signes ostensibles de fatigue.

Or pour ceux qui l'auraient oublié, Dick Cheney a sans doute été le vice-président le plus puissant et influent de l'histoire des Etats-Unis. Il a eu une emprise considérable sur le président George W. Bush. Pour Cheney, les simulations de noyade, pratiquées à large échelle dans les années Bush pour forcer les terroristes présumés à donner des informations aux autorités américaines, sont aujourd'hui tout à fait acceptables. Ce sont finalement elles qui ont permis de mettre la main sur Oussama ben Laden. Dick Cheney, c'est aussi celui qui a poussé à l'intervention en Irak, où son ancienne société dont il fut le président et directeur général de 1995 à 2000, Halliburton, avait d'importants intérêts à défendre. Le vice-président avait développé l'argumentaire autour des armes de destruction massive qu'aurait possédées Saddam Hussein. Il n'en fut rien et Dick Cheney fut un des artisans de l'un des plus grands mensonges de la politique américaine.

Dick Cheney a non seulement assumé dans les coulisses la direction du pays. Il l'a presque assumée de facto un certain 11 septembre 2001 quand George W. Bush était mis sous protection hors de Washington. Aujourd'hui, personne ne sait si le donneur du coeur qui bat dans la poitrine de Dick Cheney était démocrate ou républicain, libéral ou néo-conservateur. On espère simplement pour lui qu'il n'était pas opposé à la guerre en Irak.

 

 

L’ire des journalistes du “New York Times”

La volonté de la direction du grand quotidien new-yorkais de geler les retraites de ses employés suscite des commentaires d'une rare véhémence. Plusieurs collaborateurs du New York Times expriment leur exaspération: le NYT n'est plus l'entreprise qu'elle fut, les journalistes sont des employés interchangeables, la direction ne respecte pas ses employés. A en croire la vidéo, certains subiraient des pertes allant jusqu'à 40 000 dollars. Le bras de fer continue entre la direction et la Guild, la corporation des journalistes. Ces derniers avancent leurs arguments: sans eux, le quotidien new-yorkais n'est qu'un espace blanc.

 

 

Droits des femmes: la gaffe d’une démocrate

Barack Obama doit s'arracher les cheveux. Voici quelques jours, les sondages lui donnaient un avantage de plus de 20 points sur son probable rival Mitt Romney auprès des femmes qui voteront à la présidentielle de novembre. Or une stratège démocrate et contributrice de CNN (je n'ai jamais bien compris ce type de double casquette), Hilary Rosen, a mis les pieds dans le plat et froissé inutilement les femmes en déclarant, lors d'une interview, qu'il était incroyable qu'Ann Romney, l'épouse du candidat républicain, donne des conseils à son mari par rapport à la situation des femmes américaines alors "qu'elle n'a jamais travaillé de sa vie". La démocrate ressort l'un des plus vieux clichés relatifs au rôle de la femme dans la société.

 

Ann Romney a vite répliqué, rappelant qu'élever cinq enfants, c'est au contraire beaucoup de travail et qu'elle a librement choisi d'être une femme au foyer. L'impair était suffisamment grave pour pousser la First Lady à sortir de sa réserve. Elle a tout de suite tweeté, soulignant que "toute mère travaille dur et a droit au respect". Hilary Rosen elle-même s'est confondue en excuses devant le tollé provoqué par ses déclarations.

 

George Zimmerman est inculpé

C'est un tournant dans l'affaire Trayvon Martin. Mercredi soir, la procureure de l'Etat de Floride pour le secteur de Jacksonville, Angela Corey (photo Win McNamee/Getty Images/AFP), a inculpé George Zimmerman, 28 ans, pour avoir tué le jeune Noir Trayvon Martin, 17 ans, qui était non armé, le 26 février dernier. L'inculpé a invoqué la légitime défense, se référant à la loi de Floride "Stand your Ground" autorisant un individu à recourir à la force et à tuer s'il se sent menacé de mort ou si son intégrité corporelle est menacée. Corey

George Zimmerman est inculpé pour meurtre de deuxième degré, le plus haut chef d'accusation après le meurtre avec préméditation. Il encourt au maximum la prison à vie, au minimum 25 ans de détention. Cette inculpation intervient à un moment où l'affaire Trayvon Martin commençait à empoisonner les questions raciales aux Etats-Unis. Elle met fin à une longue attente de la communauté afro-américaine qui ne comprenait pas qu'on puisse laisser un tueur libre sans le soumettre à la moindre procédure pénale ou civile alors qu'il a tué quelqu'un. Pour la procureure Angela Corey, connue pour être "dure" et pour défendre même à l'excès le droit des victimes, l'affaire est à haut risque en raison des très fortes pressions médiatiques et politiques. Républicaine, elle a toutefois refusé mercredi d'accepter le reproche selon lequel la justice de Floride aurait un biais racial: "Nous ne connaissons qu'une catégorie, en tant que procureurs, la catégorie "V". Ce n'est ni "B" (Black), ni "W" (White). Ce n'est pas "H" (Hispanic). C'est "V" pour victime", a-t-elle déclaré.

De père blanc, qui fut juge et un vétéran de la guerre du Vietnam, et d'une mère immigrée péruvienne, adjointe d'un greffier à la Cour, tous deux désormais à la retraite, George Zimmerman officiait en tant que gardien volontaire pour la milice de surveillance Neighborhood Watch créée par les propriétaires du quartier de Sanford, au centre de la Floride. En ce 26 février, il appela le numéro d'urgence 911 pour signaler un individu "suspect". L'agent du 911 lui demanda de ne pas intervenir et de rester dans sa voiture. Il se mit néanmoins à suivre Trayvon Martin qui portait une capuche ce soir-là car il pleuvait. Peu après, une bagarre s'ensuivit à l'issue de laquelle George Zimmerman sortit son arme, un pistolet de calibre 9 mm et tira à bout portant sur le jeune Noir.

L'affaire a réveillé de vieilles blessures et relancé le débat sur le profilage racial et la justice que la communauté afro-américaine considère comme fonctionnant parfois à deux vitesses.

George Zimmerman a, lui, été arrêté mercredi soir et est entré dans la prison du comté de Seminole à 20h25. Pour l'heure, le chef d'inculpation ne lui permet pas de bénéficier d'une libération sous caution. Si la procureure Angela Corey a opté pour le deuxième chef d'inculpation le plus lourd, c'est aussi pour se laisser une marge de manœuvre. Elle peut toujours redéfinir le crime en le qualifiant, en fonction des pièces à disposition, d'homicide. Cela peut aussi être une stratégie pour pousser George Zimmerman à plaider coupable. La justice devra aussi examiner si la loi "Stand your Ground" s'applique. Si le juge estime que George Zimmerman a agi conformément à la loi, l'affaire sera classée.

Hillary Clinton en dérision

C'est le buzz du moment. Un blog humoristique américain imagine les textos que la secrétaire d'Etat américaine envoie à des HClintoninterlocuteurs allant du président et vice-président des Etats-Unis à l'animateur de TV John Stewart ou à l'actrice Meryl Streep en passant par Condi Rice et Bill Clinton. Dans l'une des vignettes où apparaît toujours la même photo (Reuters/Kevin Lamarque) d'Hillary Clinton, le président Barack Obama lui demande ce qu'elle fait à l'instant. La réponse de la secrétaire d'Etat: "Je dirige le monde."

Mardi, les fondateurs du blog ont été reçu pendant une dizaine de minutes au Département d'Etat. Cet épisode révèle deux choses: la grande popularité d'Hillary Clinton que certains considèrent comme l'un des meilleurs secrétaires d'Etat américains de tous les temps, mais aussi la capacité de la cheffe de la diplomatie de rire d'elle-même. Barack Obama aurait pu bénéficier de cette locomotive en termes de votes, surtout à un moment où les républicains ont déclaré "la guerre contre les femmes". Mais elle l'a déjà annoncé: c'est son dernier mandat à Foggy Bottom.

 

Le Connecticut prêt à abolir la peine de mort

Souvent décriée pour maintenir la peine de mort sur son sol, notamment par l'Union européenne qui a fait de son abolition une condition d'adhésion, l'Amérique fait un nouveau pas en direction des démocraties qui ne tolèrent plus cette pratique. Jeudi, après un marathon de dix heures de débat, le Sénat du Connecticut a approuvé par 20 voix contre 16 une loi abolissant la peine capitale (photo Eric Bowmer/Keystone).

Salle d'injection
La loi doit encore être approuvée par la Chambre des représentants du Connecticut et par le gouverneur de cet Etat de la Nouvelle-Angleterre. Mais cela devrait être une formalité. La Chambre basse est contrôlée par les démocrates qui sont à l'origine du projet de loi. Et le gouverneur démocrate, Dannel Malloy, a déjà promis qu'il signerait la nouvelle législation. Les sénateurs républicains ont en revanche tous refusé le projet de loi.

Le vote des parlementaires du Connecticut tranche avec le sentiment des citoyens de cet Etat qui continuent d'approuver la peine de mort à hauteur de 62% (66% chez les hommes, 58% chez les femmes), selon un sondage de Quinnipiac. Certains ne se sont toujours pas remis d'un crime "odieux" qui fut perpétré dans la banlieue de New Haven en juillet 2007. A Cheshire, une famille entière, à l'exception du père, battu mais survivant, a été décimée dans la villa familiale. L'épouse (48 ans) d'un endocrinologue, William Petit (50 ans), et leurs deux filles âgées de 11 et 17 ans ont été tuées par deux criminels récidivistes. La femme du médecin et l'une des filles ont également été violées. Les deux cambrioleurs, Steven Hayes et Joshua Komisarjevsky, boutèrent le feu à la maison avant de quitter les lieux.

Ils ont été condamnés à mort. L'un des deux devait être exécuté cet été. Dévasté, tentant de reconstruire sa vie, William Petit  a tenu récemment une conférence de presse. Il y a répété que la seule justice pour un crime aussi haineux est la peine capitale. Pour les abolitionnistes, les principaux arguments relèvent d'une question de conscience, mais aussi des multiples erreurs judiciaires qui ont entaché certaines condamnations à mort.

Les démocrates ont cependant dû faire un compromis: accepter que la nouvelle législation s'applique uniquement aux nouveaux cas, les onze détenus actuellement dans les couloirs de la mort ne devant pas pouvoir en bénéficier. Ils ont aussi intégré dans la loi le fait que la peine de mort sera remplacée par un internement à vie dans des conditions strictes – cellule de confinement, changement fréquent de cellule et surveillance serrée. Les condamnés à perpétuité n'auront pas la possibilité de bénéficier d'une remise de peine.

Le Connecticut est le dernier exemple prouvant que la cause de l'abolition de la peine de mort avance aux Etats-Unis. Si la Chambre basse et le gouverneur approuvent la loi, il sera le 17e Etat américain à avoir supprimé la peine capitale. Au cours des cinq dernières années, quatre Etats ont fait de même: le Nouveau-Mexique, l'Illinois, le New Jersey et l'Etat de New York. Le Kansas et le Kentucky font l'objet de propositions d'abolition. En Californie, les militants contre la peine capitale ont récolté suffisamment de signatures pour lancer une initiative qui sera soumise au vote populaire en novembre. Dans le système fédéral américain, les Etats ont chacun leur propre système de justice pénale. Seules deux possibilités s'offrent dès lors aux Américains pour abolir la peine capitale: une décision de la Cour suprême ou le vote (parlementaire ou populaire) des Etats eux-mêmes. Or pour l'heure, les abolitionnistes attendent peu de la Cour, celle-ci étant considérée comme l'une des plus conservatrices de l'histoire des Etats-Unis.

Aux Etats-Unis, les exécutions ont fortement reculé, passant de 98 en 1999 à 43 en 2011. Les condamnations à mort sont passées de 300 il y a une dizaine d'années à 78 l'an dernier.

 

 

 

Marche en l’honneur des deux Martin

2 MartinsLa convergence des destins porte à croire que la mort du jeune Noir Trayvon Martin n'a pas fini de faire des vagues. Jeudi à Miami, des centaines de personnes ont participé à une marche (photo Angel Valentin/Getty Images/AFP) en hommage à deux Martin: Trayvon et Martin Luther King, dont c'était l'anniversaire de l'assassinat, le 4 avril 1968. Les parents du jeune défunt étaient présents. Cette marche "pour la justice" rappelle celle du révérend noir, en 1963, à Washington, où il tint son fameux discours "I had a dream". La foule demande que le tueur, George Zimmerman, soit porté devant la justice.

Le recours à l'icône MLK est très fort symboliquement et révèle la forte identification de la communauté afro-américaine avec la cause de Trayvon Martin.

L’ONU intervient dans le cas Trayvon Martin

Il y a les anciens leaders du mouvement des droits civiques, il y a des avocats, des politiques. C'est au tour de Navi Pillay (photo: Fabrice Coffrini/AFP) d'appeler à Navi Pillayl'ouverture "d'une enquête immédiate" sur les circonstances de la mort de Trayvon Martin, le jeune Noir de 17 ans tué par balle le 26 février dernier à Sanford, au centre de la Floride. La haut-commissaire des Nations aux droits de l'homme estime que "justice doit être rendue à la victime. Ce n'est pas seulement un cas individuel. Cela pose des questions sur la manière dont la justice est rendue dans des cas comme celui-ci."

Pendant ce temps, les médias s'évertuent à faire analyser les paroles du tueur, George Zimmerman, Blanc de mère hispanique, 28 ans, qui estime avoir agi en conformité avec la loi "Stand your Ground". Celle-ci autorise la légitime défense si un individu se sent menacé dans son intégrité corporelle ou de mort.

Peu avant le drame, George Zimmerman avait appelé le numéro d'urgence 911 et  prononcé l'expression "fucking coon" ou "fucking cool". La première signifie "sale négro" et la seconde "horriblement froid". Les experts du son des chaînes de télévision tentent de passer en boucle la bande sonore en isolant la voix du reste. Mais aucun n'arrive à trancher. Coon or cool, that is the question. Ce serait pourtant un élément déterminant pour qualifier la tuerie de meurtre racial.