“L’outrecuidance” des Nations unies

Les conservateurs américains n'ont jamais eu beaucoup de sympathie pour les Nations unies. On se rappelle encore les discours Indiensenflammés de l'ambassadeur américain auprès de l'ONU à New York, John Bolton, qui ne ratait pas une occasion de fustiger l'organisation sise le long de l'East River.

Imaginez leur réaction quand ils auront appris que James Anaya, rapporteur spécial sur la situation de droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones, mandaté par le Conseil des droits de l'homme, mène une enquête, du lundi 23 avril au 4 mai, sur la situation des Amérindiens (photo Mark Ralston/AFP: ces derniers protestent contre les lois anti-immigration en Arizona). Les "Indiens d'Amérique" sont quelque 2,7 millions. Ces communautés qui vivent dans des réserves protégées par l'Etat fédéral sont minées par la pauvreté, l'alcoolisme et un haut taux de suicide.

Quand les animateurs de Fox News ont pris connaissance de cette mission, leur sang n'a fait qu'un tour. C'est vrai que c'est la première fois dans l'histoire des Etats-Unis qu'une telle enquête est menée sur ces peuples. L'ONU vient voir si l'Amérique respecte les droits de l'homme et la déclaration sur les peuples autochtones qu'elle a signée au Conseil des droits de l'homme à Genève en 2010. Cette perspective est intolérable pour les conservateurs et Fox News qui ont très peu d'estime pour l'organisation onusienne. Bill O'Reilly ne s'est pas privé de traiter la nouvelle avec le mépris pour qualifier l'outrecuidance de l'ONU.

Juin 2012: l’heure de vérité pour Obama

Supreme Court
Dans une campagne électorale américaine, on aura rarement vu une telle collision d'événements d'importance. En juin prochain, soit à un peu plus de quatre mois de la présidentielle de novembre, la Cour suprême des Etats-Unis (photo-dessin/Reuters présentant de gauche à droite les juges Anthony Kennedy, Ruth Bader Ginsburg, Sam Alito and Elena Kagan) va rendre deux décisions qui pourraient non seulement transformer le reste de la campagne électorale, mais également en partie déterminer qui sera le futur locataire de la Maison-Blanche.

Depuis quelques jours, la Cour suprême se penche sur la loi d'immigration de l'Etat d'Arizona qui autorise le quasi-délit de faciès. Plusieurs Etats ont adopté des lois similaires dont les Hispaniques sont les premières victimes. A en croire les premières auditions, la Haute Cour serait tentée de maintenir la loi d'Arizona telle quelle. Or c'est précisément l'administration de Barack Obama qui a attaqué la loi d'Arizona en justice. Elle en a fait de même avec d'autres Etats. La Maison-Blanche estime que ces lois sont discriminatoires. La démarche de l'administration américaine est compréhensible, mais elle met avec d'autant plus d'acuité en lumière le fait que le président démocrate n'a pas réussi à réformer la politique d'immigration au plan national, un objectif qu'il s'était pourtant fixé.

La Cour suprême donnera son verdict en juin. En juin également, elle dira si l'Affordable Care Act, la réforme de la santé d'Obama, est conforme à la Constitution en imposant au citoyen américain de contracter une assurance maladie. Là aussi, les signaux en provenance des neuf juges ne sont pas favorables au démocrate. Or si la Cour suprême donne tort à Barack Obama sur ces deux dossiers, ce sera un coup très dur porté à ses chances de réélection.

Certains voient pourtant un côté positif dans une décision négative. Passant pour la Cour suprême la plus conservatrice de l'histoire des Etats-Unis, la Haute Cour pourrait produire un effet de rejet en s'immisçant de façon trop manifeste dans le débat politique au profit des républicains, sachant que cinq juges sur neuf ont été nommés par des présidents républicains (2 par George Bush fils, un par George Bush père et deux par Ronald Reagan) et quatre par des présidents démocrates (2 par Bill Clinton et 2 par Barack Obama).

Prix à la pompe: retour aux fondamentaux

En matière économique, le probable candidat républicain à la Maison-Blanche, Mitt Romney, distance le président sortant Barack Obama. Les Américains jugent à 47% le premier plus à même de gérer ces questions que le démocrate (43%). Quand il est question du prix de l'essence, la différence est encore plus marquée: 44% d'intentions de vote pour Romney et 31% pour Obama.

Mais le président américain a-t-il de vrais leviers pour influer sur le prix de l'essence? Professeur d'économie à l'Université de Chicago, Richard Thaler n'y croit pas. Quant au Washington Post, il résume la raison de la colère des consommateurs américains par rapport au prix à la pompe dans une vidéo très didactique:

 

Erin Brockovich, la “vraie”, sévit à nouveau

Erin Brockovich est de retour. Son nom avait fait le tour de la planète quand Julia Roberts incarna le personnage dans un film éponyme sorti sur les écrans en 2000. La "vraie" Brockovich, qui s'était distinguée dans les années 1990 pour avoir combattu la société Pacific Gas and Electric Company devant la justice, l'accusant d'avoir contaminé de l'eau, est venue à Washington cette semaine, raconte Politico, pour promouvoir un film, Last Call at the Oasis, dans lequel elle tire la sonnette d'alarme. Selon elle, les Etats-Unis vont au-devant d'une grave crise de l'eau: en raison de la pollution des nappes phréatiques, du gaspillage et du manque d'eau.

Contrairement aux républicains qui souhaiteraient la rendre inopérante, Erin Brockovich demande que l'Environmental Protection Agency soit beaucoup plus interventionniste. Elle exhorte aussi le Congrès à prendre conscience des problèmes futurs liés à l'eau et à agir. Voici ses réflexions.

 

Christina Romer, optimiste pour les Etats-Unis et alarmiste au sujet de l’Europe

Professeur à l'Université de Californie à Berkeley, Christina Romer a un long parcours de spécialiste de l'économie américaine. Détentrice d'un doctorat du Massachusetts Institute of Technology de Boston, elle a occupé le poste envié de présidente du Council of Economic Advisors du président Barack Obama.

A ce titre, elle a poussé l'administration Obama à adopter un plan de relance très ambitieux de 1800 milliards de dollars. Mais l'ex-secrétaire au Trésor Larry Summers ne l'entendait pas de cette oreille et s'y est fermement opposé. Le gouvernement adoptera un plan de relance de 800 milliards de dollars. L'affaire a laissé des traces. Dans son ouvrage Confidence Men, l'ex-journaliste du Wall Street Journal Ron Suskind cite Christina Romer en lui attribuant ces mots: "Je me sentais comme un morceau de viande." Elle aurait prononcé ces mots quand Larry Summers l'aurait intimé de quitter la salle. Christina Romer a par la suite déclaré qu'elle ne reconnaissait pas ces déclarations. Elle démissionnera en septembre 2010.

Vendredi dernier, elle a participé à une grande table ronde animée par le journaliste Charly Rose lors de la réunion de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale à Washington. Voici ce qu'elle dit de la situation économique américaine et des risques qui perdurent dans la zone euro.

La situation économique américaine:

 

 

Les risques qui perdurent dans la zone euro:

 

Romney et sa relation complexe avec la France

Durant les primaires républicaines, il n’y a sans doute pas eu de candidats plus durs envers l’Europe que Mitt Romney. L’ex-gouverneur du Massachusetts n’a jamais raté une occasion de fustiger le président Barack Obama qui tenterait de transformer les Etats-Unis en un Etat social européen. Un projet contre nature. Ces propos étaient d’autant plus acerbes qu’une publicité diffusée à la télévision par le "Super-Pac" du candidat conservateur Newt Gingrich ironisait sur le fait que le républicain "modéré" de Boston parlait le français.

Or qui pense Etat social européen pense notamment à la France. Mitt Romney connaît très bien l’Hexagone pour y avoir séjourné durant trente mois en plein printemps 1968 en qualité de jeune missionnaire mormon. Lundi, lors d’une conférence de presse tenue en Pennsylvanie, le Bostonien, quasiment sûr de décrocher l’investiture de son parti pour affronter Barack Obama cet automne, s’est un peu détendu. Il a évoqué ses souvenirs de vacances à Paris, "l’une des plus belles villes du monde". Il adore se promener non seulement sur les Champs-Elysées, mais aussi au jardin du Luxembourg et ailleurs en ville. Il aime y retourner de temps en temps avec son épouse Ann.

On peut tout à fait aimer la France et Paris sans pour autant souhaiter développer un système politique "à la française". Aux Etats-Unis cependant, au sein même du camp républicain désormais noyautée par le Tea Party qui a fait dériver le parti à droite, il n’est pas facile d’apporter ce genre de nuance. De plus, si le socialiste François Hollande devait être élu le 6 mai prochain à la présidence française, les souvenirs de vacances de Mitt Romney pourraient coûter cher à l’ex-gouverneur du Massachusetts qui a toujours peiné à convaincre l’électorat conservateur et ultra-conservateur américain.

Francis Fukuyama donne sa vision du monde

Fukuyama

En 1989, Francis Fukuyama (photo Larry Downing/Reuters) avait lancé une vive polémique dans le cercle des historiens en émettant son hypothèse de la fin de l'Histoire. Le chercheur en sciences politiques, philosophe et économiste laissait entendre, à la fin de la Guerre froide, que la démocratie libérale était en quelque sorte un aboutissement et qu'elle avait vaincu dans le grand combat idéologique contre le communisme. Son livre La Fin de l'Histoire et le Dernier Homme, publié en 1992, synthétise ses vues.

Américain d'origine japonaise, Francis Fukuyama aura sa parenthèse néoconservatrice avant de voter en faveur de Barack Obama lors de l'élection présidentielle de 2008. A l'occasion de la sortie de son dernier livre The Origins of Political Order, il a donné, en mars 2012, une conférence au Council on Foreign Relations à New York. Voici quelques extraits sonores de sa conférence.

L'élection de Barack Obama

– La classe moyenne

– Le retour au malthusianisme

– La Chine et ses difficultés futures

– L'échec des sciences sociales

– Le poids de la démographie

– La dignité

Peine de mort: après le Connecticut, la Californie

Le parlement du Connecticut a récemment voté l'abolition de la peine de mort. Le mouvement s'emballe. Au cours des cinq dernières années, quatre autres Etats ont fait de même.

Maintenant c'est au tour de la Californie de s'exprimer sur le sujet. Plus d'un demi-million de signatures ont été récoltées pour soumettre au peuple, en novembre, la proposition d'abolir la peine capitale. La Californie a exécuté 13 personnes depuis 1978. Si elle devait devenir le 18e Etat à s'affranchir de la peine capitale, elle pourrait économiser plus de 100 millions de dollars, estiment les abolitionnistes.

La politique américaine, une affaire de tribus

Le commentateur conservateur George Will a déclaré dimanche sur ABC que si l'ex-gouverneur de Floride Jeb Bush devait être Bushcandidat à la vice-présidence aux côtés de Mitt Romney, "cela signifierait que lors de sept élections présidentielles sur neuf, il y aurait un Bush sur le ticket républicain". (…) Et il serait difficile de défendre l'idée que nous ne sommes pas une société tribale à ce stade."

Le commentaire concerne les Bush (photo Peter Morgan/Reuters: Jeb, George W et George H. Bush avec les épouses Laura et Barbara), mais il pourrait aussi s'appliquer aux Clinton, dont Bill qui fut président de 1992 à 2000, et Hillary, qui est actuellement secrétaire d'Etat et qui fut candidate à l'investiture démocrate. Plus largement, les Kennedy ont eu une présence presque ininterrompue au Congrès. Joe Kennedy III devrait d'ailleurs renouer avec le Capitole cet automne. Pour ce qui est de la présidentielle, ces filiations ne semblent pas être un obstacle, relève Politico, qui ajoute que 2008 fut la première élection depuis 1976 n'impliquant pas le fils ou le petit-fils d'un sénateur.

L'hypothèse émise par plusieurs médias de voir Jeb Bush sur le ticket de Mitt Romney paraît cependant ténue. Selon certains experts, l'ex-gouverneur de Floride a davantage d'ambitions. Il viserait l'investiture du Parti républicain en 2016.

Fermer le détroit d’Ormuz: “Oui”, dit le chercheur américain David Rothkopf

L'un des thèmes centraux de la campagne électorale américaine est l'énergie. Le président démocrate est sous le feu des critiques de ses adversaires républicains. Ces derniers estiment qu'il ne fait pas tout ce qui est en son pouvoir pour abaisser le prix du gallon d'essence qui se situe aux alentours de 4 dollars.

Pour Barack Obama, le scénario catastrophe qui pourrait saper ses chances de réélection en novembre serait une attaque israélienne de l'Iran. La République islamique pourrait fermer le détroit d'Ormuz en guise de représailles. Chercheur à la Fondation Carnegie à Washington, David Rothkopf pense que les Etats-Unis devraient pourtant envoyer une lettre au guide suprême iranien Ali Khamenei pour l'inviter à mettre sa menace à exécution. Selon lui, une flambée des prix du pétrole pourrait être très profitable et forcerait enfin l'Amérique à développer une politique énergétique cohérente et courageuse. "Des prix de l'essence qui s'envolent rendront plus rentable la quête d'énergies alternatives (panneaux solaires/photo Jason Reed/Reuters), plus rentable de forer aux Etats-Unis mêmes, plus rentable de miser sur l'efficience (énergétique) et sur les énonomies (d'énergie)."  Solaire

Le regard de David Rothkopf est provocateur. Mais il repose sur une analyse simple: l'économie américaine pourra vraiment prospérer quand elle aura fait sa révolution énergétique. C'était l'objectif de Barack Obama de créer des millions d'emplois "verts". Pour l'heure, l'exercice n'est que très partiellement réussi. Du côté républicain, la révolution énergétique consiste à forer tout ce qui peut l'être, même en Alaska et en eaux profondes, dans les couches de schiste, mais aussi à pomper le pétrole extrait des sables bitumineux du Canada dont l'extraction est très énergivore et très polluante. La révolution énergétique, pour être porteuse d'avenir, doit tenir compte du réchauffement climatique. Sans quoi elle sacrifie le long terme sur l'autel de la cosmétique à moyen terme.