Le Colisée de Los Angeles fut l'un de ces lieux magiques qui anima ma jeunesse. C'est là que la machine à sprinter Carl Lewis égala le
record de Jesse Owens (à Berlin) aux Jeux olympiques de 1984, en remportant quatre médailles d'or au 100 m, au 200 m, à la longueur et au relais 4 x 100m. C'est aussi là que Markus Ryffel, le petit Suisse, remporta la médaille d'argent du 5000 mètres derrière le grand Saïd Aouita.
Dans un autre registre, c'est dans ce stade (photo Jean-Claude Delmas/AFP) que John F. Kennedy accepta l'investiture démocrate et c'est encore là que Nelson Mandela appela à mettre fin à l'apartheid en 1990. Le pape Jean Paul II y célébra aussi une messe.
Aujourd'hui pourtant, le Colisée, en mains publiques, est le symbole de la déliquescence d'un Etat, la Californie, "septième économie du monde", qui croule sous les dettes. Il a été l'objet d'un vaste système de corruption. La gestion du stade fut catastrophique, et personne ne semble capable d'effectuer les réparations de 50 millions de dollars dont aurait besoin la structure.
La lente descente aux enfers du Colisée a commencé dans les années 1990, quand l'équipe de football américain Los Angeles Raiders a quitté le stade pour aller jouer ailleurs. Les revenus ont chuté et les gestionnaires de l'infrastructure ont eu l'idée d'organiser des rave parties. En 2010, l'une d'elles tourna mal. Des dizaines de personnes furent arrêtées, et une jeune fille de 15 ans est morte d'overdose. Plusieurs toxicomanes subirent également des surdoses, mais s'en sortirent. La présence de drogues dans un stade d'athlétisme a bien entendu de quoi choquer. Mais avec le recul des années et des analyses, les sportifs qui ont suscité mon admiration en 1984 n'étaient peut-être pas aussi "propres" qu'on le croyait. Carl Lewis, le roi du stade, a subi de graves déformations de la machoire. Plusieurs médecins du sport y ont vu l'effet des stéroïdes. Même Markus Ryffel a été soupçonné de s'être dopé.
La décrépitude du stade s'est accélérée quand le Colisée fut le décor d'un film porno. Désormais, c'est l'Université de South California qui a hérité de la structure et qui pourra lui redonner le lustre d'antan.