Bill Clinton galvanise la convention démocrate

Bill Clinton a tenu un discours de 50 minutes qui a galvanisé les quelque 6000 délégués présents dans la Time Warner Cable Arena. Maître de l'art oratoire, l'ex-président démocrate a livré un playdoyer en faveur du président sortant Barack Obama. Il a souligné qu'aucun président, ni même lui-même n'aurait pu sortir l'Amérique de la crise en seulement quatre ans. Soulignant que les théories économiques des républicains ne tiennent pas la route, il a montré comment l'administration Obama a permis la création de quelque 4,5 millions d'emplois dans le secteur privé alors que le Congrès s'est distingué en n'en créant aucun.

Pour Barack Obama, c'est sans doute le soutien le plus massif et le plus efficace qu'il ait reçu depuis le début de la campagne électorale. Vu la popularité de Bill Clinton, cette aide pourrait être décisive le 6 novembre prochain face à un camp républicain qui a bien un plan drastique de coupes budgétaires, mais qui dans le même temps prévoit d'augmenter de 2000 milliards le budget militaire et de réduire les revenus de l'Etat de quelque 5000 milliards par des baisses d'impôts.

A la sortie de la Time Warner Cable Arena, trois Américains réagissent au discours de Bill Clinton:

Tonyaa J. Weathersbee, journaliste, Jacksonville, Floride:

 

Donnell White, membre de la NAACP, Détroit:

 

 

Eleanor Smeal, présidente de Feminist Majority, Arlington

 

 

 

Charlotte: la peur du stade vide

Les mauvaises langues diront que les organisateurs de la convention démocrate de Charlotte ont déplacé le discours du président
Stadeaméricain de jeudi soir du stade des Panthers à la Times Warner Cable Arena, car il voulait montrer qu'il est toujours fâché contre Wall Street. Le stade en question s'appelle le Bank of America Stadium (photo Robyn Beck/AFP).

Beaucoup s'interrogent toutefois. Pourquoi avoir organisé l'un des moments clés de la campagne électorale de Barack Obama dans un stade à ciel ouvert alors que les orages sont fréquents en septembre en Caroline du Nord? Aujourd'hui cependant, les prévisions météo étaient plutôt meilleures qu'il y a quelques jours. D'où la question: les démocrates ont-ils eu peur de subir la même mésaventure traumatisante que Mitt Romney qui tint un meeting électoral dans un stade vide de Detroit dans le Michigan?

Jérusalem: Obama ajoute à la confusion

Quand je disais que les démocrates entretiennent une relation difficile à la question d'Israël et du conflit israélo-palestinien (voir mes postes précédents), je ne pensais pas si bien dire. La plateforme démocrate de 2012 at rayé la référence à Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu alors qu'elle figurait dans le document de 2008.

 

Mais coup de théâtre: Barack Obama est intervenu et a demandé d'inscrire à nouveau Jérusalem en tant que capitale d'Israël. Les délégués réunis à Charlotte en Caroline du Nord ont dû voter à trois reprises pour que la modification présidentielle soit acceptée. Quand l'ajout a été approuvé, il a fait l'objet de huées de la salle. Le vote, effectué par acclamation, a d'ailleurs été interprété un peu vite par le président de la convention Antonio Villaraigosa comme un "oui" à la modification proposée par le président Obama.

Avant que la Maison-Blanche décide d'intervenir, les républicains avaient profité d'exploiter le changement de plateforme pour dénoncer l'attitude démocrate envers l'Etat hébreu dont Mitt Romney s'est fait le vrai défenseur. Et Barack Obama, comme en septembre 2011 dans son discours à l'ONU, dans lequel il ne fit pas une seule fois mention des Palestiniens, a cédé aux pressions républicaines. Pour ne pas faire de vagues à un peu plus de deux mois de l'élection présidentielle. En jeu: l'électorat juif qui a voté à 78% en sa faveur il y a quatre ans. Mais n'est-ce pas réducteur de limiter ces électeurs à la seule question d'Israël?

Les démocrates peuvent aussi mentir

Le candidat républicain à la vice-présidence des Etats-Unis Paul Ryan a laissé une impression étrange ces dernières semaines en commettant deux gros mensonges qui pourraenit saper en partie sa crédibilité. Mais manifestement, les républicains, qui ont fait du mensonge ou des demi-vérités une arme de campagne ne sont pas les seuls à jouer avec la vérité.

Voici quelques jours, la présidente du Comité national démocrate, Debbie Wasserman Schultz, a déclaré qu'un ancien ambassadeur israélien, Michael Oren, lui a confié que la politique que les républicains entendent mener serait "dangereuse" pour Israël. Or le diplomate en question réfute de tels propos. La polémique n'a pas fini de faire des remous, car Debbie Wasserman Schultz ne lâche pas prise. Elle réaffirme les déclarations de l'ambassadeur. Quant au Washington Post, qui a procédé à son exercice habituel de vérification des faits (fact checking) en réécoutant les propos de la démocrate, iil attribue quatre Pinocchios à la présidente du Comité national démocrate.

 

La gêne démocrate autour d’Israël

En quatre ans, la plateforme électorale des démocrates a peu évolué. Un changement n'est toutefois pas passé inaperçu: par
S.nadiahussain_headshotrapport à 2008, la référence à Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu a disparu. C'est apparemment dans la logique des choses. Le président Barack Obama avait souligné, dans son discours devant les Nations unies en septembre 2011, que seules des négociations permettraient de résoudre le conflit israélo-palestinien et donc la question de Jérusalem. Dans un discours destiné notamment à rassurer l'électorat juif (qui a voté à près de 80% en sa faveur en 2008), il tentait de réfréner les ardeurs des Palestiniens qui souhaitaient adhérer à l'institution onusienne en forçant un vote de ll'Assemblée générale. Il essayait aussi de contenir les fortes pressions des républicains qui continuent de dépeindre le démocrate comme un président qui a "jeté Israël sous le bus".

Or l'aide des Etats-Unis à Israël demeure soutenue (près de 10 milliards de dollars). La coopération entre les armées américaine et israélienne demeure intense en dépit des relations houleuses entre le président américain et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. En voulant, dès son entrée en fonction, dialoguer avec l'Iran, Barack Obama avait pourtant d'emblée irrité les Israéliens. Aujourd'hui, Barack Obama, qu'on peut difficilement accusé de mener une politique étrangère molle, a durci le ton face à Téhéran en appuyant l'adoption de lourdes sanctions. Mais son image de "président le plus anti-israélien de l'Histoire", selon les termes du milliardaire et bailleur de fonds de Mitt Romney Seldon Adelson, perdure.

A Charlotte, à la convention démocrate, Nadia Hussain (photo Hyphen Magazin) est venue parler de son engagement politique. Musulmane américaine d'origine bangladaise, cette blogueuse pour le magazine Hyphen vit en Californie. Elle a été élue déléguée démocrate pour la convention. Elle le rappelle, en 2008, près de 80% des musulmans avaient voté pour Barack Obama. Cette année, elle a bon espoir que le parti retrouve un second souffle.

Quand on lui demande d'expliquer la relation du Parti démocrate à la question israélo-palestinienne et au changement opéré dans la plateforme électorale, Nadia Hussain explique qu'elle se concentre sur les questions de participation et ne traite pas de cette question. La gêne par rapport à Israël demeure d'autant que Mitt Romney a adopté un profil de campagne très pro-israélien. Le candidat républicain s'est rendu en Israël pour y déclarer que Jérusalem devait être la capitale de l'Etat hébreu.

 

Paul Ryan, un marathonien hors pair?

Paul Ryan, candidat républicain à la vice-présidence des Etats-Unis est-il en train de saborder sa propre crédibilité? Depuis que Mitt Romney a choisi le représentant du Wisconsin pour l'accompagner sur le ticket républicain dans la course à la Maison-Blanche, il a tout d'abord séduit par son courage, sa vision. Le président de la Commission du budget de la Chambre des représentants a élaboré ce printemps un budget qui tranche à la hussarde dans les prestations de l'Etat, sauf la Défense. Les conservateurs ont jubilé.

Son discours à la convention républicaine de Tampa a d'abord été bien reçu. Puis, peu à peu, les mensonges grossiers – et non les habituels petits mensonges (white lies) propres aux campagnes électorales tant démocrates que républicaines – sont apparus ici et là. Le dernier en date, c'est le temps que Paul Ryan a mis pour courir un marathon en 1990. Dans une interview accordée à Hugh Hewitt, une figure de journalisme radiophonique aux Etats-Unis, le vice-président putatif n'a pas fait dans le détail: il a couru les 42 kilomètres en 2 heures 50 et des poussières. Fasciné par cette performance, Scott Douglas, de Runner's World, veut en savoir plus. Il fait des recherches et trouve la vraie performances de Paul Ryan: 4 heures 01.

C'est la deuxième fois en une semaine que Paul Ryan est pris en flagrant délit de mensonge. Politiquement, cela paraît insensé. On a tous menti à un inconnu qui nous demande un jour ou l'autre notre performance dans tel ou tel sport, sachant qu'on ne va pas le revoir. Mais sur une chaîne nationale américaine, c'est presque une volonté délibérée de s'auto-saborder. A la convention républicaine, il avait accusé Barack Obama de ne pas avoir tenu sa promesse quant au maintien d'une usine de GM dans la ville de Paul Ryan. Or l'usine en question fut fermée sous George W. Bush…

Il y a encore 64 jours de campagne. Cela risque d'être long pour Paul Ryan…

Voici le dialogue qu'il a eu avec le journaliste radiophonique Hugh Hewitt:

HH: Are you still running?
PR: Yeah, I hurt a disc in my back, so I don't run marathons anymore. I just run ten miles or yes.
HH: But you did run marathons at some point?
PR: Yeah, but I can't do it anymore, because my back is just not that great.
HH: I've just gotta ask, what's your personal best?
PR: Under three, high twos. I had a two hour and fifty-something.
HH: Holy smokes.

Ecoutez l'interview réalisée par le journaliste dans son Hugh Hewitt Show:

Le président que seuls les républicains voient…

Certains observateurs de la scène politique américaine l'affirment: le Daily Show de Jon Stewart est l'une des formes de journalisme politique critique les plus abouties. Bien sûr, Jon Stewart, qui a l'humour et le sarcasme du Juif new-yorkais, est un "liberal", un satiriste de sensibilité de gauche. Mais il met en lumière toutes les incohérences des politiques, qu'ils soient démocrates et républicains.

En l'occurrence, Jon Stewart était à la convention républicaine de Tampa. Son compte-rendu de l'épisode Clint Eastwood est décapant.

 

Barack Obama et le dîner de 18h30

Barack Obama n'a jamais été un animal social dans le Tout-Washington. Socialiser avec des membres du Congrès et des
Obamarépublicains en particulier n'a jamais été sa tasse de thé. Au cours de sa première année à la Maison-Blanche, il  a bien essayé d'organiser des réceptions le mercredi soir avec des membres de la Chambre des représentants ou du Sénat. Mais voyant que les républicains n'avaient qu'un objectif, l'éjecter de la Maison-Blanche lors des élections de 2012, il a laissé tomber.

Le président démocrate s'est d'ailleurs fait un point d'honneur de participer, à la Maison-Blanche, au dîner familial de 18 heures 30 avec son épouse Michelle et ses filles Sasha, 11 ans et Malia, 14 ans (photo Ho New/Reuters). Il estime que c'est une phase importante dans la vie de ses filles et qu'il importe d'être présent. Cette attitude est saluée par ceux qui pensent que le président manifeste un respect pour la famille. D'autres relèvent que cela dénote l'incapacité de Barack Obama de vraiment traiter avec le Congrès.

Il est vrai que Barack Obama est en quelque sorte l'antithèse du président Lyndon B. Johnson, dont la capacité de travailler avec et de convaincre le Congrès était phénoménal. C'est pour cela qu'il a réussi à faire passer deux des lois les plus importantes de ces 40 dernières années, le Civil Rights Ac (1964)t et le Voting Act (1965). Barack Obama, lui, a pu en partie compenser cette lacune grâce à son chef de cabinet de l'époque, Rahm Emanuel, rompu à l'exercice, qui l'a aidé notamment pour faire passer sa réforme de la Santé.

Conseillère du président démocrate sur lequel elle exercerait une forte influence, Valerie Jarett en est convaincue. L'impératif du dîner de 18h30 découle de l'histoire personnelle de Barack Obama qui fut quasiment abandonné par son père et qui fut élevé en partie par sa mère, en partie par ses grands-parents d'Hawaï.

“L’hyperindividualisme” matérialiste républicain

On l'aime ou on le déteste. Le chroniqueur conservateur du New York TimesDavid Brooks ne laisse jamais indifférent. Il ne se Brooksprive pas de tailler des croupières à l'administrationObama. Dans son papier de vendredi, intitulé "Party of Strivers (parti de lutteurs)", il jette pourtant un regard très critique sur la vision que les républicains ont offerte lors de la convention de Tampa la semaine dernière.

David Brooks (photo Spencer Platt/Getty Images/AFP) n'hésite pas à parler d'hyperindividualisme pour décrire leurs discours. "Orateur après orateur, ils ont tous célébré l'individu solitaire et héroïque. Il n'y avait quasiment aucune référence à la communauté et au conservatisme compassionnel. Pas étonnant quand le sondeur Pew Research Center révèle que 57% des républicains pensent que les gens sont pauvres parce qu'ils ne travaillent pas assez. Le journaliste s'étonne aussi du credo matérialiste entonné à Tampa: créer une entreprise, c'est bien, mais à ses yeux, le seul profit et la seule perspective de pouvoir acheter et consommer davantage ne sont pas suffisants à charpenter la stratégie d'un parti politique.

"L'Etat ne sape pas toujours l'initiative" individuelle, poursuit Brooks. La question n'est pas de savoir si une action est privée ou publique, mais si elle est efficace ou non.

C'était d'ailleurs la teneur du discours de Barack Obama tenu récemment dans un Etat qu'il visitait en pleine campagne électorale. Il disait que les entrepreneurs à succès ont aussi réussi parce que l'Etat avait mis en place des infrastructures (routes, ponts, aéroports, etc), formé des employés qualifiés. A Tampa, les républicains ont construit leurs discours en tronquant le message du président: Barack Obama est, selon eux, contre l'entreprise individuelle. Seul l'Etat est à même de construire l'Amérique de demain.

Chez les républicains, le mot “guerre” est tabou

RomneyAu sein du Parti républicain, le vocable "guerre" est devenu tabou. Pour la première fois depuis 1952, le candidat républicain investi par son parti pour conquérir la Maison-Blanche n'a fait aucune référence à la guerre, hormis à la Deuxième Guerre mondiale. Or les Etats-Unis ont toujours 79 000 soldats engagés dans la plus longue guerre que l'Amérique ait menée, celle d'Afghanistan. De plus, l'Amérique a mené, avec l'OTAN et aux côtés des Français et des Britanniques, une guerre en Libye, même si celle-ci était censée être une opération visant seulement à protéger les civils du clan Kadhafi. Qui plus est, le retrait d'Irak est encore très récent et l'Amérique n'exclut pas une intervention en Syrie.

Richard Nixon et Barry Goldwater ne s'étaient pas privés de fustiger la gestion de la guerredu Vietnam. Ronald Reagan a proféré de multiples menaces contre l'Union soviétique en brandissant parfois le spectre de guerre.

A Tampa, à la convention républicaine, Mitt Romney (photo Justin Sullivan/AFP) s'est contenté de déclarer que le président Obama n'avait pas fait son travail, celui d'empêcher l'Iran d'obtenir la bombe. Mais aucun mot sur les deux guerres d'Irak et d'Afghanistan lancées par le président républicain George W. Bush qui ont marqué une décennie de lutte contre le terrorisme et quiont creusé les déficits. Or Mitt Romney entend pourtant augmenter de près de 2000 milliards de dollars le budget de la Défense au cours des prochaines années. L'explication: selon un sondage publié en mai, 66% des Américains estiment que les Etats-Unis ne doivent plus combattreen Afghanistan et 37% des républicains soutiennent encore la guerre.

Il ne faut dès lors pas s'étonner que George W. Bush n'ait pas fait d'apparition à la convention de Tampa.