L’argent continuera de couler à flot

La Cour suprême est décidément sur tous les fronts. Et elle n'a pas peur de confirmer l'une des décisions les plus critiquées qu'elle n'ait jamais prises jusqu'ici. Lundi, elle a abrogé une loi de l'Etat du Montana de 1912 qui limitait les dons possibles faits dans le cadre des campagnes électorales. La Cour du Montana estimait que la loi n'était pas soumise à la décision de la Cour suprême de janvier 2010, Citizens United, qui laisse libre cours à toute société ou syndicats de verser de façon anonyme des fonds sans limite à des groupes politiquement actifs qui soutiennent des candidats à une élection.

AdelsonOr Citizens United est décriée par tous ceux qui estiment qu'inonder une campagne électorale d'argent anonyme équivaut à saper les fondements de la démocratie américaine. Parmi eux, on compte le républicain John McCain et le démocrate Russ Feingold qui avaient tous deux oeuvré à promouvoir une loi limitant les dépenses de campagne. Le premier n'a pas hésité à parler de "grande naïveté" des juges pour qualifier l'arrêt de janvier 2010. Lundi, la décision réplique celle de 2010: 5 juges (conservateurs) contre 4 juges (progressistes). Les frères milliardaires Koch et autres Sheldon Adelson (photo Siu Chiu/Reuters) ont encore de beaux jours devant eux pour faire la pluie et le beau temps sur la scène politique américaine. Et la présidentielle pourrait bien être une élection à trois milliards de dollars. Qui a osé inventer le slogan 1% contre 99%?

 

L’Amérique suspendue à la décision de la Cour suprême sur la réforme de la santé

Rarement l'attente d'une décision de la Cour suprême n'avait autant remué les Etats-Unis. Ce jeudi, cette dernière doit dire si la loi concrétisant la réforme de la santé menée par l'administration démocrate, l'Affordable Care Act ou "ObamaCare", respecte la Constitution en imposant à tout Américain de contracter une assurance-maladie. Les avocats sont accrochés à leur smartphone, guettant LA décision, les patients concernés par la loi attendent dans l'angoisse, les plus démunis bénéficiant de l'extension de Medicaid (assurance-maladie pour les plus pauvres) espèrent. Les démocrates qui ont mis du temps à voir venir la menace de la Cour suprême sont tétanisés et les membres du Tea Party sont certains de célébrer leur plus grand fait d'armes jeudi soir.

Quelle que soit la décision, l'Amérique sera profondément meurtrie et il n'est pas sûr que la Cour suprême en sorte renforcée.

Cour suprême: une réponse de Normand

On pensait que la Cour suprême des Etats-Unis (photo Jim Watson/AFP) allait éclaircir une fois pour toute le débat sur l'immigration en confirmant ou en Scotus invalidant la loi anti-immigration d'Arizona. Lundi, elle a abrogé plusieurs éléments apparemment centraux de la loi, mais a maintenu la disposition la plus controversée: la possibilité pour la police de contrôler qui que ce soit à tout moment si elle a un doute quant au statut légal d'une personne. C'est précisément ce que la communauté hispanique dénonce, car cette disposition risque d'inciter au profilage racial et au délit de faciès.

Les républicains sont certains d'être les grands gagnants à l'issue de la décision de la Cour. La gouverneure d'Arizona Jan Brewer, qui avait pointé son doight en direction du président démocrate lors d'un de ses passages à Tucson, estime que les neuf juges ont confirmé le bien-fondé de la loi. Elle a aussi déclaré que cette loi avait été adoptée pour compenser l'échec de la politique d'immigration de l'administration Obama. Le candidt républicain à la Maison-Blanche Mitt Romney avait donné son soutien à la loi d'Arizona.

Du côté démocrate, on est un peu plus discret, mais on pense aussi avoir "gagné". En vérité, rien ne paraît définitif et la disposition pouvant favoriser le délit de faciès pourrait encore être attaquée en justice par les organisations de défenses des droits civiques. Pour les Latinos, dont le vote sera crucial lors de la présidentielle de novembre, la décision de lundi est peut-être une victoire pour Barack Obama, mais ce n'en est pas une pour les Hispaniques qui pourraient subir encore davantage des délits de faciès maintenant que la Cour suprême a entériné la disposition.

Faisant montre de peu de réserve, le juge très conservateur Antonin Scalia n'a pas manqué de fustiger l'attitude du président américain en matière d'immigration. Si les auteurs de la Constitution américaine avaient été dans la salle ce lundi, ils se seraient précipités vers la sortie, a déclaré Scalia, s'ils avaient pris connaissance du décret présidentiel visant à ne pas expulser des étudiants arrivés jeunes de façon illégale aux Etats-Unis, mais ayant particulièrement brillé dans leur parcours scolaire et universitaire. Antonin Scalia s'est même demandé si certains Etats auraient rejoint l'Union s'ils avaient su que le président pouvait décider de ne pas appliquer une clause particulière de la loi sur l'immigration. A ses yeux, avec le décret d'Obama, la souverainté des Etats n'est plus garantie.

Mais au fait, qu'en est-il de la politique d'immigration de Barack Obama? La réformer était l'une de ses grandes promesses. Il ne l'a pas tenue, mais il a des circonstances atténuantes. Il avait déjà engagé la très lourde réforme de la santé et face à un Congrès d'une rare hostilité face à l'administration en place, il avait une faible marge de manoeuvre. Dans les faits, le démocrate est sans doute l'un des présidents ayant le plus refoulé de clandestins à la frontière. Mais c'est aussi lui qui a plaidé en faveur du Dream Act, une loi que les républicains n'ont pas voulue, mais qui aurait permis aux jeunes immigrés illégaux de terminer leur cursus scolaire et académique et d'éventuellement demander dans les formes la nationalité américaine selon la procédure habituelle.

Electoralement, le maintien de la disposition risquant de favoriser le délit de faciès est peut-être perçu comme une victoire chez les républicains, mais il pourrait se retourner contre eux en novembre. La communauté hispanique pourrait fortement se mobiliser en faveur de Barack Obama dont l'administration a contesté la constitutionnalité de la loi.

Michelle Obama et ses ancêtres blancs

On connaissait le pedigree du président américain, né d'un père kényan et d'une mère blanche américaine. Les origines de Barack Obama nourrissent d'ailleurs aujourd'hui encore de nombreuses discussions auprès des "birthers", ces citoyens qui ne croient toujours pas au fait que le président démocrate est bien né sur territoire américain, à Honolulu, malgré la confirmation de l'hôpital où il a vu le jour.

Michelle

Ce qu'on ne connaissait pas, c'est le fait que la First Lady, Michelle Obama (photo Kevin Lamarque/Reuters), a des cousins blancs. Le New York Times raconte une histoire incroyable à travers Joan Tribble, une comptable à la retraite vivant en Géorgie dont l'arrière-arrière-grand-père, Henry Wells Shields, était agriculteur et cultivait le coton et des pommes de terre douces. Or ce dernier, propriétaire d'esclaves, "possédait" l'arrière-arrière-arrière-grand-mère de Michelle Obama, Melvina Shield, qui arriva à la ferme vers 1852. Or celle-ci eut un enfant à l'âge d'environ 16 ans avec le fils de l'agriculteur, Charles Marion Shield qui était âgé de 20 ans. Leur enfant s'appelait Dolphus. Ce dernier fut donc l'arrière-arrière-grand-père maternel de Michelle Obama. Il a fallu deux ans de recherche et des tests ADN pour dessiner le vrai arbre généalogique de la First Lady.

L'histoire montre à quel point les relations interraciales était plus fréquentes qu'on a bien voulu le dire. Elle rappelle aussi la liaison qu'eut le président Thomas Jefferson avec son esclave Sally Hemings. Aujourd'hui, Michelle Obama a toute une série de cousins blancs en Géorgie, Alabama, Caroline du Sud et Texas. Parmi eux, un employé du secteur du bâtiment, une diététicienne, une comptable. Certains d'entre eux ont toutefois refusé de témoigner ouvertement de ces liens au New York Times, de peur d'être taxés de racistes.

 

Une gaffe “durable”?

Les Etats-Unis sont encore loin d'être sortis d'affaire en matière de chômage. Dans certaines régions du pays, il culmine à plus de 12%. Dans d'autres, comme le Dakota du Nord, il se situe à 2,7% et en moyenne nationale, il ne parvient pas à descendre en dessous de 8% (8,2).

Il y a un peu plus d'une semaine, la remarque de Barack Obama prononcée lors d'un discours précisément sur l'économie à la Maison-Blanche va sans doute laisser des traces, car elle casse la logique du président démocrate visant à présenter Mitt Romney, son rival républicain, comme un politique déconnecté de la réalité.

 

"Le secteur privé va bien", a-t-il déclaré après avoir insisté sur le fait que les Etats-Unis connaissent leur plus grave crise depuis la Grande Dépression et que sous son administration, 4,3 millions d'emplois ont été créés en 27 mois.

L'équipe de campagne du candidat républicain n'a pas attendu longtemps avant de sauter sur la deuxième gaffe verbale du président Obama en quelques jours (il a parlé de camps d'extermination polonais au lieu de préciser qu'il s'agissait de camps nazis en Pologne) en diffusant une vidéo pour le moins féroce.

Quant à Barack Obama, est-ce le stress des dernières semaines où les mauvaises nouvelles se sont accumulées ou la fatigue due à un agenda surchargé par les impératifs de la campagne électorale et les multiples tournées au sein des Etats-Unis? On a rarement vu le démocrate pris autant en défaut dans ses discours.

Le malaise des soldats

De janvier à juin de cette année, il y a eu plus de soldats (photo Adek Berry/AFP) qui sont morts par suicide que sur le champ de bataille. C'est GI Afghanistan le constat effrayant dressé par le Pentagone. L'armée américaine a déjà dû déplorer 154 suicides en 2012, soit à peu près un mort par jour. La charge que supportent les soldats déployés sur le terrain est considérable. Certains ont été déployés à de multiples reprises en Irak, puis en Afghanistan et subi les effets de troubles de stress post-traumatique après l'explosion d'un engin au bord d'une route ou un combat particulièrement difficile.

Le Pentagone laisse entendre que les suicides ne seraient pas commis uniquement par des soldats ayant été envoyés sur le terrain. Il a bien tenté de mettre en place des structures d'aide, mais demander de l'aide dans le milieu militaire reste un acte difficile. Un autre facteur peut potentiellement aggraver le malaise de soldats suicidaires: l'économie. De nombreux vétérans (qui peuvent encore être très jeunes) ne trouvent pas de travail en raison d'une situation économique toujours très difficile et un taux de chômage qui ne descend plus en dessous des 8%. La réinsertion professionnelle des ex-GI est un problème qui est encore loin d'être résolu. Aussi, si les GI souhaitent quitter l'armée, ils se sentent pris en otage par le manque de perspective sur le marché de l'emploi. Comme disent les Anglo-Saxons, c'est un "catch 22", un problème qui ne trouve pas de solution.

La vieille garde démocrate

La démocrate Nancy Pelosi n'est pas affectée par les années qui passent. Cela fait 25 ans qu'elle siège au Capitole à Washington. A cette occasion, relève le Washington Post, elle vient de lancer une campagne pour que les démocrates reconquièrent la Chambre des représentants après la sévère défaite des élections de mi-mandat en automne 2010. Son slogan: "Drive for 25". Elle espère que son parti récupérera 25 nouveaux sièges en novembre pour devenir à nouveau majoritaire à la Chambre basse.

Cette perspective serait positive pour les démocrates, mais surtoutpour Nancy Pelosi, la millionnaire, qui aurait alors de fortes chances d'être à nouveau choisie par les démocrates pour présider la Chambre des représentants.

L'épisode révèle une combativité hors normede Nancy Pelosi,dont la ténacité a rendu de fiers services aux démocrates. Mais elle révèle aussi une incapacité démocrate de se renouveler et de trouver des têtes capables de succéder aux ténors vieillissants du parti.

Ground Zero: le cancer de la honte

GroundzeroDans une Amérique qui aime flatter ses héros, c'était une tache qui faisait désordre. Longtemps, les Etats-Unis ont ergoté sur la manière de compenser ses "malades du 11 septembre 2001". Ils n'ont pas voulu reconnaître que de nombreux pompiers, policiers, nettoyeurs, travailleurs du secteur de la construction avaient contracté différents cancers en raison des poussières toxiquesque dégageaient les débris du World Trade Center (photo Shannon Stapleton/Reuters). Les héros n'étaient plus vraiment les bienvenus quand il s'est agi de couverture maladie et de compensation.

Vendredi, le National Institute for Occupational Safety and Health a corrigé le tir en admettant qu'il y avait 50 types de cancer qui pouvaient désormais être liés aux poussières toxiquesde Ground Zero. L'institut propose dès lors d'élargir sensiblement les montants alloués pour venir en aide à ces gens malades qui ont littéralement aidé l'Amérique à se relever. A ce jour, plus de 60 000 personnes ont déjà fait une demande de compensation en raison d'une maladie qu'elles ont développée sur le site des attentats du 11 septembre 2001.

Pour Obama, “junius horribilis”

BobamaBarack Obama (photo Larry Downing/Reuters montrant Barack Obama en flou et le buste d'Abraham Lincoln dans le Bureau ovale) est dans une mauvaise phase. Vendredi, dans un discours, il a laissé entendre que le "secteur privé allait bien". Une semaine après la publication des dernières statistiques décevantes en matière de chômage (qui est remonté à 8,2%), ce n'était pas une bonne idée. L'équipe de campagne de Mitt Romney ne s'est pas privée de montrer à quel point le président actuel est coupé de la réalité. La Maison-Blanche a tout tenté pour récupérer le coup.

Ce n'est pas la seule mauvaise nouvelle. En mai, Mitt Romney a récolté pour la première fois davantage de fonds (77 millions de dollars) que Barack Obama (60 millions). De plus, mardi, les démocrates et les syndicats du Wisconsin ont subi un cuisant échec lors du vote de rappel du gouverneur républicain Scott Walker. A moins de cinq mois de la présidentielle, c'est un mauvais signal sachant que depuis 1984, le Wisconsin n'a jamais été gagné par un candidat républicain à la Maison-Blanche.

Enfin, l'ex-président Bill Clinton joue un peu avec les nerfs de Barack Obama, même si à New York voici quelques jours, il a dit à quel point il était essentiel que l'actuel président soit réélu. Il vient de déclarer qu'il était indispensable de prolonger la baisse d'impôt appliquée à l'époque de George W. Bush (la célèbre Bush Tax Cut) qui arrive à échéance à la fin 2012. Sans quoi, explique aussi le patron de la Réserve fédérale Ben Bernanke, l'économie américaine pourrait entrer en récession.

L'Europe n'est pas non plus de nature à rassurer Barack Obama. En cas de grave crise de l'euro, l'économie pourrait en subir les retombées et Barack Obama aussi. Reste enfin la Cour suprême. Elle doit publier ce mois-ci son verdict sur la constitutionnalité de la loi réformant le système de santé. En cas d'abrogation, le président démocrate verrait l'un des principaux succès législatifs de son premier mandat s'évanouir.

Junius horribilis? Sans doute. Mais quatre mois en politique, c'est une éternité. Barack Obama sera-t-il capable de remonter la pente?

Mitt Romney ou l’arroseur arrosé

Depuis le début des primaires, le candidat républicain Mitt Romney ne cesse de fustiger l'attitude du président Barack Obama, lequel attribue RomneyMune bonne partie des problèmes économiques actuels de l'Amérique à son prédécesseur George W. Bush. Selon l'ex-gouverneur du Massachusetts (photo Joe Raedle/AFP lors de la signature du "RomneyCare" en 2006), le président démocrate fuit ses responsabilités en condamnant "son prédécesseur, le Congrès, le 1% (d'ultra-riches) et les compagnies pétrolières". La plupart des critiques formulées par Mitt Romney se focalisent, souligne le New York Times, sur la première année de Barack Obama à la Maison-Blanche.

Une fois après avoir pris ses fonctions, Barack Obama devait constater que l'Amérique avait perdu mensuellement plus de 700000 emplois en février, mars et avril 2009. C'est avant que l'administration démocrate ne mette en oeuvre un plan de relance de 800 milliards de dollars. Or le camp de Mitt Romney insiste pour dire que le président noir a fait perdre à la nation un demi-million d'emplois. C'était vrai sans doute si l'on considère la moyenne pour l'année 2009. Si l'on fait abstraction du mois de février 2009, 172000 emplois ont en réalité été créés sous le règne d'Obama. Si l'on fait abstraction de toute l'année 2009, Barack Obama aurait "créé" 3,7 millions d'emplois.

L'exercice consistant à trancher la première année du bilan d'un politique est absurde. C'est pourtant bien ce que revendiquent les partisans de Mitt Romney quand l'adversaire parle du vrai bilan économique du candidat républicain. Ils estiment qu'il n'est pas juste de dresser un tel bilan en tenant compte de la première année que Mitt Romney passa dans la fonction de gouverneur du Massachusetts. "Il hérita d'un déficit prévu de 3 milliards de dollars", précise son équipe de campagne, qui refuse d'accepter le fait que sous Romney, le Massachusetts se classa 47e sur 50 Etats en termes de création d'emplois.

Le débat, d'un côté comme de l'autre, reste très rhétorique. Ni Mitt Romney ni Barack Obama "ne créent" véritablement des emplois. Ils peuvent, grâce à des politiques de long terme, créer les conditions favorables à une économie prospère.