Cher lecteur,
Je suis en vacances jusqu'au 20 août. Mon blog reprendra vie à ce moment.
Après 17 mois de discussion entre la direction du New York Times et la Guild, la corporation des journalistes, les négociations sont rompues. Cause de cette "impasse", la direction du journal a présenté deux nouvelles propositions à la rédaction visant à instaurer deux types de contrat: l'un pour les journalistes de la version papier du journal, l'autre pour ceux qui travaillent pour sa version électronique. Or la corporation estime qu'un seul contrat est plus judicieux étant donné les efforts qui ont été entrepris pour intégrer les deux rédactions.
La corporation du NYT avait pourtant fait une proposition le 26 juin dernier allant plutôt en direction d'une unification des contrats, consciente que des sacrifices doivent être faits pour réduire les coûts. Le président de la Guild, Bill O'Meara, pensait qu'il était possible de trouver un compromis satisfaisant pour les deux parties d'ici à septembre. Le coup de force de la direction "va déprimer" les journalistes alors que l'été sera particulièrement intense en raison de la couverture des Jeux olympiques de Londres et que l'automne le sera encore davantage avec la campagne électorale et la présidentielle de novembre.
Sont en jeu un gel des pensions, un prolongement des heures de travail, des plans de couverture santé revus à la baisse et un changement de certaines règles de travail. Face au vocable "impasse" utilisé par la direction, la corporation menace de s'adresser au National Labor Relations Board et n'exclut pas la grève.
Voici en vidéo les griefs des journalistes:
Alors que la campagne électorale a pris une tonalité beaucoup plus agressive, l'aile droite du Parti républicain juge le moment opportun de promouvoir la théorie du complot. Dans une lettre adressée au Département d'Etat américain, cinq membres du Congrès, dont la populiste Michelle Bachmann, du Tea Party, ont demandé à ce qu'une enquête soit menée à propos d'Huma Abedin, une aide de longue date de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.
Selon Michelle Bachmann, Huma Abedin, par sa famille, aurait des liens avec le mouvement extrémiste des Frères musulmans en Egypte et serait dès lors une menace pour la sécurité des Etats-Unis. On semble retomber dans les travers du Tea Party et des ultra-conservateurs qui voyaient, en 2008 déjà, un affreux musulman en la personne de Barack Hussein Obama.
Le sénateur républicain John McCain, défait par Barack Obama lors de la présidentielle de 2008, a un comportement assez erratique. Mais en l'occurrence, il est venu parler devant le Sénat pour défendre la collaboratrice du Département d'Etat, dont les parents, immigrants, sont venus s'installer aux Etats-Unis. Huma Abedin est née aux Etats-Unis. Elle a la pleine confiance d'Hillary Clinton.
Après l'accueil houleux que la foule a réservé à Hillary Clinton à Alexandrie en Egypte, une foule qui adhéra elle aussi à la thèse du complot selon laquelle les Etats-Unis seraient prêts à conclure un pacte avec le président Morsi, des Frères musulmans, les faits ont manifestement de la peine à s'imposer.
Voici l'intervention courageuse de John McCain au Sénat:
La réaction outragée de figures de proue du Congrès, démocrates et républicaines, qui se sont insurgées contre le fait que l’équipe olympique américaine allait se rendre aux JO de Londres vêtus de tenues fabriquées en Chine a eu un certain impact au sein de l’opinion publique américaine. Mais elle n’a pas impressionné Daniel Ikenson, directeur du Herbert A. Stiefel Center for Trade Policy au Cato Institute, un groupe de réflexion conservateur de Washington.
Dans un excellent article publié sur le site du Cato Institute, il relève que six sénateurs démocrates envisagent de présenter une proposition intitulée “Team USA Made in America Act of 2012” prônant que les athlètes américains soient habillés “américain” lors des prochains Jeux olympiques d’hivers de 2014 à Sotchi en Russie.
Le commentateur met toutefois en évidence l’absurdité de cette démarche. “Le commerce n’est pas une compétition entre nos producteurs et leurs producteurs”. Les entreprises américaines bénéficient également de leur coopération avec des sociétés étrangères. De plus, le commerce permet aux Américains de consommer des produits meilleur marché et aux entreprises américaines d’être plus compétitifs à l’étranger et à l’échelle nationale.
Plus de la moitié de la garde-robe des Américains provient de Chine, rappelle Daniel Ikenson et le reste est produit ailleurs à l’étranger. Il suffit aussi de penser où se trouvent les sites de production de Nike, qui habille de nombreux athlètes américains pour prendre la mesure du ridicule. “A de rares exceptions, ajoute-t-il, nous ne coupons et ne cousons plus beaucoup aux Etats-Unis.” L’industrie de l’habillement américaine emploie beaucoup de monde, mais pour accomplir des tâches différentes à plus grande valeur ajoutée.
Si Ralph Lauren, qui a conçu les tenues olympiques, décidait de produire aux Etats-Unis, il devrait produire à un prix beaucoup plus élevé que le comité olympique américain ne pourrait sans doute pas payer. Quant à la création d’emplois, elle serait totalement marginale.
En guise de conclusion, “quand les athlètes américains marcheront sur la piste du stade olympique de Londres habillés d’uniformes et de drapeaux américains faits en Chine, souligne Daniel Ikenson, il y a de fortes chances que les athlètes chinois arriveront à Londres à bord d’avions fabriqués aux Etats-Unis, qu’ils auront été entraînés au moyen d’équipements conçus et fabriqués par les Américains et qu’ils porteront sans doute des chaussures imaginées aux Etats-Unis.” Alors pourquoi tant de bruit à ce sujet? Le nationalisme n’est pas un bon conseiller pour des membres du Congrès qui n’ont jamais été aussi peu populaires et qui cherchent à faire des points avec des polémiques à bon marché.
C'est à peu près ce qu'a déclaré, avant de présenter ses excuses, l'ex-gouverneur du New Hampshire John Sununu qui fait campagne aux côtés de Mitt Romney. "Je souhaite que ce président apprenne ce que c'est d'être Américain", a-t-il déclaré lors d'une conférence téléphonique. Un peu plus tôt sur Fox News, il n'a pas manqué de souligner que Barack Obama ne savait pas ce que signifiait créer de l'emploi, qu'il avait de toute façon fumer quelque chose à Hawaïi avant de passer deux ans en Indonésie, puis de s'adonner à l'expérience socialisante du travail communautaire à Chicago dans le sillage de Saul Alinsky.
John Sununu n'est, il est vrai, pas un inconnu sur la scène politique américaine. Il fut le premier chef de cabinet de George Bush père. Un poste dont il dut démissionner. Il avait utilisé les jets de l'administration pour aller skier ou jouer au golfe pour un total de plus de 600 000 dollars au frais des contribuables. Après sa démission, il dut rembourser une partie de ces dépenses, soit 47 000 dollars.
Le commentateur conservateur et animateur de radio Rush Limbaugh a fait des déclarations qui vont dans le même sens après que le président expliqua, lors d'un meeting électoral, que l'Amérique a aussi réussi à grandir grâce à la coopération entre le privé et le public. Il pensait par exemple au développement d'Internet. Pour Rush Limbaugh, c'est la preuve irréfutable que "cet homme (Obama) haït ce pays (Etats-Unis)".
Racisme ou non? Barack Obama a rarement suscité autant de haine parmi certains milieux conservateurs. En termes d'images, ce n'est pas bon pour Mitt Romney dont l'équipe de campagne a rappelé John Sununu à l'ordre.
Les commentaires de John Sununu sur Fox News:
Et les commentaires de Rush Limbaugh à propos de Barack Obama:
Les images des voitures du convoi emmenant la secrétaire d'Etat Hillary Clinton à Alexandrie en Egypte ont fait le tour de la blogosphère. Ces véhicules ont été bombardés de tomates et de chaussures. Des gens ont crié "Monica, Monica" en référence à la stagiaire Lewinsky, qui avait créé le scandale à la Maison-Blanche à l'époque du président Bill Clinton.
Comme le souligne le blog The Lede, beaucoup ont d'emblée accusé les Frères musulmans d'être derrière cette intimidation. Aux Etats-Unis, les mouvements conservateurs ont tôt fait de brandir la menace islamiste contre l'Amérique. Or les manifestations organisées devant l'hôtel de la secrétaire d'Etat américaine étaient d'une tout autre nature. C'étaient en réalité des opposants aux Frères musulmans qui craignaient que la diplomatie américaine ne fomente une nouvelle alliance de circonstance avec les islamistes au détriment du pouvoir séculaire. Le basculement est édifiant:
Sebastian Mallaby est directeur du Center for Geoeconomic Studies au Council on Foreign Relations. Il exprime ses vues sur le scandale du Libor, le taux interbancaire qui a été manipulé par plusieurs grandes banques. L’affaire a désormais touché l’Amérique et pourrait valoir quelques problèmes à l’actuel secrétaire au Trésor Timothy Geithner. Ce dernier était président de la Réserve fédérale de New York quand ces manipulations de taux ont été pratiquées. Il était au courant, a émis des recommandations. Mais était-ce suffisant?
La conclusion de Mallaby: les banques “sont trop grandes pour faire faillite”, mais elles sont aussi “trop grandes pour exister”…
Lors de la soirée de collecte de fonds organisée au country club de l'ancien vice-président américain Dick Cheney près de Jackson Hole, dans le Wyoming, au cours de laquelle 2 millions de dollars ont pu être rassemblés pour financer la campagneélectorale de Mitt Romney, les photojournalistes ont été priés de ranger leurs appareils. Interdiction de photographier Mitt Romney en présence d'un des plus puissants, mais aussi l'un des plus impopulaires vice-présidents que l'Amérique ait connus, Dick Cheney. Ex-président de Halliburton, ce dernier, qui s'est fait transplanter un nouveau coeur voici quelques mois, incarne les années noires des néo-conservateurs américains avec peut-être un certain Karl Rove, le stratège de l'ombre de George W. Bush, qui s'active aujourd'hui pour que Mitt Romney batte Barack Obama le 6 novembre prochain.
L'équipe de campagnede Mitt Romney a peur de faire passer le mauvais message. Cette interdiction est aussi valable avec George W. Bush qu'aucun candidat républicain n'a d'ailleurs mentionné au cours des primaires de ce début d'année.
Elle serait sur la "short list" de Mitt Romney pour accompagner le républicain sur le ticket pour la Maison-Blanche. Elle, c'est Condoleezza Rice (photo Attila Kisbenedek/AFP), qui est loin d'être une novice sur la scène politique américaine. Ancienne conseillère à la Sécurité nationale et ex-secrétaire d'Etat sous George W. Bush. Son retour sous les feux médiatiques tient au Drudge Report, un blog conservateur qui aurait eu des informations privilégiées de l'équipe de campagne de Mitt Romney. Sarah Palin, qui accompagna John McCain sur le ticket républicain en 2008, juge Condi Rice comme étant la candidate idéale.
Intellectuellement, beaucoup la considèrent comme une "anti-Palin". Brillante pianiste, elle a une notoriété nationale qui servirait à Mitt Romney. Elle a aussi une grande expérience des "affaires gouvernementales". Afro-Américaine d'Alabama, elle pourrait théoriquement attirer certains Noirs à voter républiquement. Mais cela semble insuffisant. Aujourd'hui d'ailleurs, elle habite la Californie.
Elle cumule toutefois les désavantages pour l'ex-gouverneur du Massachusetts au point que les observateurs estiment que l'apparition soudaine de son nom dans la liste des possibles "vice-présidents" était davantage une diversion par rapport aux attaques démocrates dont a fait récemment l'objet Mitt Romney à propos de son passé au sein de la société qu'il dirigeait, Bain Capital.
Le gros point noir, c'est clairement l'Irak. Elle a défendu bec et ongles l'intervention en Irak sur la base de la présence d'armes de destruction massive qui n'existaient pas. Elle incarne les années Bush. En la choisissant, Mitt Romney prendrait le risque de raviver la question irakienne et de se lier aux années Bush.
En termes d'avortement, elle est "légèrement en faveur" de ce droit constitutionnel accordé aux Américaines en 1973. Ce n'est pas un bonpoint non plus pour Mitt Romney, qui doit rassurer les conservateurs sur son propre pedigree et tenter de les convaincre de s'impliquer dans la campagneélectorale. La Susan B. Anthony List, un groupement anti-avortement, a déjà fait savoir qu'il était totalement inconcevable de voir figurer Condi Rice sur le ticket républicain.
Professeureà l'Université de Stanford, Condoleezza Rice reste cependant une énigme. Intellectuellement brillante, elle a toutefois laissé une image de suiveuse au sein de la Maison-Blanche.
Le président américain s’est confié au journaliste Charly Rose sur CBS. Il l’admet: au cours de son premier mandat, il a commis une erreur. Il pensait que la présidence consistait surtout à mettre en oeuvre des politiques pertinentes. Maintenant, il pense qu’il n’a pas attaché assez d’importance à la narration de sa présidence. “C’est essentiel pour donner aux gens un sens d’unité et une finalité”, raconte le président.
Aux Etats-Unis plus qu’ailleurs, avoir un fil narratif pour décrire ce qu’on fait et entreprend est presque aussi important que l’action en elle-même. Barack Obama prend sur lui les critiques qui estiment que la Maison-Blanche n’a pas suffisamment donné publiquement une direction, véhiculé un optimisme et donné espoir pour sortir de l’une des plus graves crises financières qu’ait connue l’Amérique depuis la Grande Dépression.